Que certains pieds-bots opposent des résistances a
rétablissement de la conformation régulière, qui ne peuvent être vaincues par de si simpleis et de si faibles moyens, et qu’il faut leur en substituer dont l’action soit plus coercitive et plus directement opposée à la nature et au heu de ces résistances.
3." Que la plupart de ces pieds-bots présentent deux difformités, dont l’une, propre et exclusive au pied, consiste dans un angle formé dans les pieds-bots. van, par la flexion du bord interne du métatarse vers le tarse, et dont l’autre, commune au pied et à la jambe, consiste dans la déviation plus ou moins considérable de l’astragale; déviation de laquelle résultent une tendance relative de la plante du pied à se porter en dedans > et un point d’appui contre nature offert par l’astragale à la cavité articulaire formée par le tibia et le péroné.
4-° Que la première de ces deux difformités est la plus difficile à corriger, et que c’est cependant en elle que réside la cause des difficultés qu’on éprouve à rectifier la seconde, dont la persistance s’oppose toutefois, d’une part, à ce que toute la plante du pied pose sur le sol puisque le talon ne peut y atteindre, et de l’autre à*ce que le bord interne du pied se présente au sol dans une direction horizontale , qui est celle de la bonne conformation.
Nous n’entendons pas donner ici ces conclusions comme des vérités nouvelles, toutes reconnues et mises au jour par nous le premier. Notre intention est seulement de mieux préciser, qu’on ne l’a fait jusqu’ici, laquestion de la curabilité des pieds-bots, en traçant les limites qui séparent celles de ces dilformités qu’il est très-facile de corriger, d’avec celles qui offrent des difficultés plus ou moins grandes. Elle est encore, et surtout, d’examiner si les moyens les plus usités, employés ou conseillés contre ces dernières , peuvent produire les résultats qu’on en attend- Nous allons en conséquence passer en revue ces diftérens
moyens, pour comparer les indications qu’ils sont destinés à remplir , et l’aptitude qu’ils ont à atteindre ce but.
Puisque c est une vérité par nous reconnue que beau— ■ coup de pieds-bols peuvent être corrigés par l'application d’un simple bandage contentif, nous ne dirons rien sui cette variété. Ce ne sera donc que de ceux qui exigent d’autres soins que nous traiterons.
Ces derniers, ainsi que nous l’avons déjà dit, offrent deux déformations a corriger. La première constituée par la flexion du métatarse vers le tarse dans les pieds-bots tournés en dedans, est celle dont nous allons traiter.
Scarpa lui oppose l’action d’un ressort monté sur une partie de son appareil, qu’il appelle hypomoclion.
M. Boyer celle d’une semelle brisée transversalement yers le milieu de sa longueur, dont les deux parties sont Times par une vis serrée au moyen d’un écrou , de manière a rendre la partie antérieure du soulier immobile , lorsqu on lui a donné la direction qu’on juge convenable de faire garder au pied.
M. Delpech, celle d ’une lame horizontale élastique, courbée sur son plat, rnontéè sur la partie externe d’une pièce qu’il nomme oreille externe de l’étrier. Celte lame a la même destination qu’une pièce toute semblable montée sur le côté externe de la lame d’acier parabolique, dans la machine de Scarpa, dont celle de M. Delpech est une imitation. Dans la machine de M. Delpech, comme dans celle de Scarpa, cette lame élastique longeant une partie du bord externe du pied , lorsqu’elle est tendue par une courroie qui se fixe par un bouton à son extrémité antérieure, après avoir embrassé le pied à l’articulation des orteils avec le métatarse , est destinée à effacer l’angle que présente le bord interne du pied.
Avant de dire quels sont les moyens dont nous faisons usage dans ce même but, nous allons faire connaître les
résultats que nous avons obtenus de ceux que nous avons employés parmi ces derniers.
Le ressort de Scarpa, tel que nous l’avons reçu d Italie , avec le reste de son appareil , a six lignes de largeur et cinq pouces de longueur; il est courbé sur son plat, portant un bouton de cuivre à son extrémité antérieure et a la postérieure une courroie d’environ sept pouces de longueur, percée de plusieurs trous.
