OBSERVATION
Un homme âgé de quarante-sept ans, d’une constitution très-débile , portait à la lèvre inférieure un cancer ulcéré qui en avait détruit toute la largeur et toute la hauteur. La détérioration de sa santé était grande; mais, d’après l’histoire des faits précédens , elle résulterait bien plus de plusieurs pneumonies graves , que des progrès de son cancer, qui était bien moins ancien. Cependant cette affection locale ne pouvait guère s’étendre encore sans compromettre la vie , soit par les effets directs de ses progrès , soit par les opérations graves qu’elle pourrait rendre inévitables , si elle venait à intéresser l’os maxillaire , lequel jusque-là paraissait intact. La poitrine présentait alors un état rassurant, et bien plus qu’il n’avait été depuis plus de deux ans : il n’y avait plus d’oppression ni de toux, deux symptômes qui avaient subsisté long-temps auparavant. La respiration se faisait entendre partout , quoiqu’avec un peu d’obscurité dans quelques points du côté gauche. Le malade témoigna , avec quelqu empressement, le désir d’être délivré de sa maladie , et nous pensâmes que 1 ’achylo plastique lui convenait mieux que la résection de 1 os maxillaire , laquelle, en outre quelle présentait des chances plus graves, ne nous paraissait pas suffisamment justifiée. Mais nous avions éprouvé un premk j revers ; nous avions dû en rechercher les causes ; et le résultatyle ces recherches nous avait conduit à celte conséquence : la séparation , l’inflexion , la torsion et le renversement du lambeau sont de trop fortes
épreuves pour lui, surtout en les lui imposant toutes ensemble ; il serait avantageux d’accoutumer graduellement les parties qui constituent le lambeau à leurs nouvelles conditions. D’après cette vue, le malade subit l’opération suivante : \
Nous traçâmes au-dessous de la base de l’os maxil-r luire inférieur deux lignes courbes qui s’étendaient jusque près de l’extrémité supérieure du sternum, et qui s’y terminaient en se réunissant sous un angle très-aigu : ces lignes furent converties en deux incisions comprenant la peau et le tissu cellulaire.
Le lambeau qui en résultait fut disséqué de bas eu haut, jusque près de l’os maxillaire.
La pointe de ce même lambeau fut retranchée horizontalement par une coupe eq arc de cercle.
Le tiers inférieur de ce même lambeau fut replié suy sa face profonde, et assujetti contre le tiers moyen par deux points de suture.
La plaie résultant de la dissection du lambeau fut fermée à l’instant même, par le rapprochement de ses bords, lesquels furent maintenus en cet état par des points de suture.
La surface formée par le champ des sutures fut recouverte d'un plumasseau chargé de pérat ; sur ce plumasseau fut placée une pièce d’amadou , et sur çetle dernière fut étalé le lambeau , lequel n était ainsi ni renversé , ni tordu , mais fut soumis à un léger degré de pression de la part d’un appareil contentif très-simple, et seulement pour rendre exact et général le contact des deux surfaces opposées de la portion repliée du lambeau. Le tiers supérieur de la Surface profonçle de ce dernier était applique un-
médiale me ni sur l’amadou : là il n’y avait pas de reunion à espérer ; l'inflammation suppurative y était
inévitable. x
Les quatre premiers jours se passèrent de la manière la plus désirable : point d’accideus traumatiques- point de réaction fébrile; la plaie résultant de la dissection du lambeau s’oblitérait par rinOaramation adhésive , excepté vers le pédicule de ce même lambeau où nous n’avions pu éviter de la laisser ouverte. Le lambeau lui* même, se prêtant sans obstacle à la réunion immédiate de ses deux tiers inférieurs repliés et appliqués l’un yers l’autre, accoutumait les parties qui le formaient , à se suffire et à subsister par leurs propres ressources : ces deux couches de peau superposées , confondues par leur tissu cellulaire commun , formant un angle fort aigu dans le point de leur inflexion , jouissaient de la vie la plus active, et tout faisait espérer que le pédicule se prêterait plus tard à la torsion et au renversement, qui devaient le mettre à la place de la levre inférieure
perdue.
