LES ÉGLISES RÉFORMÉES
•du morcellement. Étroitement unies au pouvoir -civil, elles sont nationales, non pas universelles, et si l’Église romaine tend à dominer les autorités séculières, elles s’en font trop volontiers les instruments. Un autre caractère qui leur est commun est la part considérable faite à l’élément laïc, qui n’est pas séparé des pasteurs par le mariage. En Angleterre et dans les pays Scandinaves, on garda une hiérarchie analogue à celle des catholiques : ce sont des pays à évêques ou épiscopaliens. Les calvinistes de Suisse, de France, de Hollande, d’ Écosse, préférèrent le système synodal ou presbytérien , ainsi nommé parce que les synodes ou conseils d’anciens (presbyteroi, en grec), à l’imitation de la primitive Église, ont la direction des affaires spirituelles. Les luthériens, à défaut d’évêques, eurent des surintendants. Enfin, en Angleterre surtout, des sectes dites indépendantes ou congrégationalistes n’admettaient aucune hiérarchie et se gouvernaient ellesmêmes. Quant au culte, les Églises de la Réforme s’accordèrent à bannir les images, les reliques, l’invocation des saints; mais les détails varièrent avec la rigueur des principes. L’Église anglicane resta fort voisine du catholicisme; sous le nom d 'Église haute, elle s’en est encore rapprochée au xixe siècle. L'Église luthérienne fit une grande place à la musique et au chant; les églises calvinistes n’admirent pas plus la musique instrumentale que les images et tolérèrent seulement les psaumes et les cantiques. Partout les langues nationales remplacèrent le latin dans la liturgie et l’importance de la prédication l’emporta sur celle des actes magiques ou rituels.
DE LUTHER A L’ENCYCLOPEDIE
38. L’esprit de l’Inquisition fut comme incarné en Philippe II. Devant un crucifix, il jura d’exterminer les quelques protestants d’ Espagne et les fit brûler sous les fenêtres de son palais. Apprenant qu’il y avait des hérétiques dans une vallée du Piémont, il écrivit au gouverneur de Milan : Tous au gibet. On parlait de réformateurs en Calabre; Philippe ordonna qu’on les passât au fil de l’épée et qu’on en réservât 60, dont 30 pour la. corde et 30 pour le feu. On ne s’étonne pas que ce monstre laborieux ait employé un bourreau comme le duc d’Albe pour soumettre les Pays-Bas protestants où il avait établi l’Inquisition (1565).
39. « Guillaume le Taciturne n’avait ni troupes, ni argent pour résister à un monarque tel que Philippe II. Les persécutions lui en donnèrent. Le nouveau tribunal établi à Bruxelles jeta les peuples dans le désespoir. Les comtes d’Egmont et de Horn, avec 18 gentilshommes, ont la tête tranchée; leur sang fut le premier ciment de la République des Provinces- Unies. » (1) Quand le duc d’Albe fut enfin rappelé, il se vantait d’avoir fait exécuter 18 000 personnes. Fureurs inutiles! L’Union d’Utrecht vit naître, dans les sept provinces unies, la liberté politique de la Hollande (1579). Mais la liberté religieuse est le fruit d’une longue éducation et la Réforme hollandaise fut loin
(1) Voltaire.