DIFFUSION DU CHRISTIANISME
que les apôtres étaient censés avoir reçu à la Pentecôte, par la grâce du Saint-Esprit; on joua plus tard sur le double sens du mot « langue », pour dire que les apôtres avaient eu en partage le don de parler les idiomes de tous les peuples chez qui ils devaient porter l’ Évangile ! De bonne heure, les manifestations de la glossolalie furent contenues; saint Paul l’interdit aux femmes, comme tout enseignement. Bien que le célibat ne fût encore imposé à personne, le christianisme exigeait la pureté des mœurs et avait peine à l’obtenir. D’autre part, des illuminés prêchaient l’ascétisme, le végétarisme, penchaient, plus ou moins ouvertement, vers le mysticisme gnostique; autant de périls que la fermeté et le bon sens des anciens ne suffisaient pas toujours à écarter.
12. La ruine de. Jérusalem par les Romains (70) et la dispersion définitive des juifs dans l’Empire affaiblirent, parmi les chrétiens, l’espoir du prochain retour de Jésus en gloire, auquel se substitua celui de son règne spirituel. Les juifs dispersés fondèrent un peu partout des maisons de prières ou synagogues, avec des boucheries qui ne débitaient pas la viande des sacrifices païens, interdite aux chrétiens comme ahx juifs; ce furent là autant de centres nouveaux de la propagande chrétienne, qui, bien que devenue hostile au judaïsme, ne pouvait recruter ses premiers adhérents qu’à l’entour des synagogues, où les paroles de Moïse et des prophètes trouvaient de l’écho.
13. La propagande chrétienne alarmait les intérêts de ceux qui vivaient du culte païen officiel et les innombrables charlatans qui exploitaient les cultes
DE SAINT PAUL A JUSTINIEN
étrangers; elle inquiétait aussi le gouvernement romain, qui se méfiait, à bon droit, des sociétés secrètes et voyait dans les chrétiens des juifs plus remuants que les autres. Lorsque Néron fut soupçonné d’avoir mis le feu à Rome, il rejeta cette accusation sur la tourbe des Orientaux qui parlaient sans cesse du jugement dernier et de la fin du monde par le feu. La police romaine procéda à des arrestations et à des exécutions en masse; juifs et chrétiens périrent dans les tourments; c’est ce qu’on appelle la Première Persécution (65). Elle n’arrêta pas la propagande chrétienne, servie déjà, dans les grandes familles, par des esclaves originaires de Syrie. Sous Domitien, le consul Flavius Clemens et sa femme, Domitilla, furent condamnés pour « athéisme »; ils étaient sans doute devenus chrétiens et leur « athéisme » consistait à nier les dieux romains. « Beaucoup d’autres, dit l’historien Dion, furent punis pour athéisme et mœurs juives; » et il nomme ensuite, parmi les victimes de Domitien, Acilius Glabrio, ancien consul. Le fait que le christianisme avait gagné les hautes classes de Rome avant Tan 100 est d’une importance capitale pour son développement ultérieur.
14. Pline le Jeune, légat de Bithynie en 112, écrivit à l’empereur Trajan pour lui demander quelle conduite il devait tenir envers les chrétiens. En cette occurrence, il était surtout l’interprète des doléances de marchands de bestiaux, car on n’achetait plus de victimes pour les sacrifices. « Il ne faut pas rechercher les chrétiens, répondit Trajan, mais si on les dénonce et qu’ils soient convaincus, il faut les punir. Si toute-