Une plaque d’acier, d’une demi-ligne d’épaisseur , longue de deux pouces et demi, large de quinze lignes, rembourrée et courbée de manière à s’adapter a la# partie la plus saillante du bord externe du pied , offre au milieu de sa surface convexe , une coulisse dans laquel e le ressort passe et peut être arrêté sur les différens points de sa longueur, par une vis de pression dont le pas est pratiqué dans la partie de la coulisse qui réunit ses deux montans. Chacun des deux angles d’une des deux extrémités de cette pièce est garni d’un bouton de cuivre.
Le pied et la jambe de l’enfant, recouverts d’une bottine , la face concave de la lame quadrangulaire est posée sur la convexité du bord externe du pied, de telle sorte que son tiers inférieur porte sur la plante ; on fait g isser alors le ressort de manière que la convexité réponde à la vis de pression qui doit le fixer sur ce point. La courroie postérieure passée d’arrière en avant sui le cou e pied, est divisée en deux petites bandes dont c acuneva s’engager à chacun de's deux boutons de la partie supe rieure de la lame convexe, tandis qu une courroie rem bourrée, qui embrasse le pied à la racine des orteils, est engagée par ces deux bouts au bouton qu on voit a ex trémilé antérieure du ressort. Ces deux courroies servan à tendre le ressort à volonté , déterminent ainsi son action destinée à porter la pointe du pied en avant, e e es celte partie de l’appareil de Scarpa et sa manière d agir ;
et telle à peu près nous l’avions employée sans succès lorsque nous la fîmes venir de Pavie , appliquée sur ün pied-bot artificiel pour mieux nous assurer de l’exactitude de 1 application que nous nous proposions d’en faireprécaution sans laquelle nous aurions pu d’autant plus craindre de n’avoir pas compris Scarpa dans l’explication qu il donne d ailleurs fort clairement sur la manière d’employer cette partie de son appareil, que l’ayant appliquée telle que nous la reçûmes, après l’avoir bien considérée en place sur le pied artificiel, nous ne pûmes concevoir que ce célèbre praticien eût pu retirer le moindre avantage #d un tel moyen ; tant son action, d’ailleurs peu ou point e icace, nous parut difficile à diriger. Nous ne conçûmes pas davantage comment un enfant peut marcher le pied ainsi embarrassé. Plusieurs de nos confrères ont fait la même expérience et n’ont pas été plus heureux. Nous avons renoncé à l’emploi de ce moyen destiné à corriger la déformation dont nous nous occupons actuellement , et quelqu imposante que soit l’autorité de Scarpa , nous déclarons que nou» tenons pour impossible qu’un ressort ainsi mis en action , puisse produire lleffet qu’on doit en attendre dans les cas fréquens où une certaine force est nécessaire pour surmonter les résistances que l’aponévrose plantaire oppose au développement du pied dans le sens de sa longueur , résistance dont on ne peut se faire une idée que dans 1 observation et le traitement des pieds bots où elle a eu lieu.
La semelte brisée de M. Boyer nous avait paru plus propre que le moyen de Scarpa à produire l’effet désiré, mars c est encore sans succès que nous l’avons employée deux fois.
Quant au ressort de M. Delpech, nous l’avons déjà dit, il n est qu’une imitation de pareille pièce employée par Scarpa , avec cette différence que Scarpa en fait usage , soit qu’il ne se propose dans la première partie du traite-
ment que d établir la conformation régulière du pied considéré en lui-même , soit dans la seconde , lorsqu’il se propose d’attirer la plante du pied dans la direction naturelle, qui est l’iiorizontale , l’enfant étant debout, et de continuer d’attirer en dehors ou du moins de diriger et de maintenir en avant sa partie antérieure. L’impuissance de cette partie de l’appareil de M. Delpech , relativement à l’indication qu’il y a à remplir, nous étant démontrée par l’inefficacité de celle de Scarpa, même plus directement appliquée à la résistance qu’il y a à vaincre, nous ne l’avons point employée.
