‹ Orthopédie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 20 sur 35 · La déviation de la colonne vertébrale, dontl’origir · texte numérisé non relu

La déviation de la colonne vertébrale, dontl’origir

(i) Ce Journal étant lu par des personnes étrangères a la med cine?, nous croyons devoir faire observer que les mots rat tus, épi. dorsale ou du dos , sont synonymes de ceux colonne vertébrale.

date de sept à huit ans, oppose aux moyens mécaniques Je redressement une résistance plus considérable chez un individu de douze à vingt ans, que chez un individu de* vingt à quarante, lorsque chez ce dernier 1 origine de cette déviation est beaucoup moins ancienne.

3.° Les courbures qui se sont manifestées sous l’influence , ou seulement avec concommittance d’une affection interne indiquée par la lièvre et le trouble de quelque fonction du premier ordre , et surtout celles de ces ■ courbures qui se sont formées en même temps que des tuméfactions d’os ou de parties molles , avec ou sans abcès ; ces courbures , disons-nous, opposent des résistances beaucoup plus considérables , à l’âge de seize à vingt ans, que celles qui se sont formées indépendami ment de ces circonstances,^ l’âge de vingt à quarante.

; 4-° Une déviation quelconque du rachis oppose aux

j moyens d’extension chez un individu doué d’une forte constitution, une résistance plus considérable que chez ! celui qui n’est doué que d’une constitution faible ,

! toutes choses égales d’ailleurs ; et cette cause de résisi tance plus considérable, en raison de la différençe de la i force matérielle des organes , est telle , qu’une colonne vertébrale déviée chez un individu de stature assez élevée , mais frêle , âgé de vingt à quarante ans , résistera moins que celle déformée de la même manière et au même degré , chez un individu de seize à vingt ans , d’une stature ! beaucoup moins élevée , mais athlétique.

La résistance fixe , opposée à l’extensipn par l’union de | deux, trois ou quatre côtes, peut être l’effet de leur^sou- { dure sur un ou plusieurs points de leur étendue , ou en- | COre d une ou de plusieurs articulations nouvelles , c’estj| à dire , accidentelles, qui se seront formées aussi sur un il plusieurs points , plus ordinairement sur un seul.

Ces deux modes d’union diffèrent entr’eux , bien qu’ils j ayent une cause mécanique commune qui est la collision de plusieurs points des côtes , par la raison que , si celte collision s’opère avec rapprochement ou contact perma- ij nent entre deux ou plusieurs côtes, il en résulte une sou- fi duré avec immobilité des parties unies ; tandis que si cette | collision ne s’opère que dans quelques situations du tronc i plus ou moins souvent reproduites , il n’en résulte qu’une i ou plusieurs articulations artificielles avec mobilité des ! parties ainsi liées.

Le premier de ces deux modes d’union des côtes M entr’ elles , oppose une résistance absolument fixe et in- il surmontable; le Second ri’en oppose qu’une jusqu’à un j certain point fixe , mais qu’on né peut pas dire jnsurmon- ; table. L’observation ne nous a pas assez appris pour que i nous puissions déterminer ,, d’apçès dés données suffi-! santés , à quels signes on distingue l’une d’avec 1 autre , ! ces deux sortes de résistances , qui d’ailleurs , ne sont ap- j préciables que par des moyens mécaniques mis en action à la manière du nôtre, par les forces de l’homme de! l’art , dont les yeux , dans ces opérations comme dans j beaucoup d’autres, doivent être au bout des doigts , et j nous pouvons ajouter ici , au pied qui presse la bascule.

En général il .convient de n’exercer des tractions suri la tête , au moyen de la pression du pied sur la bascule.! que de demi-heure à une heure après que la personne qui y est soumise a commencé sa station sur le lit, n)i étant encore que modérément tendue et beaucoup moins quelle ne doit l’être , pendant tout le reste de chaque

séâticc»

Nous opérons ces tractions par des pressions successives sur la bascule , exécutées avec plus ou moins t c vi

tcsse et de manière à opérer à divers degrés l’écartement des deux extrémités de la colonne vertébrale.

C’est bien sur le degré d’extensibilité de cette colonne que doivent être calculées les forces à mettre en action pour la redresser; mais, et cette distinction est des plus importantes , il y a une mesure à garder pour ne pas abuser d’une extensibilité trop grande qui permettrait , avec l’emploi de forces médiocres, d’opérer un alongement beaucoup plus considérable qu’on ne l’obtiendrait par l’emploi de forces supérieures, dans les cas d’une extensibilité moindre.

Si une courbure dorsale du rachis dévié n’éprouve aucun ébranlement au-dessous de l’omoplate pendant les tractions exercées sur la bascule , tandis que, cependant, on opère un alongement plus ou moins considérable, il est prudent de modérer ces tractions , et il convient d’ailleurs de les modifier de telle sorte, qu’elles s’opèrent plutôt par secousses que par distension lente et progressive. L’observation prouve dans quelques cas que sous l’influence de ce dernier mode de traction , il n’y a production d’effet que sur la région du cou , tandis qu’au moyen des premières, exercées d’après une expérience qui donne de l’assurance sans rendre téméraire, on parvient à imprimer des mouvemens plus ou moins sensibles sur la partie la plus prononcée de ces courbures, qu il faut désespérer de corriger , -si tous les efforts extenseurs sont absorbés par l’écartement des vertèbres du col non déviées.

Les courbures des vertèbres du col, dont la convexité est le plus souvent en dehors, sans que les apophyses épineuses se rapprochent plus d’une épaule que de l’autre,

sont ordinairement accompagnées d’une longue inflexion en sens opposé de toute la série des vertèbres du dos et de plusieurs des lombes. Elles sont du nombre de celles qui résistent le plus long-temps aux puissances extensives. La raison en est , que dans ces cas il arrive que tout l’effet de l’extension s’épuise sur la plus longue courbe formée par les vertèbres dorsales et lombaires , courbe dont il faut obtenir le redressement avant que l’extension puisse opérer immédiatement sür celle du col.

vïi.

Des trois modes d’extension d’une colonne vertébrale déviée, que nous opérons par le moyen de notre lit, celui que nous appelons fixe , doit être principalement emplojé pendant le jour, dans les six ou huit premiers mois du traitement, avec la précaution de le régler immédiatement chaque fois sur les résistances opposées , et de telle manière que, pendant toute la durée de la séance, cette tension fixe ne soit pas la même , attendu qu’il peut convenir de l’augmenter ou de la diminuer.

La détermination de ce degré d’extension devant être une conséquence de l’appréciation du degré de résistance ou de disposition à s’étendre, que présente au moment même le rachis dévié, l’homme de l’art doit, toutes les fois quelle lui est nécessaire , exercer sur cet appareil osseux des tractions exploratrices , en pressant de diverses manières sur la bascule, portant en même temps la main droite entre les omoplates et le long de l’épine du clos, pour reconnaître l’effet relatif des diveis degiés e sion qu’il opère momentanément.

Un accident, principalement remarquable par la liaison qu’il peut avoir avec le rétablissement des organes q l’extension tend à opérer, doit appeler 1 attention du

physiologiste. C’est de l’engourdissement des bras, plus ordinairement d’un seul, et plus ordinairement encore du droit, que nous voulons parler.

La cause de cet accident nous paraît avoir son siège dans le nerf médian , émané, comme on sait, des septième et sixième cervicaux unis au premier dorsal.

Que se passe-t-il à l’origine de ce nerf par suite du rapprochement vers la ligne médiane du tronc , des deux dernières vertèbres cervicales et de la première dorsale qui forment la partie la plus saillante de la déviation supérieure ? Nous ne formons jusqu’ici que des conjectures à cet égard; c’est-à-dire que nous présumons seulement que ce nerf se ressent à son origine des changemens de situation qu’y détermine l’extension , dont un effet sensible à la main , est de diminuer la courbe que constitue la déviation.

Nous avons porté dans nos dissections le plus grand soin à constater, surtout, l'état des diverses parties du système nerveux dans les déformations de l’épine, dans le but de découvrir la cause anatomique et physiologique de divers troubles survenus dans quelque fonction , et particulièrement dans la nutrition des organes des sens, des yeux principalement, mais souvent encore dans les fonctions de l’ouïe et du tact.

