‹ OrpheusChapitre 215 sur 359 · SAINT JÉRÔME ET VIGILANCE · texte numérisé non relu

SAINT JÉRÔME ET VIGILANCE

sur les livres saints. Ses relations avec saint Augustin turent correctes, mais empreintes, surtout à la fin, ■d’une certaine aigreur.

35. Un des adversaires de saint Jérôme fut un berger pyrénéen, Vigilance, qui, à la suite d’un voyage en Italie et dans la Terre Sainte, revint écœuré du christianisme officiel. Il protestait surtout contre le culte idolâtrique des images, legs du paganisme à l’Église, contraire à cette loi mosaïque que Jésus était venu « non pas abolir, mais accomplir ». En vain Tépondait-on que ces images formaient la Bible des illettrés, qu’elles étaient non pas l’objet, mais le stimulant du culte; l’expérience montrait que la majorité des fidèles confondaient (et confondent encore) le signe avec l’objet signifié. Vigilance n’était pas moins hostile au culte des reliques, devenu à la fois une honte pour l’Église et une source de revenus pour le clergé. L’ascétisme, les prières pour les morts, le célibat de plus en plus exigé des prêtres lui semblaient également contraires à la religion. Vivement attaqué par saint Jérôme, qui appelait contre lui les rigueurs des autorités civiles, Vigilance mourut obscur en 420; mais la semence de ses paroles courageuses ne se perdit point.

36. Deux Grecs, saint Grégoire de Nazianze et saint Basile, illustrèrent au IVe siècle l’Église d’Orient. C’étaient des lettrés, de mœurs douces et affables, dont l’éloquence un peu molle a encore du charme aujourd’hui. Basile, évêque de Césarée, donna d’admirables exemples de charité, fonda des hôpitaux et des asiles. Grégoire était le fils d’un évêque de Nazianze en Cappadoce qui, après son ordination, eut encore trois

3sS DE SAINT PAUL A JUSTINIEN

enfants. Devenu patriarche de Constantinople, Gré+ goire se dégoûta des intrigues qui s’y tramaient; il alla finir ses jours dans son village, près de Nazianze. Comme on le sollicitait, au fond de sa retraite, d’ass'ister à un nouveau concile : « Je n’ai jamais vu, répondit-il, une assemblée synodale produire du bien ou faire disparaître le mal. »

37. Saint Jean Chrysostome (« à la bouched’or») fut un orateur disert, mais surtout, comme saint Augustin, un homme d’action. Né à Antioche (347), élève du païen Libanius, il prêcha pendant douze ans,dans sa ville natale. L’empereur Arcadius l’appela au patriarcat de Byzance. Là, il engagea une lutte mémorable contre l’impératrice Eudoxie, dont il blâma publiquement le luxe et l’inconduite. Eudoxie fit condamner Chrysostome par un concile, mais une émeute populaire lui rendit Sa place. Une fois de plus, il attaqua l’impératrice et la compara à Hérodiade. Là-dessus, nouveau concile, nouvelle émeute suivie d’incendie : Chrysostome est exilé à Cucuse dans le Taurus, puis, dans le Pont, où il meurt misérablement à Comana.

38. Vers la même époque, l’évêque de Milan, saint Ambroise, ami de saint Augustin, combattait l’arianisme dans la personne de l’impératrice Justine, épouse de Maxime (386), refusait la communion à Théodose et obligeait l’empereur à faire pénitence, pour avoir ordonné un massacre à Thessalonique. Le glaive spirituel s’opposait au glaive temporel et annonçait la lutte du sacerdoce et de l’Empire qui devait remplir le moyen âge. Quels n’eussent pas été les bienfaits de l’Église si, à l’exemple de saint Ambroise, elle avait

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