D’après ce que notre pratique nous a appris , nous ne pouvons donc reconnaître dans aucun des moyens dont nous venons de parler, la vertu de corriger cette première difformité du pied considéré en lui seul , que selon nous il est cependant de toute nécessité de faire disparaître , pour pouvoir espérer après l’établissement régulier de la cavité articulaire du tibia et du péroné sur l’astragale, de voir non-seulement la plante du pied porter horizontalement sur le sol, mais encore le talon s’y appuyer, en même temps que le gros orteil éloigné de la malléole interne, autant qu’il doit l’être dans l’état naturel, se porte en avant.
On se convaincra facilement de l’importance de notre assertion si l’on veut bien examiner le double effet que produit cette première difformité à corriger, qui consiste dans l’incomplet développement de l’avant-pied ou métatarse; développement incomplet duquel résulte par 1 effet de la tension de la corde formée par la bande interne de 1 aponévrose plantaire , un rapprochement contre nature entre le métatarse et la tubérosité postérieure du calcanéum; fait évident en lequel se trouve la cause de la différence que présente la longueur du pied déformé, comparée à celle du pied bien conformé dans le même individu , puisque d’ailleurs les dimensions des os sont les
mêmes, du moins chez les cnfans , car chez les adultes lé défaut de nutrition dans ces organes comme dans tous ceux dont se compose le pied, les empêche de prendre leur accroissement normal. Sous ce point de vue seulement , ce que nous disons de la nécessité première qu’il y a d’obtenir avant tout ce développement , doit, être pris en considération dans l’intérêt de la correction ultérieure de l’autre partie de la difformité qui constitue le pied-bot; Correction qui a pour objet , comme nous venons de le dire, d’établir les rapports réguliers dans lesquels la jambe doit se trouver avec le pied.
En effet, si nous ne nous faisons illusion nous meme, ne pouvons-nous pas signaler comme une erreur, 1 opinion dans laquelle on est , que c’est à l’accourcissement primitif du tendon d’Achille qu’est dû son état de tension , qui s’oppose à ce que le calcanéum se porte en bas et atteigne le sol; tandis qu’il est évident que cet os prendiait naturellement sa situation régulière , si l’aponévrose plantaire trop courte ne l’empêchait de se poitei en arrière , sa tubérosité en bas , au lieu de l’attirer en avant , sa tubérosité en dedans? Pour nous, nous regardons la déviation de cet os comme cause de l’élévation du tendon d’Achille, effectuée par la rétraction de tout le muscle soléaire sur lui-même, rétraction qui a du s’opérer par suite de la torsion du calcanéum en de , dans. Dans cette situation les points d’attache que cet os fournit au tendon d’Achille se trouvant moins éloignés que dans l’état régulier des points d insertion c e.s muscles auxquels jl appartient, ceux-ci ne croissant ni ne se développant dans toute leur dimension noima e en longueur, doivent se trouver trop courts pour se prêter à l’extension du pied sur la jambe, et conséquem ment à toute l’étendue du mouvement nécessaire pour
que le talon touche au sol.
Quoiqu’il en puisse être , d’ailleurs, de la cause pnnn
tive, par l’eflet de laquelle le tendon d’Achille tire en haut et en dedans le calcanéum, il ne demeure pas moins évident qu’il importe de faire cesser l’effort qui attire encore cet os dans un autre sens , et empêche la plante du pied de prendre 'un développement sans lequel la station et la progression ne peuvent s’opérer par le concours de chacun des muscles du pied et de la jambe , mais seulement par l’effet d’un mouvement de totalité imprimé à tout ie membre inférieur; état des choses d’où résulte un tel ajapauvrissement des muscles , que la plupart perdent leurs principaux attributs. •
Ce que cette première indication présente d’essentiel a tellement frappé quelques chirurgiens, qu’il en est qui ont pratiqué la section transversale de la bande interne de 1 aponévrose plantaire. Si cette opération pouvait être , dans quelques circonstances , comme nous sommes trèsporté à le croire, le seul moyen d’obtenir l’entier développement du pied, ce serait le cas de l’exécuter en partie à la manière dont M. Delpech a fait la section du tendon d’Achille , comme on le voit dans la relation qu il donne de cette opération aussi ingénieuse que bien raisonnée, et dont l’effet a été si salutaire au jeune malade qui l’a subie.
