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L’ENSEIGNEMENT DES RELIGIONS

Mais comme la libre pensée, sans un savoir solide ^ui l’étaye, n’est qu’un dogmatisme à rebours, laissant le champ ouvert à d’autres entreprises sur la raison, un des devoirs les plus pressants du xxe siècle est de fortifier la raison par l’étude, en vue de l’exercice calme et réfléchi de la pensée libre.

102. L’enseignement religieux, qui subsiste presque partout en Europe, a été supprimé dans les écoles françaises, ces « écoles sans Dieu », comme les appellent leurs détracteurs. Mais, d'autre part, au nom dé la neutralité scolaire, on a fait un devoir strict aux maîtres de ne jamais parler religion à leurs élèves. Ce silence se conçoit à l’école primaire, où l’esprit des enfants est trop peu cultivé pour recevoir une culture scientifique. Mais les adolescents, les élèves des collèges et des lycées, ne savent rien du Pentateuque, des Prophètes, des Évangiles, de l’origine et de l’évolution des dogmes, sinon les erreurs historiques apprises au catéchisme ou les inepties à peine préférables que débitent les libres penseurs d’estaminet. En pays protestants, on connaît un peu mieux les textes bibliques, mais on les lit d’ordinaire sans les comprendre et la critique en est réservée aux seuls savants. Ainsi entendue, la neutralité scolaire est à la fois un manquement aux devoirs de l’État qui enseigne et une abdication au profit de ceux qui propagent l’erreur. Non seulement en France, mais dans le monde entier, le salut de l’humanité pensante doit être cherché dans l’enseignement, et s’il est un devoir que l’enseignement secondaire et post-scolaire ait à remplir, c’est d’apprendre aux adolescents, aux futurs pères de famille, en quoi con-

sistent les religions, quand et comme quoi elles ont répondu à un besoin universel, quels services indéniables elles ont rendus, mais aussi ce que les générations passées ont souffert de l’ignorance et du fanatisme, sur quelles fraudes littéraires s’est établie, au moyen âge, la domination de l’Église, enfin quelles perspectives consolantes ouvrent à l’esprit humain le règne de la raison et l’affranchissement de la pensée.

J’ai voulu contribuer par ce petit livre à l’enseignement d’une science si nécessaire. Ceux qui l’auront lu ne seront pas désarmés devant la vieille et lourde artillerie de l’apologétique et quand, d’autre part, M. Homais prétendra les éclairer au nom de Voltaire, ils sauront répondre que la science du xixe siècle leur a révélé, sur l’essence des religions et leur histoire, des vérités que Voltaire ignorait encore.

BIBLIOGRAPHIE

Mêmes indications générales que pour le chapitre X.

1. — A. Lorand, L’Etat et les Eglises (textes constitutionnels réglant leurs rapports dans les différents pays), Brux., 1904.

2. — H. Brémoud, Hist. litt. du sentiment relig. en France, t. IV, 1920.

3-4- — En général, voir Lansou, Hist. îe la litt. française. 1894.

■ — Sur Voltaire Lanson, Voltaire , 1900 ; Nourrisson, Voltaire et le voltairianisme 1896 ; sur J.- J. Rousseau : L. Ducros, 3 vol., 1918.

6.— Sur le chevalier de La Barre médiocre libertin : Marc Chassaigne, Le proès du chevalier de L. B.. 1921, et Aulard, Grande Revue, août 1921.

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