PRÉFACE
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mythologique qui paraisse plusieurs fois dans les peintures des catacombes chrétiennes. Les Pères de l’Église se sont persuadé qu’Orphée avait été l’élève de Moïse; ils ont vu en lui une « figure », ou plutôt une « préfiguration » de Jésus, parce que lui aussi, venu pour enseigner les hommes, avait été à la fois leur bienfaiteur et leur victime. Un empereur plaçait la statue d’Orphée dans son laraire, à côté de celle du Messie chrétien. C’est qu’entre l’orphisme et le christianisme il y avait des analogies si évidentes, si précises même qu’on ne pouvait les attribuer au hasard; on supposa une ancienne communauté d'inspiration.
La critique moderne cherche l’ explication de ces ressemblances ailleurs que dans l’hypothèse aventureuse d’une intimité entre Moïse et Orphée. Elle reconnaît, d’ailleurs, que l’orphisme n’a pas seulement des traits communs avec le judaïsme et le christianisme, mais avec d’autres religions plus lointaines, comme le buddhisme, et même avec les croyances tout à fait primitives de sauvages actuels. Si l’on trouve, en y regardant de près, un peu d'orphisme dans toutes les religions, c’est que l’orphisme a mis en œuvre des éléments qui leur sont communs à toutes, puisés au tréfond de la nature humaine et nourris de ses plus chères illusions.
Un petit livre qui prétend résumer les religions et leur histoire ne saurait invoquer de meilleur patron qu’Orphée, ce fils d’Apollon et d’une Muse, poète, musicien, théologien, mystagogue tt interprète autorisé des dieux.
Après avoir motivé mon titre, quelques mots suffiront pour indiquer la méthode que j’ai suivie.
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II existe deux savants manuels de l’histoire des religions, dus à Conrad von Orelli et à Chantepie de la Saussaye. L’un et l’autre de ces grands ouvrages, dont le second a été traduit en français, laissent de côté le christianisme. Pour connaître l’histoire des religions chrétiennes, il faut recourir à d’autres livres, la plupart très volumineux et remplis de détails sur les controverses et les sectes qui intéressent seulement les érudits.
Je ne comprends pas qu’on fasse au christianisme une place à part. Il compte moins de fidèles que le buddhisme; il est moins ancien que lui. L’isoler ainsi peut convenir à des apologistes, non à des historiens. Or, c’est en historien que je m’occupe des religions. J’y vois des produits infiniment curieux de l’imagination des hommes et de leur raison encore dans l’enfance; c’est à ce titre qu’elles méritent notre attention. Elles ne nous intéressent pas toutes également, car celles qui ont occupé la plus grande place dans l’histoire sont naturellement les plus dignes d’être étudiées; et c’est pourquoi, dans ce modeste volume, j’ai insisté sur le judaïsme et sur le christianisme plus que sur les religions del' Assyrie, de l’Égypte et de la Chine. Ce n'est pas ma faute si l’histoire du christianisme se confond un peu, depuis deux mille ans, avec l’histoire universelle et si, en esquissant celle-là, j’ai été amené, dans une certaine mesure, à raconter brièvement celle-ci.
La plus lisible, la plus spirituelle, la moins pédante des histoires générales, — je ne dis pas la plus exacte ni la plus complète, — est l’ensemble formé par V Essai sur les Mœurs de Voltaire, suivi de son Siècle de Louis XI V et de son Siècle de Louis XV. Je ne partage
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pas les idées de Voltaire sur les religions; mais j'admire, comme il convient, soit incomparable tdlént de narrateur. Exposant les niâmes faits après lui, je ne poutiâis que tes exposer plus mal. Aussi lui ai-je fait beaucoup d’emprunts textuels [entre guillemets, s’entend). CèUx qui m’ accuseront d’avôir découpé mon livre dans Voltaire prouveront qu’ils n’ont lu ni Voltaire ni mon livré; mais je ne me fâcherai pas dé si peu.
Comme j’ai la prétention et l’espoir de trouver autant de lectrices què de lecteurs, je me suis imposé une bertaîne réserve, surtout dans l’exposé des anciennes religions orientales, j’affirme aux mamans qu’elles peuvent donner ce livre à leurs plies, pour peu que la lumière de l'histoire ne tes effraie pas. Lès sacrifices que j’ai dû faire ne sont pas, à tout prendre, bien regrettables; mais si la bienveillance du public répond à mes efforts, je ferai paraître quelque jour une édition plus complète — pour les mamans.
Je prie qu’on ne me soupçonne pas de badiner sur des choses sérieuses. Je sens profondément la responsabilité morale que j’assume en présentant pour Id première fois un tableau d’ensemble des religions, considérées comme des phénomènes naturels et non autrement. Je le fais parce que je crois que les temps sont révolus et que, sur ce domaine comme sur tous les autres, td raison laïque doit revendiquer ses droits. Je me suis efforcé de ne blesser aucune conscience ; mais j’ai dit ce que je crois être la vérité et l'ai dit avec l’accent de la vérité, je ne pense pas que la persécution des Bacchanales pàr le sénat romain, que celle du christianisme naissant par les empereurs, que les fureurs de l’ Inquisition, que la