L entier développement et' la conformation régulière du pied, étant donc, suivant nous, une condition première sans laquelle on ne peut obtenir l’établissement complet de ses rapports naturels avec la jambe, nous - avons du rechercher par quels moyens on peut parvenir à les obtenir, l’expérience d’autrui et la nôtre nous prouvant tous les jours que, sans elle, il ne peut y avoir de pied bot parfaitement corrigé.
Jusqu ici nous avons suppléé au défau t de moyens mécaniques prbpres à remplir cette indication , parl’action de nos mains, employée plusieurs fois le jour, et pendant plusieurs mois, dans la vue de produire cet effet, et nous
n V sommes parvenu à notre satisfaction , que lorsque les résistances que nous avons en à vaincre n’étaient pas trop considérables.
Notre manière de voir est différente sans doute, sur ce point comme sur bien d’autres, dans le traitement de cette difformité , de celle de quelques personnes qui s occupent de la corriger ; mais du moins nous la motivons , et nous pouvons citer plusieurs faits qui en prouvent la justesse. Nous nous bornerons ici toutefois au suivant.
Il y a deux ou trois ans qu’un élève de Jaccard soutenant sa thèse su» les pieds bots, nous lui fîmes, en notre qualité d’examinateur, enir’aulres questions, celle-ci : comment peut-on espérer, avec la machine de Jaccard, dite de \ enel , de faire , d’abord , la régulière conformation du pied, indication que vous convenez être la première à remplir, tandis que cette machine est construite de manière à ne produire qu’un autre effet, celui d’attirer la plante du pied de dedans en bas?
La réponse du candidat ne pouvait être catégorique. M. Jaccard, nous répondit-il, M. d’Yvernois et moi, avons parfaitement corrigé tous les pieds bots qu’on nous a confiés, avec cette seule machine; et d’après les ligures que présente notre thèse, on peut voir que ces corrections ne laissent rien à désirer. Notre collègue dans cet acte, M. Richerand, lui représenta qu’en voyant les ligures de ces ci-devant pieds bots, on pouvait dire que l’art surpassait la nature. Les plus belles proportions se faisaient en effet remarquer sur le plus grand nombre.
Fort de notre expérience, nous engageâmes le récipiendaire à ne pas compter sur l’efficacité de cette machine dans le cas où la flexion du métatarse sur le tarse serait due à un défaut de longueur de l’aponévrose plantaire, dont l’inextensibilité se montrerait à un tel point , que les simples courroies qui se voient à droite , a gauche et à l’extrémité antérieure de la planche quadrangu laite
de cette machine , ne pourraient la rectifier. Mais le cas qui s’est présenté , il y a dix mois, dans notre pratique, et que nous avons encore sous les yeux dans notre établissement , prouva que notre conseil avait été inutile. En voici la relation.
Il y a dix mois qn’on nous a présenté un enfant de deux ans portant un appareil composé cl’une ceinture de cuir, unie à deux lames de fer qui, longeant le côté externe des deux membres inférieurs , depuis les os des hanches jusqu’aux malléoles externes , s’articulaient vers ce lieu avec une pièce de fer en forme d’équerre , attachée au talon de la semelle d’un brodequin. Ces lames de fer ou d acier étaient brisées à l’articulation du genou ; deux jarretières, dont l’une était placée au-dessus, l’autre au-dessous du genou , les tenaient appliquées aux membres. Cet enfant marchait , c’est-à-dire qu’il portait alternativement en avant chaque membre inférieur. Le gauche était affecté du pied bot, pour lequel on venait nous consulter , dans l’intention d’apprendre ce que nous pensions de ce reste de difformité et de l’appareil employé pour consolider la cure qu’on avait dit opérée.
