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QUERELLES DOGMATIQUES

plus encore qu’au judaïsme, l’Église s’hellénisait par la. force des choses, parce que, dès ses origines avec saint Paul, elle avait paru comme une secte grecque du judaïsme. Le transfert du siège de l’Empire à Constantinople, dans un milieu grec trop enclin aux subtilités théologiques, où retentissaient encore les disputes des sophistes, contribua beaucoup à cette nouvelle orientation.

28. Dès que le christianisme se sentit maître de l’Empire, il commença à persécuter non seulement les païens, mais les chrétiens dissidents. Les querelles du 111e et du ive siècle portèrent surtout sur les relations de Jésus avec Dieu : étaient-ils de même substance? Jésus était-il l’égal du Père? Quelle était la place du Saint-Esprit dans ce système? Un évêque d’Antioche, Paul de Samosate, que protégeait la savante Zénobie, reine de Palmyre, subordonna nettement Jésus à Dieu, fut condamné par un concile et déposé (270). Arius, prêtre d’Alexandrie (280-336), soutint une longue lutte contre saint Athanase, évêque de cette ville (328), parce qu’il maintenait la supériorité essentielle de Dieu sur Jésus. Cette doctrine, dite arienne, fut condamnée en 325 par le concile de Nicée, qui déclara Jésus « fils de Dieu, né de la substance du Père, consubstantiel avec lui, engendré et non né, éternel comme le Père et par conséquent immuable par nature ». Malgré cette lumineuse définition, à laquelle Constantin prêta l’appui de sa police — Arius fut exilé et ses livres jetée au feu — l’arianisme se propagea non seulement dans l’Empire, mais au dehors; presque tous les peuples barbares qui forcèrent les frontières au ve siècle devinrent ariens.

DE SAINT PAUL A JUSTINIEN

sans doute parce qu’ils furent évangélisés par des Ariens, au temps où l’arianisme dominait dans l’Empire. Plusieurs empereurs romains du ive siècle furent eux-mêmes favorables à l’arianisme, que combattit saint Ambroise, évêque de Milan. L’Église de Rome s’était prononcée de bonne heure contre l’arianisme ; sous Théodose, elle remporta la victoire au concile de Constantinople (381), quicomplétal’œuvredu concile de Nicée en faisant du Saint-Esprit la troisième personne de la Trinité, égale au Père et au Fils. Ainsi fut créé comme un troisième Dieu, par l’évolution du Logos de Platon à travers Philon, le quatrième Évangile et la théologie sophistique des Alexandrins.

29. La doctrine trinitaire a été fixée par le symbole dit à tort d’Athanase, qui est peut-être l’œuvre de l’évêque africain Vigile (vers 490) : « Nous adorons un Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes ni diviser la substance... Toutefois, ils ne sont pas trois Éternels, mais un seul Éternel; ils ne sont pas trois Tout-Puissants, mais un Tout-Puissant. Ainsi, le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu. Car si chacune de ces personnes, prise à part, est Dieu et Seigneur, la religion catholique défend de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs. Le Père n’est fait depersonne; iln’estni créé ni engendré. Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré. Le Saint-Esprit est duPère et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant. Dans cette Trinité les trois personnes sont co-éternelles et égales entre elles. » Voilà l’opinion qu’il faut pro-

PRISCILLIün

fesser pour être catholique et non arien. Aujourd’hui, s’il n’y a plus d’ariens déclarés, c’est peut-être parce que tous les chrétiens sont ariens dans leur for intérieur. Cela est surtout vrai des réformés, chez qui l’idée de Dieu est restée vivante; car les catholiques invoquent plus volontiers Jésus, Marie et Joseph (JMJ, la « Trinité jésuitique ») et ne nomment plus le Père Éternel que par habitude. La vieille Trinité ne survit qu’à l’état de formule théologique.

30. Entre temps avait commencé la série des meurtres juridiques pour délit d’opinion. De 380 à 395, Théodose publia des édits menaçant de mort les hérésiarques; mais il était réservé à son co-régent Maxime, espagnol comme lui, de les appliquer pour la première fois. La victime fut Priscillien, évêque espagnol, que l'on accusait de manichéisme et que deux évêques espagnols dénoncèrent à l’empereur Maxime, alors à Trêves. Priscillien, condamné par un concile à Bordeaux, fut appelé à Trêves avec six de ses principaux partisans; ils y furent jugés et mis à mort (385). Saint Martin de Tours, brave homme, s’indigna, ainsi que saint Ambroise; mais, peu d’années après, saint Jérôme, irrité par Vigilance qui combattait le culte des reliques, déclara que les châtiments temporels sont utiles pour sauver les coupables de l’éternelle perdition. L’Église d’Afrique et saint Augustin firent appel au bras séculier contre les donatistes; enfin, en 447, le pape Léon Ier ne se contenta pas de justifier le crime de Maxime, mais affirma que si on laissait la vie aux suppôts d’une hérésie condamnable, c’en était fait des lois divines et humaines. L’Église,

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adoptant cette monstrueuse doctrine, a fait verser des torrents de sang par les détenteurs du pouvoir séculier, jusqu’au jour où celui-ci, tardivement éclairé, a refusé de servir d’instrument à la fureur des haines théologiques.

