LES MIRACLES DE LOURDES
à une humble enfant du peuple et, interrogée sur son nom, elle répondait : Je suis l’ Immaculée Conception. C'était la définition du ciel après celle de la terre. Une doctrine venait d’être enseignée au monde par l’Église : Dieu y mettait sa signature. » (i) Bernadette Soubirous, la petite fille à qui la Vierge Marie déclara qu’elle s’appelait du nom d'un dogme, ce qui évidemment n’avait pas le sens commun (2), vit plusieurs fois la Sainte Vierge, de février à juillet 1858; puis elle vécut vingt ans encore, recueillie par les religieuses « en qualité de malade indigente », mais « sans que le céleste spectacle frappât de nouveau ses yeux éblouis et charmés ».
L’autorité ecclésiastique ne laissa pas échapper un si beau miracle. Elle y fut d’ailleurs poussée par la crédulité populaire, qui fit de la grotte un but de pèlerinages. Bientôt, le bruit trouva créance que l’eau de la source guérissait toutes les maladies et le commerce religieux s’en mêla. La grotte devint un sanctuaire au-dessus duquel on construisit une église grandiose; la petite ville se couvrit d’hôtels et de pensions; des centaines de milliers de
( 1) G. Bertrin, Histoire critique (sic) des événements de Lourdes, aouv. éd.., Paris, 1908.
(2) L’erreur s’explique par une confusion née de la légende inscrite sous une image de sainteté. Les images coloriées de la Vierge, avec la légende L’ Immaculée Conception, se répandirent uirtout depuis 1852, date de l’acquisition pour le Louvre, au pris inorme de 615 000 francs, du célèbre tableau de Murillo qui est connu sous ce nom. Quelque chose d’analogue se produisit autrefois à Athènes (Actes, 17, 18), lorsque les philosophes crurent que saint Paul y annonçait une divinité étrangère, Anastasis (la Résurrection), devenue Sainte-Anastasie.
pèlerins y accoururent et un grand nombre de guérisons miraculeuses furent constatées au sortir de la piscine. On en constatait aussi, il y a vingt siècles, au sortir des dortoirs d’Esculape à Épidaure et à Cos; savoir si elles sont dues à la suggestion ou aux qualités radio-actives de l’eau, est une question non point religieuse, mais scientifique. Les « Pères de la grotte » sont devenus puissamment riches et le gouvernement ménage leur industrie, pour ne pas ruiner la ville de Lourdes. La consécration officielle du culte fut donnée par Léon XIII, qui plaça dans les jardins du Vatican un modèle de la grotte et de l’église. Mais le concile de Trente ayant décidé, dans sa 25e session, que les miracles nouveaux seraient reconnus et approuvés par les évêques avant d’être publiés, les cas de guérison sont toujours soumis à l’Église. Le 14 juin 1908, la Semaine religieuse de Paris a publié une ordonnance de l’archevêque de Paris, Mgr Amette, portant que cinq guérisons de jeunes filles, opérées à Lourdes de 1891 à 1899, et étudiées avec le plus grand soin par des commissaires, devaient être attribuées à une intervention spéciale de Dieu, obtenue par l’intercession de la Très- Sainte Vierge, et considérées comme « des faits miraculeux ». (1)
76. Ceux que la dévotion conduit à Lourdes ne cherchent pas à faire leur salut dans l’autre monde,, à se préparer une éternité bienheureuse; leurs préoccupations les plus pressantes sont toutes matérielles
(1) De 1905 à octobre 1908, une vingtaine d’ordonnances épiscopales de ce genre ont été promulguées; il y a toujours un certain nombre de « guérisons » soumises à des études canonioues.