RELIGION PRÉHISTORIQUE
comestibles, ils sont désirables ; les fauves font presque défaut. Parfois on a figuré l’animal percé de flèches, en prévision d’une chasse heureuse, ou plutôt dans l’idée que la réalité se conformerait à l’image. C’est la même conception qui se retrouve au moyen âge, lorsqu’on envoûte un ennemi en perçant d’une épingle son effigie figurée en cire.
3. Nous saisissons ici les origines magiques de l’art, qui a pour but d’attirer, par une sorte de fascination, les animaux dont se nourrit la tribu. Il est très probable que ces animaux étaient les totems des différents clans, que les cavernes étaient le théâtre de cérémonies totémiques et que les objets en bois de renne gravés ou sculptés, que l’on appelle des bâtons de commandement, jouaient un rôle magique dans le culte.
4. Quelques sépultures remontant à l’époque quaternaire et beaucoup d’autres plus récentes ont livré des squelettes qui, décharnés à l’air avant l’inhumation définitive, ont été recouverts d’une couche d’ocre rouge. Cet usage se rencontre depuis l’Espagne jusqu’en Russie; on l’a constaté aussi en Océanie et dans l’Amérique du Sud. Il répond certainement à une idée religieuse, le rouge étant la couleur de la vie, par opposition à la pâleur de la mort. On trouve aussi des têtes séparées du tronc, peut-être par crainte du « vampire ». Ainsi s’explique la découverte singulière, faite à Milan en 386, dJune sépulture contenant deux grands squelettes décapités et peints en rouge. Saint Ambroise, alors évêque de Milan, crut et fit croire que c’étaient des martyrs chrétiens du temps de Néron,
LES CELTES OU GAULOIS
Gervais et Protais, encore couverts du sang que leur supplice avait fait répandre, comme si le sang, matière organique, avait pu se conserver avec sa couleur pendant trois siècles! Cette prétendue trouvaille des corps de deux martyrs fut exploitée comme un miracle au profit des intérêts catholiques, menacés alors par une secte qui se réclamait d’Arius et que l’impératrice Justine protégeait.
5. A l’époque de la pierre polie, la Gaule, l’Espagne et les Iles Britanniques se couvrirent de dolmens, de menhirs, de cromlechs. Les dolmens, énormes tombeaux en pierres brutes, attestent le culte des morts; ils attestent aussi la domination d’une aristocratie sacerdotale assez puissante pour imposer des travaux pénibles à la multitude. Les dolmens contiennent des objets de luxe et d’usage, des armes, des amulettes, témoignages de croyances sur l’autre vie analogues à celles des Grecs et des Romains. Parmi les amulettes, il y a des rondelles empruntées à des crânes trépanés avant ou après la mort et que l’on plaçait quelquefois dans d’autres crânes. Certains dolmens sont fermés par une dalle percée d’un trou; c’est une particularité qui se rencontre aussi dans les dolmens de la Crimée, de la Syrie, de l’Inde, et qui peut avoir quelque relation avec la « sortie » périodique des esprits. Les menhirs ne paraissent pas être funéraires, mais ils annoncent souvent le voisinage des dolmens et, quand ils sont alignés en grand nombre, formant des cercles (cromlechs) ou des avenues, ils marquent remplacement ou les limites d’un territoire sacré, réservé à l’accomplissement de rites religieux. Isolés,