Nous étions parvenus au seizième jour de l’opération , en conservant toutes ces espérances; nous en avions vu réaliser une partie : les points de suture de la plaie du cou avaient été retires au sixième jour, Ja plaie était cicatrisée et réduite a une trace linéaire; ce qui restait de la surface profonde du lambeau suppurait et se rétractait. 11 était temps de 1 adapter à la place qu’il devait occuper ; nous songions a la préparer par l’ablation du cancer, et tout semblait promettre le succès le plus complet.
Le quinzième jour, le malade éprouva un frisson
prolongé suivi d’une forte chaleur et de quelques disparates dans les idées : notre première- pensée fui celle du développement prochain d’un érysipèle* mais il survint de la toux, de- l’oppression , une expectoration séro-sanguinolente , et, dès le lendemain une légère douleur au côté gauche. La respiration étant explorée , il ne resta pas de doute sur l’existence d une pleuro-pneumonie grave. Cet accident réclamait et obtint toute l’attention , et la maladie nouvelle se termina par une expectoration muqueuse abondante, et par un épanchement pseudo-membraneux qui fut résorbé; mais il fallut du temps pour accomplir cette solution. Dans cet intervalle, la rétraction du lambeau s’accroissait ; ses dimensions diminuaient; la destruction opérée parle cancer s’étendait ; et pourtant , la convalescence devait être encore longue, et ne pouvait manquer d’interdire toute entreprise douloureuse, tant que les forces ne seraient pas entièrement rétablies. Enfin , le moment de quitter le service de l’hôpital approchait, et le malade demanda sa sortie, (j)
{La suite au prochain numéro.')
(0 Clinique de M. le professeur Delpech..
Réflexions sur L’Ablation d’une partie de l’os maxillaire inférieur ,
Pratiquée par M. Gensoul, chirurgien à Lyon.
Les ablations d os entiers ou de portions d’os considérables, en conservant les chairs qui les entourent , ablations desquelles résulte la moindre mutilation possible , constituent un ordre d’opérations à l’égard desquelles la chirurgie moderne peut à bon droit se glorifier d’avoir fait les pas les plus rapides et les plus hardis. Depuis la première résection des extrémités osseuses articulaires, pratiquées par White et par Park, de combien d’observations précieuses 1 art ne s’est-il point enrichi ! combien les chirurgiens ne se sont-ils pas montrés entreprenans ! Combien de faits, qui appartiennent à la chirurgie la plus transcendante , n ont-ils point enrichi l’art , en même temps qu’ils ont démontré toute l’étendue de son pouvoir conservateur ! car n est-ce pas conserver que de se borner à enlever un os malade , et cet os seulement, quand il semble y avoir nécessité de retrancher toute la division du corps dont il fait partie? Il a été donné connaissance à la Section de Chirurgie de quelques cas remarquables en ce genr^.
Chez une femme de cinquante ans , l’omoplate du cote droit était le siège d’un ostéo-sarcome, qui comprenait cet os dans toute son étendue. L’humérus était assez mobile sur la cavité glénoïde, ce qui indiquait que l’articulation du bras ne participait pas à
la maladie; et la tumeur ne paraissait pas trop fortement entée sur les parois de la poitrine. Ces dispositions favorables firent entrevoir la possibilité d’enlever isolément, et en conservant le bras , l’omoplate converti en une masse informe et volumineuse. Ce projet a été conçu et l’opération hardie qui s’en est suivie a été exécutée par M. Jeanson alors qu’il remplissait d’une manière si brillante la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Lyon, vaste et beau théâtre sur lequel , depuis près d’un siècle , tant d’hommes remarquables ae sont succédé presque sans interruption.
Dans celte opération, M. Jeanson a fait en grand, si je puis ainsi parler , c’est-à-dire pour un os trèsconsidérable, pour un os très-voisin du tronc, et dans le but de conserver tout le membre supérieur , ce que je fis il y a quelques années, et ce que vient de répéter avec le même résultat heureux que j’avais obtenu, l’un de mes disciples chéris, M. Blandin, lorsque dans un cas où l’os métacarpien qui supporte le pouce était envahi par un ostéo-sarcome considérable , j’enlevai cet os complètement en recpectant les os du carpe et sans toucher aü pouce , qui reprit l’usage de ses mouvemens.
