L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE
99. Au xne siècle, l’esclavage tendit à disparaître dans le nord-ouest de l’Europe; mais le servage y subsista jusqu’au xviii® siècle. Au midi et à l’est, par suite du contact avec l’Islam, l’esclavage se maintint beaucoup plus longtemps; les Croisés eurent même comme esclaves des chrétiens grecs. La renaissance du droit romain, le respect d’Aristote — qui considérait l’esclavage comme de droit naturel — furent des obstacles à la réforme que les moines d’Orient avaient préparée dès le Ve siècle. On vit des esclaves sarrasins à la cour de Rome au XVe siècle et Paul III, en
1548, confirma encore aux laïcs et aux clercs le droit
d’en posséder. L’importation d’esclaves nègres au Portugal commença en 144a; en 1454. ce commerce fut sanctionné par Nicolas V. Dans le Nouveau Monde, Espagnols et Portugais réduisirent les indigènes à un état pire que l’esclavage; comme ils mouraient en foule par suite du travail forcé dans les mines, le dominicain Bartolomé de Las Casas, pour les sauver, conseilla d’importer des nègres. On suivit son conseil et, à la fin de sa vie, il s’en repentit, comprenant, mais trop tard, que les nègres étaient des hommes comme les Indiens. La traite des nègres devint un métier très fructueux, entraînant, tant en Afrique qu’en Amérique, d’horribles brutalités. Dès 1790, il y avait 200000 nègres en Virginie. La rivalité économique entre le nord et le sud des États- Unis actuels fut pour quelque chose dans la campagne abolitionniste, qui débuta dans le nord ; mais les qua kers de Pensylvanie, qui condamnèrent le commerce ces nègres dès 1696 obéissaient à des motifs religieux.
En 1776 encore, la Chambre des Communes repoussa une motion de David Hartley « que le commerce des esclaves était contraire aux lois de Dieu et aux droits de l’homme ». Sans se décourager, les quakers anglais formèrent en 1783 une association anti-esclavagiste; d’autres prirent naissance en Amérique. Il était réservé à Wilberforce (1759-1833), membre de la Chambre des Communes, de faire abolir la traite par l’Angleterre (1807), à l’exemple du Danemark, qui avait pris les devants en 1792. En France, la Convention proclama l’affranchissement des esclaves (1794), mesure qui fut rapportée sous le Consulat (1802). L’esclavage n’a disparu des colonies anglaises qu’en 1833, des colonies françaises qu’en 1848. Il a fallu une longue guerre (1860-1865) pour qu’il fût supprimé aux États-Unis. La sagesse de Dom Pedro, depuis 1871, en a délivré progressivement le Brésil; enfin, un prélat français, Lavigerie, s’est employé avec beaucoup d’ardeur à combattre, en Afrique, la traite qui a encore pour objet de pourvoir les musulmans d’esclaves nègres. Le congrès anti-esclavagiste de Bruxelles (1889) a pris des mesures, d’ailleurs peu efficaces, à cet égard. On regrette d’ajouter que certaines formes d’esclavage, notamment le travail forcé des noirs, sont encore pratiquées dans les colonies européennes d’Afrique et que les coolies chinois sont souvent traités comme des esclaves là où ils sont employés dans les mines ou à des travaux publics. Dans cette longue lutte contre une coutume exécrable, la part du clergé catholique a été bien plus faible que oelle du clergé protestant.