‹ OrpheusChapitre 263 sur 359 · MARTIN LUTHER · texte numérisé non relu

MARTIN LUTHER

mûre pour la liberté que la critique des Écritures n’existait pas encore : l’œuvre de Luther devait être complétée par celle d’un pieux catholique de France, Richard Simon.

6. La cause occasionnelle de la Réforme fut une vente forcenée d’indulgences, concédée aux dominicains allemands, sous prétexte d’une guerre contre les Turcs, en réalité pour la construction de Saint-Pierre de Rome. On a dit, dès le xvie siècle, mais on n’a pas établi, que les augustiniens avaient envié ce privilège aux dominicains. Un moine augustinien, Martin Luther, né à EisLeben en 148,3, afficha sur la cathédrale de Wittenberg, à l’gpproche du marchand d’indulgences Tetzel, quatre-vingt-quinze propositions contre les abus de ce commerce (31 octobre 1517). Elles se répandirent en Allemagne comme une traînée de poudre;. Luther avait écrit ce que des milliers de fidèles pensaient tout bas. Une guerre de plume commença entre le dominicain et l’augustinien ; d’autres s’v. mêlèrent et 1! envenimèrent Léon X, ennuyé de cette « querelle de moines », négocia d’abord, puis lança l’anathème. .Luther le traitait fortmal dans son livr cDe.la captivité. de B abylone (oct. 1520), où il fulminait contre les messes privées et contre la transsubstantiation, « mot qui ne se trouve pas dans les Écritures ». Le désaccord le plus grave portait sur la communion. « Luther retenait une partie du mystère et rejetait l’autre. Il avoue que le corps de Jésus^Christ est dans les espèces consacrées,

DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE

mais il y est, dit-il, comme le feu est dans le fer enflammé; le fer et le feu subsistent ensemble. C’est ce qu’on appela impanation, invination, consubstantiation. Aussi, tandis que ceux qu’on appelait papistes mangeaient Dieu sans pain, les Luthériens mangeaient du pain et Dieu ; les Calvinistes vinrent bientôt après, qui mangèrent le pain et ne mangèrent point Dieu. » (i)

7. Pour que la scission fût complète, Luther fit brûler la bulle d’excommunication de Léon X sur la place publique de Wittenberg (décembre 1520) et injuria copieusement le Saint Père : « Petit pape, petit papelin, écrivait-il, vous êtes un âne, un ânon. » Ces façons de parler amusaient la grossièreté allemande « Luther, avec les bassesses d’un style barbare, triomphait dans son pays de toute la politesse romaine. » (2)

8. « Il demanda que les vœux monastiques fussent abolis, parce qu’ils ne sont pas d’institution primitive; que les prêtres pussent être mariés, parce que. plusieurs apôtres l’étaient; qu’on communiât avec du vin, parce que Jésus avait dit : Buvez-en tous; qu’on ne vénérât point les images, parce que Jésus n’avait pas eu d’image; enfin, il n’était d’accord avec l’Église romaine que sur la Trinité, le Baptême, l’Incarnation, la Résurrection. » (3) Luther, sous l’influence de saint Augustin, patron de son ordre, nia également le libre arbitre que ses sectateurs ont admis plus tard, et affirma, au scandale de la Faculté de Paris, que l’étude d’Aristote était inutile pour' l’intelligence des Écritures. Réa-

(1) Voltaire.

(a) là.

(î) Id.

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