Un autre chirurgien de Lyon, qui continuera cette filiation non interrompue d’hommes célèbres dont je parlais à l’instant, M. Gensoul , nous a transmis, avec tous les détails convenables, l’histoire d’un cas dans lequel il a fait l’ablation de toute la moitié gauche de l’os maxillaire inférieur dégénéré en une tumeur sarcomateuse qui s’étendait jusqu’au col du condyle. Au premier coup d’œil ce cas d’amputation de la ma-
clioire inférieure grossit seulement le nombre déjà si considérable des opérations de même sorte qui ont été (ailes depuis quinze ou vingt ans, tant en France qu’en Angleterre , en Allemagne et aux États-Unis. Cependant deux choses rendent remarquable l’opération de M. Gensoul et lui donnent un prix particulier : d’une part, c’est toute une moitié de la mâchoire inferieure qui a été enlevée ; l’instrument a été porté jusqu à 1 articulation temporo-maxillaire ; le condyle faisait partie de la pièce pathologique. C’est ce qui n’avait encore été fait que par M. Mott, de Philadelphie, et par M. Wather, de Bonn, lequel meme a pousse la hardiesse et le courage jusqu’à enlever la mâchoire en totalité. En second lieu, pour s opposer d avance à une hémorrhagie qui aurait pu augmenter les difficultés de l’opération et compromettre à 1 instant même la vie du patient, M. Gensoul avait lié préalablement l’artère carotide primitive du coté correspondant à la maladie , comme 1 avait fait notre infortuné et si regrettable collègue Beclard, lorsqu’il pratiqua l’extirpation de la glande parotide , comme l’a fait depuis M. Lisfranc, dans le cas plus récent d’une opération semblable à cette dermere. Sans doute l’exécution même de l’opération principale était rendue moins périlleuse; mais les suites aussi n’en devenaient-elles pas plus chanceuses e plus incertaines? ne pouvaient-elles se compliquer des principaux dangers attachés à la ligature d’une artere aussi, considérable que la carotide primitive?
est ce quont pensé plusieurs membres de la section parmi les plus exercés et les plus habiles dans la pratique des opérations; et sans qu’ils aient im- 1028. Difformités. ^
prouvé formellement M. Gensoul , il leur a semblé que le parti qu’il avait cru devoir prendre à cet égard n’était pas de nécessité rigoureuse, et qu’on pouvait à peine le considérer comme justifié par l’événement. Une question plus grave a été agitée à l’occasion de ce nouveau fait d’ablation d’une partie de la mâchoire inférieure. On s’est demandé si , dans beaucoup des cas si nombreux où cette opération a été pratiquée depuis une vingtaine d’années, on n’avait pas trop promptement désespéré des ressources de la nature ; si l’on n’avait pas trop tôt cédé à l’attrait d une opération qui prépare ou promet au chirurgien la gloire et le mérite attachés à des difficultés vaincues. Et pour démontrer qu’on peut arriver quelquefois à des résultats avantageux par des méthodes de traitement beaucoup moins expéditives sans doute , mais aussi bien moins cruelles, outre qu’elles ont 1 immense avantage de procurer une guérison exempte de difformité et de mutilation, M. Larrey a mis sous les yeux de ses collègues une jeune personne chez laquelle un sarcome de l’os maxillaire inférieur, traité par les seuls dépuratifs à l’intérieur et l’application réitérée du moxa dans le voisinage de la tumeur, était déjà réduit au tiers du volume qu’il présentait primitivement. (1)
(ij Elirait du Rapport de M. le professeur royale de Médecine.
Roux à l’Académie
Observations sur tes Déviations du Rachis, et leur Traitement d’après la méthode du docteur Maisonabe ;
Par M. Ouvrard, médecin à Angers (i).
Grande courbure spinale antéro-postérieure.
