‹ OrpheusChapitre 48 sur 359 · LES BAAL1M · texte numérisé non relu

LES BAAL1M

4. A l’époque où les textes commencent à nous éclairer, le culte des animaux, comme celui des arbres et des pierres, n’est plus qu’une survivance. Toutefois, nous pouvons encore en mesurer l’importance à celle des animaux sacrés, attributs des dieux, tels que le taureau, le lion, le sanglier, l’aigle et la colombe. Un iaaLmouche d’Ekron en Philistide, Baal-zebub, a pénétré par la Bible dans le langage moderne : c’est le fameux diable Belzebub. Les Baalim, après avoir été des animaux, sont devenus des dieux solaires; les déesses ont été identifiées à l’étoile du matin et à la lune.

5. L’Aphrodite Ourania (céleste) des Grecs n’est autre que la déesse céleste ou Astarté phénicienne, particulièrement honorée à Carthage,, où les Romains l’appelèrent Virgo Caelestis. La Tanil lunaire de Carthage, dont le vrai nom était peut-être Taint, a été assimilée à l’Artémis grecque et à la Diane des Romains. Les Baalim, aux yeux des Grecs et des Romains, étaient généralement considérés comme des formes locales de Zeus ou de Jupiter, plus rarement de Poséidon ou d’Héraklès.

6. La Phénicie n’ayant jamais formé une unité politique, il n’y a pas de grand dieu Baal. Le dieu de Sidon est Baal-Sidon, celui du Liban est Baal- Libanon, etc. Les véritables noms divins sont très rares : Melkart, le Baal de Tyr, assimilé par les Grecs à Héraklès, est simplement Melek-Kart (le roi de la ville) ; quant à Eshmun, assimilé à l’Asklépios grec, on n’a pas encore expliqué son nom. Lorsqu’un Phénicien parlait de Baal, il pensait à son dieu

local; c’est ce qui apparaît dans les nombreux noms dits thêophores (porte-dieu), où intervient la mention d’un dieu protecteur, comme Hannibal « faveur de Baal », Adonibal « Baal est le seigneur ». Les Grecs crurent à tort que Baal était un nom générique et adoptèrent un dieu Bêlos, identifié à Zeus. Le dieu Bel de Babylone est un Baal devenu grand dieur en revanche, quoi qu’on en ait dit, le dieu celtique Belenus (Apollon) n’a rien de commun avec un Baal.

7. Adonis (le seigneur) est un dieu de Byblos. La légende fait de lui un jeune chasseur aimé d’Aphrodite (Astarté); il est tué à ^a chasse par un sanglier et pleuré par son amante. Chaque année, à l’anniversaire de sa mort, la rivière de Byblos se teint en rouge et les femmes pleurent le jeune héros; on expose son corps sur un lit de fleurs qui se fanent vite, la fête se célébrant au cœur de l’été, et ces parterres de fleurs sont appelés les « jardins d’ Adonis ». Ce culte, également connu en Babylonie, passa de Phénicie à Chypre et de là en Grèce et à Rome. Alors que le porc était considéré comme un animal sacré ou impur (ce qui, primitivement, revient au même), des sangliers étaient sacrifiés à Aphrodite de Chypre en mémoire d’ Adonis. C’était, disait-on, pour venger la déesse; mais la vraie explication est toute différente. Le seigneur Adonis est lui-même, à l’origine, un sanglier sacré, objet du culte d’un clan de femmes qui, pour s'assimiler à leur dieu, se disent et se croient des laies; une fois par an, le sanglier est tué, déchiré et mangé dans un repas de communion; puis les femmes pleurent Adonis et, après quelques jours, célèbrent sa résurrec-

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tion, c’est-à-dire la capture ou l’achat d’un nouveau sanglier sacré qui sera, jusqu’à l’été suivant, leur dieu tutélaire. Le nom véritable ou sacré d’ Adonis est Thamuz, époux de l’Ishtar babylonienne; il ressemble fort à celui du sanglier en osmanli ( domuz ). Ce nom divin n’était prononcé que dans les lamentations sur la mort d’Adonis. Sous le règne de Tibère, les passagers grecs d’un bateau égyptien, dont le pilote s’appelait par hasard Thamus, entendirent crier pendant la nuit, sur la côte d’Épire : « Thamuz, Thamuz, Thamuz, panmegas tethnêké », c’est-à-dire « Thamuz le très grand est mort! » Le pilote crut qu’on l’appelait et qu’on annonçait ainsi mystérieusement la mort du grand Pan ( Pan megas). Sur quoi l’on fit un rapport à Tibère, qui ordonna une enquête sur la mort du dieu. On a cru jusqu’à nos jours que ces cris de Syriens, pleurant la mort d’Adonis, avaient annoncé aux hommes la fin prochaine du paganisme au moment de la mort de Jésus; j’ai donné l’explication qu’on vient de lire en 1906.

8. Les dieux phéniciens, maîtres en principe de toutes choses, en exigent les prémices; cela revient à dire qu’on désècre la récolte, le butin, etc., en sacrifiant la partie pour le tout. Les Phéniciens ontils conservé jusqu’à l’époque historique Tafifreuse coutume, que leur attribuaient les Hébreux et les Grecs, d’immoler aux dieux leurs premiers-nés? On hésite à le croire; il pouvait s’agir le plus souvent de simulacres, de comédies rituelles, comme celle qui consistait A faire passer les enfants par le feu. Quand Diodore jXX, 14) raconte que les Carthaginois, en 310, pla-

cèrent, sur les bras d’une idole en bronze, 200 enfants nobles qui furent précipités de là dans un brasier, qui nous garantit qu’il a suivi un bon auteur, ou que cet auteur a bien compris ce qu’on lui rapportait? Neuf fois sur dix, ou plutôt toujours, les rites cruels d’un peuple ou d’une secte religieuse ne sont attestés que par ses ennemis. On dit souvent que la circoncision, commune aux Phéniciens, aux Hébreux, aux Arabes et à beaucoup d’autres peuples (même en Océanie), prouve l’existence antérieure de sacrifices d’enfants, rachetés par ce sacrifice d’une partie de leur personne; mais ce sacrifice partiel peut fort bien être le simulacre d’un sacrifice total qui n’a jamais été pratiqué. Le baptême est bien le simulacre d’une noyade, après quoi l’on naît à une vie nouvelle; mais a-t-on jamais immergé un initié jusqu’à ce que la mort s’ensuivît?

9. Le mort habite sous la terre, parmi les ombres; on ne sait rien de précis sur les idées que se faisaient les Phéniciens de la vie future. Leur cosmogonie est également obscure. Ils ont peut-être admis un être primitif réunissantlessexes, comme la « Vénus barbue », dont un auteur romain signale une image à Chypre; d’où l’on peut rapprocher le texte biblique où Dieu, pour créer la femme, prend une côte (ou un côté) du premier homme. Les récits phéniciens de la création que nous ont transmis les Grecs laissent entrevoir des traditions assez semblables à celles de la Babylonie. Le chaos, fécondé par un souffle divin, produisit deux principes, mâle et femelle, d’où sortit un æuf, lequel, en se brisant, constitua le ciel et la terre. Les détails sont contradictoires et incertains.

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