‹ OrpheusChapitre 200 sur 359 · L’APOCALYPSE · texte numérisé non relu

L’APOCALYPSE

par le « chiffre de la Bête », 666, somme des lettres du nom de l’empereur, suivant leur valeur numérale en hébreu (13, 18); mais le remaniement chrétien a bien eu lieu sous Domitien — qu’on appelait le Néron chauve — en 93, car il y est question de la grande crise des vins résultant d’une mévente (6, 6) qui, d’après les textes païens, se place en 92.

59. L'auteur de la Révélation se dit Jean l’apôtre et s’adresse aux sept Églises d’Asie; comme il n’est pas l’apôtre Jean, qui mourut peut-être en Palestine vers 44. c’est un faussaire. Au milieu des folies qui remplissent ce livre, il y a quelques phrases sublimes qui ont conquis droit de cité dans toutes les littératures; mais l’ensemble est l’œuvre de plusieurs énergumène.-. L’Église a fait quelque difficulté avant d’admettre cet écrft dans son canon; le nom seul de Jean l’y a décidée.

60. Depuis 1892, nous possédons une grande partie d’une Apocalypse attribuée à l’apôtre Pierre, découverte en Égypte, six ans plus tôt, avec l’Évangile dit de Pierre. C’est une vision des récompenses et des peines de l’autre monde, datant de l’an 100 environ et intéressante comme le premier essai d 'eschatologie (science des choses dernières) dans le christianisme. 1 .es sources en sont juives et grecques populaires ; il y a des analogies frappantes avec les doctrines orphiques. L’auteur était un juif d’ Égypce, hellénisant et assez instruit; cette Apocalypse doit être sortie de la même officine que les deux lettres de Pierre et son Évangile, ■qui sont aussi des faux gréco-égyptiens.

61. Quelques ouvrages, qui n’ont pas été inclus <dans le canon, ont néanmoins exercé une trop grande

LES ORIGINES CHRETIENNES

influence pour qu’il n’en soit pas question brièvement

Ce sont d’abord des lettres. i° Lettre attribuée à. l’apôtre Barnabe, compagnon de Paul, très hostile aux juifs et postérieure à la ruine de Jérusalem; c’est encore un faux fabriqué en Égypte. 2° Première lettre de Clément, évêque de Rome, aux Corinthiens; c’est peut-être l’œuvre d’un juif hellénisé, affranchi du consul Flavius Clemens, qui était chrétien ou juiL Il est intéressant de trouver, dès cette époque (vers l’an ioo), la preuve de l’influence morale exercée par l’Église de Rome sur une Église grecque. 3“ Ce qu’on appelle la seconde lettre de Clément est une homélie d'un autre auteur. 40 Lettre de Polycarpe, évcque de Smyrne, disciple de Jean V ancien, qui fut martyrisé à l’âge de 86 ans (155). Cette lettre est adressée aux Philippiens et paraît authentique. 50 Sept lettres fort instructives attribuées à Ignace, évêque d’Antioche, qui mourut martyr sous Trajan. Ignace les écrivit au cours de son voyage d’Antioche à Rome; il les adresse à des communautés qui lui ont fait bon accueil, les mettant en garde contre les schismes, le docétisme et le judaïsme; ces communautés sont gouvernées par des évêques. La mention de l’Évangile, dans le sens d’histoire de Jésus, paraît pour la première fois dans une de ces lettres (aux Smyrnéens). La fausseté des lettres d’Ignace a été affirmée, mais non prouvée ; il n’est pas du tout impossible que l’épiscopat ait été organisé dès l’an 100 en pays grec.

62. Le Pasteur d’Hermas est un long ouvrage très > nnuyeux que Clément d’Alexandrie etOrigène consi-

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déraient comme « inspiré ». Le pasteur, c’est l’ange gardien de l’auteur, qui a eu des visions et qui les révèle pour ramener les fidèles au bien. Hermas, né en Grèce, puis esclave à Rome, a été affranchi et y vit avec sa famille. Le Pasteur n’est probablement guère postérieur à l’an ioo.

63. On croyait à Rome, au 111e siècle, queles apôtres, après la Pentecôte, avaient rédigé en commun une profession de foi ou symbole, qui devait être récitée par tous les adultes auxquels on conféraitlebaptême. Cela est impossible; mais le plus ancien symbole de ce genre, connu en 150 de Justin, est un produit de l’Église de Rome avant l’an 100.

64. Nous possédons des fragments d’un ouvrage intitulé Prédication ou Doctrine de Pierre, soi-disant adressé par l’apôtre aux païens; c’est encore un faux gréco-romain de la fin du iar siècle.

65. Une heureuse découverte (1883) nous a révélé la Doctrine des Apôtres ou Didachê, manuel de vie chrétienne, tant individuelle que sociale, document de premier ordre pour la connaissance des communautés primitives, de leur organisation et de leurs rites. Les apôtres n’ont naturellement rien à y voir; mais la Didachê, remaniement de vieux catéchismes, paraît avoir été rédigée en Syrie avant 150.

66. Un groupe important d’écrits — dits pseudoclémentins, parce qu’ils ont été attribués faussement à Clément, évêque de Rome — comprend vingt homélies et un roman édifiant, intitulé Les Reconnaissances. La trame de ces compositions est presque la même. Clément, institué évêque de Rome par saint Pierre,

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raconte à saint Jacques, chef de l’Église de Jérusalem, sa conversion au sortir de l’école des philosophes. Ayant appris que le fils de Dieu était né en Judée, il partit pour ce pays, rencontra Bamabé à Alexandrie, puis Pierre à Césarée; celui-ci le rendit témoin de sa dispute avec Simon le Magicien et l’initia à sa doctrine. Simon, vaincu, est poursuivi par Pierre et Clément, qui l'atteignent à Laodicée et recommencent à discuter avec lui. Enfin, Pierre part pour Antioche et y fonde une communauté, (i) Le titre de Reconnaissances -est dû à un épisode du VIIe livre : Matidie, mère de Clément, a quitté Rome pour Athènes; elle y est retrouvée, avec ses fils, par son mari parti à sa recherche. Dans ce fatras, Paul n’est pas nommé une seule fois ; c’est une œuvre nettement judéo-chrétienne. Homélies et Reconnaissances ont une source commune qui peut dater de 150 à 200; le remaniement a été fait au 111e siècle.

57. Rien de plus mystérieux que ce Simon, le magicien de Samarie, qui paraît opposé à Pierre dans les Actes (8, 5-25) et dont Justin, la littérature clémentine et les Actes apocryphes font un personnage très important à Rome. Là, sous Claude ou sous Néron, il rivalise de puissance magique avec saint Pierre et finit par promettre de voler en l’air devant l’empereur; mais une prière de Pierre le prive de ses forces ; il tombe et se casse le cou. Justin (150) prétend avoir vu son tombeau à Rome, dansl'île du Tibre, avec T inscription : « A Simon le dieu saint. » Ceci montre l’ignorance et

Voir Renan. Origines, t. VII, p. 77.

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