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LA DÉESSE SYRIENNE

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10. En dehors des temples, il y avait, en pays phéniciens, beaucoup de sanctuaires à ciel ouvert, les « hauts lieux » de la Bible, avec un autel, souvent en pierre brute, des pierres et des poteaux sacrés. La Phénicie connaissait des prêtres et des prêtresses; certains sacerdoces étaient héréditaires dans les familles royales.

11. Ce que j’ai dit de la Phénicie me dispense d’insister sur la Syrie araméenne, son Hinterland. Il n’est pas très utile de savoir qu’il y avait là un dieu Hadad (taureau) et une déesse Gad, qui fut assimilée par les Grecs à la Fortune, ou encore qu’on adorait à Palmyre Malakbel, Jarhibol et Aglibol. La déesse syrienne d’Hiérapolis, nommée Atergatis ou Derceto, est plus digne d’attention, à cause de la description détaillée que le grec Lucien, au 11e siècle, nous a laissée de son culte. Dans un étang voisin du temple on entretenait des poissons sacrés, que les prêtres seuls pouvaient manger rituellement; la statue de la déesse était couronnée d’une colombe, animal sacré en Syrie comme le porc et le poisson. Atergatis était donc à la fois poisson et colombe. Le culte était célébré par des hommes habillés en femmes qui voulaient ainsi s’assimiler à la déesse. Cette assimilation, je l’ai déjà dit, est le but essentiel des cultes primitifs; si les légendes humanisent les dieux, les rites tendent à diviniser les hommes.

12. Le culte de la déesse syrienne s’introduisit en Grèce et en Italie, où il fut propagé par des prêtres

vagabonds et mendiants, par des soldats, des marchands et des artisans qui formèrent des confréries jusqu’en Gaule. A côté de la déesse syrienne, d’autres dieux de ce pays trouvèrent des fidèles, en particulier les Baalim ou Jupiters d’ Héliopolis et de Doliché (en Commagène). Les impératrices syriennes favorisèrent ces cultes à Rome au me siècle et l’empereur Elagabal, prêtre de la Pierre noire d’Émèse, fit adorer ce fétiche jusque dans le palais des Césars.

13. A Ascalon, en Philistide, Atergatis était honorée sous la forme d’une femme à queue de poisson; son époux Dagon était figuré de même. Ces dieux-poissons rappellent l’Oannès babylonien et la légende de J onas. Gaza, également en Philistide, possédait un temple de Marna («notre seigneur»), dieu auquel on demandait surtout la pluie et qui était identifié, par la tradition, à Zeus « né en Crète »; c’est un des arguments que T on fait valoir pour établir l’origine crétoise des Philistins.

14. Dans la célèbre inscription de Mésa, roi de Moab, découverte en 1868 près de Dhiban et conservée au Louvre, ce prince, mentionné par la Bible (vers 860), se vante d’avoir battu les Israélites avec l’aide de son dieu Kemosch, dont il parle comme les Hébreux euxmèmesde leur Jahveh : c’est un dieu souverain, dont dépend son bonheur et son malheur. On voit que le dieu guerrier d’une tribu de pillards peut frayer la voie au monothéisme , dont la monolâtrie, ou adoration d’un seul dieu, est une forme inférieure. Une compagne ou épouse de ce Kemosch est mentionnée dans le même texte; elle s’appelle A shtar, variante du nom d’Astarté.

BIBLIOGRAPHIE

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4. — Sérapis : S. R., Cultes, t. II, p. 338. Bélier d’Ammon : Rev. arch., 1921, II, p. 79.

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