LE CULTE DU SACRÉ-CŒUR
du- cœur sanglant de Jésus-Christ (1675) ; elle lui donna le sien et reçut celui de Jésus en échange. Son confesseur jésuite, le P. La Colombière, exploita les dires de cette folle et fonda un nouveau culte de latrie que Rome commença par condamner énergiquement Mais des confréries spéciales répandaient le cordico coliime sous la protection des jésuites, en dépit des attaques des jansénistes, surtout en France, en Allemagne et en Pologne. Pie VI s’inclina devant l’idolâtrie des fidèles et autorisa le culte. Pie IX fit mieux : il institua, pour toute l’Église, la fête du Sacré-Cœur (1856) et prononça la béatification de Marie AJ acoque (1864). Alors que l’Église avait d’abord insisté sur le caractère symbolique du cœur, le matérialisme mystique des jésuites, d’accord avec l’esprit du xixe siècle, proposa l’adoration du cœur réel du Sauveur; cette conception de primitifs a obtenu l’approbation de Pie IX. Les images peintes du Sacré-Cœur. ont. pénétré dans toutes les églises. L’AssembléeNationale de 1871 déclara d’utilité publique la construction, à Montmartre, d’une basilique sous le vocable du Sacré- Cœur; commencée en 1875, elle domine aujourd’hui Paris de sa masse blanche. Elle y restera comme un monument de la théologie jésuitique et de la crédulité sans bornes de l’esprit humain.
73. La facilité des communications au xixe siècle a multiplié les pèlerinages et amené des foules croissantes au pied des autels privilégiés, des reliques des saints, au bord des piscines miraculeuses. L’exploitation commerciale de la foi est allée de pair avec l’exaltation mystique qu’on a cherché, par tous les
moyens, à stimuler. Ceux qui voudront être édifiés à cet égard liront le Dossier des Pèlerinages de Paul Parfait. De tous les ordres religieux qui ont encouragé ces pratiques, celui des jésuites est au premier rang; les congrégations savantes et paisibles, telles que celles des bénédictins et des oratoriens, se sont tenues significativement à l’écart. En France, la fureur des pèlerinages s’est surtout développée sous la troisième République; un journal spécial, le Pèlerin, tiré à des centaines de milliers d’exemplaires, entretient le zèle des ignorants par des récits de miracles, et la société riche, voltairienne au début du xvme siècle, jésuitique à l’aurore du xxe, adopte ces formes basses de la dévotion par crainte des conséquences politiques et sociales de la liberté.
74. Une bigote, Mlle de la Merlière, s’avisa, dit-on, en 1846, de se costumer en jaune, avec un chapeau en pain de sucre, et d’ « apparaître » sur la montagne de La Salette (Isère) à deux petits bergers, en se révélant à eux comme la Sainte Vierge. Bien qu’un procès ultérieur ait démasqué la fraude, contre laquelle le cardinal archevêque de Lyon avait protesté tout de suite, l’enquête canonique aboutit, en 1847, à la proclamation du miracle par l’évêque de Grenoble. Une congrégation se fonda pour l’exploiter; on fit et l’on fait encore des pèlerinages à La Salette, où l’eau d/une source s’est montrée féconde en guérisons.
75. « Trois ans environ après le jour où, par un acte solennel du pape Pie IX, la Sainte Vierge Marie était déclarée exempte de la tache originelle, dans une petite ville des Pyrénées françaises elle apparaissait eiie-même