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D après ce que nous venons de voir ii nous semble que nous sommes fondé à prononcer que notre confrère n’a
prouvé, ni par des raisonnemens justes, ni par des faits concluans , aucune des quatre propositions qu’il a émises contre l’utilité dont peut être l’extension de la colonne vertébrale dans certains cas de sa déviation , et qu’on peut réduire les objections qu’il y a à faire à sa manière de voir, pour en faire ressortir le vice , au raisonnement suivant.
En admettant(ce que nous avons prouvé ne pouvoir même se supposer) que la presque totalité des déviations dont il s’agit , doive être attribuée à la faiblesse de certains muscles, il n’est pas plus logique , médicalement parlant, de prétendre qu’il faut avant tout pour les corriger, fortifier ces muscles , qu’il ne le serait de prétendre dans un cas de luxation d’un membre, provenant de la faiblesse des ligamens de son articulation , qu’avant d’opérer sa réduction , il faut fortifier ces ligamens (i).
C’est cependant ainsi qu’a raisonné notre confrère; nos lecteurs pourront juger du mérite de sa théorie : quant à nous nous n’hésitons pas à la déclarer radicalement vicieuse , nous fondant sur ce raisonnement qui nous semble l’évidence même , que la première chose à faire dans un cas de déviation quelconque de la colonne vertébrale , c’est de surmonter les obstacles qui s’opposent actuellement à son redressement; de même que dans une luxation de membre , la première chose à faire , est de surmonter
(i) L’exactitude de cette comparaison nous paraît d’autant plus sensible , qu’il y a dans ces deux cas , quelles qu’aient été les causes , les mêmes indications premières à remplir , c’est-à-dire , surmonter les obstacles organiques qui résident d’un côté dans l’altération des formes des parties dont se compose la colonne vertébrale , et de l’autre, dans les rapports irréguliers des surfaces articulaires du membre; faits évidens, qui dans les deux cas, constituent des obstacles mécaniques , qu’il faut surmonter par des moyens de même nature.
jes obstacles qui s’opposent actuellement à sa réduction ; attendu que si dans l’un et l’autre cas , ces obstacles ne sont que mécaniques et indépendans de toute affection interne (supposition déjà admise, et dans le seul sens de laquelle nous raisonnons) l’action des moyens mécaniques tendant à surmonter ces obstacles est le premier moyen requis, et le seul qui puisse être efficace.
On verra au surplus dans un dos articles suivans, que notre opinion sur ce pointes! adoptée par notre honorable confrère M. Cruveilhier, professeur d’anatomie à la Faculté , qui s’est convaincu parla dissection de l’exactitude des faits sur lesquels elle repose.
La discussion à laquelle nous venons de nous livrer, répond sans doute suffisamment à diverses autres assertions del auteur de 1 article que nous venons de réfuter, sur les pi étendus inconvéniens ou dangers des moyens à extension , du moins de celui qui nous appartient, bien qu’attenant, selon son expression, à un lit; assertions quaise serait probablement abstenu d’émettre d’une manière si tranchante , si , comme Montaigne , il s’était dit, avant de prendre la plume , que les difficultés et l’obscurité n apparaissent , dans toutes questions , qu’à ceux qui y sont entrés , et qu’il en est beaucoup qui offrent tant de profondeur et de variété , qu’en les étudiant on ne retire souvent d autre fruit de son travail que de reconnaître combien il y a encore à savoir. Au lieu 4e cette réflexion notre auteur a probablement mieux aimé se dire : c est à moi qu il est donné de poser les limites de la science sur cette question ; que mes confrères présens et à venir en soient informés une fois pour toutes , attendu que :
« Comme la difformité qui fait l’objet de ce mémoire est infiniment plus commune chez les femmes , et par- ” ütcuuerement chez les jeunes filles, que chez les indi- " vidus de l’autre sexe , et que dans mon Traité de l’Hv- * glCne Physiologique de la femme, j’ai donné quelque
» développement aux différens moyens qui pourraient le « prévenir, je crois avoir suffisamment contracté l’en- « gagement de chercher à réduire , à leur juste valeur ,
» les prétentions des personnes qui proposeraient de « nouveaux procédés pour la faire disparaître. »
Toutefois notre confrère a-t-il réussi dans les efforts qu’il a faits pour remplir les engagemens qu’il a bien voulu prendre ? et ce quelque développement , qu’il nous apprend avoir donné aux différens moyens qui pourraient prévenir la difformité dont il s’agit , l’a-t-il rendue tellement rare , qu’on n’en voie presque plus?