Notre objet actuel n’étant pas de traiter celte question , sur laquelle nous ne sommes pas d’ailleurs suffisamment informé , nous pourrons dire plus tard ce qui nous en semblera. Nous nous bornons, quant à présent, à dire que 1 engourdissement des bras ou d’un bras per.4 dant les premiers temps du traitement , nous paraît d’autant plus difficile a expliquer qu'il nous a été rapporté par plusieurs personnes affectées de la déviation de l’épine, qu elles avaient éprouvé pendant plus ou moins de

^e,mPs ce^ accident , à 1 époque où leur taille s’était le plus déviée en peu de temps.

Peut-être la cause de l’engourdissement dont il s’agit est-elle de même nature que celle qui nous fait souvent remarquer une diminution de volume dans un des deux yeux , et bien plus fréquemment , nous devrions dire presque constamment une différence en moins, du volume d’un côté du sein, comparé à l’autre.

L’accident dont il vient d’être parlé, bien qu’il n’ait eu rien de grave chez les individus en lesquels nous avons eu occasion de l’observer , doit être pris en considération sous le rapport pratique; il est pour nous un des principaux motifs qui nous portent à nepas abuser de la trop grande extensibilité de la colonne vertébrale déviée.

Cet accident ne doit pas être confondu avec celui en apparence de même nature qu’éprouvent certaines personnes dans le premier usage qu’elles font de béquilles.

Nous communiquerons , plus tard , plusieurs autres remarques qui feront suite à celles comprises sous le titre de cet article.

Si les vices de conformation accidentels peuvent se reproduire par la génération ; article en réponse à M. Gaultier de Claubry , qui , dans le compte qu’il a rendu de noire Journal, a censuré cette assertion émise dans notre premier Numéro , que les difformités accidentelles se transmettent , etc.

Dans notre premier numéro , nous avons signalé 1 cireur funeste où l’on était jusqu’ici que les vices de conformation dits de naissance étaient incurables, nous avons prouvé en même temps que la division des difformités en celles dites de naissance et celles dites acquises ou accidentelles , avait contribué à donner de fausses idées sur a nature , l’origine ou les causes de certaines d entie e es. L’examen de la question dont nous nous occupons acluc -

lcment, démontrera encore, qu’il existe entre certaines difformités de naissance et certaines difformités acquises , plus de rapport qu on ne 1 a pense jusqu ici, et plus d <ina^ logie que ne semblerait 1 indiquer leur origine.

Et d’abord si nousremontons à l’origine de certaines difformités qui se sont manifestées , si nous nous demandons quelle a dû être leur nature, nous serons obligé de reconnaître quelles ont dû nécessairement être acquises, car le premier homme étant sorti des mains du créateur régulièrement conformé, ce ne peut être que par suite d’accidens ou d’aberrations que certains vices de confor -s mation se seront introduits.

Or, si aucun de ces vices n’eût pu se transmettre par la génération , comment y en aurait-il qui seraient devenus héréditaires et propres à certaines familles?

Mais , dit-on , la nature tend toujours à la conformation régulière des individus , et par un effet de cette tendance, elle surmonte les obstacles que des causes étrangères peuvent apporter à la perfection de ses œuvres. Nous répondons d’abord , que l’exactitude de cette assertion n’est nullement démontrée , et que d’ailleurs si malgré sa tendance à la conformation normale , la nature s’écarte quelquefois du type primitif , alors même que les corps des individus dont elle se sert pour la reproduction de l’espèce n’offrent aucun vice qui puisse déterminer ses écarts , elle sera nécessairement sujette à un bien plus grand nombre d’aberrations quand des corps affectés de quelque difformité , concourront à la confection de son ouvrage. Ce qui veut dire , en termes dont la signification est à la portée de tout le monde , qu’il doit paraître moins étonnant de voir des enfans difformes , naître de père et de mère difformes , que de voir des enfans difformes naître de père et de mère régulièrement conformés.

L’observation et l’expérience off rent des preuves de ce que nous venons d’avancer.

On voit assez fréquemment dans les haras, comme nous l’avons dit ailleurs, des étalons qui ayant été employés à divers services militaires, portent sur une des cuisses un signe quelconque qu’on leur a imprimé , soit pour marquer de quel corps ils faisaient partie , soit pour indiquer leur réforme. On ne saurait nier que cette difformité ne soit acquise. Qu’arrive- t-il cependant? C’est que plusieurs des produits de chevaux ainsi marqués naissent, sinon avec les mêmes signes bien distincts, du moins avec des traits qui les rappellent , et toujours sur la même partie du corps que les étalons dont ils proviennent. C’est un fait remarqué tous les jours par les employés du service des haras, et cette observation nous a été communiquée par un inspecteur, de la véracité duquel nous ne pouvons douter.

Nous trouvons dans les chiens et les chais des preuves encore plus sensibles de ce fait. On coupe quelquefois la queue et les oreilles à ces animaux , et il n’est pas rare de voir cette mutilation reproduite par la nature dans leurs petits. Voici ce que dit Buffon à ce sujet, dans ses discours généraux sur l’histoire naturelle. « L’accourcisse- » ment de la queue, du museau , des oreilles, provient » aussi de la main de l’homme; les chiens auxquels de » génération en génération on a coupé les oreilles et la « queue , transmettent ces défauts en tout ou en partie à » leurs descendons. J’ai vu des chiens nés sans queue , que » je pris d’abord pour des monstres individuels dans l’es- » pèce ; mais je me suis assuré depuis , que cette race existe » et qu’elle se perpétue par la génération. »

Cette observation, nous l’avons faite nous même, et en la suivant, plus loin, nous avons remarqué que dans les premières portées le nombre des petits difformes était bien moindre que dans les dernières.

On voit aussi en Angleterre une espèce de chiens qm naissent tous avec la queue courte, par suite du soin qu on

a pris de ne les laisser accoupler qu’entre eux; et on a remarqué que dès qu’on les laisse se mêler avec des chiens à queue longue , plusieurs des produits naissent avec la queue longue.

Il y a encore plusieurs espèces d’animaux qui dans leur reproduction offrent des preuves à l’appui de notre opinion sur les transmissions des vices accidentels par la génération. Buffon, dans le même Discours que nous venons de citer, dit encore:

« L’espèce sur laquelle le poids de l’esclavage parait » avoir le plus appuyé, et fait les impressions les plus » profondes , c’est celle du chameau : il naît avec des » loupes sur le dos, et des callosités sur la poitrine et » sur les genoux; ces callosités sont des plaies évidentes » occasionnées par le frottement, car elles sont remplies « de pus et de sang corrompu ; comme il ne marche jamais » qu’avec une grosse charge, la pression du fardeau a » commencé par empêcher la libre extension et l’accrois- » sement uniforme des parties musculeuses du dos; en- » suite elle a fait gonfler la chair aux endroits voisins; et » comme lorsque le chameau veut se reposer ou dormir ,

» on le contraint d’abord à s’abattre sur ses jambes re- » pliées, et que peu à peu il en prend l’habitude de lui- » même, tout le poids de son corps porte pendant plusieurs » heures desuite chaque jour, sursapoitrine et ses genoux ; M et la peau de ces parties, pressée, frottée contre la » terre, se dépile, se froisse, se durcit, et se désorganise.

« Le lama qui comme le chameau passe sa vie sous le ' » fardeau, et ne se repose aussi qu’en s’abattant sur la " poitrine , a de semblables callosités qui se perpétuent de » même par la génération.

» L espèce de l’éléphant est la seule sur laquelle l’état » de servitude ou de domesticité n’a jamais influé , parce " que dans cet état il refuse de produire , et par eonsé -

» quènt de transmettre à son espèce les plaies ou les défauts » occasionnés par sa condition. »

L’acte de la génération étant le meme chez l’homme que chez les animaux , ce que nous avons rapporté de ceux-ci, pourrait nous suffire pour motiver notre opinion, toutefois voici des nouvelles preuves plus concluantes, en ce qu’elles sont directes.