François Beudonneau , âgé de cinquante-deux ans, jardinier , atteint d’aliénation mentale , mourut de gastro-entérite au mois de mai 1 828 ; cet homme avait une énorme gibbosité formée par la courbure antéropostérieure de l’épine dorsale ; cette courbure s’étend depuis la sixième vertèbre cervicale jusqu’à la basç du sacrum ; elle est concave , en avant , et mesure une
(1) Cet article étant extrait de l’ouvrage que vient de publier M. Ouvrard : Méditations sur la Chirurgie Pratique , ou Exposé d’ Observations cliniques destinées a faire connaître quelques faits nouveaux, et d fixer particulièrement l attention des hommes de l’Art , sur plusieurs points de Pathologie externe de Médecine légale et d’Orthopédie. Paris , chez Baillière , libraire , rue de l’EcoIe-de-Médecine , n° i3 , bis , 1828.
Nous avons cru devoir , contre notre règle , y laisser paraître les noms des personnes sur lesquelles ces observations ont è\* faites , tels qu on les trouve dans 1 ouvrage précité. On doit de la reconnaissance a M. Ouvrard d en avoir obtenu l’autorisation des personnes qui y sont le plus intéressées ; il a fourni par-là le moyen de constater les faits qu’il rapporte.
Dans un des prochains numéros de ce journal nous offrirons l’analyse de ses réflexions sur le sujet de ces observations.
L abondance des matières nous a forcé de remettre au prochain numéro le résultat de nos nouvelles observations sur les déviations de 1 épme et du pied. Maisonxbe.
1828. Difformités. - 34
cordc do sept pouces, dont la flèche a cinq pouces. Los septième, huitième, neuvième et dixième vertèbres dorsales , présentent des inégalités produites, par J’exfoliatioq des laines superficielles des vertèbres ; les deux dernières dorsales et les deux premières lombaires sont tellement soudées ensemble , qu’il n’existe plus non seulement de Gbro-cartilages, mais encore que le corps de chacune de ces vertèbres est aminci et réduit de beaucoup : le sommet des apophyses épineuses de la douzième dôrsale et de la première lombaire. présente un écartement de plus d’un pouce. , ‘ , . . ..
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.Les fausses côtes sont engagées dans le bassin , les musples droits du sternum au pubis n’ont que trois pouces de long, ils . sont épaissis ; les muscles situés dans, les gouttières vertébrales sont amincis et allongés.
L’aorte et J’œspphage n'ont perdu que très-peu de leur longueur , ils s’accommodent strictement à la grande courbure que présente la colonne vertébrale.
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Incurvation de l’épine multiple, rotation de l'cpine
sur son axe.
Elans le mois de février 1826 , mourut à l’hôpital Saint-Jean un mendiant âgé de cinquante-cinq ans; cet hoiniqfi (éfait hydrppique. Voici la configuration de son squelette : la région cervicale présente une courbure dfcfnt la convexité' est en avant; au-dessous et dans toute la région dorsale , deuxièine et première lombaires., une autre courbure dont la convexité est en arrière, qui mesure une corde de neut pouces, et une flèche de trois pouces ,et demi; indépendamment de ces courbures placées sur les plam>
antéro-postérieurs de la colonne vertébrale, il existe trois autres courbures placées sur les plans bilatéraux : la première région dorsale est concave à droite, elle lient à l’inclinaison des huit premières vertèbres; les quatre dernières dorsales et les deux premières lombaires présentent une autre courbure latérale qui est convexe à droite , tandis que les trois dernières lombaires offrent une convexité à gauche, ce qui élève l’os des îles et les met en contact avec les quatre dernières apophyses transverses lombaires.
Les fîbro-cartilages correspondant à la cavité des courbures sont amincis, sans être entièrement absorbés, tandis qu’ils sont élargis dans la convexité de ces mêmes courbures. Les apophyses transverses sont rapprochées , se touchent dans la profondeur des courbures, tandis quelles s’éloignent dans leurs parties saillantes ; 1 axe vertébral a éprouvé , depuis les dernières dorsales jusqu’aux premières lombaires , un mouvement de rotation sur lui-même , en vertu du-i quelles apophyses épineuses se sont rapprochées de la concavité de la courbure : cette disposition , qui est plus ou moins prononcée , suivant l’étendue e-l l’ancienneté des courbures , est due ici à.l amincissement de plus en plus prononcé des fihro-cartilages des cinq dernières dorsales et première lombaire , ainsi qu’à l’amincissement du corps lui-même des vertèbres. Les angles des côtes sont tirés en arrière , la partie moyenne de ces arcs osseux aplatie, et le sternum saillant est poussé en ayant ;- les diamètres du bassin sont viciés et indiquent un état rachitique.
