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LE GNOSTICISME

la découverte de sa prétendue maison à Éphèse est une illusion de la piété.

9. Nous avons vu un juif alexandrin, Apollos, annoncer le christianisme à Éphèse (p . 365) . C’est au judaïsme alexandrin, imprégné de spéculations platoniciennes, que se rattachent les nombreux écrits de Philon, contemporain de Jésus, et aussi le quatrième Évangile. Les juifs hellénisants introduisirent dans le christianisme la conception du Logôs ou Verbe, intermédiaire entre Dieu et l’homme, incorporé dans Jésus. Mais, avant de songer à Jésus, ils avaient déjà incorporé le Verbe dans une légion d’anges, d’êtres immatériels ou Eons, d’allégories; ils avaient combiné leur monothéisme traditionnel avec les croyances populaires, par suite animistes et polydémonistes, de la Syrie et de la Babylonie. Le jour où, dans ces combinaisons, le christianisme prit la place du judaïsme, vit éclore ce qu’on appelle le gnosticisme (de gnosis, connaissance des choses cachées). Le christianisme, en dehors de la Palestine, était, lui aussi, une secte gnostique et c’est pourquoi, dès l’antiquité, on voulut attribuer le quatrième Évangile au gnostique Cérinthe, contemporain de saint J ean à Éphèse. Mais le christianisme devait l’emporter sur les autres sectes gnostiques parce qu’il était plus raisonnable, plus simple, et se perdait moins dans des divagations. Préoccupé de bienfaisance, de pureté morale, foncièrement hostile aux formes déprimantes de l’ascétisme, il recruta de préférence ses adhérents parmi les hommes de bon sens et de bonne volonté, tandis que le gnosticisme s’adressait aux déséquilibrés et aux rêveurs. La victoire

DE SAINT PAUL A JUSTINIEN

finale de l’Église sur les gnostiques fut celle du mysticisme contenu sur le mysticisme intempérant.

'io. L’Église des environs de l’an 80 était une organisation peu compliquée. A côté des diacres, il y avait des diaconesses, généralement des veuves, qui s’occupaient de charité et de propagande parmi les femmes. Les assemblées, présidées par un ancien (presbytre, d’où prêtre) ou surveillant (en grecepiscopos, d’où évêque ), se tenaient dans des maisons privées, le samedi d’abord, puis le dimanche, jour de la résurrection du Seigneur. On y lisait l’Ancien Testament, les lettres des apôtres et les discours attribués à Jésus. Le baptême était surtout conféré à des adultes et comportait l’immersion totale. Les malades et' les mourants étaient frottés d’huile sainte, dans le dessein d’éloigner les mauvais esprits, que le baptême avait pour but de noyer. Des agapes (repas d’amour) réunissaient les fidèles, qui célébraient en commun la Sainte Cène sous la double forme du pain et du vin; on l’appelait « action de grâce », en mémoire du sacrifice de Jésus; c’est Y Eucharistie (en grec eucharistia, « remerciement »).

ii. Les premières églises comptèrent nécessairement, parmi leurs fidèles, des paresseux, des déclassés, des visionnaires. Beaucoup se croyaient doués de vertus prophétiques et troublaient les réunions par des accès de glossolalie, c’est-à-dire par des effusions de sons inarticulés. C’est ce don de « parler avec la langue *>

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