‹ OrpheusChapitre 97 sur 359 · CULTE DE LA HACHE · texte numérisé non relu

CULTE DE LA HACHE

Je rappellent les pierres debout, demeures d’un esprit ancestral ou d’un dieu (bétyles), dont il est question dans la Bible et les auteurs grecs. Les menhirs, aujourd’hui encore, sont l’objet d’un culte populaire que l’Église a cru rendre inoffensif en les surmontant de croix. Ce culte est attesté, dès l’époque romaine, par un texte de César qui appelle les menhirs « simulacres de Mercure » et par l’existence d’un menhir, à Kernuz en Bretagne, où des figures de dieux ont été sculptées en relief vers le Ier siècle.

6. Quelques monuments en grosses pierres, notamment en Bretagne et en Irlande, portent des signes d’ur, caractère religieux, haches, serpents, lignes enroulées qui ressemblent aux plis des doigts de la main. A cette époque, où les métaux étaient rares ou ignorés, la hache polie était un objet d’usage, mais, comme beaucoup d’armes chez les peuples anciens et modernes, elle était aussi un objet de culte et peut-être un talisman contre la foudre. Le culte de la hache est attesté en Babvlonie, en Asie Mineure, en Crète, à Rome; il a également existé en Gaule. Des haches sont gravées sur les parois des grottes funéraires du Petit-Morin (Marne), où paraît aussi, en relief, l’image grossière d’une divinité féminine. TJn peu plus tard, vers le début de l’âge du bronze, on trouve, notamment dansl'Aveyron et dans le Tarn, des statues primitives, espèces de menhirs anthropoïdes, qui représentent des femmes à demi vêtues; on les a rapprochées des idoles féminines de l’Archipel. Toutefois, ce sont là des raretés; la représentation de la figure humaine ne se développa pas, en Gaule, avant la conquête romaine. Vers ?8o, le chef gaulois Brennus

166 LES CELTES OU GAULOiS

se moquait des idoles de marbre et de bronze qu’il voyait devant le temple de Delphes. Faut-il conclure à l’existence d’une prohibition religieuse, analogue à celle qui subsiste chez les juifs et chez les musulmans ? Comme les anciens ont rapproché la doctrine des Druides, ou prêtres gaulois, de celle des Pythagoriciens, qui proscrivaient les idoles, il est possible que le druidisme soit responsable de l’absence presque totale de statues dans l’ancienne Gaule, depuis le milieu de l’âge du bronze. Nous avons déjà vu que les « simulacres de Mercure » dont parle César, ne sont, suivant toute vraisemblance, que des menhirs, analogues aux piliers sacrés que les Grecs appelaient hertnès.

7. De toute la littérature religieuse des Celtes qui, d’ailleurs, était plutôt orale qu’écrite, il ne nous reste pas une ligne; nos informations, dérivées des textes classiques, des monuments figurés et des inscriptions, datent presque toutes de l’époque de la Gaule romaine. Si pourtant on en retranche ce qui est romain et que l’on fasse appel à des sciences auxiliaires, comme l’étymologie des noms de personnes et de lieux, on arrive à se former une idée assez nette des cultes de la Gaule avant la conquête. Ces religions étaient très variées, essentiellement locales; il n’y avait pas de religion unique, pas plus que de gouvernement centralisé. Ajoutons que les cultes primitifs de la Gaule, comme ceux de tous les autres pays, étaient d’origine animiste et totémiste; l’anthropomorphisme ne s’y est développé que tard.

8. Les Gaulois adoraient les hautes montagnes, le Grand Saint-Bernard, le Donon, le Puy de Dôme.

Page 1