Nous connaissons une famille dans laquelle nous avons vu naître plusieurs enfans avec un sixième doigt à chaque main et à chaque pied. Depuis long-temps cette difformité avait été remarquée, parce qu’elle présentait cette particularité qu’elle ne se transmettait pas de la mère aux enfans , mais de la grand’mère aux petits enfans , de sorte qu’on voyait deux générations bien distinctes , ’l’une d’enfans nés avec six doigts, l’autre d’enfans nés avec cinq seulement. Une chose digne de remarque , et qui nous a frappé , c’est que les membres de cette famille auxquels on avait amputé le sixième doigt , n’avaient pas transmis leur difformi té à leurs petits enfans , tandis qu’on l’a vu reproduite dans les descendans de ceux à qui le sixième doigt n’avait pas été coupé.

On sait que chez les Chinois , une tête pointue et des pieds plats et écrasés, sont des formes réputées belles, et qu’on a soin de pétrir la tête des enfans et de tenir leurs pieds comprimés de manière à les conformer ainsi. Il naît chez ce peuple un grand nombre d enfans qui n’auraient pas besoin de ces soins pour etre distingués d’avec d’autres peuples par la forme de leur tete et de leurs pieds. C’est ce dont on a pu se convaincre par l’inspection de jeunes Chinois nés en Europe ou faits prisonniers par les Tartares, et qui étant abandonnés a la nature, conservent néanmoins une forme de tête et de pieds particulière, qui leur a été originairement transmise.

Nous ne doutons pas que si on observait l’état des en-

fans naissans dans les pays de l’Afrique et de l’Amérique ou les peuples ont la coutume de se tatouer , on n y en rencontrât un grand nombre dont la peau représente les traces des figures que se sont imprimées leurs parens. Nous sommes en correspondance avec deux de nos confrères anglo-américains qui se proposent de voyager dans ces pays , et qui nous ont promis de faire des recherches à cet égard. — -

Notre pratique nous fournit plusieurs faits propres à nous fortifier dans notre opinion. Si nous ne les citons pas , c’est parce qu’on pourrait dire que la plupart des vices de conformation se font remarquer chez des enfans nés de père et de mère qui n’ont éprouvé aucun accident. Cependant la coïncidence nous a frappé, et nous ne serions pas surpris si , en remontant à la quatrième ou cinquième génération , on trouvait dans des difformités survenues accidentellement à quelqu’un des aïeux , beaucoup de ressemblance avec des difformités de naissance dans leurs descendans. C’est dans cette persuasion que nous invitons ceux de nos confrères qui seront consultés sur un vice de conformation de naissance , à se faire donner tous les renseignemens qu’ils pourront obtenir sur les aïeux des jeunes difformes.

Nous terminons cet article en appelant encore l’attention de nos confrères sur cette remarque qu’on fait tous les jours, que des habitudes de mouvemens involontaires du coips se transmettent si évidemment par la génération , qu’il est plusieurs familles , et une surtout de nom historique , en lesquelles on le voit se reproduire depuis des siècles.

Que si l’on veut porter ses vues plus loin en partant de ces données, et faire quelqu’incursion dans le champ incommensurable des sujets d’observation et de méditation que présentent tous les jours les transmissions par voie de génération médiale ou immédiate , des goûts ou des aver-:

sions, des' aptitudes ou des inaptitudes, des vices ou des vertus, des passions, etc. , etc. , on ne sera probablement pas si fermement persuadé que notre honorable collègue M. Gaultier de Claubry a paru l’être, que nous n’avons pas fait preuve d’une vue nette , lorsque nous avons cru voir dans l’influence des difformités accidentelles , une fréquence relative des difformités de naissance.

Quoiqu’il en soit, nous n’en avonspasmoins accueilli le conseil bienveillant qu’il nous a donné de netLoyer notre lunette, convaincu qu’on ne saurait jamais y voir trop clair; aussi , lui offrons-nous en signe de gratitude notre plus longue vue , si , revenant sur cette question , il reconnaît comme nous , que dans le grand œuvre de lareproduction de l’espèce humaine , considéré sous le rap port de ses aberrations , ne voir qu’ autour de soi , ce n’est ni tout voir ni bien voir, même avec la plus claire lunette.

Hernie des intestins dans la poitrine par une ouverture insolite du diaphragme ; observation recueillie dans le service de M. le docteur Baron , médecin des Fa j ans de France, et médecin en chef de V hospice des En fan s- Trouvés , par J. G. Martin , élève de cet hôpital et de V Ecole-Pratique , et membre de la Société Anatomique .

(Voir la planche i.re ci-après. )

Marie L)elm , entrée à l’hospice des Enfans-Trouvés , le 24 décembre 1824 , fut placée le lendemain dans les salles de médecine , où elle nous présenta les symptômes suivans : langue légèrement rouge sur les bords, blanchâtre au milieu, tension et gonflement de l’abdomen , diarrhée de matières verdâtres. La poitrine percutée dans tous les points de son étendue, rendit un son obscur du côté droit. Le surlendemain , le pouls était

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filiforme et très- fréquent; prescription : orge édulcoré et Lit coupé ; le 27 et le 28 , même état et même prescription. Le 2g, langue rouge dans toute son étendue , Quelques points de muguet, le ventre ballonné, constipation; prescription : orge, sirop de gomme , cataplasme Vrnollient sur le ventre , gargarisme, lavement émollient. Le 3o et le 3i même état, reparution de la diarrhée; prescription : orge édulcoré , gargarisme émollient. Le 2 janvier, un ictère général et uniforme se manifesta, Coïncidant avec une légère induration du tissu cellulaire Iles membres inférieurs du dos et de la région pubienne ; prescription : orge , sirop de gomme , friction avec de Veau thériacale , sur les parties endurcies , flanelle appliquée sur tout le corps. Le 3 , le 4 et le 5 , l’ictère devint ji dus intense, l’induration du tissu cellulaire des membres [i aférieurs fut plus considérable et le pouls à peine senple. Le 6 et le 7 janvier, il survint des vomissemens et jjle la constipation , le ventre était toujours dur et rénit- | ent : le 8 , vomissemens opiniâtres suivis de la mort.

Autopsie , le g janvier 1825.

L’enfant est assez fort : son abdomen est très-balloné ; a longueur de son corps est de i7 pouces ; ses tégumens 'firent une teinte ictérique : le tissu cellulaire sous-cutané j les membres inférieurs du dos et celui de la région pubienne ont endurcis ; les grandes lèvres très-développées desendent assez bas entre les cuisses et simulent une poche 'U sac herniaire.

Les intestins se trouvent situés dans fa cavité droite de a poitrine; le poumon droit, refoulé en haut et sous la Clavicule , est très-petit , et le cœur , très-dé jeté à gauche >ar le médiastin , est également fort petit. Le foie occupe hne étendue considérable; il s’étend transversalement

Un hypocondre à l’autre, et de haut en bas depuis le

diaphragme jusqu a la région hypogastrique au niveau de l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles.

L’eslomac assez volumineux suit le bord libre du foie: une portion du colon transverse paraît à la partie posté- I rieure, supérieure et interne de l’estomac; le colon descendant est logé dans la fosse iliaque gauche : l’S du colon j se trouve au-dessus de la vessie ; la rate, quoique située dans l’hypocondre gauche , se trouve placée un peu plus bas qu à l ordinaire : le rein gauche est immédiatement au-dessous de la rate , au-dessus du colon trans verse, et au côté externe de la grande courbure de l’estomac. Le rein droit est recouvert par le fore : telle était la situation des organes.

Après un examen attentif, on a vu que le diaphragme oflraitune ouverture circulaire de 6 lignes de diamètre et à sa partie moyenne inférieure droite , le bord libre de cette circonférence était arrondi et lisse ; il paraissait ; formé par le péritoine et la plèvre; le premier recouvrait celle-ci.

C’est par cette ouverture circulaire du diaphragme que les intestins situés postérieurement, et une portion du loie placée antérieurement à ceux-ci, faisaient hernie dans la I cavité droite de la poitrine.

Disposition de l'appareil digestif.

