‹ OrpheusChapitre 37 sur 359 · LA MAGIE · texte numérisé non relu

LA MAGIE

concert des esprits qui bourdonnent à ses oreilles. Pour faire tomber de la pluie, il verse de l’eau ; il donne l’exemple, il commande et croit se faire obéir. Évidemment, dans l’exemple cité, le magicien perd son temps et sa peine ; mais rappelez-vous le mot profond de Bacon : « N attira non vincitur nisi parendo » — « on ne peut vaincre la nature qu’en lui obéissant ». Cette idée d’une solidarité des phénomènes, d’une action réciproque de la volonté de l’homme sur les volontés des esprits ambiants, est déjà, malgré les illusions où elle s’égare, un principe scientifique.

49. Une fois la magie devenue une profession, une institution nécessaire du corps social, il a bien fallu que le magicien s’ingéniât à réaliser des effets heureux qui fissent reconnaître et respecter sa puissance; le charlatan se fit astrologue, médecin, métallurgiste, et, comme l’astrologue et l’alchimiste du moyen âge, accrut le capital humain de découvertes utiles qui devaient finir par le rendre inutile lui-même. Je pourrais montrer que toutes les grandes inventions de l’humanité primitive, y compris celle du feu, ont dû être faites sous les auspices de la religion et par l’infatigable ministère de la magie. Assurément, la magie n’a pas produit partout les mêmes résultats; il y fallait un terrain propice; mais si elle ne subsiste plus aujourd’hui dans les pays civilisés qu’à l’état de survivance, exactement comme le totémisme, c’est à elle et au totémisme que le monde moderne doit les éléments de la civilisation dont il jouit.

Ainsi, et cela me semble un résultat essentiel de notre enquête, l’origine des religions se confond avec les

L’ORIGINE DES RELIGIONS

origines mêmes de la pensée et de l’activité intellectuelle des hommes; leur décadence ou leur limitation est l’histoire des progrès qu’elles ont seules rendus possibles. •

50. Les religions ne sont pas, comme le croyaient Voltaire et, plus près de nous, des hommes comme Cari Vogt et Mortillet, des chancres greffés par l’avidité et la fraude sur l’organisme social, mais la vie des sociétés ■elles-mêmes à leur début. Avec le temps, la religion a donné naissance à des branches spéciales des connaissances humaines, aux sciences exactes, à la morale, au droit, qui se sont naturellement développés à ses -dépens.

Sous nos yeux encore, les tabous tendent à se codifier -en lois raisonnables; l’animisme perd le terrain que gagnent la physique, la chimie, l’astronomie, et se réfugie, aux confins de la science, dans le spiritisme. Enfin la magie, dont le rôle est si grand dans certains rites, abdique son caractère, et ces rites tendent à devenir des symboles, comme la communion dans les églises chrétiennes réformées.

51. Les régressions vers l’animisme et la magie, que ■croient constater les historiens et qu’ils qualifient de « renaissances religieuses », ne sont, en vérité, qu’apparentes; elles tiennent au mélange d’esprits émancipés, mais peu nombreux encore, avec une foule restée ignorante et superstitieuse. C’est ce qui s’est passé à la

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