BIENFAITS DE L’ÉGLISE AU MOYEN AGE
1. La société du moyen âge doit beaucoup à ! 'Église. Le nier, c’est faire un miracle de sa durée.
2. D’abord, l’Église a répandu l’Évangile. Non qu’elle Tait pratiqué, ni qu’elle en ait prescrit la lecture. Mais elle en avait les principes à la bouche; c’était une semence d’humanité, un frein à la barbarie. Elle s’inspira d’ailleurs de l’Évangile dans ses œuvres charitables, que Julien déjà proposait en exemple aux païens. Sans doute, sa charité ne fut pas toujours bien entendue. Elle donna beaucoup et mal, encouragea la mendicité. Mais elle multiplia, tant en Orient qu’en Occident, les hôpitaux, les orphelinats, les asiles. Quand on songe qu’il fallut une loi de l’em-
creur Claude pour empêcher les maîtres d’abandonner .eurs esclaves malades, de les jeter sur les chemins sans aliments, on s’assure que l’Église, même préoccupée du salut des âmes et non du devoir social, fut plus humaine que le paganisme lettré.
3. L’Église a encore donné ou imposé à l’Europe les formes extérieures du christianisme. C’est une religion relativement simple, sans trop de fêtes, sans interdictions alimentaires; elle n'exige pas beaucoup de ses fidèles; elle convient à des peuples laborieux. Cette activité, d’ailleurs, l’Église en fit généralement un devoir, même aux moines; le christianisme, n’est pas, ou ne fut qu’exceptionnellcment, une religion de parasites et de paresseux.
4. Si l’Église du Christ eut sans cesse recours à la violence et fit verser plus de sang que toutes les ambitions séculières, elle affirma du moins la supériorité de l’esprit sur la force brutale, à une époque où la
DE JUSTINIEN A CHAR LES-QUINT
force n’était pas au service du droit. Les évêques furent les protecteurs, capricieux sans doute, mais écoutés, des opprimés et des faibles. L’Église donna des leçons de clémence aux rois. Depuis le Xe siècle, elle établit les trêves ou paix de Dieu, pour interrompre les guerres privées ; elle ne fut ni la première ni la seule à le faire, mais il faut lui savoir gré d’avoir repris cette vieille tradition, à un moment où Ton tuait et où Ton pillait partout.
5. Sans avoir le dessein de conserver les chefsd’œuvre de la littérature antique, elle en fit copier beaucoup dans ses monastères, comme elle sauva des monuments de l’art dans ses trésors d’églises. Son culte exigeait la magnificence ; les artistes travaillèrent pour sa gloire et pour la joie de nos yeux.
6. Enfin, à une époque où la société se divisait en castes, où il y avait des nobles, des vilains et des serfs, elle maintint le principe de l’égalité des hommes devant Dieu. L’Église fut le refuge des capacités. Elle mit à sa tête, au-dessus des rois, le fils d’un ouvrier, le fils d’un mendiant. Pour devenir évêque, cardinal ou pape, il nefutpas nécessaire d’être noble. Monarchique au sommet, l’Église fut démocratique à la base; elle ne fut jamais aristocratique. Nul n’a mieux reconnu cela que Voltaire : « L’Église romaine a toujours eu cet avantage de pouvoir donner au mérite ce qu’ailleurs on donne à la naissance; et on peut même remarquer que parmi les papes ceux qui ont montré le plus de hauteur (Grégoire VII, Adrien IV) sont ceux qui naquirent dans la condition la plus vile. Aujourd’hui, en Allemagne, il y a des couvents où Ton ne reçoit que