L’œsophage passait à travers le diaphragme par l’ou- j verture ordinaire ; l’estomac qui en fait suite était d’une i forme cylindrique , très-long et très-volumineux ; il occu- fl pait, comme le montre le n.° i de la figure, l’hypo- H condre gauche , le flanc gauche , et i'hypogastre , la région 1 iliaque droite supérieure , et le flanc de ce côté. Le pylore il ii'ès resserré faisait suite à l’estomac , et se continuait avec il le duodénum , celui-ci offrait une seule courbure dont I la convexité était en dehors , tandis que la concavité | regardait en dedans, et embrassait la tête du pancréas. 9

Les conduits cystiqucset hépatiques se joignaientbientôt pour former le conduit cholédoque plus long d’une lois que les premiers, et situé derrière et au côté externe du duodénum. Ce même conduit descendait ensuite en longeant le côté externe de cette portion du tube intestinal , et allait s’ouvrir dans le duodénum à une ligne et demie du rétrécissement pylorique.

Depuis la fin du duodénum jusqu’au colon ascendant inclusivement, le tube intestinal était contenu dans la cavité droite de la poitrine , et dans un ordre analogue à l’état normal.

Le jéjunum suite du duodénum commençait à l’ouverture accidentelle du diaphragme , passait derrière la portion du foie qui était engagée dans cette ouverture, et se dirigeait de bas en haut vers le côté gauche de la poitrine , comme on le voit n.° 2.

La portion du canal intestinal connue sous le nom d ilium , comprise entre la lin du jéjunum , se prolongeait ; cette portion d’intestin est représentée n.° 3.

^ enait ensuite le cæcum et son appendice n.°4 , qui présentait sa situation naturelle externe et à droite de l’intestin grêle ; seulement l’appendice était libre et flottant dans la cavité droite de la poitrine, au. lieu d’être fixé comme dans 1 abdomen par un repli du péritoine. Jusque là, les différentes parties du canal alimentaire se trouvaient dans un ordre parfaitement symétrique; cet ordre se continuait jusqu’au colon ascendant n.° 5. Cette portion d intestin montait jusqu’au sommet de la ca— ^ilé pectorale droite; là il se courbait, présentait bientôt a portion dite colon transverse n.°6, passait à travers e diaphragme pour gagner la région lombaire gauche et se terminait en formant le colon descendant n’° 7. La portion du gros intestin n.° 8, connue sous le nom d’S u colon , n offrait pas sa situation ordinaire ; cette porl0n ’ en cffel > était recourbée sur la vessie , au lieu de se

placer derrière elle et sur les os du bassin ; le rectum situé comme dans l’état naturel se terminait à l'anus; l’anomalie de situation du canal intestinal n’avait rien changé aux rapports de ses différentes parties dans l’état naturel.

Le poumon droit occupait la partie la plus élevée de sa cavité ; son volume équivalent à celui d’un embryon de 5 mois , n’offrait d’ailleurs rien de remarquable.

La cavité droite de la poitrine occupée parle foie, le poumon et le paquet intestinal, était considérablement agrandie aux dépens de la cavité gauche qui renfermait le cœur, dé volume ordinaire , mais qui gênait le poumon gauche duquel il se trouvait plus rapproché que dans l’état ordinaire.

Appareil sensitij interne.

L’arachnoïde est d’un rouge vif; on remarque quelques plaques grisâtres peu marquées; les vaisseaux veineux sont très-injectés; les artères paraissent vides , excepte j la basilaire et les communiquantes postérieures qui pa- t raissent très-distendues. Les ventricules latéraux et moyens contiennent un peu de sérosité blanchâtre ; le quatrième n’en contient pas du tout. Les corps striés offrent des i vaisseaux injectés , la substance cérébrale est un peu sablée.

Nota. Le nombre et l’étendue des articles de ce Numéro ne nous permettant pas de présenter ici les réflexions que nous avons faites sur cette observation , nous les exposerons dans un des Numéros suivans. Nos lecteurs auront à remarquer dans cette observation , que la cause de la mort a été étrangère aux difformités qui résultaient chez cet enfant , dés rapports anormaux de plusieurs organes, fait du nombre très-considérable, de ceux qui infirment la théoiie de certaines fonctions , trop fondée par plusieurs physiologistes su les seules lois de la physique.

Rapport (i) sur un Mémoire de M. Breschet traitant des grossesses extra-utérines , fait à V Académie royale des Sciences , le 27 février 1826 , et suivi de Considérations générales sur V organe sexuel des femelles ;

Par M. Geoffroy-Saint-Hilaire.

L’Académie royale des sciences m’a chargé de lui rendre compte d’un mémoire de M. Breschet, professeur aggrégé de la faculté de Paris, membre titulaire de l’Académie Fioyale de médecine, etc.; ce mémoire portant pour titre , Sur une nouvelle espèce de grossesse exiraiérine.

On n’en connaissait jusqu’ici que trois espèces , dit M. Breschet • i.° grossesse abdominale, gravidilas abdominahs , 2.0 grossesse tubaire , gravidilas tubaria , et 3.° grossesse ovarique , gravidilas ovaria; c’est un quatrième cas à ajouter aux trois précédens, que M. Breschet considère, et qu’il se propose de nommer grossesse dans le tissu de l’utérus , graviditas in uieri substantiâ. Un savant de Bonn, le professeur Mayer, aurait témoigné à M. Breschet , qu’il lui paraissait préférable de nommer celle-ci grossesse interstitielle , graviditas interstilialis.

Quoi qu’il en soit , le mémoire de M. Breschet se compose de sept observations faites et recueillies , savoir:

(1) M. Maisonabe m’a témoigné le désir d'insérei' dans son Journal Clinique sur les difformités, etc. , le présent rapport ; mais je 1 axais déjà remis à M. Breschet pour en disposer à son gré. Cependant autorisé par M. Breschet , et pouvant sauver l’inconvenance de publier une seconde fois et aussi nouvellement le même éci'it, en e rajeunissant en quelque sorte par une addition importanle , j’ai pu me rendre au désir de M. Maisonabe. On trouvera cette addition à la suite du rapport.

Geoffroy-Saint— lire, ai ré.

( ifo )

Première, d’après une pièce anatomique que lui avait remise M. Bellemain, médecin d’un dispensaire, àParis ;

Deuxième , formant une communication de M. le docteur et professeur Mayer , dont les élémens avaient été laissés à ce savant, en nature dans le cabinet anatomique, et en manuscrit dans les papiers du célèbre Albers de

Brême; ? .

Troisième, étant extraite des mémoires de l’Académie-

Joséphine de Vienne, et due aux recherches du professeur Schmitt de Berlin. # \

Quatrième, ayant été consignée par Hédrich dans les archives de Horn : un dessin de la préparation avait élé envoyé à l’auteur par le célèbre zootomiste Carus ;

Cinquième , empruntée à un opuscule récemment publié en France ;

Sixième, recueillie à l’Hôtel-Dieu de Paris, en juillet dernier, formant, à proprement parler, avec les faits de la première observation , les principaux élémens du Me-

moire; , ,

Et enfin, une septième supplémentaire, rapportée dans

les notes, provenant d’un second cas aussi observe par feu Albers , et dont M. Carus a également fourni a 1 auteur un dessin exact.

Trois planches lithographiées complètent fort utilement l’exposé des faits de cet intéressant Mémoire. Ces planches sont explicatives des observations numérotées

i, 2 , 4, 6 et 7. (1) j |

Tous les faits de ce mémoire rentrent les uns dans les autres; ils font connaître une poche qui se développe au côté, ou au-dessus de l’utérus. Par une observation tres-

(1) Celle de ccs planches et d’autres qui nous ont e e b par M. Geoffroy-Saint-Hïlaire , comme pouvant suthre a gençe de son texte , feront partie de notre prochain Numer o.

attentive , M. Breschet, quia pu insérer un crin à travers les trompes utérines, s’est convaincu que celles-ci existaient saines et entières en dehors de la poche contenant le fœtus: d’un autre côté on dedans, c’est-à-dire , dans l’utérus lui meme , il n’existait aucune trace d’embryon. Il faut bien alors, telle est la conclusion de l’auteur, il faut donc que l’embryon se soit développé dans l’épaisseur même, dans le propre tissu de l’utérus. Voilà comment cette quatrième espèce de grossesse se trouve établie.

