LA CONTRE-RÉFORMATION
28. « Ces exécutions n’empêchaient pas le progrès du calvinisme. On brûlait d’un côté, et on chantait de l’autre en riant les Psaumes de Marot, selon le génie toujours léger et quelquefois très cruel de la nation française. Toute la cour de Marguerite était calviniste; la moitié de celle du roi l’était. Ce qui avait commencé par le peuple avait passé aux grands; il y avait dans le Parlement de Paris plus d’un membre attaché à la Réforme. » (1) Henri II fit arrêter cinq conseillers, entre autres Anne du Bourg, qui fut pendu et brûlé sous François II.
Dans la noblesse française, le succès de la Réforme ne fut pas seulement l’effet de la Renaissance et des clartés qu’elle répandait sur les esprits ;* voyant les chevaliers allemands enrichis des dépouilles des abbayes, ceux de France se promettaient pareille aubaine. Aussi, dans les guerres de religion qui ensanglantèrent la seconde partie du xvie siècle, l’instinct de rapine et de pillage était aussi vif des deux côtés. A cette époque néfaste, d’honnêtes gens comme le chancelier de l’Hôpital et l’amiral de Coligny sont de très rares et admirables exceptions.
29. Ce qu’on appelle la Contre-Réformation est la réforme de l’Église romaine sous la menace de la Réforme protestante. C’est, à certains égards, une « infiltration protestante » dans le romanisme, non
,1) Voltaire.
DE LUTHER A L'ENCYCLOPÉDIE
pas assurément dans les dogmes et dans les rites, mais dans la discipline du clergé. Non seulement les papes devinrent, pour la plupart, des hommes respectables, dont la seule faiblesse fut de donner des charges lucratives à leurs neveux ( nipoti , d’où le mot -népotisme ) ; mais les prêtres et les moines furent mieux surveillés, leurs devoirs mieux définis; on cessa de vendre publiquement des indulgences et l’on rendit obligatoire, dans la confession, l’édicule appelé confessionnal, qui obviait au péril de certaines conversations.
30. Instruite par de douloureuses épreuves, T Église, sans cesser de conseiller la violence aux pouvoirs civils, chercha de gagner ou de regagner les âmes par des moyens phis doux. Elle fut admirablement secondée dans cette tâche par les jésuites qui s’emparèrent peu à peu de l’éducation de la jeunesse et, par la confession, de la conscience des grands. Des sociétés de: laïcs, plus ou moins affiliées aux jésuites, se formèrent un peu partout, pour travailler « à la plus grande gloire de Dieu ». Des publications récentes nous ont fait connaître l’une d’elles, qui exerça en France, de 1627 à 1666, une action puissante et mystérieuse : c’est la Confrérie du Saint-Sacrement, que Ton appelait la Cabale des dévots. (1) Le secret dont elle entoura ses œuvres charitables s’explique par le but essentiel de son activité : un espionnage savamment organisé dont l’objet était d’atteindre, dans leur considération ou dans leurs biens, les incroyants et les héré-
(1) C’est peut-être contre cette cabale, devenue suspecte au pouvoir, que Molière écrivit le Tartufe, représenté à Versailles par ordre de Louis XIV (1664).