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LE JANSÉNISME

L’une est la Réforme protestante, qui fut une renaissance de l’esprit religieux; l’autre fut le jansénisme, dont un jésuite disait que c’était « un calvinisme barbouillé ».

63. La querelle fameuse des jésuites et des jansénistes en France répondit à la querelle hollandaise des arminiens et des gomaristes. Cornélius Jansen, évêque d’Ypres, avait écrit un gros ouvrage sur saint Augustin, en trois volumes in-folio qui parurent après sa mort et trouvèrent en France quelques lecteurs. Dans ce livre, Jansen épousait les opinions de saint Augustin sur la grâce, réduisant à presque rien, comme Calvin, la part de la volonté humaine dans l’œuvre du salut. Les jésuites, gens pratiques et de bon sens, ne pouvaient admettre cette doctrine, non pas qu’elle soit théologiquement fausse, mais parce qu’elle tendait, comme le calvinisme, au mépris des œuvres dont profitaient l’Église et, il faut l’ajouter, la société tout entière. En revanche, ceux qu’on appela en France les jansénistes, groupés autour de l’abbaye de Port- Royal — Duvergier, abbé de Saint-Cyran, les Arnauld, Nicole, Pascal — épousèrent le jansénisme en haine des jésuites dont quelques-uns, comme les Arnauld, étaient les ennemis personnels pour d’autres motifs. Ils prirent prétexte d’une divergence d’opinions sur une question sans issue pour discréditer leurs adversaires. Ces derniers, soutenus par Rome, puissants par la confession et par leurs richesses, finirent par avoir le dessus; un siècle entier fut agité de ces dissensions. Les détails de cette longue controverse sont ridicules; on aurait tort de s’en charger la mémoire.

300 DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE

Mais les hommes qui combattirent ainsi la religion facile des jésuites, et les saintes femmes qui se joignirent à eux, comme la mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal, imposent encore par l’intensité de leur vie morale, la gravité de leur pensée, leur -courage tranquille. « Ces Messieurs de Port-Royal » sont de grandes figures de doctrinaires qui dominent la bassesse et la corruption de leur temps.

64. Les jésuites obtinrent à Rome, en 1641, la condamnation du livre de Jansénius. La faculté de théologie de Paris y dénonça cinq propositions. Ces propositions étaient extraites du livre quant au sens, mais non quant an texte; de là une interminable querelle : les cinq propositions sont-elles ou ne sont-

«elles pas dans Jansénius? Innocent X condamna à son tour les cinq propositions, mais sans citer les pages d’où elles étaient tirées. Arnauld, écrivain fécond et pur, reprit la lutte : les propositions étaient dans saint Augustin; c’est donc ce grand Père de l’Église qu’on condamnait. Là-dessus, Arnauld avait raison. « Les jansénistes affirmaient que leur système, la céleste doctrine de saint Augustin, était la véritable tradition de l’Église. Ils n’avaient pas tout à fait tort; mais leur erreur était de vouloir imposer saint Augustin à une Église qui l’avait en partie abandonné. » (1) La Sorbonne exclut Arnauld en 1654, mais ne le fit pas taire. Persécuté, il eut d’autant plus d’amis. Les évêques de France voulurent obliger même les religieuses de Port-Royal de souscrire à la

II) Loisy, Quelques lettres, p. 175.

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