RÉGRESSIONS APPARENTES
fin du xvme siècle, lorsque la Révolution, préparée par les classes libérales et libérées, brisa les barrières qui les séparaient de ce que Voltaire appelait la canaille et élargit démesurément la cité française. Il en résulta, au bout de peu d’années, la réaction catholique qui triompha de 1815 à 1830 et prolongea ses effets jusqu’à notre temps.
De même, après 1848, l’établissement prématuré du suffrage universel, dans un pays où l’enseignement primaire existait à peine, eut pour effet la régression apparente de la société française, non seulement sous le second Empire, qui en fut le produit, mais pendant les vingt-cinq ou trente premières années de la troisième République, qui furent le « beau temps » du cléricalisme.
52. Nous avons assisté à une recrudescence la thaumaturgie, de la médecine miraculeuse, du culte des idoles bariolées, à la vogue du spiritisme, du démonisme et de l’occultisme. Il est à craindre que pareils phénomènes ne s’observent dans l’Europe orientale, si le mouvement libéral actuel vient à y réussir avant que les masses profondes des nations aient été instruites et éclairées.
53. Ceux qui parlaient, il y a cent cinquante ou cinquante ans, ceux qui parlent, aujourd’hui encore, d’en finir, comme par une mesure de police, avec les religions, ceux-là, qu’ils s’appellent Voltaire, d’Holbach ou Edgar Quinet, n’ont jamais médité sur les conditions du progrès intellectuel, ni sur la force des survivances qui lui font obstacle. Non seulement les religions, qui se partagent actuellement l’Europe, ont devant elles un avenir indéfini, mais on peut être certain qu’il en restera
L'ORIGINE DES RELIGIONS
toujours quelque chose, parce qu’il restera toujours du mystère dans le monde, parce que la science n’aura jamais accompli toute sa tâche, parce que les hommes apporteront toujours dans la vie les illusions de l’animisme ancestral, tour à tour exaltées par la douleur qui cherche une consolation, par le sentiment de notre faiblesse, par l’admiration émue des magnificences ou des terreurs de la nature. Mais les religions elles-mêmes tendent à se laïciser, comme les sciences auxquelles elles ont donné naissance. Depuis trois siècles à peine, l’alchimie est devenue la chimie, l’astrologie est devenue l’astronomie, le Discours sur V Histoire universelle de Bossuet a été récrit, dans un esprit laïc, par Voltaire, par Michelet et par d’antres. Un courant invincible vers la laïcisation entraîne la pensée humaine tout entière. Il en était déjà ainsi en Grèce au Ve siècle, du temps d’Hippocrate et d’Anaxagore; il en sera de même encore longtemps après nous.
54. Parmi les tâches multiples qui incombent à la science, une des plus importantes est de constituer l’histoire des religions, d’en retracer les origines et d’en expliquer les vicissitudes. Ce sont là des études très fécondes et qui ne datent pour ainsi dire que d’hier. L’enseignement de l'histoire des religions, dans les diverses universités, est encore dans l’enfance. Mais le besoin commence partout à s’en faire sentir, le public s’y porte avec un vif intérêt et l’on peut croire que le xxe siècle ne manquera pas d’encourager des études qui se proposent non seulement d’élever et d’instruire, mais de libérer l’esprit humain.
BIBLIOGRAPHIE (i)
Le meilleur manuel général de l’histoire des religions est celui de Chantepie de la Saussaye (plusieurs éd. allem. ; trad. fr., 1904), qui laisse, toutefois de côté Le christianisme. Pour l’histoire du christianisme, on peut avoir recours à Funck, Kirchengeschichte (5e éd. ail., 1907 ; trad. fr., 1895), ouvrage exact et clair, mais très partial pour l’Eglise romaine. Hastings a publié une Encyclopédie générale des religions (en anglais ; t. I, 1908).
Il est impossible d’être au courant sans lire les revues spéciales : en France, la Revue de V Histoire des Religions ; en Allemagne, l’Archiv /tir Religionswissenschafl ; en Angleterre, le Hibbert Journal, Folklore, Man, etc.
Ouvrages généraux. — Durkheim, Formes élémentaires delà vie religieuse, 1912 ; R. Dussaud, Introduction à l'histoire des religions, 1914 ; M. Guyau. L’Irréligion de l'avenir, 1887 ; M. Hébert, Le Divin, 1907 ; M» Jastrow, The study of religion, 1902 ; Jevons, Inlrod. lo lhe hist. of religion, 1896; gâïïg} Myth, Ritual and Religion, 1899 ; L. Lévy-Brühl, La mentalité primitive, 1922 ; Mac-Lerman, Stadies in ancient history, nouv. éd., 1886 ; W. Mannhardt, Wald-und Feldculte, 3 vol., 1875-1877 ; Mythol. For scltungen, 1884 ; Max Müller, Introd. to the science of religion , 1875 (trad. fr.) ; F. Ratzel, Vôlkerkunde, 2e éd., 1894 ; S. Reinach, Cultes, mythes et religions, 5 vol., iQ04-rQ23 ; A. Réville, Prolégom à l’hisl. des religions, 1881 ; A. 'Sabatier, Esquisse d’une philos de la religion. 1897 ; H. Schurtz, Urgcschichte der Kultur , 1900 : Tylor, Primitive cuHure, 2 vol., 4e éd., 1903 (trad. fr.).
3. — Bréal et Baillv, Dictionn. étymol. latin, 1885, p. 157, Jastrow, Study of religion, p. 131
8 — S R., Cultes, t. i, p. 1 ; t. II, p. 18 ; L. Maxilüer, Tabou mélanésien (in Etudes de critique, 1896, p. 35) ; éErazer, Golden Bough, 3 vol., 2e éd., 1900 (capital; trad. française); 4e éd., 11 vol. , 1913.