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RÔLE DE L’ÉGLISE

13. Les instigateurs des croisades furent toujours ïes papes, servis par les moines. Déjà Grégoire VII, en 1074, avait médité de reconquérir l’Anatolie,tombée aux mains des Turcs Seldjoucides. C’est le pape Urbain II qui paraît au concile de Clermont (1094), à côté d’un moine picard, Pierre l’Ermite, promettant les indulgences de l’Église à ceux qui iraient combattre les infidèles. La seconde croisade est prêchée par Eugène III et Bernard, abbé de Clairvaux; la quatrième par Innocent III et Foulques de Neuilly. Même la fdlle croisade des Enfants (12 12) fut encouragée par l’enthousiasme d’innocent III. La papauté trouvait naturellement son intérêt à paraître ainsi la puissance suprême qui mettait en mouvement toutes les forces militaires de l’Europe; dès qu’un seigneur avait pris la croix, il appartenait à l’Église, le vœu de croisade étant irrévocable sans le consentement du pape (depuis le xme siècle, il en relève contre argent comptant). Les légats pontificaux sont, auprès des armées d’alors, les délégués de la théocratie qui se consolide et menace d’absorber toute la société civile. D’autre part, l’Église s’enrichit de la misère de tous; pour se procurer l’argent nécessaire, seigneurs et vassaux étaient réduits à vendre leurs terres, que l’Église achetait à vil prix. Ainsi Godefroy de Bouillon, duc de Brabant, vendit sa terre de Bouillon au chapitre de Liège et Stenay à l’évêque de Verdun (1). Au xne siècle, les papes accordèrent aux princes des décimes sur les revenus des églises; mais, depuis le concile de Latran

(1) Voltaire

DE JUSTINIEN A CHAR LES-QUINT

(1215), ils réclamèrent tout cet argent pour eux comme directeurs des croisades, et créèrent ainsi un impôt qui fut perçu dans toute la chrétienté à leur profit.

1 4. La dernière ville chrétienne de Syrie, Saint- J eand’Acre, fut reprise par les Musulmans en 1291. Rhodes résista jusqu’au début du xvie siècle. Ce fut le zèledes Hongrois et des Slaves, récemment convertis au christianisme, non pas les forces toujours divisées de l’Europe, qui arrêtèrent les Turcs sur la route de l’Europe centrale et de Vienne. En somme, les croisades échouèrent; le but politique de la papauté ne fut pas atteint. La condition des chrétiens et des pèlerins en Terre Sainte fut un peu améliorée par divers traités; mais le royaume chrétien de Jérusalem ne vécut que 88 ans et l’Empire latin de Constantinople ne fut pas moins éphémère. Quand les Paléologues le renversèrent (1261), ils eurent à compter non seulement avec l’ambition musulmane, mais avec la haine religieuse des Occidentaux. La perte de l’Empire grec pour le christianisme (1453), désastre pour la civilisation européenne tout entière, fut la défaite finale, on dirait presque la conclusion logique des croisades.

15. La ruine de l’Empire d’Occident (476) avait plongé Rome dans la misère. Son évêque (le pape) tt les curés des paroisses (les cardinaux) pliaient sous /es charges écrasantes que leur dignité et leurs devoirs charitables leur imposaient. L’Église de Rome reçut à cet effet de grandes donations de terres, même

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