Que si malheureusement il ne pouvait nous répondre affirmativement , nous ne désespérerions pas de trouver grâce devant lui, pour nous être permis de proposer de nouveaux procédés , même dans la vue trop téméraire, sans doute, de rétablir des formes dont il n’aurait pu prévenir l’altération ; témérité toutefois que dans son indulgence il devrait bien nous pardonner, ne fut-ce qu’en considération des éloges dont l’Académie royale de Médecine nous a cru digne , dans l’entreprise qui en est l’objet , et par respect pour l’autorité du jugement que vient d’en porter la Faculté , qui, dans 1 intérêt de 1 enseignement dont elle est chargée , ayant à choisir celui des lits inventés jusqu’à ce jour , dont elle devait fane l’acquisition , a cru devoir donner la préférence exclusive au nôtre.
Description des déformations qu aprésenièes à la dissection, la colonne vertébrale d’un sujet qui avait servi aux leçons d’anatomie à l’ amphithéâtre de la Faculté; par M. le professeur Cruveiliuer (i).
Le rachis offre deux courbures latérales opposées : la première , formée par les onze premières vertèbres dorsales , a sa concavité du côté gauche ; la seconde , formée par les deux dernières vertèbres dorsales (il y avait treize vertèbres dorsales) et les quatre premières vertèbres lombaires, est déviée en sens opposé. De plus, il existe deux autres courbures : l’une formée par les dernières vertèbres cervicales et les premières dorsales; l’autre, moins considérable, par le sacrum et les deux dernières vertèbres lombaires. Toutes deux ont leur concavité à droite.
Une ligne verticale , étendue du tubercule de l’atlas à la partie moyenne de la base du sacrum, coupe à angle aigu la douzième vertèbre dorsale, qui établit la limite des deux courbures principales. La hauteur de la colonne vertébrale, mesurée par cette /ligne, est d’un pied six pouces six lignes; mesurée par une ligne qui suit ses inflexions, cette hauteur est de deux pieds dix-huit lignes; ce qui fait sept pouces de différence. La corde de d’arc formée par la courbure dorsale est de sept pouces. Le rayon du cercle auquel appartient cette courbure est de quatre pouces sept lignes. La corde de l’arc formée par la courbure lombaire est de quatre pouces trois lignes. Le rayon du cercle auquel elle appartient est de deux pouces neuf lignes.
(0 Celte description a été lue dans la séance d’ouverture de la nouvelle société anatomique , par M. Cruveilhier, son fondateur, comme pour servir de preuve et de développement aux importantes ventés exposées dans le discours qu’il y a prononcé.
Indépendamment, de l’inclinaison latérale , les vertèbres ont éprouvé une torsion suivant leur axë; torsion telle, que la partie moyenne du corps des vertèbres est antérieure, à la région cervicale , au niveaù des premières et des dernières vertèbres dorsales, et regarde à gauche au niveau des vertèbres dorsales moyennes et des premières lombaires. De cette torsion de la colonne il résulte que les articulations vertébro-costales gauches de la région vertébrale moyenne répondent en avant; que les côtes gauches , repoussées dans le même sens par les apophyses transverses, ont été singulièrement amincies et aplaties dans la portion de leur longueur qui répond à ces apophyses , et déjetées en arrière immédiatement après avoir dépassé ces mêmes apophyses ; que le corps des vertèbres lombaires s’est renversé sur les apophyses tranverses gauches, en sorte qu’il règne une gouttière étroite et profonde entre le corps et ces apophyses.
Il était important de déterminer d’une manière rigoureuse le rapport qui existe entre les hauteurs des vertèbres et de leurs fibro-cartilages prises du côté de la convexité et du côté de la concavité ; c’est ce que M. Gruveilbier a fait , et les résultats qu’il a obtenus sont bien propres à réduire à leur juste valeur l’emploi des moyens à extension appliqués sur la colonne vertébrale (1).
(i) Le Rédacteur de l’article de la Nouvelle Bibliothèque qui renferme cëtte observation , aurait présenté une reflexion plus judicieuse et plus instructive sut- la description qu’on va lire , si , au lieu de dire que les résultats obtenus de l’examen de cette colonne déviée , sont bien propres à réduire à leur juste valeur 1 emploi des moyens d’extension applicables dans ces cas , il avait dit de ces résultats, en quoi ils sont bien propres à taire connaître au juste 1 utilité qu’on peut retirer de ces moyens dans certains cas , et leui inutilité ou leurs inconvéniens dans certains autres.