Courbures multiples inverses, avec rotation de l’axe
vertébral.
En avril 1827, mourut une femme âgée desoizantequatorze ans , qui portait plusieurs courbures de la colonne épinière, tant dans les plans antéro-postérieurs que dans les régions bilatérales ; la plus grande de ces courbures était formée par les cinq dernières vertèbres dorsales et la première lombaire , elle mesurait une corde de six pouces et une flèche de deux pouces et demi ; ici l’axe vertébral avait tourné sur lui-même, de manière que toutes les apophyses épineuses étaient inclinées vers la concavité de cette courbure, qui était placée à gauche. Celte rotation des apophyses épineuses paraissait évidemment produite par le plus grand amincissement possible des fibro-cartilages , dont l’affaissement avait favorisé la chute ou l’inclinaison de la vertèbre qui est au-dessus. Les ligamens ne nous ont pas paru altérés; les diamètres du bassin étaient normaux, et le bassin lui-même droit , ce qui tenait sans doute à ce que la dernière vertèbre lombaire n’était pas déplacée.
Courbure de l’épine , description de la colonne vertébrale .
Le 26 juillet 1826 , mourut à l’infirmerie de la prison des Pénitentes, la fille Durand, âgée de trentesix ans, et aliénée. Cette fermée portait deux courbures de la colonne épinière , placées latéralement e en avant; la première courbure s'étendait depuis es deux dernières apophyses cervicales jusqu a la quatrième dorsale ; elle était convexe à droite et concave a gauche ; cette concavité sous-tendait une corde de six
pouces de long, et mesurait une flèche d un demipouce ; la seconde courbure s’étendait depuis la cinquième dorsale jusqu’à la première lombaire , elle décrivait un plus grand arc de cercle, et présentait une flèche d’un pouce environ; elle était placée en sens inverse de la première. Cependant la fille Durand était gauchère ; les côtes situées dans la concavité de la courbure ne s’éloignaient par leurs bords coirespondans que de deux lignes , tandis que du côte convexe elles étaient écartées les unes des autres de cinq à six lignes. Les fibro-cartilages du cote concave étaient amincis et réduits à une épaisseur d un quart de ligne, pendant que du côté convexe ils s étaient élargis et présentaient une épaisseur de deux lignes un tiers; ces fibro-cartilages ne paraissaient pas altérés dans leur structure, les ligatnens qui unissent les côtes aux vertèbres ne paraissaient avoir souffert aucune altération.
Le système musculaire fut examiné avec soin , mais l’examen le plus scrupuleux ne put me faire apercevoir aucune différence dans les muscles des deux plans du corps, si ce n’est que les muscles correspondans aux parties courbées avaient perdu de leur longueur, tandis que ceux qui correspondaient à la convexité des courbures s’étaient allongés, amincis; cependant tous paraissaient également sains.
Après avoir fait connaître l’état nécroscopique des colonnes vertébrales appartenant à des individus frappés de gibbosités, nous allons rapporter plusieurs cures de ces mêmes gibbosités, obtenues sur de jeunes personnes par le moyen des lits à extension et des ' secours de la gymnastique ; cures d’autant plus heureuses., que les personnes qui les ont obtenues étaient
atteintes , "bîcii qu’à un plus faible degré, des mêmes lésions vertébrales que celles dout nous venons de donner la description.
Courbures latérales et inverses de l’ épine; redressement complet de la colonne vertébrale.
