LA VIE MONASTIQUE
politique et de guerre que de l’Église. Enfin, le grand pape de la Renaissance, Léon X, bon compagnon, entouré d’artistes et de lettrés, s'abandonna à la douceur de vivre. « Querelles de moines ! » s’écria- t-il, quand on lui annonça les premiers éclats de Luther. Rome était alors si païenne, si amoureuse de l’antiquité et de la beauté plastique, que, sans la surprise brutale de la Réforme, elle aurait peut-être conduit elle-même le monde cultivé vers l’état où on le vit au xvme siècle. Le cardinal Bembo, l’ami intime de Léon X, refusait de lire les Épîtres de saint Paul, de peur, disait-il, de gâter son latin cicéronien. Le réveil de l’Église fut terrible et l’on put juger, dans la seconde partie du xvie siècle, de la force énorme qu’elle recélait encore, malgré ses apparences de sénilité et de corruption.
31. Avec ses privilèges et son indépendance relative, la vie monastique attirait les meilleurs chrétiens. L’ordre de Cluny se fonda en France au Xe siècle, celui des camaldules en Italie au xie. Ces ordres possédèrent bientôt de grands biens, donnés ou légués par les fidèles; la conséquence de cet enrichissement fut la corruption des moines. Pour réagir, on créa des ordres avec desrègles très strictes, celui des chartreux au XIe siècle, fondé par saint Bruno, celui des Pauvres du Christ à la fin du même siècle, celui de Cîteaux (cisterciens), auquel appartint et qu’illustra saint Bernard (1091- 1x53). D’autres ordres, ceux des prémontrés (1T20) et des carmes (1105), continuèrent à absorber, par une
DE JUSTINIEN A CHARLES-QUINT
sélection à rebours, l’élite de la population qu’ils vouaientà la stérilité. lien est qui rendirent d’éclatants services, comme celui des mathurins, fondé par un docteur de l’Université de Paris; Jean de Matlia, et encouragé par Innocent III : il avait pour objet le rachat des esclaves chrétiens tombés aux mains des Turcs. Mais la littérature du moyen âge montre assez l’impopularité des moines et des nonnes, les soupçons injurieux dont la morale des couvents était l’objet. Les témoignages de la littérature laïque sont confirmés par les écrivains ecclésiastiques qui ne cessent de réclamer la réforme des monastères et en donnent éloquemment les r-aisons.
32. La réputation de tous les ordres fut effacée par celle des moines mendiants, franciscains ou Cordeliers et dominicains. « Les ordres mendiants constituent une innovation saisissante dans la vieille conception monastique. Le monachisme était essentiellement l’effort égoïste de l’individu pour assurer son propre salut, en répudiant tous les devoirs et toutes les responsabilités de la vie. Il est vrai qu’à une certaine époque les moines avaient bien mérité du monde en sortant de leurs retraites et en portant, dans des régions encore barbares, la civilisation et le christianisme. Tels furent saint Colomban, saint Gall, saint Willibrord et leurs compagnons. Mais cette époque était déjà loin et le monachisme était tombé, depuis des siècles, dans un état bien pire encore que son égoïsme primitif. Les mendiants parurent dans le christianisme comme une révélation. Il y avait donc des hommes prêts à abandonner tout ce qui faisait la douceur de la vie pour