L’aüteur ne se dissimule pas que d’aussi grandes anomalies sont difficiles à concevoir; et il cherche à les faire comprendre, en proposant jusqu’à six explications différentes : elles se contredisent et sont peu concluantes. Cet habile praticien fait cette remarque avec sincérité , et finit par donner la généralité de ses observations dans sept corollaires, en faisant précéder ses derniers résultats de la réflexion suivante : Pourquoi nous arrêter à une explication , il suffit d’observer et de faire connaître des faits : laissons à chacun le soin de les interpréter.

Je vais avoir le tort de ne pas imiter cette scrupuleuse réserve; ou plutôt, m’autorisant de la concession faite par l auteur , j’accepte d’essayer quelques interprétations. J arrive à une explication simple , dont je prends d’abord les principaux faits dans les savantes recherches de M. Breschet, en même temps que je trouve à m’appuyer sui d autres faits qui me sont propres, dont quelques-uns sont déjà publiés, et dont je tiens encore en porte-feuille plusieurs autres.

5 inconvénient de l’étude des monstruosités ( car c est d un fait de ce genre que traite le mémoire de

• Breschet ), un inconvénient de ces études, de la façon qu on s y livre , c est de porter à s’en tenir à ce qui est o servable , seulement au moment d’examiner Zè fait ImV meme, Voilà ce que j ai surtout éprouvé dans les recher»

ches dont je viens de m’occuper en traitant des monstruosités par excès , à l’occasion de mes travaux sur les hypognathes (i)ou veaux-bicéphales.On voilà la naissance des sujets monstrueux, une somme d’effets dont la raison n’est pas dans les conditions présentement manifestes , mais dans des conditions qui ont précédé l’état actuel du sujetobservable.On n’oublie pas, ilestvrai, maisonnéglige le plus souvent de se rappeler qu’on est occupé de choses en transmutation perpétuelle, de choses qui marchent très-vite en développemens : car A engendre B, puis B engendre C , et ainsi de suite ; ce sont des développemens qui se poursuivent avec d’autant plus de rapidité qu’ils s’appliquent à des êtres plus rapprochés du moment de la conception. Quand le sujet monstrueux a épuisé sa somme de viabilité , soit en dedans , soit en dehors du sein maternel, et qu’il est abandonné à nos observations, ce qui de lui est observable , ne constitue pas un fait complètement appréciable dans le moment même , mais un fait qui a sa cause dans la quantité d’organisation des degrés antérieurs.

Cela posé , si j’en crois mes pressentimens , il n’y a pas quatre espèces de grossesse extra-utérine, il n’y en a qu’une seule, en tânt qu’à une cause unique se rattachent toutes les variétés de grossessepathologique; mais surtout aucune n’est susceptible d’être produite dans le tissu même , en dedans du tissu de l’utérus. L’œil , il est vrai , croit à l’apparence de ce fail; cependant, en y regardant plus attentivement, on trouve tout autre chose ; c est, je pense, ce qu’on peut établir.

Mais avant d’en venir là , il faut remonter plus haut, et ne pas se borner à ce degré d’organisation.

(i) Voyez Journal Je Médecine vctçriua 'ro ct comparée , janviei et février 182C.

Les anatomistes , qui s’en tiennentà l’étude de l’homme, et qui ont trouvé des fœtus dans l’abdomen , dans l’ovaire et dans le tube de Fallope, supposent seulement , mais n’ont jamais vu qu’un œuf sé soit développé dans ces dif— férens domiciles. Il y a mieux, aucun n’a réellement réfléchi sur le caractère et la condition essentielle d’un œuf humain, au moment de son entière et définitive formation, puisque chacun donne indifféremment ce nom à beaucoup de degrés organiques dissemblables. Un peu plus instruit par ce que nous apprennent les formations fœtales des animaux , et parfaitement informé par les lumières de l’analogie , aucun dé ces anatomistes n’eût pris l'idée qu'un œuf, et peu après , que des embryons pussent se former et s’établir dans l’abdomen, dans l’ovaire ou dans le tube de Fallope.

L’ovaire ne fait point un œuf, mais un ovule ; et j’entends sous ce nom le vitellus , ou , comme on l’appelle , le jaune de l’œuf: celte distinction est d’autant plus nécessaire , qu’elle s’applique à un produit fini, à un pro-' duit ayant des qualités distinctes et particulières. Il n’y a de fécondable que l’ovule; mais cette fécondation n’aura un jour d’effet, que quand l’ovule aura préalablement été revêtu par d’autres couches albumineuses , c’est-à-dire , qu il aura acquis , par l’addition de plusieurs couches concentriques , l’état et la condition d’un œuf. Or, aux cornes de l’utérus seules appartient la faculté d’opérer ce changement, de donner à l’ovule ce qui lui manque pour devenir un œuf.

Le produit de l’ovaire, ou un ovule peut bien se détacher de la grappe, à faux, en pure perte, suivre d’autres filières que les conduits ordinaires. Qu’en effet, il se ré pande en diverses autres places, trouve à s’égarer dans plusieurs replis du péritoine , à rompre même cette membrane pour pénétrer tou t-â-ïair dans l’abdomen -, tous ces désordres restent nécessairement improductifs. 15 n’y a

alors d’auLre résultat à constater que celui-ci: ce qu’un rameau de l’artère spermatique a fourni, est bientôt repris par une veinule correspondante ; voilà seulement où peuvent, suivant moi, aboutir ces désordres supposés. Jusque-là, ce n’est que de la matière émulsive en dedans d’une tunique fine et transparente, c’est une vésicule susceptible des trois combinaisons et conditionssuivantes: — fluide muqueux,, transparent et incolore; — fluide albumineux , opaque et jaune ; — substance encore plus organisée et rendue apte à la fécondation. L’ovule parvenu à ce troisième état de formation, qui est son état parfait, n’en reste pas moins susceptible d’être repris par le système veineux : un embryon n’en saurait pro/enir , que si le point fécondé se rend au sein de substances qui deviendront pour lui de premières enveloppes, que si ce germe y est entouré et plongé dans des fluides utérins , que s’il y est parfaitement protégé dans ses développemens, enfin qu’aulant qu’il y parvienne à se procurer une sorte d’habitation ; ce qui ne lui arrive que s’il est décidément établi au dedans d’un œuf entièrement achevé.

Telles sont de successives transformations, dont les temps sont distincts : uniquement observables chez de certains animaux ovipares , elles restent inconnues aux physiologistes humains , bien que les mammifères et l’homme soient également susceptibles de ces mêmes transformations. Mais, comme elles s’opèrent dans les êtres des degrés supérieurs avec trop de rapidité , on ne parvient pas toujours à les bien observer , ou du moins on n’y réussit qu’après les avoir nettement aperçues dans les animaux des degrés inférieurs.

C’est donc s’exposer à tout confondre , que de ne pas voir que chaque organe s’applique diversement et dans une parfaite indépendance aux soins de ses œuvres , qu il se maintient constamment dans la possession exclusive de

sa part d’influence dans toute formation; celle-ci ne futelle meme qu’un peu compliquée. On- ne doit jamais oublier qu’il y a une heure marquée , lieu préfixe , pour que les produits de la génération puissent grandir, et soient servis successivement dans leur métastase et leurs métamorphoses, pour qu’un noyau, d’abord simple et d une petitesse infinie, soit enfin converti en un etre vivant semblable à sa mère. En effet , autre est à son égard le travail de l’artère spermatique , autre est celui de 1 ovaire; et cela, je le puis dire -également de tous les organes suivans, complément de ceux-là, pavillon de la trompe, tube de Fallope, ad-uterum, utérus , vagin et mamelles.

Voilà comment, privé de ces renseignemens touchant les premières formations de l’être , on s’est avancé en anatomie humaine, jusqu’à prononcer qu’il y avait de trois à quatre espèces de grossesses extra-utérines, que 1 on~a cru que les produits de la conception, empêchés de se rendre à l’utérus , procédaient partout ailleurs et indifféremment à leur développement , et qu’on a supposé, bien gratuitement par conséquent, que les choses commençaient à s’établir où, et comme on les trouvait établies, quand finissait pour elles l’événement pathologique qui les avait tenues hors des développemens réguliers.