M. Adolphe C — , âgé de dix-sept ans , d’une forte constitution, cheveux châtains, yeux noirs, tempérament bilioso-sanguin , taille de quatre pieds huit pouces sept lignes, ayant toujours joui d’une bonne santé, entra dans la maison d’Orthopédie , le 1er décembre 1826. Né d’un père légèrement déformé, ce jeune homme se présenta à notre observation avec trois courbures de l’épine; la supérieure , formée par les cinq premières vertèbres dorsales , était convexe à gauche (M. Adolphe est droitier ) , et concave à droite; elle avait six lignes de flèche, ce qui déjetait désagréablement l’épaule gauche, Les, sept vertèbres suivantes offraient une seconde courbure, en sens inverse de la première, de quatre lignés de flèche ; enfin , dans les cinq vertèbres lombaires il existait une troisième courbure , de huit lignes de flèche. Ces courbes placées en sens inverse et au-dessus les unes des autres, ne donnaient au corps qu’une légère^ apparence de déformation.. Les forces de ce jeune homme, mesurées au dynamomètre, équivalaient à vingt-neuf kilogrammes- Il fut soumis, depuis l’époque de son entrée, jusqu’au mois de mars 1828, à. une action extensive de la colonne, à l’aide du lit. de M. le docteur Maisonabe ; celte extension fut soutenue, modérée et graduée successivement, sans jamais dépasser une pesanteur dè trente kilogrammes, 1, extension , fixée à l’aide de lavis, n’a pas dépassé
six lignes d’allongement ; celte extension a cto renouvelée de trois heures en trois heures , cinq minutes chaque lois. Les récréations ont été consacrées à mettre un disque en mouvement, à se balancé*’ dans une machine destinée à fortifier tous leS ûïûs^cles , et à courir aux barres, sur des béquilles assois élevées, pour que la pointe du pied porte seulement sur le sol. Un régime analeptique, des bains et des douches ont heureusement concouru aux succès de ce traitement. Les forces mesurées au mois de février 1828, tiraient trente -deux kilogrammes. Mesurée à cette époque , la hauteur acquise était de cinq pieds deux ligues.
Voici le tableau d’accroissement par mois. Novembre 1826. 3 liv. JuiMet. ... 6 liv.
Décembre. ... 6 Août. .... 1
Janvier 1827. . 5 Septembre. . 3
Février . 3 Octobre. ... 2
Mars . 2 Novembre. . . 2
Avril . 1 Décembre. . . 1
Mai . 2 Janvier 1828.. 3
Juin . 1 Février. . . . o
3 pouces 5 lignes.
En février, la rectitude de la colonne était complète , et M. Adolphe pouvait sortir, à l’aide d’un corset tuteur, sans rien perdre de sa hauteur. Sa démarche est franche, assurée ; et malgré l’usage des béquilles, ses épaules sont bien placées, et sa tournure élégante.
Courbures inverses de la colonne spinale ; redressement complet de l’axe vertébral par l’extension de la gymnastique.
Mademoiselle Adrieùne P...,, âgée de quatorze
ans , d’un tempérament sanguin , constitution robuste, non réglée, cheveux blonds, visage ovale , yeux bleus’ formes arrondies, taille de quatre pieds neuf pouces et une ligne , nee dune mère légèrement déformée, d’un père bien constitué, entra à la maison d’Orthopédie , établie à Angers et dirigée par madame Villette, le 10 octobre 1826. Voici ce quelle présentait. La colonne épinière offrait trois courbures : la première, ayant sa convexité a gauche et sa concavité à droite , était formée aux dépens des deux dernières vertebres cervicales et des cinq premières dorsales. Cette première courbure déjetait l’épaule gauche et la rendait haute et saillante ; la deuxième courbure avait sa convexité à droite et sa concavité à gauche ; elle était formée par le reste des vertèbres dorsales. Cette seconde courbe faisait rentrer le côté gauche, et rendait le côté droit saillant. La troisième déviation était due aux vertèbres lombaires ; elle était convexe à gauche et concave à droite , ce qui élevait la hanche gauche , en abaissant la droite. De ces courbes , la première et la dernière étaient les plus considérables ; elles avaient neuf lignes de flèche chacune. Chaque vertèbre examinée parut saine ; la santé d’ailleurs était bonne. Cette jeune pei’sonne prit place au milieu de ses compagnes; elle fut placée sur un lit à extension, dit de Vursbourg. La traction de l’épine fut d’abord très-modérée. Comme cette extension s opéré à l’aide de ressorts élastiques, croisés en X, elle est toujours très-douce. On arriva successivement , et dans l’espace de six mois, au point de faire supporter à mademoiselle Adrienne P une exten¬
sion équivalente à vingt-cinq kilogrammes appliqués sur le bassin, et dix à la tète, ce qui représente en
