LES JÉSUITES
pecter la leur, ils furent chassés du Japon et le christianisme y fut proscrit (1637), dès que le peuple intelligent de ces îles comprit qu’on en voulait à sa liberté.
34. Dans la guerre contre la Réforme, les jésuites ont joué un rôle aussi considérable que les dominicains dans la guerre moins périlleuse contre l’hérésie albigeoise. Jusqu’à nos jours, mêlés à toutes les luttes politiques et religieuses, ils ont suscité des admirations et des haines également passionnées. L’histoire ne peut d’ailleurs parler d’eux que sous réserve, car personne ne sait au juste où sont les archives de l’ordre et aucun laïc indépendant n’a encore été admis à les explorer.
35. Le fondateur de cette illustre compagnie fut Ignace de Loyola, gentilhomme de Guipuscoa (1491- 1556). Blessé au siège de Pampelune, il se tourna vers le mysticisme, à la suite d’uqe lecture de la Vie des Saints. Après un pèlerinage en Orient, il vint, à 33 ans, étudier à Salamanque, puis àParis. Là il forma un petit groupe qui se voua d’abord à la prédication. Paul TTT promulgua, en 1540, la bulle d’institution des jésuites dont le quatrième vœu comportait l’obéissance absolue au pape Loyola rédigea ou plutôt compila un ouvrage, Exercices spirituels, où il traça le programme de la société en représentant Dieu comme un général dont les jésuites étaientles officiers. L’ancien soldat qu’était Ignace sut imprimer à son ordre ces principes de discipline, cette allure militaire qmi ont été pour beaucoup
DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE
dans son succès. Peut-être s’inspira-t-il à cet égard, dans une certaine mesure, des confréries religieuses et militaires de l’Islam, qu’avaient déjà imitées, au moyen âge, les ordres des hospitaliers et des templiers.
36. Loyola trouva deux auxiliaires énergiques. Lai nez et Salmeron; après lui, la Société ne manqua jamais d’hommes de talent. « On les a vus depuis gouverner plusieurs cours de l’Europe, se faire un grand nom par l’éducation qu’ils ont donnée à la jeunesse (entre autres à Voltaire), aller réformer les sciences à la Chine, rendre pour un temps le Japon chrétien et donner des lois aux peuples du Paraguay. A l’époque de leur expulsion du Portugal, ils étaient environ 1 8 000 dans le monde, tous soumis à un général perpétuel et absolu, liés tous ensemble uniquement par l’obéissance qu’ils vouent à un seul... Cet ordre eut beaucoup de peine à s’établir en France. Il naquit, il s’éleva dans la maison d’Autriche, alors ennemie de la France, et fut protégé par elle. Les jésuites, du temps de la Ligue, étaient les pensionnaires de Philippe II. Les antres religieux, qui entrèrent tous dans cette faction, excepté les bénédictins et les chartreux, n’attisaient le feu qu’en France : les jésuites le soufflaient de Rome, de Madrid, de Bruxelles, au milieu de Paris. » (1)
37. En face de l’Église romaine, centralisée pour la lutte, les Églises de la Réforme présentent le spectacle
(1) Voltaire.