Si l’exposé qui précède , tout entier gissant en faits , est exact, il n’y a, pour expliquer les trois ou quatre déviations décrites sous le nom de grossesse extra-utérine , d’admissibles , que deux cas , la déchirure dë F utérus et le retour du foetus vers l’ovaire à travers le tube de Fallope.

i.° Déchirure de l’utérus . Qu’en effet celui-ci soit affecté pathologiquement , pendant que l’œuf parcourt les premiers temps de son développement; que tous les profits de la nutrition ne se distribuent pas , comme dans 1 état qui est de règle, au prorata, tant sur lé tissu de 1 utérus que sur les membranes de l’œuf, la portion con-

tenante de l’utérus succombe nécessairement sous l’influence de l’œuf continuant à grossir : cette portion se déchire ; d’où l’embryon et toutes scs membranes sont introduits dans le bassin et successivement dans l’abdomen. Mais un tel événement donne lieu à trop de phénomènes moi bides , pour ne point s’interrompre peu apres 1 invasion de la maladie : 1 œuf et la mère quinourussait celui- ci , périssent, Tels sont. $ en. effet, les déve— loppemens irréguliers , brusquement interrompus, qui forment le sujet du mémoire de M. Breschet.

Que 1 utérus puisse se rompre et par conséquent rejeter au dehors ses produits en voie de développement ; c est là un point incontestable : les Annales de la pathoogie en offrent plusieurs' exemples , parmi lesquels je me bornerai à rappeler de récentes observations r ecueillies par MM. Moulin et Gilbert , et consignées dans les Archives généiales de médecine , cahier de novembre 182.5.

2.0 Retour dç Vœu-f à travers les tubes de Fallope. Le fœtus est tenu à celle contre-marche , quand un diaphragme préexistant, ou survenant accidentellement, le prive de. parvenir au centre de l’utérus. Nous exposerons plus bas çn quoi consiste cet obstacle , Tunique cause , selon nous, de toutes les grossesses extra-utérines.

Il y a à çet effet chez la femme une prédisposition organique, sur(laquelle j’ai (1) appelé l’atlenlion des anatomistes et. qui n’a point échappé à la sagacité de AI- le ffoçteur Bjreçchet, C’est une partie de l’utérus plus appropriée au. développement dii germe et conséquemment plus susceptible dans le commencement de la gestation d’un développement irrégulier ; je veux parler des cornes de; la matrice qui existent dans le fœtus chez la femme et qui s atrophient presqu’ entièrement après la naissance.

•('). fToycz-, Pliilosoptûft anatoiniauq . tojno II , page Bÿo ; in-8.° avec figiir.es in- 4.0 \ Taris, chez l’Autpar. au Jardin du Roi.

L’analomie comparée m’a poi*té sur celle généralité r que l’organe utérin est composé de trois parties distinctes, le corps au centre s’ouvrant dans le vagin, et ses deux annexes ou cornes , situées latéralement et débouchant dans les tubes de Fallope : ayant trouve , à leur structure et à des fonctions différentes, que les cornes de la matrice formaient un organe à part , je les ai nommées ad-uterum. La station verticale et les dimensions spiroïdales du bassin s’opposent chez la femme au développement en longueur des ad-uierum , ou cornes de matrice, qui sont partout ailleurs dévolues au germe. Mais le principe de cette partie distincte se maintient , quoiqu’arrive , et se manifeste nettement à un œil exercé. Voilà un état de choses en quelque sorte préparé à l’avance pour fournir aux anomalies décrites dans la dissertation de M. Breschet. Que les ad-utérum aient un peu plus long temps conservé leur état primitif d excavation, ou bien que par suite d’un développement irrégu-

Igulier, cet état leur soit rendu pendant la gestation, il n’en faut pas davantage pour qu’une partie de l’utérus reste en particulier circonscrite , soit pour subir à part des effets pathologiques , soit pour prédisposer l’un des ad-uterum à grandir seul autour de l’embryon. M. Baudelocque neveu a présenté à l’Académie de médecine 1 un de ces cas anormaux, et il Fa publié dans les Archives générales, novembre i8î5 , sous le titre d’ Observation sur un utérus présentant un canal dans l’épaisseur de l’une de ses parois : ce canal n’était autre qu’un des ad-uterum qui s’était alongé et qui avait persévéré chez une femme âgée de 53 ans : cette femme, fort heureusement pour son avenir , n’eut jamais d’enfant.

Maintenant, que sous l’inspiration de ces précédentes remarques , on vienne à lire les curieuses observations contenues dans la dlaoertatinn de M. Breschet , on pourra suivre avec facilité les complications qu’elles font con-

( aSo )

tiâîlre ; on ne s’effraiera plus d’anomalies aussi étranges ; on jugera inutile de recourir à des explications qui se détruisent mutuellement , et l’on en viendra enfin à conclure qu’il n’y a qu’une cause (i) pour les grossesses extra-utérines , mais avec des effets variés dans le degré de ces déviations organiques.

Cependant on doit une attention sérieuse à la remar^ que de M. Breschet : il s’assura qu’il n’y avait aucune communication entre la matrice et la poche anormale qui recelait le fœtus. Les lithographies de sa dissertation , le montrent très-distinctement. Or, comme la trompe utérine en deçà était dans l’état sain , on a dû considérer la poche anormale comme une sorte de kyste formé aux dépens et en dedans de la substance même de l’utérus,

(1) Je ne conclus ici qu’à l’egard des faits pathologiques qui ont occupé les médecins : car je n’oublie pas des cas d’exception fort curieux appartenant à l’état normal, les grossesses exlrà-utérines des animaux à bourse. C’est le même ordre de faits que plus haut , mais dans un renversement total , relativement aux lieux parcourus : dans ce cas particulier, l’ovule ne séjourne dans Yad-uterum que le temps nécessaire pour s’y revêtir de couches albumineuses et devenir œuf. Mais peu après , quand devrait commencer l’incubation , X ad-utcrum abandonne cet œuf en voie de développement : celui-ci arrive dans l’utérus , partie rudimentaire , sans col , ni brides , ni saillies de retenue. La conlormation de l’utérus prive ainsi cet organe de conserver et de nourrir l’embryon et ses enveloppes. Il en est dé même , à plus forte raison , du vagin; d où il arrive que l’œuf, comme dans les exemples des Annales médicopathologiques , que l’œuf , dis-je , à peine entré dans un commencement de développement, est réellement pondu, lel est laiortemcnt naturel et régulier des animaux à bourse ; évènement que 1 on peut donc aussi considérer comme un cas de grossesse extià-uléiine. Dans la femme , l’avortement a lieu dans le bassin, 1 ad-uterum s y ouvrant pour y déposer son fruit : au contraire , dans les didelphes , dans tous les animaux à bourse, comme dans d autres cas dont la femme présente aussi dc.-> c*amplps , roi avortement est mie mise bas obtenue sans déchirure et par les issues naturelles.

et le foelus , qui s'y est trouvé , comme s’étant développe dans le tissu même de l’organe. Cette conséquence était toute naturelle; elle paraissait moins une explication qu’une expression fidèle des faits observés. Mais en y apportant plus de réflexions, on y pouvait trouver d assez grandes difficultés; la nature aurait donc eu d’abord a faire les frais d’un kyste ou d’une poche anormale ; puis à point nommé , l’ovule y serait parvenu , y aurait été renfermé y y aurait trouvé à se développer ! Il m’a semblé, au contraire, que Xad-uterum satisfait plus naturellement à toutes ces exigeances, à toutes les suivantes en effet» c’est-à-dire : i.° à la connexion observée , puisqu’il existe , aussi bien que la poche anormale , entre le tube de Fallope et le corps de l’utérus; 2.0 aux divers travaux de la gestation, comme de servir de domicile à l’ovule, puis à l’embryon et de pourvoir enfin par une alimentation graduée aux métamorphoses et aux développemens successifs de l’un et de l’autre; 3.° étant, enfin, une partie sui gencris, une dépendance nécessaire du système utérin.