31. La querelle arienne n’avait pas épuisé les difficultés que soulève l’incarnation de Jésus. Marie était-elle la Mère de Dieu? Non, dit Nestorius, patriarche de Constantinople; elle n’est que la Mère du Christ. En 431, au concile d’Éphèse, Cyrille fit déposer Nestorius; ses partisans fondèrent en Perse l’église nestorienne, qui subsiste encore. Autre question : y a-t-il en J ésus deux natures (divine et humaine) ou bien une seule? La seconde opinion, dite monophysite, soutenue par les moines égyptiens, fut soumise au concile d ’ Ephèse (449) ; cette f ois , T empereur Théodose 1 1 y envoya des troupes et les adversaires du monophysisme furent traités avec la dernière violence. Le patriarche de Constantinople mourut de. ses blessures. Ce concile a gardé un nom dans l’histoire : le brigandage d’Ephèse. Un autre concile, en 451, se prononça contre le monophysisme, tout en maintenant que l’humanité de Jésus n’était pas absorbée par sa divinité. La lutte recommença sous Justinien, qui avait le goût de la théologie. Monophysite, comme sa digne épouse Théodora, il contraignit à la soumission le pape Vigile, mandé à Constantinople, et se fit donner raison par toute une série de conciles. Après sa mort, les monophysites eurent de nouveau le dessous; leur doctrine s’est pourtant perpétuée, notamment dans l’église -d Egypte dite Copte (par corruption d Aiguptio*

SAINT AUGUSTIN lîT PÙLAGIÏ

égyptien), qui a conservé, par su te de ce, schisme, son indépendance religieuse.

32. Nous avons déjà vu saint Augustin en lutte contre le donatisme d’Afrique et contre le manichéisme, auquel il avait d’abord adhéré lui-même. Une querelle non moins grave le mit aux prises avec la doctrine du moine breton Pélage, qui en voulait au péché originel. Comment, par la désobéissance du seul Adam, le genre humain avait-il été damné ? Comment les effets de sa faute pèsent-ils encore sur des innocents? Augustin, déjà vieux, combattit ces objections de bon sens, en exagérant le paradoxe cruel de saint Paul. L’homme ne peut rien par sa volonté; il est frappé d’impuissance ; la grâce de Dieu peut seule le sauver et ceux qu Dieu ne choisit pas sont perdus sans ressource. L conclusion n’est pas le fatalisme, mais l’obligation impérieuse de la foi, des prières, de l’appel aux saints intercesseurs. Le concile d’Éphèse condamna Pélage (431), déjà condamné à Carthage en 412. Toutefois, sa doctrine atténuée survécut dans le semipélagianisme, notamment en Gaule, et Rome finit par adopter, dans la pratique, une doctrine conciliante, fondée sur des distinctions subtiles touchant l’efficacité de la grâce, sur l’égale nécessité de la foi et des œuvres dans la recherche individuelle du salut.

33. Saint Augustin avait admis, entre la félicité future et la damnation, un état intermédiaire et d’attente, celui de la purification des âmes par le feu. C’est la doctrine orphique et virgilienne du Purgatoire;

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il n’v a pas un mot de cela dans les Évangiles. Mais comme le Jugement dernier, avec la répartition définitive des bons et des méchants en bienheureux et en réprouvés, était reculé dans un avenir très lointain, il fallait imaginer quelque chose pour préciser la condition des âmes au lendemain de la mort. A l’exemple des païens, qui les faisaient juger par Minos et ses assesseurs, on admit un jugement provisoire, suivi de la répartition des morts en deux classes, celle des bons, qui subissent l’épreuve .du Purgatoire, et celle des méchants, qui vont tout droit en Enfer. L’Église avait pris l’habitude de prier pour ses morts, de réclamer, en leur faveur, l’intercession des saints; c’est donc que les morts avaient besoin des œuvres humaines et que leur sort n’était pas fixé à tout jamais. La doctrine du Purgatoire, dont la logique est indéniable, se constitua au vie siècle et fut proclamée dogme de l’Église par le concile de Florence (1439) ; les chrétiens qui ne l’admettent pas (protestants et orthodoxes grecs) manquent évidemment de curiosité sur les choses de l’au-delà.

34. Saint Jérôme, né en Dalmatie, révisa, par ordre du pape Damase, les traductions latines des Écritures et employa son influence personnelle, qui était grande comme son talent, pour gagner à la vie monastique des dames de l’aristocratie romaine. « Tu es devenue la belle-mère de Dieu », écrivait-ilàl’uned’elles, dont la fille venait de se faire nonne et; par suite, d’épouser Dieu. Établi à Bethléem avec sespénitentes (385), il en fit un centre de monachisme et ne cessa de travailler, jusqu’à l’âge de ço ans, à des commentaires

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