LES PERSECUTIONS
fois quelqu’un nie être chrétien et le prouve en suppliant nos dieux, qu’il obtienne son pardon. » Ces quelques lignes sont infiniment précieuses; elles furent la règle du gouvernement romain jusqu’à la grande persécution qui commença sous Décius. Le tableau que Pline fait des chrétiens est si fort à leur honneur qu’on a soupçonné, mais à tort, l’authenticité de sa lettre; malheureusement, l’unique manuscrit, d’après lequel on Ta publiée au commencement du xvie siècle, a disparu Ton ne sait comment et des doutes sont possibles sur l’exactitude de l’édition.
15. L’attitude des fonctionnaires romains dépendit, en première ligne, de celle de leurs administrés, qui dénonçaient les chrétiens ou ne les dénonçaient pas, suivant qu’ils y avaient intérêt; en second lieu, de l’attitude des chrétiens eux-mêmes, plus ou moins intransigeants et hostiles au paganisme officiel; enfin, de la superstition volontiers féroce du bas peuple, qui attribuait toutes les calamités naturelles aux ennemis de ses dieux. Les bruits mensongers répandus contre les chrétiens, à cause du mystère dont ils entouraient certains actes de leur culte comme l’eucharistie, en particulier l’accusation de sacrifices humains, toujours si propre à ameuter les foules, ont été les motifs déterminants de certaines persécutions locales. La mieux connue se produisit à Lyon «n 177. Il y avait là une petite communauté d’origine grecque, assez aisée, contre laquelle on colporta des calomnies odieuses. Des jeunes filles et ■des vieillards furent indignement torturés. « C’est vous qui êtes des anthropophages! » cria Tune des vie-
DE SAINT PAUL A JUSTINIEN
times aux juges. Contre ces accusations sans cesse renaissantes se constitua une littérature, grecque d’abord, puis latine, dont nous avons conservé plusieurs spécimens; le plus intéressant, rédigé vers 200 en Afrique par Tertullien, l 'Apologétique, fut bientôt après traduit en grec.
16. II y eut aussi une littérature hostile au christianisme ; mais elle a péri presque tout entière. Pourtant on a pu reconstituer le Discours véritable du philosophe Celse (vers 170), d’après la longue réfutation qu’en a faite Origène, et une partie du traité de l’empereur Julien contre les chrétiens, grâce à la diatribe qu’il a inspirée à saintGyrille (J 444).
17. Les dix persécutions qu’allèguent les historiens du christianisme sont une fiction (1), et Dodwell, au xvue siècle, a déjà fait justice des légendes qui exagèrent le nombre des martyrs. On donna ce nom, qui signifie témoin en grec, à ceux qui professaient leur foi en dépit des souffrances. Le choix du terme paraît singulier, car le témoignage n’implique pas, à nos yeux, l’infliction d’une peine. Il n’en était pas ainsi chez les Grecs et les Romains, où le témoignage d’un esclave n’était valable que s’il avait été obtenu par la torture. Dans la langue des esclaves, témoigner et souffrir étaient donc synonymes, et l’emploi du mot « martyr » implique ainsi que la persécution intermittente porta principalement sur les gens de condition servile ou très humble, parmi lesquels se recrutaient surtout les chrétiens.
Il) Les persécutions, jusqu’à Décius, furent locales et surtout intermittentes; il y en eut beaucoup plus de dix.