INTRODUCTION
L’Origine des Religions.
Définitions et Phénomènes généraux
Sommaire. — Religion et mythologie. — Étymologie du mot religion. —La religion est un ensemble de scrupules, crest-à-dire de tabous. — Exemples de tabous. — L’animisme. — Survivances poétiques de l’animisme. — Théorie de la révélation primitive. — Théorie de l’imposture. — Idées fausses du X VII T siècle.— Le fétichisme. — Idées justes de Fontenelle. — Le totémisme, hypertrophie de l’instinct social.— Le culte des plantes et des animaux ; les métamorphoses.— Les ours de Berne.— Le totémisme et les fables. — Domestication des animaux. — Le sacrifce du totem.— Prohibitions alimentaires.— Le sabbat.— Le maigre.— Le sacerdoce codifie et restreint les tabous. — Laïcisation progressive de l'humanité. — La magie et la science. — Les religions sont la vie même des sociétés primitives —Explication des régressions apparentes. — Avenir des religions; nécessité d’en étudier l’histoire.
i. On confond souvent, dans le langage ordinaire, la religion et la mythologie. Quand je parle de la religion des Grecs, par exemple, je sais que j’éveille l’idée des fables tantôt charmantes, tantôt grossières
L'ORIGINE DES RELIGIONS
que les poètes grecs ont racontées sur leurs dieux, leurs déesses et leurs héros. Cette confusion a sa raison d’être et son excuse, parce qu’il y a de la religion à la base de toute mythologie; mais, quand on est sur le terrain scientifique, il faut l’éviter.
2. La mythologie est un ensemble d’histoires controuvées— non pas inventées, mais combinées et enjolivées à plaisir — dont les personnages échappent au contrôle de toute histoire positive. La religion est, au premier chef, un sentiment, et l’expression de ce sentiment par des actes d’une nature particulière qui sont les rites.
3. Définir la religion est d’autant plus difficile que le mot est fort ancien, qu’il a beaucoup servi et que l’étvmologie du latin religio ne nous éclaire que faiblement sur la signification primitive de ce terme. C’est à tort qu’on a voulu dériver religio dereligare « relier », comme si la religion était essentiellement le lien qui rattache la divinité à l’homme. La linguistique oblige d’écarter cette étymologie; en revanche, elle adopte volontiers celle que recommandait déjà Cicéron : religio vient de relegere, qui s’oppose à neglegere, comme le soin vigilant (nous disons : un soin religieux ) au laisser-aller et à la négligence. La religio serait donc l’observation fidèle des rites; cela est bon à savoir, mais nous laisse dans une complète ignorance sur la nature du sentiment religieux.
4. On ferait un volume en énumérant et en discutant les définitions de la religion qui ont été proposées parles savants modernes. « La religion, dit Schleiermacher , consiste en un sentiment absolu de notre dépen-