Cet appareil ôté, nous trouvâmes au pied difforme une callosité de dix-huit lignes de longueur sur une largeur d un pouce , occupant le milieu du bord externe du pied , s étendant beaucoup plus sur son dos que sur sa plante. Abandonné à lui-même , ce pied se dirigeait vers sa double conformation vicieuse originaire, avec les symptômes caractéristiques de tout pied-bot au degré de difformité que présentait celui-ci , c’est-à-dire : absence de point d appui des parties molles sur le dos du pied, au lieu correspondant a 1 articulation de la tête de l’astragale avec le naviculaire; dépression sur ce point, lorsque, le métatarse fléchi sur le tarse, la cavité du dernier s’éloignait de la tete du premier; région plantaire verticale; son ord interne dirigé en haut; au milieu de ce bord , angle
prononcé et résultant de la direction du gros orteil en haut et vers la malléole interne; direction de la malléole externe en avant; mouvement de rotation de la jambe en dedans; pied arrondi, moins volumineux et moins long que celui qui est bien conformé; jambe grêle, dont le mollet est à peine indiqué ; inaction de la plupart des muscles , ainsi que de ceux du pied , ces organes offrant au toucher une consistance très-molle et des formes si peu arrêtées , qu’il était difficile de reconnaître leur direction perpendiculaire.
Nos explorations faites dans l’intention de reconnaître les organes où gissaientles obstacles à l’établissement de la conformation da pied et de ses rapports réguliers avec la jambe , nous trouvâmes d’une part , que l’aponévrose plantaire était loin d’avoir sa dimension ordinaire en longueur , et de l’autre que le tendon d’Achille retenait en core le talon fortement en haut et en dedans, d’où résultaient les résistances que nous éprouvions, soit que nous voulussions diriger la pointe du pied en avant , soit que nous voulussions tourner la plante en bas, la rendre parallèle au sol , et faire porter toute la cavité articulaire formée par le tibia et le péroné sur la convexité de l’astragale qu’elle doit recouvrir.
En comparant l’état de ce pied à celui oîi il était avant le traitement qu’on lui avait déjà appliqué , il était reconnu par les parens de cet enfant, qu’une grande pàrtie de la difformité avait été corrigée, mais comme nous, ils reconnaissaient encore qu’il restait beaucoup à faire; nous savions en outre qu’il n’y avait de fait que le moins difficile.
Il nous fut demandé si le traitement de ce pied était manqué , ainsi , nous dit-on, que l’avait déclaré M. d’Yvernois, dont on avait un écritv portant que ce pied bot ne présentait rien d’extraordinaire ; nous répondîmes que l’état de ce pied n’annonçait point un traitement
manqué, mais qu’il y avait des soins ultérieurs à donner pour obtenir une guérison cornplèLe, que l’appareil que nous avions sous les yeux ne nous paraissait point propre à opérer. Et comme on désira savoir de nous le temps que pouvait nécessiter le développement du tiers antérieur du pied, avant que l’enfant n’eût plus besoin d’autre soin que de l’application d’une machine contentive , avec laquelle il pourrait marcher, et par laquelle le pied serait maintenu dans sa conformation régulière , nous déclarâmes qu’il fallait au moins trois mois.
Mais , quels qu’aient été nos soins pour obtenir un alongement suffisant de l’aponévrose plantaire , à la faveur d’applications émollientes et de bains locaux ayant la même vertu , employés dans le premier mois pour faciliter l’effet, des manipulations, répétées tous les jours de demi-heure en demi-heure pendant une partie de la matinée et de l’après-midi, dans la vue de distendre cette aponévrose , près de huit mois se sont écoulés avant que nous ayons dû appliquer une première machine faiblement contentive , et il n’y a encore aujourd’hui que quelques jours qu’une seconde machine, que nous avons jugée devoir être doucement coercitive , a été substituée à cette dernière pour maintenir le pied dans ses rapports réguliers avec la jambe, et s’opposer, comme on verra qu’elle le fait, dans la description que nous donnerons dans cet article , à ce que le bord externe du pied reprenne sa forme convexe.
