ÉVOLUTION DU CHRISTIANISME
4. Fallait-il, pour entrer dans la nouvelle communauté, passer par la synagogue, subir la circoncision, se conformer à tous les rites juifs? Ces obligations étaient une gêne pour les païens. Malgré l’opposition de Pierre et des apôtres de Jérusalem, Paul les abolit, prêcha le salut pour tous. Grecs et Juifs, et rendit ainsi possible l’extension rapide du christianisme parmi les gentils. De là le nom d’ « apôtre des gentils » ( gentïles , païens) qui est resté à Paul et qui caractérise à merveille sa vocation.
5. Cette évolution du christianisme naissant fut laborieuse. La lutte entre le particularisme juif et l’universalisme chrétien fut celle de Pierre et de Paul, de Jérusalem et d’Antioche. Un premier colloque, tenu à J érusalem, aboutit à un compromis qui fut violé presque aussitôt de part et d’autre. Paul poursuivit son apostolat universaliste en Asie Mineure, puis à Philippes de Macédoine, à Thessalonique, à Athènes, à Corinthe, d’où il revint par Éphèse à Antioche. L’évangélisation d’ Éphèse avait été commencée par un juif alexandrin, Apollos; elle fit bientôt de tels progrès que les marchands de petits objets de piété, destinés au culte de l’Artémis éphésienne, s’en inquiétèrent et fomentèrent une émeute, prototype de beaucoup d’autres dont les chrétiens d’abord, puis les réformateurs du christianisme curent à souffrir.
6. Paul revint à Jérusalem en 57. Un nouveau colloque, écho de dissensions persistantes, y eut lieu dans la maison de Jacques, cru frère de Jésus. Une émeute juive motiva l’intervention du gouverneur romain, qui fit conduire Paul à Césarée. Paul, qui était
DE SAINT PAUL A JUSTINIEN
citoyen romain, demanda d’être jugé à Rome; il y fut envoyé vers la fin de 60. Déjà, pour lui avoir écrit de Corinthe, il était en relation avec la petite communauté chrétienne de la capitale, fondée par des marchands j uifs venus de Syrie. Les détails de son procès à Rome font défaut et le voyage qu’on lui attribue en Espagne ou en Grande-Bretagne est invraisemblable. On croit qu’il fut exécuté à Rome en 64.
7. Marc, cousin de Barnabé, avait accompagné Paul en Italie; après l’arrestation de Paul, il devint, dit-on, secrétaire de Pierre. Luc, médecin grec d’Antioche, fut aussi converti par Paul et travailla à propager sa doctrine. Quant à Pierre, dont les voyages sont du domaine de la légende, son séjour et son exécution à Rome restent très douteux; les textes anciens dont on s’autorise pour les affirmer sont peu significatifs et le silence de saint Paul est bien difficile à justifier. En tous les cas, la fondation de l’Église de Rome par Pierre assisté de Marc et le long « pontificat » de Pierre ne sont que des contes pour pèlerins illettrés.
8. Sur les autres apôtres on ne sait rien de précis et l’on débite quantité de fables. Jacques, resté le chef de l’Église de Jérusalem, juif pieux et hostile à Paul, mourut au cours d’une émeute. Matthieu serait allé en Arabie, André en Crimée, Thomas en Inde, Philippe en Syrie. Jean passa pour s’être établi à Éphèse et y avoir vécu longtemps, entouré de disciples dont l’un, le presbytre Jean, paraît être l’auteur du quatrième Évangile, de l’Apocalypse et des lettres attribuées à l’apôtre. L’histoire du séjour et de la mort de la Vierge Marie à Éphèse est une invention;