tout une force de trente-cinq kilogrammes, agissant en sens inverse sur les deux extrémités de la colonne. Au moyen de cette force agissant presque continuellement sur l’épine , des bains , des douches, des promenades, des exercices gymnastiques, des béquilles, d’un régime analeptique , cette jeune personne a repris de l’embonpoint, de la vigueur; son tempérament s’est formé , et ce qu’il y a de plus étonnant, les courbures de l’épine se sont successivement redressées. La courbure supérieure a disparu la première, la moyenne ensuite, et l’inférieure ou lombaire la dernière. La première a disparu après six mois de traitement, la deuxième, deux mois après la première , et la dernière trois mois après la seconde. Ainsi la taille a repris son aplomb , et le corps sa rectitude normale. Onze mois de traitement et de séjour à la maison d’Orlhopédie ont suffi pour opérer le redressement de l’épine chez cette demoiselle. Elle a grandi de deux pouces et deux lignes; un corset mécanique a été placé sur son corps , comme un moyen préservatif dans les courses longues et forcées ÿ au moins pour quelque temps. Mademoiselle Adrienne P.... est rentrée dans sa famille , qui l’a reçue avec une taille élégante, une santé robuste, et avec non moins de joie que de surprise. Il faut également observer que mademoiselle Adrienne est droitière, et qu’elle offre sa première courbure convexe à gauche.
Incurvations de la colonne épinière 3 extension permanente j redressement complet de l'épine dorsale.
Mademoiselle Caroline D.... , âgée de quatorze ans, d une forte constitution , de la taille de quatre pieds huit pouces i tempérament lymphatico-sanguin , ern-
bon point prononce*, yeux bleus, cheveux châtaindair, n’ay-ant point encore été réglée, atteinte dans, son enfance de la rougeole , de la scarlatine , vaccinée, ayant eu des engelures > des fièvres tierces, des éruptions autour des oreilles, niais ne s’enrhumant que rarement et de loin en loin ; mademoiselle Caroline reçut le jour d’une mère dont la taille était déformée , et. qui mourut phthisique , jeune encore ; son père est un homme très-fort et d’une haute stature. Læ sœur aînée de mademoiselle Caroline mourut à l’âge de seize ans , phthisique et avec la taille contrefaite.
A l’âge de trois ans, la taille de cette jeune personne a commencé à se tourner; à quatre ans, l’incurvation était sensible; cette torsion de l’épine est venue sans douleur et a toujours grandi sans souffrances; depuis cette époque jusqu’à dix ans, ses occupations ont été nulles; ce n’est qu’à dater de son entrée dans un pensionnat, que ses travaux sont devenus ceux de toutes ses jeunes compagnes ; de dix à treize ans la courbure s’est prononcée d’une manière, sensible et a fait des progrès évidens. A son entrée dans l’établissement, qui eut lieu le 26 juin 1826, voici l’état dans lequel elle était :
Mesurée, taille quatre pieds huit pouces.
Elle offre deux courbures de l epine dorsale ; la première s’étend depuis la première apophyse dorsale jusqu’à la huitième ; sa convexité est à droite et sa concavité à gauche ; elle offre un arc de cercle sous-tendant une corde de six pouces six lignes , et offrant une flèche de sept lignes; la seconde courbure est placée en sens inverse de la première; elle est formée aux dépens des dernières vertèbres dorsales •et de toutes les lombaires; la torsion des apophyses
épineuses supportée par la rotation du corps de chaque vertèbre est à peine sensible.
La hanche gauche et l’épaule droite sont saillantes , les fausses côtes gauches sont relevées, proéminentes. Cette demoiselle souffre de fréquens maux d’estomac , et souvent elle refette ses alimens; l’enfoncement du flanc droit est profond, et les côtes de ce côté sont allongées d’avant en arrière et comprimées transversalement.
Couchée sur un lit à extension , et soumise à l’action constante et graduée de cet appareil, aidée dans l’emploi de ce moyen, par les jeux et les courses orthopédiques, fortifiée par un régime analeptique, mademoiselle Caroline a vu son tempérament su former d’une manière régulière , les maux d’estomac, les vomissemens disparaître complètement, sa sauté se fortifier, ses, forces générales augmenter, ses cour-, bures disparaître successivement, et dans l’espace de seize mois sa colonne épinière reprendre une rectitude parfaite j et sa taille une régularité remarquable. Cette jeune personne a crû, pendant la durée de son traitement, de trois pouces et quelques lignes.
