LES MISSIONS
velée de Pascal ; on la trouve aussi chez Bonald et Lamennais. Rome maintient qu’il ne peut y avoir désaccord entre la foi et la raison, que l’emploi de la raison, don de Dieu, précède l’acte de foi. Malgré la condamnation réitérée par le concile du Vatican (1870), le fidéisme a fait de nombreuses recrues dans le monde catholique, surtout en France, où Brunetière, Blondel, Laberthonnière, Le Roy s’en sont montrés plus ou moins imbus. Dans son principe et dans ses conséquences, il toucheau modernisme, au pragmatisme et au symbolisme des Alexandrins du 111e siècle. On a même pu dire que le modernisme de Loisy était la forme historique du fidéisme, comme le catholicisme de Brunetière en était la forme sociale. Le fidéisme avait sa raison d’être lorsque la critique historique n’était pas née ; aujourd’hui qu’elle est devenue une science positive, tout système qui en fait abstraction s’expose au soupçon d’en faire fi.
95. Jusqu’au début du xvme siècle, les missionnaires de l’Évangile ont surtout été des catholiques; depuis cette époque, les sectes protestantes, en particulier celles de l’Angleterre et des États-Unis, ont exercé une activité plus grande encore. C’est par dizaines de millions qu’il faut compter aujourd’hui les sommes que catholiques et protestants dépensent, dans les pays non chrétiens, pour construire et entretenir des églises, des noviciats, des écoles, des hôpi-
taux, pour répandre des Bibles et des catéchismes en. toutes langues. Cet argent n’est pas toujours bien dépensé. On ne louera jamais trop le courage et l’abnégation de certains missionnaires, d’un Hue, d’un Livingstone, qui ont servi à la fois la cause de la civilisation et celle de la science; des milliers de héros obscurs sont tombés ainsi au champ d’honneur, victimes de maladies et souvent de cruels supplices. Mais trop souvent aussi le zèle indiscret des missionnaires» leur immixtion dans les affaires intérieures des États, leurs rivalités nationales et confessionnelles ont jeté la déconsidération sur leurs travaux. En Chine, notamment, ils furent responsables de la haine qu’éveillaient les étrangers, par la protection accordée aux convertis, les pires éléments de la population.
96. Le centre des missions catholiques est la congrégation romaine de la Propagande {De propaganclâ fide) ; l’oeuvre la plus importante est la Société de Saint-Xavier à Lyon, qui dispose d’un budget annuel dé 7 millions. Une société française, dite de la Sainte-Enfance (1843), a dépensé près de 80 millions en un demi-siècle, pour assurer le baptême des enfants païens en danger de mort ; c’est la Chine surtout qui a bénéficié de cette prodigalité vraiment puérile. Les missions protestantes, anglaises et américaines, dépensaient chaque année, vers 1910, près de 60 millions de francs ; l’Allemagne protestante contribuait pour 6 millions à la même œuvre, la France et la Suisse ensemble pour un million. L’Église russe avait des missionnaires en Sibérie ; le buddhisme en envoie dans tout l’Extrême-Orient, et l’islamisme surtout