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SAINT DOMINIQUE

tout entière, hommes et femmes, religieux et laïcs.

36. Les dominicains, plus pratiques que les franciscains, bien qu’également voués à la pauvreté, furent institués en 1216 par l’Espagnol Dominique de Guzman (11 70-1221). On les appela, par un calembour, les « chiens du Seigneur », Dcmini canes. Ils formèrent en effet, une milice de prédicateurs et d’inquisiteurs, dits aussi frères prêcheurs et (en France) jacobins, avec affiliés laïcs, qui mirent un fanatisme inexorable, une obéissance sans .bornes au service des intérêts de la papauté. Franciscains et dominicains ne tardèrent pas à se jalouser et leurs querelles introduisirent ur> nouvel élément de désordre dans ces temps troublés.

37. L’esprit mystique de la Toscane poussa une autre fleur, au xive siècle, avec Catherine de Sienne (1347-1380), qui appartenait au tiers-ordre de saint Dominique. Elle se flagellait trois fois par jour, une fois pour ses péchés,, une autre fois pour ceux des vivants et une troisième fois pour ceux des morts. Fiancée en extase à Jésus, elle crut recevoir de lui l’anneau nuptial; elle crut aussi boire du lait du sein de Marie. Son rôle politique fut considérable et, dans sa charité pour les malades, dans son désir de faire régner la paix parmi les hommes, elle montra plus de bon sens qu’on n’en peut attendre des mystiques. Envoyée au pape Grégoire XI, Limousin, pour l’engager à quitter Avignon et à revenir à Rome, elle y réussit avec l’aide d’une visionnaire suédoise, sainte Brigitte, à laquelle un ange dicta plusieurs lettres pour le pontife (1376). Raymond de Capoue, confesseur de Catherine, avait vu la plupart de ses mitacles. « J’ai été témoin, dit-il

DE JUSTINIEN A CHARLES-QUINT

qu’elle fut transformée en homme, avec une petite barbe au menton, et cette figure, en laquelle elle fut subitement changée, était celle de Jésus-Christ même. » Voilà un témoin digne de créance. Mais sous la puérilité de cette légende, oomme sous celle de saint François stigmatisé (c’est-à-dire portant aux mains les blessures des clous de la croix), on reconnaît l’idée générale de l’assimilation surnaturelle des fidèles à leur -dieu, qui appartient au plus ancien fonds religieux de l’humanité. Catherine, canonisée en 1461, fut une des saintes les plus populaires de la Renaissance italienne. qui célébra ses extases et ses miracles par cent chefs-d’œuvre.

38. Le xie et le xne siècle virent naître des ordres à la fois religieux et militaires. D’abord consacrés au service des blessés, ils se vouèrent, depuis 1118, à la guerre contre les infidèles. Tels furent les hospitaliers (ou chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem), les templiers, les chevaliers teutoniques, les chevaliers Porte-Glaive, ceux de Saint-Jacques de Calatrava et d’Alcan tara en Espagne. Leur but commun fut de combattre, et, accessoirement, de convertir les infidèles et les hérétiques; ils étaient, pour ainsi dire, à l’état perpétuel de croisade et leur activité représente bien l’esprit de prosélytisme par la violence qui avait remplacé, depuisl’an 1000, le prosélytisme par la persuasion. Templiers et hospitaliers étaient d’ailleurs sans cesse en lutte; « dans un combat de ces moines militaires, il ne resta aucun templier en vie. » (1) •

(1) Voltaire.

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