‹ OrpheusChapitre 193 sur 359 · LE CHRIST DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

LE CHRIST DE SAINT PAUL

n’avoir pas cru avant de sentir. La critique moderne s’inspire volontiers de saint Thomas.

38. Saint Paul connaît . seulement « Jésus crucifié ». Il dit avoir conversé avec ceux qui avaient vécu près de lui, comme saint Pierre et saint Jacques; mais, dans ses épîtres à des communautés lointaines, qui pourtant n’avaient pas encore d’ Évangiles, il n’a jamais éprouvé le besoin d’entrer dans des détails sur la vie terrestre de J ésus. On peut dire néanmoins que les épîtres de saint Paul sont le meilleur témoignage historique que nous possédions sur Jésus, tant la qualité de tous les autres répond mal aux exigences de la critique. Si ces épîtres n’existaient pas, ou si elles étaient gravement altérées, ce qui a été affirmé, mais non démontré, il n’y aurait aucun paradoxe à, révoquer en doute la réalité historique de Jésus (1),

39. Saint Ignace, évêque d’Antioche, écrivant vers l’an no, dit que la naissance et la mort de Jésus ont été ignorées de Satan, prince de ce monde; il parle aussi de certaines gens qui lui auraient fait cette objection : « Ce que je ne trouve pas dans les archives, je ne le crois pas dans l'Évangile. » On s’est donné bien du mal pour comprendre de travers ces textes, assurément bien singuliers; mais il faut les accepter tels qu’ils sont dans les manuscrits et les interpréter de bonne foi. Il paraît bien en ressortir que l’évêque d’Antioche avait eu à lutter contre des contradicteurs inspirés du Diable qui, cherchant dans les archives publiques des témoignages sur la

<i) C’e'.t ce qu’ont fait nombre de savants contemporains, qui ur'.ent du Mythe du Christ 1 Benj. Smith, Robertson, Dre ws, etc. y

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

naissance et la mort de Jésus, déclaraient n’en point découvrir. Ignace ne leur répond que par des phrases pieuses; après lui, dès la première moitié du

IIe siècle, on fabriquera des faux pour les faire taire.

40. Beaucoup d’événements de la vie de Jésus sont racontés dans les Évangiles avec la remarque que c’étaient les « accomplissements » de prophéties. Les textes visés sont, en général, ceux de la traduction grecque des Septante, dont les erreurs sont acceptées et parfois aggravées. Jésus est né d’une vierge, parce qu’Isaïe aurait dit qu’une fille enfanterait ; dans le texte hébreu, il est question d’une femme, celle d’un prophète ou d’un roi des juifs. Jésus est de Nazareth, parce qu’un prophète aurait dit que le Messie serait .appelé Nazaréen (Mt. , 2, 23); Isaïe, qu’on allègue à ce propos, n’a rien dit de tel, mais a parlé d’un rejeton, en hébreu natser. Est-ce plutôt parce que le livre des Juges (13, 7) parle de Samson comme le nazir (saint) de Dieu? L’erreur ne serait pas moins grossière; ^Tailleurs, le nom de la bourgade de Nazareth ne paraît lans aucun texte avant l’ère chrétienne et semble avoir été inventé pour les besoins de la prophétie mal comprise. Jésus naît à Bethléem parce que Michée (5, 2) annonçait que le Messie sortirait de Bethléem. Il est conduit en Égypte, parce que le Seigneur avait dit par Osée ; «J’ai appelé mon fils hors d’Égypte », etc. Tous ces rapprochements, qui semblaient autrefois attester non seulement la véracité des récits évangéliques, mais le caractère divin des faits .qu’ils relatent, fournissent aujourd’hui la preuve certaine de leur

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