LES SORCIÈRES
avec douleur que tous les territoires germaniques sont remplis d’hommes et de femmes exerçant contre les fidèles le pouvoir malfaisant attribué à la sorcellerie; il en décrit les effets avec une terrifiante abondance de détails... Contester la réalité de la sorcellerie, c’était donc mettre en doute l’autorité du Vicaire de Jésus- Christ. » (i)
Sous le sceptique Léon X, l’ami de Bembo et de Raphaël, des centaines de sorcières furent brûlées dans les vallées lombardes et vénitiennes. Mais ce fut surtout en Allemagne que la rage des inquisiteurs dominicains amoncela les victimes. Deux d’entre eux publièrent un livre stupide, Le marteau des sorcières, indiquant les signes auxquels on pouvait reconnaître ces femmes et les moyens de leur extorquer des aveux. Tout le XVIe et tout le xviie siècle sont remplis d’exécutions de sorcières; on évalue à ioo ooo le nombre des Allemandes jetées au feu. S’il est vrai que les tribunaux civils se montrèrent, en cette matière, plus crédules et plus barbares encore que les tribunaux ecclésiastiques, s’il est vrai que les protestants furent tout aussi acharnés que les catholiques — même en Amérique, en plein xvme siècle — il n’en reste pas moins avéré que l’Église romaine, en donnant une consécration officielle aux poursuites pour sorcellerie, en déléguant Ses inquisiteurs pour la réprimer, porte devant l’histoire la responsabilité d’une frénésie meurtrière, dont la raison reste confondue et humiliée. (2)
(1) Lea, Histoire de V Inquisition, t. III, p. -540.
(2) La plus célèbre affaire de possession au xvti® siècle fut celle d’Urbain Grandier. Ce curé fut accusé d’avoir ensorcelé les
DE JUSTINIEN A CHARLES-QUINT
80. Un seul grand schisme réussit avant la Réforme : ce fut celui de l’Empire d’Orient.
Byzance étant devenue, depuis Théodose, la « nouvelle Rome », il était naturel qu’elle affirmât d’abord sa suprématie à l’égard des autres églises orientales, en particulier de celle d’Alexandrie. Vers 500, l’évêque de Constantinople reçut de l’empereur le titre de patriarche œcuménique, c’est-à-dire de patriarche de l’Empire (non de l 'univers, comme on affecta de le croire à Rome). L’Église d’Occident rendit service à l’Église d’Orient dans l’affaire des images, où le septième et dernier concile avant le schisme, celui deNicée, mit fin à la querelle des Iconoclastes (787). Mais bientôt les prétentions de Rome à gouverner la chrétienté furent jugées intolérables à Constantinople. Dès le ixe siècle, le patriarche Photios s’élevait contre les innovations de l’Église romaine; la lutte s’envenima par suite du désaccord sur la procession du Saint- Esprit. Le Saint-Esprit procède-t-il à la fois du Père et du Fils? Il procède du Père seulement, disaient les Orientaux. C’est la querelle dite du Filioque. On
Ursulines de Loudun, en jetant une branche de laurier au milieu de leur couvent. Poursuivi avec un acharnement atroce par le conseiller Laubardemont, créature de Richelieu, il fut reconnu coupable de magie noire et brûlé vif (1634). Ce qu’il y a de plus extraordinaire dans cette histoire, c’est que le cardinal de Richelieu, qui inspira toute la procédure, paraît avoir cru de bonne foi qu’un curé pouvait ensorceler des religieuses. Cinquante ans après, Bossuet ne parle jamais de sorcellerie.