‹ OrpheusChapitre 287 sur 359 · LA PERSÉCUTION DE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

LA PERSÉCUTION DE PORT-ROYAL

condamnation des cinq propositions; elles refusèrent. On allait prendre des mesures rigoureuses, quand la nièce de Pascal, pensionnaire de Port-Royal, fut guérie d'une fistule lacrymale, en baisant une épine de la couronne de Jésus-Christ. Les jésuites nièrent le miracle; mais Racine et Pascal y crurent, ce dernier au point d’y voir la preuve que les cinq propositions étaient vraies 1 La campagne contre les jésuites se déchaîna, à la faveur de la crédulité mise en émoi. « On tentait toutes les voies de les rendre odieux. Pascal fit plus, il les rendit ridicules. Les Lettres Provinciales, qui paraissaient alors, étaient un modèle d’éloquence et de plaisanterie. Les meilleures comédies de Molière n’ont pas plus de sel que les premières Provinciales; Bossuet n’a rien de plus sublime que les dernières. » (i) Sans doute ; mais, à y regarder de près, ce que Pascal dénonce chez les jésuites, exception faite pour quelques écarts de plume, c’est le modernisme moral, l’esprit préféré à la lettre, le progrès.

65. Clément X, Italien subtil, rétablit un semblant de paix; le jansénisme, que protégeait la duchesse de Longueville, sœur du grand Condé, en profita pour s’étendre encore. Le roi et les jésuites reprirent la guerre. Âmauld dut s’exiler; il mourut très âgé à Bruxelles (1694.) Une nouvelle bulle de Clément XI (1705) fut soumise à la signature des religieuses de Port-Royal; sur leur refus, on les dispersa de nouveau. Bien plus, en 1709, le lieutenant de police fit démolir leur maison; en 171T, on osa déterrer les corps qui

ji) Voltaire.

DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE

étaient dans le cimetière de l’église. Le vieux Boileau lui-même en frémit; il termina ainsi sa belle épitaphe du « grand Arnauld «/dont la dépouille, inhumée en Belgique, était soustraite à la vengeance des jésuites:

Et même par sa mort leur fureur mal éteinte N’aurait jamais laissé ses cendres en repos,

Si Dieu lui-même, ici, de son ouaille sainte A ces loups dévorants n’avait caché les os. (i)

66. Un oratorien, le P. Quesnel, ami et compagnon d’Arnauld, avait écrit un livre de piété qui fut d’abord approuvé par Clément XI ; ce livre était dédié au cardinal de Noailles, archevêque de Paris, prélat honnête et détesté des jésuites. Ceux-ci, devenus toutpuissants depuis -que le P. de La Chaise dirigeait la conscience de Louis XIV, dénoncèrent Quesnel qui se retira à Amsterdam où il mourut. La condamnation du livre de Quesnel, entaché de jansénisme, fut demandée à Rome et obtenue du même pape qui en avait autrefois dit du bien. Après la mort du P. de La Chaise, le confesseur jésuite du roi fut Le Tellier, méchant homme qui voulait la perte du cardinal de Noailles. Il arriva à ses fins grâce à la faiblesse de Louis XIV, qui sollicita du pape la fameuse constitution Unigenitus (1713). Cette bulle condamnait 101 propositions plus ou moins jansénistes de Quesnel, la plupart complètement inofïensives. Le cardinal de Noailles ne l’accepta point et réclama auprès du pape; le roi défendit au cardinal de paraître à la cour. Le

(1) Cette épitaphe ne parut qu’après la mort de Boileau.

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