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LA CRITIQUE CATHOLIQUE

écrivait naïvement Paul Bourget. Quelle pire injure aux milliers de prêtres instruits et probes du clergé catholique, qui ne peuvent cependant pas changer d’opinion comme on change de soutane, ou, à l’exemple des snobs que M. Bourget connaît si bien, souscrire d’un cœur léger au credo de la maison où l’on dîne! Le modernisme condamné, Rome exigea des prêtres le serment antimoderniste ; il n’y eut plus de modernistes avoués dans l’Église, mais le modernisme y fut partout. C’est un mouvement irrépressible, parce qu’il se fonde sur la science catholique. L’orthodoxie a pu longtemps se défendre contre les libelles des laïcs et l’érudition agressive des protestants; l’originalité et le péril du modernisme, c’est qu’il est né dans l’Église même, au pied des autels (i), qu’il est le produit du savoir de clercs, lesquels, en étudiant les textes, sont arrivés à des conclusions plus radicales encore que les protestants et les historiens libéraux.

93. La thèse acceptée de l’Église romaine, c’est que l’autorité des Livres Saints est garantie par ' l’Église et que l’autorité de l’Église est fondée sur celle des Livres Saints. N’y a-t-il pas là cercle vicieux ? Le protestantisme crut pouvoir se contenter de l’autorité des Livres Saints, démontrée par la lecture même de ces livres. Mais le modernisme, ou, pour être plus

(1) • Les modernistes sont profondément catholiques et on peut dire qu’ils sont plus catholiques que le pape, car, si lui se croit le droit de les excommunier, eux ne se sentent pas capables de vivre sans lui. S’il n’est pas prêt à les comprendre, ils l’attendront, et c’est ce besoin de communion qui caractérise avec tant de puissance l’effort des novateurs. » (P. Sabatier.

Le Protestant, 14 nov. 1908.)

exact, la gauche moderniste constate que ni l’existence de Dieu, ni la mission rédemptrice, ni la divinité et les miracles de Jésus, ni un seul dogme, ni un seul sacrement, ne peuvent être fondés sur la base historique des Écritures, qui est trop fragile. On reste en présence d’un grand fait qui, lui, est historique : c’est l’Église, inspirée des Écritures, à l’ombre de laquelle des centaines de millions d’âmes ont vécu, qui est la réalisation des Écritures à travers les âges, quelle que soit d’ailleurs l’autorité historique de celles-ci. L’Église a pu promulguer des dogmes, qui ont évolué comme elle, mais non pas des vérités historiques, qui relèvent de la critique seule. Donc, tout l’édifice est sans fondement ontologique : c’est pourtant un édifice, l’un des plus magnifiques qui soient au monde, et cela suffit à qui veut s’y abriter. Ainsi élargi, il peut recevoir non seulement des protestants et des juifs, mais tous les hommes de bonne volonté. L’évolution du temple chrétien en fait une maison de refuge pour toute l’humanité. Telles sont, du moins, les consé-

•quences que l’on peut tirer de la thèse du modernisme; il est évident que l’ Église romaine ne saurait les accepter et non moins certain que son orthodoxie étroite est condamnée à sombrer tôt ou tard dans le discrédit.

94. L’Église n’a pas seulement à compter avec le modernisme érudit, mais avec des tendances philosophiques parallèles. Grégoire XVI, en 1834, condamna la thèse dite f déiste d’un abbé strasbourgeois, Bautain, suivant laquelle la raison est impuissante à «établir des vérités dont il faut demander le bienfait dL la foi traditionnelle. Cette doctrine était renou-

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