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LES ÉPITRES CATHOLIQUES

L’auteur a dépassé son but et a contribué à accréditer la tradition sur la venue de Pierre à Rome, qui ne s’appelle Babylone que dans l’Apocalypse. Il va de soi que cette désignation satirique, compréhensible dans une invective, serait absurde dans l’intitulé d’une lettre. La seconde épître de Pierre est également gréco-égyptienne, très voisine de l’Évangile apocryphe dit de Pierre. Les trois lettres dites de Jean sont probablement du même Jean que l’Évangile, mais non de l’apôtre; dans les deux dernières, l’auteur se qualifie lui-même d’ancien (presbytre). La lettre de Jude est une petite homélie contre les hérétiques, écrite en Égypte après l’an ioo, dans le même ton que la seconde de Pierre; elle ne saurait être de son prétendu auteur, Jude, le frère de Jésus. L’épître de Jacques maintient la doctrine du salut par les œuvres, à l’encontre de la théorie de Paul; c’est pourquoi Luther l’a qualifiée dédaigneusement d 'épître de paille. Saint Jérôme savait déjà qu’elle n’était pas du frère de Jésus.

57. Un de ces faux a été l’objet d’une interpolation postérieure, due peut-être à l’espagnol Priscillien (vers 3S0) . Au chapitre v de la première épître de J ean on lit ceci : « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont un. » Ces deux versets, s’ils étaient authentiques, affirmeraient le dogme de la Trinité dès le premier siècle, alors que les Évangilçs, les Actes et saint Paul n’en savent rien. On a démontré sans conteste que ces versets sont interpolés, parce qu’ils manquent dans les meilleurs manuscrits, en particulier dans tous les manuscrits grecs jusqu'au XVe siècle. L’Église

LES ORIGINES CHRÉTIENNES

romaine refusa de s’incliner devant l’évidence : « Comment, disait-on, si ces versets sont interpolés, l’Esprit Saint, qui guide et dirige l’Église, a-'t-il permis que pendant des siècles cette haute affirmation de la Trinité fût regardée comme authentique et insérée dans l’édition officielle des Livres Saints? » (i) La Congrégation du Saint -Office, le 13 janvier 1897, défendit, avec l’approbation de Léon XIII, de révoquer’ en doute l’authenticité du texte « des trois témoins célestes ». Elle a montré par là une ignorance voulue qui tombe sous le coup de la parole de Job (13, 7) : « Dieu n’a pas besoin de nos mensonges. »

58. L’Apocalypse ou Révélation de saint Jean aurait été écrite, suivant la tradition, dans lTle de Patmos, où Jean avait été relégué par Domitien. C’est une glorification de l’Agneau (Jésus) et une prédiction de la ruine de Rome, qualifiée de « grande Babylone, mère des abominations de la terre » (17, 5),

<c enivrée du sang des martyrs » (17, 6). Au bout de t 000 ans, après le triomphe de l’Église, les morts ressusciteront, Satan sera délivré de sa prison et Dieu fera descendre le feu du ciel; c’est là l’origine des croyances dites millénaristes, qui ont séduit de nombreux illuminés. L’Apocalypse ne peut être l’œuvre •de l’apôtre Jean, mais il est possible qu’elle soit de la même main que le quatrième Évangile et .les trois épîtres dites johanniques. Le rédacteur a du reste mis en œuvre des documents plus anciens. Le fond est une diatribe juive contre Néron, qui parait désigné

•(J) Voir Houtin, Question biblique au XIXe siècle, p. 220.

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