On fut frappé du désordre pathologique , de la marche irrégulière attribuée à une poche jugée de création nouvelle ; on a imaginé d’en chercher au loin la cause , de la faire dépendre de ravages insolites, quand cette cause pouvait être à la fois simple et prochaine. En effet, elle serait telle , si je suis fondé à l’attribuer à l’oblitération de l’étroite communication de Xad-uterum avec la matrice.

Ainsi , un fait simple de déviation organique expliquerait tout naturellement les diverses grossesses extra-ulerines ; ce serait que le fœtus ne pût parvenir dans le corps de l’utérus. Cependant il aura bientôt acquis dans Xaduterum un volume disproportionné à l’extension possible de cette poche : il faut qu’il en sorte, et il ne pourra y réussir, ou qu’en enfilant, par une marche rétrograde, la route qu’il avait suivio pour arriver dans Xad-utrrurn , étant ovule ; ou bien , agissant avec violence sur 1 organe

qui lui sert de domicile , qu’en déchirant Vad-ulerum du côté de l’abdomen. Dans ce dernier cas, des désordres morbides considérables ne tendent à rien moins qu’à le faire périr , ainsi que sa mère.

Réussissant à s’échapper par le tube de Fallope, il n est pas encore à l’abri de ces memes accidens : on peut consulter une observation , sur ce fait , du professeur G. B., consigné dans les Annali univers, di Méd décembre i8a3 : le tube du côté gauche s’était rompu vers quatre mois de gestation , et avait causé à la fois la mort de la mère et de l’enfant.

Il n’ést pas de mon sujet de rappeler tous les cas de grossesse tubaire, de grossesse du pavillon; ce que je mé bornerai à ajouter, c’est qu’il n’y a jamais de grossesse ovarique , dans ce sens que le fœtus puisse se développer clans l’intérieur de l’ovaire : on connaît des cas de fœtus arrivé sur l’ovaire ; mais très-certainement l’ovule en était sorti pour n’y rentrer, ni comme œuf, ni comme embryon.

Pour abréger et ne point fatiguer l’attention de l’Académie, et aussi parce qu’elles ne seraient point comprises dans une lecture rapide, je ne transcrirai point les descriptions de la dissertation de M. Breschet; je préfère renvoyer à l’ouvrage lui-même. Enfin je n’affirmerai rien que d’exact, en ajoutant qu’elles sont faites avec le soin et là sagacité qui distinguent le talent de leur savant auteur. Mais d’ailleurs , quoi qu’il en soit cle la manière de les concevoir et de les généraliser, M. Breschet, en les donnant dans un très-grancl détail , aura rendu un service réel à la science. J’ai déjà dit qu’il s était proposé , bien moins les chances très-douteuses des interprétations, qu’une description positive des faits; faits bien constates , et que son travail consacre effectivement. Et certes , ce trait suffit pour recommander puissamment d aussi utiles pt d’aussi laborieuses investigations.

Considérations generales sur l organe sexuel des femelles , sous le point de vue des questions dé gestations irrégulières.

Eu rattachant les faits et les vues de l’écrit précédent aux observations d’une thèse (i) soutenue ily a quelques jours , et publiée , depuis nia lecture à l’Académie, par M.. le docteur Cassan, j ai 1 espoir d’être plus facilement compris. Le cas observé par ce jeune médecin est celui d’un organe sexuel femelle porté au plus haut degré de composition. Les poissons cartilagineux ( squalus et ram ), les reptiles, et jusqu’aux oiseaux, montrent de meme deux intestins sexuels entièrement indépendans l’un de l’autre : on leur donne alors let nom èè oviduclus , de ce qu’on n’avait encore été fixé que sur une seule de leurs fonctions , et qu’en effet, on ne les avait considérés que connue une route propre à être traversée par les œufs. Chez les oiséàïnç , ' l’intëstin 'oviducte est à droite en partie atrophié., d’où son correspondant à gauche s’est accru , et finit par acquérir une dimension extraordinaire. Mais, dans tous ces intestins sexuels séparés, on trouve distinctement après et comme à la suite de l’ovaire , le tube de Fallope , Yad-utemrn , l’utérus, le vagin, et une dernière enceinte , poche ou tronçon , que j’ai anciennement désignée sous le nom de canal u/rtro -sexuel (2),. J’engage à reconnaître ces parties dis. Actes, en consultant les figures de la thèse de M. Cassan, et que nous reproduisons, ici, pl. IV , fig. 1 : A est l’ovaire, B le tube, C V ad-uterum , D l’utérus , F. le vagin. Le cas de M. le docteur Cassan reproduirait mieux l'organisation générale , ouïe type propre aux ovipares , si les deux utérus et les deux vagins , au lieu de s’en tenir

à demeurer adossés' et soudés ensemble , étaient tout-à-fait séparés.

(1) Recherches anatomiques et physiologiques sur les cas d’utérus double et de superfétation ; par A. L. Cassatx ; Thèse soutenue éri mars 1826. Chez Baillière, libraire, rue de l’Ecole de Médecine, N.ocf. f .

(2) Ce canal lo'rt allongé dans quelques mammifères , les marsu^ piaux entr’ autres , existe cirez d a femme en raison de sa station verticale r.udimentairement c’est l’espace élargi , mais resserré dans 1 autre sens , compris entre les grandes et les petites, lèvres. ( Voyez Considérations générales sur les organes sexuels des animaux À grandes respiration et circulation, dans les Mémoires du Mhsëuïù d’histoire naturelle, totne IX, page 4oi.)

Avec ce fonds commun , ou cet idéal d’organisation , c’est-àdire, avec celle forme intestinale pour la duplicité des organes sexuels femelles , on arrive sans difficulté à l’organisation particulière des deux grandes divisions des mammifères ;

ï.° À celle des mammifères normaux, pour lesquels l’utérus est ime poche d’incubation : c’est quand les portions intestinales DD ,

EE , primitivement distinctes , et successivement entraînées vers la ligne médiane , viennent à s’y rencontrer , avant que chacune ait pris une forme tubulaire : ce sont alors deux demi-canaux qui se joignent en un seul canal. Dans ce cas, parmi les parties de l’intestin sexuel, l’ ai-uierüm et le tube de Fallope conservent seuls leur séparation primitive.

2.0 A celle des mammifères, éloignés du type ordinaire , ou les marsupiaux , chez lesquels la bourse , ou une poche extérieure et ventrale, tient lieu d’utérus et de domicile d’incubation. Dans ce cas , les deux intestins sexuels sont séparés hors en ma point. Les segmens correspondant aux deux ad-ulerum , sontréunis, etne forment qu’une même capacité ; après quoi les deux oviductus , ou la suite des deux intestins sexuels , sont de nouveau divisés. Les utérus et les vagins sont écartés et contrairement courbés vis-à-vis l’un de l’autre, comme des anses de panier, à quoi en effet on les a comparés. Les vagins convergent finalement l’un vers l’autre , et débouchent dans un réceptable unique et terminal , qui , nonobstant sa longueur considérable , n’est autre que le canal urétro-sexuel.

On voit dans ces exemples , à combien peu de frais la nature se trouve tenue pour dériver du type primordial des intestins sexuels séparés les types classiques des mammifères , c’est-à-dire , pour faire passer les conditions plus élevées et plus indépendantes du maximum de composition , à d’autres conditions plus simples , en meme temps que restreintes et entravées d’un médium , ou d un minimum du développement.

11 n’y avait point de col d’utérus , dans le premier cas et au dire de M. le docteur Cassan , en cJ, comme il s’en trouve un au contraire rî en de\ d’où la distinction des deux poches ad-ulerum et utérus n était point parfaitement prononcée ; mais ce qui manquait dans cet exem I pie , existe chez les ruminans , ce qui y occasionne que la gestation, M quant au progrès du développement, y est plus longue , et y donner

un foetus plus robuste au moment de sa naissance , que chez les animaux onguiculés ; car il faut d'abord que 1 ostium en cd s ouvre entièrement, c'est-à-dire, que le bourrelet de ce premier col utérin se déploie avant que l’autre ostium, ou que le col utérin en de vienne ensuite à se développer, L’ ad-utenim qui , chez les animaux ruminans , a d’abord fourni tout son maximum d’extension au fœtus qu’il contenait , appelle , dans l’époque suivante , l’utérus à s’agrandir aussi et , en se joignant à lui, à l’aider de tous les moyens de sa capacité. Dans ce cas, un plus long séjour dans le sein maternel profite au fœtus , et le fait entrer dans des développemens d’un degré si avancé , qu’il se soutient aussitôt sur ses jambes , et que son existence de lactivore est, quant à sa durée , fort restreinte.

