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CODE DE MANU

spéculations théosophiques fondées sur les Védas, que l’on crut divins d’un bout à l’autre. Les i Upanishads n’en restent pas moins à la source de tous les mouvements intellectuels de l’Inde, même de notre temps.

21. La même foi dans l’infaillibilité des Védas « racine de la loi, œil impérissable, soutien de toutes les créatures » (i), se manifeste dans le code dit de Manu, compilation du droit coutumier du nord de l’Inde, rédigée en vers après l’ère chrétienne. Ces lois insistent sur les devoirs envers les morts et sur les sanctions futures résultant de la migration des âmes : les bons s’élèveront dans l’échelle des êtres, tandis que les méchants seront abaissés. Par exemple, un homme vertueux renaîtra dans la caste des Brahmanes; un voleur de blé deviendra un rat.

22. Au brahmanisme se rattachent encore deux: systèmes philosophiques qui ont exercé une grande influence sur la pensée de l'Inde. Le Vedânta (accomplissement du Véda), systématisé au vme siècle après Jésus-Christ par Sankara, affirme l’identité de l’âme individuelle avec l’âme universelle; le monde extérieur n’est qu’une illusion ( mdyâ ) ; le but de la vie n’est pas la vertu, mais la connaissance, car elle seule peut élever l’homme jusqu’à l’esprit divin. A ce panthéisme s’oppose le réalisme de l’école dite Sânkhya, fondée, disait-on, par Kapila, qui reconnaît la pluralité des individus et l’existence de la matière comme celle de l’esprit. Lorsque celui-ci comprend son essence, il peut se dégager de la matière et remplir sa destinée.

LES ARYAS ET LES INDOUS

De dieux, il n’est plus question; maiscommeleSânkhya admettait l’autorité infaillible des Védas, son athéisme fut considéré par les Brahmanes comme inofïensif.

23. Du sein de la classe des guerriers s’élevèrent, au vie siècle avant Jésus-Christ, deux réformateurs inégalement célèbres : Mahâvîra, le fondateur du jaïnisme ( jina , « vainqueur »).et Gautama, le fondateur du buddhisme ( buddha , « l’éveillé »). Mahâvîra est le plus ancien des deux, mais paraît avoir encore vécu à l’époque de la prédication du Buddha. Les deux doctrines se ressemblent beaucoup, parce qu’elles sont l’une et l’autre hostiles au ritualisme brahmanique et qu’elles s’inspirent également de la théorie populaire de la migration. La différence la plus importante, c’est que le jaïnisme fait une grande part à l’ascétisme, à la cruauté envers soi-même, tandis que la religion du Buddha est toute de douceur. Il y a encore desjaïnistes dans l’ouest de l’Inde, alors que le buddhisme n’existe plus qu’àCeylan. Nous ne nous arrêterons ici que sur le buddhisme, mais présenterons une observation importante sur l’art du jaïnisme. Seuls de tous les Indous, les jaïnistes représentent, dans la sculpture, des hommes entièrement nus; ce sont les saints jaïnistes. Or, il n’y a pas le moindre doute que le modèle de toutes ces images est une statue grecque du type dit d’Apollon archaïque, des environs de l’an 520 avant Jésus-Christ. Une de ces statues a pu parvenir d’Ionie en Inde et y •être indéfiniment imitée. D’autres indices semblent témoigner, au vie siècle, de rapports assez étroits entre l’Ionie et l’Inde, où les Grecs ont toujours été appelés Yavanas ( Tavones ); or, c’est précisément l’époque où

LE BUDDHISME

une légende, qui recouvre peut-être quelque vérité, fait voyager Pythagore jusqu’en Inde.

24. Bien que l’existence même de Gautama, dit le Buddha Sakyamuni, ait été mise en doute par des indianistes autorisés, il semble qu’il y ait pourtant quelque fondement dans les traditions que l’on possède sur sa vie. Mais il faut avertir, dès le début, que le recueil des écrits sacrés du buddhisme, beaucoup plus volumineux que notre Bible, ne contient pas une ligne qu’on soit en droit d’attribuer au Buddha lui-même ou à l’un de ses disciples immédiats. Les buddhistes prétendent, il est vrai, qu’aussitôt après sa mort se réunit un concile de 500 religieux, où les enseignements du Buddha furent chantés en chœur; mais ce concile est un mythe et celui qu’on place cent ans après en est un autre. En revanche, l’histoire doit enregistrer le concile de 244, réuni par le roi Açoka, le Constantin de l’Inde, qui se convertit au buddhisme et en poursuivit pacifiquement la diffusion; pour cette époque, nous avons de nombreuses inscriptions, espèces de sermons lapidaires, qui nous placent sur un terrain très solide. Étant donnée la mémoire des Indous et leur habitude de s’assimiler de très longs textes (on voit encore des Brahmanes qui récitent tous les Védas sans les comprendre), il est très probable que les livres buddhiques nous ont conservé quelques données authentiques sur la vie et les enseignements du fondateur.

25. Fils d’un roi ou plutôt d’un guerrier, Gautama naquit vers 520, près de Kapilavastu, à 100 milles au nord de Bénarès. Il descendait oeut-être d’une de ces

LES ARYAS ET LES INDOUS

tribus scythiques qui ouc continuellement pénétré dans l’Inde par le nord-ouest. On a trouvé de nos j ours dans le Népal, aux pieds de l’Himalaya, une inscription d’Açoka qui dit être venu en pèlerinage à Lumbini, le lieu de la naissance de Buddha.

26. Adonné aux plaisirs de son rang et de son âge, jusqu’à l’âge de 29 ans, Gautama s’en détourna subitement à l’aspect de trois misères humaines : un vieillard impotent, un malade abandonné, un cadavre. En vain le Tentateur lui apparut et lui offrit l’empire du monde, s’il voulait renoncer à sa vocation; abandonnant tout, même sa femme et son jeune fils, il se fit moine mendiant et, pendant un demi-siècle, parcourût l’Inde du nord, prêchant et recrutant des disciples. On admet l'authenticité, du moins partielle, d’un beau sermon qu’il prononça à Bénarès. Il mourut à 80 ans d’une indigestion de riz et de porc; son corps fut brûlé et ses reliques, partagées entre ses disciples, furent dispersées un peu partout par leurs soins. La date de sa mort peut être fixée à 440 environ par des témoignages combinés avec la chronologie connue d’Açoka; l’incertitude porte tout au plus sur 20-30 ans.

27. Lors de l’apparition de Gautama, l’Inde du nord était soumise à la double tyrannie du formalisme des Brahmanes et du régime des castes. Le pays était gouverné par des roitelets dont les rivalités profitaient aux prêtres. Incapables de s’introduire dans la caste des Brahmanes, certains guerriers se faisaient moines ou ascètes et cherchaient ainsi à gagner la vénération du peuple. Gautama fut de ceux-là. Le schisme qu’il créa fut essentiellement anticlérical, antiritualiste;

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