Toutefois encore devons-nous déclarer que ce résultat que nous n avons obtenu qu’après un long espace de temps, à force de soins et de peines , n’est pas tel que 1 aponévrose plantaire ait acquis son entier développement, car bien que l’enfant appuyé la plante du pied horizontalement sur le sol , elle porte encore plus vers le bord externe que vers l’interne.
Nous n en espérons pas moins cependant que le seul exeicice de la marche , auquel il se livre avec autant d’as-
surance et de vîtesse qu’aucun enfant de son âge , dont les pieds n’auraient jamais été difformes, achèvera ce développement. Nous devons ajouter encore que , lorsque cet enfant marche à pas précipités , la malléole interne se porte en avant et la pointe du pied en dedans, quoique d’ailleurs il puisse , lorsqu’on obtient qu’il y porte de l’attention , marcher ayant la pointe du pied et la malléole interne dans un rapport absolument régulier avec la jambe , faculté de laquelle résulte évidemment qu’à trèspeu près le pied est rétabli dans sa conformation régulière en lui-même , et dans ses rapports naturels avec la jambe. Nous dirons plus loin à quelles causes il faut rapporter l’entraînement de la pointe du pied en dedans qui subsistera encore quelque temps.
Ce que nous venons de rapporter de la résistance que l’aponévrose plantaire a opposée aussi long-temps au redressement du métatarse , n’est pas le seul cas de ce genre que nous ayions rencontré dans notre pratique ; nous ne sommes pas non plus le seul qui bayions observé ; il est beaucoup plus fréquent qu’on ne pourrait le penser , d’après le peu d’attention qu’ont paru y porter les auteurs que nous avons cités. Nous ne prétendons pas toutefois que cet état de l’aponévrose plantaire présente chez tous les enfans affectés du pied-bot , un obstacle aussi difficile à surmonter , attendu que s’il en était ainsi on n’obtiendrait pas aussitôt et aussi facilement qu’il est donné de le faire dans beaucoup de cas, la correction de cette difformité , qui d’ailleurs , quoi qu’on en ait dit , n’est jamais telle que le pied qui en était affecté , n’en offre , même pendant toute la vie, des traces plus ou moins sensibles. Venel , comme nous allons le faire voir, avait aussi rencontré des cas semblables , et bien que son successeur Jaccard n’ait parlé dans sa lettre à M. Léveillé , dont on va lire la copie , de la machine inventée par ce médecin suisse , que comme d’une machine bien moins parfaite que la sienne, - — - - ~
il n’en est pas moins certain , comme on peut s’en con-
I vaincre en rapprochant les traits de la difformité, des diverses pièces dont se compose la machine de Yenel ( V. I pl. VIII, Mécanique , etc.), que l’indication première qui se présente , et qui est , comme nous l’avons déjà dit , de donnerai! pied considéré en lui-méme seulement, sa forme régulière , est remplie par l’action de ces mêmes pièces dirigée contre chacune des difformités dont le concours constitue en partie le pied-bot. Et , il en est ainsi de cette machine , tandis qu’il en est nécessairement tout l autrement de celle de Jaccard, puisque, comme on le i verra encore à la pl. IX , Mécanique , etc. , et dans son ex- : plication, cette dernière ne peut produire, sensiblement, qu’un seul effet, celui d’empêcher les rapports vicieux du pied avec la jambe; la courroie attachée à l’extrémité du bas pour retenir la plante du pied appliquée contre la face supérieure de la semelle, ne pouvant remplir suffisamment cette essentielle indication.
Pour mieux nous faire entendre , faisons nous-même le rapprochement dont nous venons de parler. Comptons d’abord une à une les différentes parties difformes du pied considéré en lui seul ; rappelons-les.
i.° Le bord externe du pied convexe, au lieu d’être droit ;