‹ OrpheusChapitre 268 sur 359 · CALVIN ET SERVE T · texte numérisé non relu

CALVIN ET SERVE T

forme des prières- et des prêches ; il institua même une juridiction consistoriale avec, droit d’excommunication. » La Réforme avait sans doute raison de fermer les couvents: mais Calvin tendait, à les rétablir sous forme laïquer-et: même à transformer: en couvent tout un canton j

21. Un médecin espagnol, Michel Servet:, qui avait entrevu la circulation du sang avant Harvey et s’était distingué par son courage dans -une épidémie à Vienne (Dauphiné), avait, de Lyon, écrit à Calvin sur la Trinité. Us différaient d’avis là-dessus; ils discutèrent, puis se brouillèrent. L’ouvrage que. préparait Servet parut sans nom d’auteur et fut dénoncé à l’Inquisition de Lyon, par un familier de Calvin; pour appuyer ses. dires,- celui-ci . envoya >. à\ Lyon des lettres de Servet que Calvin- lui livra. « Quel rôle pour un apôtre! Servet, qui: savait qu’en: France on brûlait sans miséricorde tout novateur, s’enfuit tandis qu'on lui faisait son procès. 11 passe malheureusement par- Genève; Calvin lé sait, le dénonce. » Pourtant, Calvin n’était pas le monstre d’intolérance qu’on a dit. Il i écrivait, pou de temps, avant le- procès; de Servet : « En cas que quelqu’un . soit: hétérodoxe, nous ne croyons pas que ce soit une raison pour rejeter cet homme ; nous devons le supporter sans le chasser de l’Église et sans l’exposer à aucune censure comme un- hérétique. >r Ser.vct fut jugé par le Con seil de Genève, corps élu, indépendant de Calvin; le réquisitoire fut même rédigé, par un membre du parti anticalviniste. Le 26 août 1553 Calvin écrivait à son. ami Farel, qui- avait : tenté d’obtenir la rétracta-

DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE

tion de Servet : « J’espère qu’il sera condamné, mais je désire que l’atrocité de la peine lui soit remise. » Et iC 26 octobre : « Demain il sera conduit au supplice; nous nous sommes efforcés de changer son genre de mort, mais en vain. » Le Conseil avait en effet décidé, le 25 octobre, que Servet serait brûlé vif à Champel. Il supporta sa peine avec une stoïque résignation. Le Ier novembre 1903, les calvinistes de Genève ont élevé un monument à la mémoire du savant martyr. Ce crime génevois doit être jugé comme ceux de la Terreur: ce fut un fruit de l’éducation intolérante donnée par l’Église romaine à l’Europe.

22. Voltaire remarque que certaines lettres de Luther ne respirent pas un esprit plus pacifique que celles de Calvin; mais les protestants répondent « qu’ils croient suivre les dogmes de la primitive Église, qu’ils ne canonisent point les passions de Luther et de Calvin ». Et Voltaire ajoute : « Cette raison est sage. L’ esprit de philosophie a enfin émoussé les glaives. Faut-il qu’on ait éprouvé plus de deux cents ans de frénésie pour arriver à ces jours de repos! » Quand Voltaire écrivait cela, les jours de frénésies nouvelles n’étaient pas loin.

23. Tous les éléments de la Réforme existaient en Angleterre depuis Wycleff; il fallut le caprice d’un prince pour les amener à maturité.

24. « On sait que l’Angleterre se sépara du pape parce que le roi Henri VIII fut amoureux. Ce que

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