L'ANTISÉMITISME MODERNE
1923. Mais l’iniquité des lois est plus facile à corriger que celle des mœurs ; on s'en est aperçu depuis en Moldavie comme en Valacliie.
83. Après l’émancipation des juifs dans l’Europe occidentale, leurs adversaires se sont placés, pour les -combattre, en dehors du terrain religieux. Le chauvinisme allemand, surexcité par la guerre de 1870, lança l’anathème sur la « race sémitique », jugée inférieure à 3a « race germanique », comme si l’expression de race, .appliquée à des sous-variétés de la race blanche, était scientifiquement défendable. Ce nouvel antisémi- Jisme, affublé d’un masque patriotique, fut d’abord propagé à Berlin, avec la connivence de Bismarck, par le pasteur de cour Stœcker (1878) ; à Vienne, il a trouvé un représentant énergique en Lueger, clérical se disant socialiste chrétien, qui a prétendu défendre contre le juif le « petit homme » autrichien, commerçant ou ouvrier. D’Allemagne, le mouvement passa en France (vers 1883), où, favorisé par les jésuites et les assomptionistes, il réussit au delà de toute espérance pendant dix ans. L’Algérie, dont la population juive avait été naturalisée en bloc par le ministre juif Crémieux (novembre 1870), exécutant un projet d’ailleurs préparé sous l’Empire, connut un moment tous les excès de l’antisémitisme: des boutiques furent saccagées,, des femmes fouettées; il y eut même des assassinats. En France, l’affaire Dreyfus, après avoir démesurément accru le crédit du parti antisémite, ouvrit enfin les yeux des républicains sur le vrai but de cette propagande, dirigée contre une des idées maîtresses de la Révolution, celle de tolérance, et contre la
HÉBREUX, ISRAELITES ET JUIFS
Révolution elle-même. Mais cette longue campagne, qui s’est poursuivie d’ailleurs après la réhabilitation du capitaine Dreyfus (1906). n’a pas été vaine; le préjugé a reparu dans toutes les classes de la société et il faut aujourd’hui à un juif, pour conquérir une situation quelconque, beaucoup plus de talents et d’efforts qu’à ses concitoyens d’autres confessions. (1)
84. La religion juive a évolué avec les milieux. Maimonide formula un credo en 13 articles, comprenant l’immortalité del’âmeet la résurrection des corps, qui est aussi loin du judaïsme biblique que le catholicisme du concile de Trente Test des Évangiles. Chez les juifs instruits, un peu partout, le rationalisme domine, avec une certaine piété pour leurs ancêtres qui leur tient lieu de foi. Des synagogues libérales se sont fondées en Allemagne et même à Paris ; en Galicie, en Pologne, en Palestine, l’orthodoxie est encore très puissante et se complique souvent de thaumaturgie. Cela est surtout vrai des 400 000 Hassidim ou dévots, dont le mysticisme fut, au xvme siècle, une réaction contre le formalisme talmudique; ils constituent aujourd’hui, en Galicie, en Pologne, en Lithuanie, des communautés hostiles à l’esprit moderne, où le culte, bruyant et désordonné, prend l’apparence d’un délire religieux.
En revanche, la secte russe et turque des Karaïtes, -ondée vers Tan 800, est étrangère à tout mysticisme, rejette le Talmud et s’en tient presque exclusivement à la Bible. Catherine II ayant assuré des privilèges aux
(1) Grande Encyclopédie, art. Juifs, à la fin.