Ces faits , d’un utérus chez les ruminans élevé au maximum de composition , m’ont suggéré l’idée de les retrouver semblables dans le cas observé par M. Cassan : il était en effet naturel de les supposer reproduits dans un état d’anomalie , dont l’effet est restreint à un plus grand développement des organes. Plein de confiance dans ce pressentiment , j’allai demander à M. le docteur Thillaye conservateurdes collections de la Faculté de médecine , de me mettre à même de m’en assurer. La pièce originale m’ayant été très-obligeamment communiquée , me donna les faits que j’étais venu lui demander. Un dessin , fig. 2, les représente : M. Joseph MARTIN , jeune et habile anatomiste , l’a établi et l’a ajouté aux deux autres figures de la lithographie ci-jointe.

Nous retrouvons là , dans l’essentiel , les faits que montre le système utérin des ruminans , c’est-à-dire deux organes établissant leur indépendance par des différences d’épaisseur, de structure et de capacité intérieure, en même temps que par des délimitations ou des ostium distincts. M. Cassan n’est plus à Paris : à son défaut, le trèsdiabile dessinateur, M. Jacob , qui a concouru à la dissection de la pièce , m’a informé qu’on remarqua une étroitesse extrême au lieu noté par les lettres cd , fig. 1. C’était là où mes pressentimens plaçaient un premier col utérin ; et la pièce anatomique m’en donna la raison, en me montrant ce qui suit. Ce sont plusieurs colonnes charnues appliquées sur la face postérieure de l’organe , ayant un assez fort relief, savoir; deux à droite du sujet et une à gauche , qui, étendues selon la longueur de l’intestin sexuel , obstruaient par leur pré-

sence le tube resserré , cd elles constituaient ainsi un premier col utérin, ou V ostium àe Xad-utenxm C à l’utérus D.

A partir de ces bourrelets charnus , l’intérieur change de capacité et de structure : c’est supérieurement, en c , un canal étroit et lisse, et inférieurement, en r> , une poche assez spacieuse et chagrinée : des replis entrant profondément dans la masse de l’utérus sillonnent obliquement tout cet intérieur.

Le second ostium , en de , fig. i , est circulaire : bien décrit et soigneusement représenté dans les planches de M. Cassan, je ne m’y arrêterai pas davantage.

Èn définitive , l’anomalie , constatée par M. Cassan , n’est une déviation organique qu’à l’égard de la femme et des mammifères ; mais cette déviation , pour ces cas particuliers, reproduit une règle plus générale. En effet, que le bassin soit ouvert par devant, et que ces parties latérales soient très-écàrtées , comme chez les oiseaux , les deux intestins sexuels cessent d’être entassés dans une cavité étroite ; et n’étant plus poussés l’un vers l’autre, ils ne s’atteignent ni ne se soudent point ensemble : par conséquent, qu’une circonstance pathologique tienne , ehez un fœtus de mammifère, les deux parties latérales du bassin écartées, cela suffit pour donner plus d’aisance aux deux intestins sexuels, et, pour les disposer ou à se maintenir à part, ou à ne pas s’engager autant qu’à l’ordinaire.

Maintenant , passez des considérations de cette nouvelle thèse aux faits de la dissertation de M. Breschet , et vous trouverez que toutes ces anomalies s’éclaircissent les unes par les autres. Pour être court , je ne reprendrai des travaux de M. Breschet , que sa quatrième observation : il l’a empruntée à Hédricli. Nous donnons aussi, fig. 3 , la planche qui y était jointe. L ovaire et le tube de Fallope sont , tant' à droite qu’a gauche , semblables, et dans l’état régulier : le vagin n’a point été représenté. La pièce se termine au col de l’utérus visible en de. Delà, cet emplacement s’ouvre , supérieurement , dans deux grandes poches , qui sont pour moi les deux ad-uterum.

Vad-ulerum droit C’ (et je vais transcrire les propres expressions de l’écrit original) , « cet ad-uterum formait une cavité tapissée « par une membrane i ,i, i, i, spongieuse et tomenteuse , qu’on j» regarde comme étant la membrane caduque altéiée. u

h’ad-uterum gauche C" paraissait vide inférieurement : j’ai donné attention à une circonstance de cette poche , à la partie désignée parles lettresrJ. On yoiten ce lieu dans les lithographies de M. Breschet , des plis transversaux , et , à bien dire , presque des traces d’ostium , ou de premier col d’utérus. Pour satisfaire , avec rigueur, à ma préoccupation sur ce point , j’ai eu recours au dessin envoyé d’Allemagne , et j’y ai remarqué , non plus des replis , mais des traces de déchirure. En répétant cette figure , j’ai eu soin qu’on le fit d’après l’original même que M. Breschet a eu la complaisance de me faire remettre.

Mieux informé par ces nouvelles observations , je regarde comme probable qu’il existait au point cd un rétrécissement pareilà celui sur lequel je viens tout-à-l’heure d’insister , que le fœtus aura fait effort pour en vaincre la résistance , et qu’il s’en sera suivi les dilacérations visibles dans! la figure. Empêché de passer par cette issue , il aura été entraîné dans une marche rétrograde vers le fond de Y ad-uterum , ou peut-être un état plus aminci des parois aura préparé et motivé les deux déchirures qui sont constatées dans l’Observation originale. A la suite de ces efforts , le fœtus , refoulé vers le fond ou vers la partie supérieure , sera arrivé sur la ligne déchirée. Voici, au surplus , comment M. Hédrich a raconté ces faits : « On voyait , sur le côté gauche , une ” proéminence rouge , pourvue de nombreux vaisseaux sanguins ” qui lui donnaient l’aspect d’un tissu enflammé ; et sur cette saillie 11 on remarquait deux déchirures dans les parties minces des parois. » 1 ar ces ouvertures , on pénétrait dans une cavité en forme de * sac ' c°ntenait un embryon de onze à douze semaines , que » les membranes amnios et chorion enveloppaient régulièrement ; » et sur ces membranes , on apercevait des rudimens de placenta. » La loge renfermant l’embryon , était séparée de la cavité uté- » rine (C) proprement dite , beaucoup plus grande qu’elle ne l’est » ordinairement , hors les temps de grossesse. »

Evidemment , ce sont là uniquement des effets de l’état de grossesse ; l’utérus augmente alors dans toutes ses dimensions , en épaisseur , quant a ses parois , et en capacité , quant à son volume intérieur. L afflux du sang , plus considérable dans Je travail utém i profite également aux diverses parties dans lesquelles seren-

dent tous les rameaux de l’artère utérine. A ce titre , l’utérus, sous cette action énergique , verse , en dedans de ses parois , un mucus i albumineux extrêmement abondant ; et il arrive de plusV aussi que les confins , ou la surface externe de cette masse, se dessèchent ou s’organisent en membrane contenante. Cependant on ne doitjxonsidérer celte production que comme un événement de simple correspondance.

En définitive , tous les termes du Mémoire sur une nouvelle grossesse extra-utérine , savoir : angle tubaire , poclie interstitielle , kyste en dedans du tissu utérin , cavité anormale , tumeur in uleri subslantid, me paraissent synonymes , et correspondent réellement aux mots ad-utemm , ou cornes de la matrice.

Nota. Le sphéroïde O , fig. x , était un kyste rempli d’un liquide filant , visqueux, de consistance sirupeuse, assez analogue à la bile qui a séjourné dans la vésicule hépatique , dit M. Cassan ( p- 27 ) , dans son intéressant ouvrage, devenu sa thèse inaugurale : j’ajoute que cet écrit , dans lequel l’auteur a fait preuve d’uue grande érudition et de beaucoup de sagacité , mérite d’être recherché.

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