‹ OrpheusChapitre 230 sur 359 · PHILIPPE LE BEL ET BONI FACE VIII · texte numérisé non relu

PHILIPPE LE BEL ET BONI FACE VIII

qu’il dit publiquement que l’univers a été trompé par trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ et Mahomet. Mais il place Jésus-Christ au-dessous des autres, car il dit qu’ils ont vécu pleins de gloire et que l’autre n'a été qu’un homme de la lie du peuple qui prêchait à ses pareils. » Soixante ans après, Philippe le Bel, poursuivant la condamnation posthume de Boniface VIII. laisait affirmer par quatorze témoins que le pape avait tenu ce propos : « Que de bien nous a fait cette fable du Christ! » Calomnie ou non, c’était déjà beaucoup, dans la voie de l’émancipation intellectuelle, que de pareils blasphèmes pussent être attribués par un pape à un empereur et par un roi à un pape.

28. Après la ruine des Hohenstaufen, les Habsbourg se- montrèrent peu disposés à subir la tutelle des papes. L’Angleterre fut d’abord plus docile. Jean sans Terre, mis en interdit, dut se soumettre, lorsqu’Innocent III eut donné son royaume à Philippe Auguste. Mais, en France, saint Louis fut le véritable fondateur de cette doctrine de l’indépendance royale et nationale, suggérée par les légistes du Midi, qui s’est appelée depuis le gallicanisme (pourtant, la Pragmatique qu’on lui a attribuée est un faux) (1). Philippe le Bel, s’étant pris de querelle avec Boniface VIII, qui déclarait que toute créature devait obéissance à l’évêque de Rome, se moqua de l’excommunication comme de la mise en interdit et fit insulter et arrêter lepapedansson palais d’Anagni (1303).

(1) Faux dû à un jurisconsulte du xv* siècle, donné comme un acte royal de l’an 1268.— Pragmatique est un mot tiré du grec, synonyme d 'ordonnance réglant les affaires (religieuses).

DE JUSTINIEN A CHARLES-QU INT

29. Le grand schisme d’Occident prit naissance en 1378, à la suite de la dispute de deux compétiteurs à la papauté. Urbain VI s’établit à Rome et Clément VII à Avignon, où un pape français, Clément V, le complice du meurtre juridique des Templiers, avait résidé dès 1305, sous la protection hautaine de Philippe le Bel. Pendant soixante ans, il y eut dans l’Église deux papes et quelquefois trois. Pour mettre fin à ce scandale, les cardinaux convoquèrent les deux conciles de Pise et de Constance. Le premier (1409) élut un pape contre les deux papes, mais n’aboutit pas. Le concile de Constance (1414) se termina par la déposition de deux papes et l’élection de Martin V (1417). « Le concile déclara qu’il était au-dessus du pape; cette vérité était bien claire, puisqu’il lui faisait son procès; mais un concile passe, la papauté reste et l’autorité lui demeure. » (1) L’unité ne fut toutefois rétablie qu’en 1429, par la renonciation de Clément VIII. Enfin, le concile de Bâle (1431), qui élut un antipape contre Eugène IV (1440) et fut dissous par lui, essaya en vain d’obtenir des réformes profondes dans l’Église; la papauté, protégée cette fois par l’Empire, maintint ses prétentions et, fortifiée par la fin du schisme, ne consentit que des réformes insuffisantes.

30. A la fin du xve siècle, la papauté tomba très bas avec Alexandre VI Borgia, homme de goût, ami des art 5, mais dont les débauches scandalisèrent même son temps. Jules II, qui lui succéda, était un vieillard énergique, bâtonnant son entourage, plus occupé de

(1) Voltaire.

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