CAUSES DE LA RÉFORME
s’explique par le nombre de ses causes, religieuses, politiques et sociales.
2. La cause religieuse est la corruption du catholicisme, qui, lorsque Luther vint à Rome (1511), lui parut comme une caricature du christianisme. Paganisé par ses rites et par ses trafics d’indulgences, il avait, par surcroît, perdu le contact salutaire des Écritures. La Réforme voulut l’y ramener; elle y ramena du moins ses adhérents.
3. La cause politique est l’impatience de la domination spirituelle de Rome, de son immixtion dans les choses temporelles; c’est aussi la nécessité de résister aux empereurs, qui se disaient empereurs romains et « marchaient à grands pas au pouvoir despotique. » ( 1 ) On remarque que les succès définitifs de la Réforme ont été obtenus dans des pays où l’influence romaine, du Ier au ive siècle, n’avait pas profondément pénétré. A cet égard, la Réforme n’est que la continuation du mouvement national qui avait soustrait à l’obédience de Rome les anciennes provinces de l’Empire d’Orient; ce fut une réaction du germanisme contre le romanisme.
4. Les causes sociales et économiques sont nombreuses. Les princes et les paysans convoitaient les grands biens de l’Église; les chevaliers « sans avoir » — conti di Allemagna poveri, écrivait le légat du pape — étaient jaloux des riches abbés. Le peuple ne voulait pas être pressuré par les moines et les prêtres. Le clergé séculier s’insurgeait contre les exactions de la curie romaine et la concurrence des ordres monastiques.
(1) Voltaire.
DE LUTHER A L'ENCYCLOPÉDIE
Ces abus étaient déjà anciens; mais l’invention de l’imprimerie (1447), en répandant le goût de la lecture, invitait à penser et permettait à chacun de parler pour tous.
5. On ne passe pas sans transition lente du despotisme à la liberté. Là même où elle l’emporta, la Réforme adopta les principes autoritaires du catholicisme; au lieu de la libre foi individuelle, elle ne «produisit qu’un catholicisme atténué. Le germe de la liberté religieuse était en elle, mais ne se développa et ne porta ses fruits qu’après deux siècles, grâce à la brèche pratiquée par Luther dans le vieil édifice romain. Là où la Réforme échoua, les habitudes furent plus fortes que le désir d’un affranchissement même partiel. En présence des théologiens de Wittenberg et de Genève, intransigeants dans leurs prétentions dogmatiques, beaucoup reconnurent # qu’ils n’avaient que le choix de leurs chaînes et crurent qu’il valait mieux garder celles que la naissance leur avait données. » (1) D’autre part, un Charles-Qnint, un François Ier s’alarmèrent des atteintes qu’une révolution aussi profonde portait au principe d’autorité. ^Monarchistes de leur métier, comme le dira plus tard Joseph II, ils combattirent un mouvement qui menaçait l'autocratie et dont l’aboutissement naturel était le régime démocratique. On vit même Luther, lors de la révolte des paysans, prendre peur et reculer devant les conséquences sociales de ses doctrines. L’Europe, façonnée par dix siècles de catholicisme, était d’autant moins
(1) Voltaire.