‹ OrpheusChapitre 56 sur 359 · SACRIFICES ET PRIERES · texte numérisé non relu

SACRIFICES ET PRIERES

être lunaire, est le garaien de l’ordre cosmique et de l’ordre moral. Rudra, dont les flèches déchaînent la peste, est le père des génies du vent ou Maruts ; Ushas est l’Aurore. Les deux Asvins sont des héros analogues aux Dioscures grecs, qu’on a identifiés à l’étoile du matin et à celle du soir.

17. Le sacrifice par excellence est celui du cheval, considéré probablement comme un adjuvant du feu céleste. Les traces qu’on a cru découvrir de sacrifices humains sont douteuses. En général, le rituel védique est empreint de douceur; les idées morales, celles du péché et de la pénitence, commencent à se faire jour (1). Cependant, l’objet essentiel de la prière est d’obtenir des biens terrestres : la pluie, le soleil, la santé. Ce qu’il y a de grossièrement magique ou naturaliste a été laissé dans l’ombre par les Rishis, ou plutôt par les prêtres auxquels nous devons le texte actuel des Védas. Le fonds religieux primitif est partout voilé par le ritualisme, en voie d’évolution vers un panthéisme mystique. La spéculation philosophique n’est pas absente : « D’où vient le monde? Est-il créé ou incréé? Celui-là seul le sait qui voit toutes choses, et peut-être l’ignore-t-il lui-même. » Il y avait déjà des sceptiques, des hommes qui niaient Indra parce qu’il était invisible (2).

18. Les savants, depuis Bergaigne surtout, ont cessé d’admirer dans les Védas les premières hymnes de l’humanité ou de la « race aryenne » en présence des

(1) Max Muller, Ibid., p. 357.

(2) Bergaigne, Religion védique, t. Il, p. 167.

LES ARYAS ET LES INDOUS

splendeurs et des terreurs de la nature. C’est de la poésie savante, sacerdotale, compliquée et obscure à dessein, parce que les prêtres, qui vivaient de l’autel, entendaient s'en réserver le monopole; à parler franc, les trois quarts et demi du Rig-Véda sont du galimatias. Les indianistes le savent et en conviennent volontiers entre eux.

19. Les Brâhmanas, explication en prose du rituel, sont l’œuvre des Brahmanes constitués en caste, successeurs des prêtres védiques. Ce sont des commentaires sur les Védas, considérés comme divins et infaillibles, mais que les Brahmanes comprenaient déjà moins bien que nous. On y trouve des légendes qui manquent aux Védas, par exemple celle du déluge. L’importance du sacrifice est encore accrue : il ne fortifie pas seulement les dieux, il les crée. Les Brahmanes sont censés posséder le brahma, force magique qui leur donne pouvoir sur les esprits; les honneurs qu’ils revendiquent pour eux-mêmes sont quasi divins. « Il y a deux espèces de dieux : d'abord les dieux et puis les Brahmanes, qui ont appris le Véda et le répètent. » (1) Les quatre classes sociales sont constituées, sans pourtant que cette division offre encore la rigueur intolérante qu’elle affecte dans la législation de Manu. Entre les Brahmanes et les guerriers se dessine une rivalité d’où naîtront plus tard les grandes hérésies.

20. S’il y a mille extravagances dans les Brâhmanas, il n’en manque pas dans les Upanishads (« séances »), •

(1) Max Miiller, Ibid., p. 387.

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