RELIGIONS ET PATRIOTISME
stimulèrent les œuvres charitables, écloses de toute part ou réveillées ; mais le patriotisme et l’amour de l’humanité firent de même. En vain le Khalife proclama la guerre sainte : on vit des Arabes musulmans combattre à côté des Anglais pour conquérir la Palestine et Jérusalem (décembre 1917). L’Église orthodoxe de Russie, esclave du despotisme tsariste, ne fut pas un élément de force au début de la guerre et s’effondra misérablement dans la courte crise qui donna le pouvoir aux mécréants bolchevistes.
2. Si les religions établies semblèrent rester ainsi à l’écart, une certaine religion occupa, dès l’abord, le premier plan. Le christianisme est une religion universaliste, qui ne tient compte ni de la diversité des nations ni de leurs frontières ; Jean- Jacques Rousseau estimait même qu’il était directement opposé au patriotisme (1). Au début du xxe siècle, des religions en décadence avaient essayé, comme le paganisme au ive siècle, de s’identifier au culte de la patrie ; on entendait dire souvent, avec plus ou moins de sincérité, qu’un vrai Français devait être un catholique romain, comme un vrai Russe devait être un orthodoxe. Mais quand la guerre commença et ébranla les nerfs de toutes les nations, le patriotisme revêtit immédiatement l’esprit, l’énergie et l'intolérance des religions. Des saints nationaux, comme saint Georges et Jeanne d’Arc, furent invoqués par la Grande-Bretagne et par la France ; en Allemagne, le «Dieu allemand», si souvent appelé à l’aide par Guillaume II, n’était pas le Dieu chrétien ni même le
(1) J.- J. Rousseau, Contra, social, ch. VIII.