Double incurvation spinale, extension de la colonne, redressement complet.
Mademoiselle Aglaé. ..., âgée de seize ans, d’unetaille élevee , d une belle constitution , née de pareils, sains et bien portans, fut réglée à l’âge de quatorze ans. Cette jeune personne eut , de dix à onze aAs , des; fievres tierces, et, à là suite de cette maladie, sa colonne epiniere commença à se dévier avec un sentiment de douleur dans la partie inférieure de la régions / ü
( 49fi)
dorsale; déjà l’épaule droite était saillante, et la hanche gauche plus élevée que l’autre.
Cette courbure fit de tels progrès, que les parens de cette demoiselle se déterminèrent à la soumettre à un traitement méthodique.
Le 22 novembre 1826, sa taille était de quatre pieds neuf pouces huit lignes , sa force, mesurée au dynamomètre, vingt-trois kilogrammes. Les sept dernières vertèbres dorsales offraient une courbe convexe à droite et concave à gauche ; la région lombaire était
courbée en sens inverse, la flèche de la première courbure avait près de seize lignes, et la deuxième plus d’un pouce. Les huitième et neuvième vertèbres dorsales étaient sensibles et douloureuses. Cette jeune personne se portait assez bien, cependant elle exhalait une haleine un peu fétide , et les selles étaient rares : cette disposition , au reste, est commune au plus grand nombre des personnes bossues.
Placée sur un lit Maisonabe , et bien que son épine fût roide et peu maniable, elle a subi des tensions qui ont successivement été en augmentant , et dont l’action a été soutenue par des bains et des exercices, soit à la course, soit dans la balançoire. Les premiers mois, les règles qui jusque-là avaient été régulières, se sont supprimées ; cette suppression a duré jusqu’au mois d’avril 1827, où elles se sont rétablies; jamais, malgré cette suppression, la santé n’a été dérangée, ni le traitement interrompu : le redressement de l’épine était complet au mois de fé¬
vrier 1828.
Voici l’état d’accroissement tel qu’il s est effectue:
Décembre 1826. 9 bv. Octobre. . . . o liv.
Janvier 1827.. . 5 Novembre. . . o
Février . 3 Décembre. . 1
Mars . 2 Janvier 1828. o
Avrjl . 1 Février. ... 1
Mai . 0 Mars. . . . . o
Juin . o Avril . o
Juillet . o Mai . O
Août . o Juin. . . . . 0
Septembre.. . . 3
2 pouces 6 lignes.
Les forces mesurées à l’instant du redressement parfait ont donné vingt- cinq kilogrammes; augmentation, deux kilogrammes. L’haleine est redevenue douce et les évacuations alvines régulières.
Double incurvation spinale, lit à extension , redressement complet de l'axe vertébral.
Une jeune demoiselle, âgée de quinze ans, d’une assez forte constitution , mais empreinte de disposition lymphatique , ayant les formes arrondies , les yeux bleus, les cheveux blonds, le teint rosé, née de père et mère bien faits et vigoureux, réglée depuis six mois, avait toujours joui d’une bonne santé , jusqu’à lage de quatorze ans, où elle s’aperçut que sa taille se déformait, ce qui l’affligea vivement. Cette jeune personne n’avait jamais beaucoup écrit, et ne s’est livrée à l'étude d’aucun instrument.
Yoici l’état dans lequel elle était à son entrée dans l’établissement orthopédique , le 17 juillet 1827:
Taille, quatre pieds six pouces une ligne.
Force, dix-huit kilogrammes.
toutes les vertèbres dorsales offrent une courbure
( 4oS )
•qui est concave à gauche et convexe à droite ; la flèche de cette courbe est de cinq lignes ; les vertèbres lombaires offrent une courbe inverse , avec une flèche de six lignes; lepaule droite est saillante, la hanche gauche élevée , et les fausses côtes du même côté proéminentes ; la santé est du reste parfaite.
Soumise à l’action d’un lit à extension, elle a subi des tractions graduées jusqu’au mois de juin 1828, où le redressement de la colonne vertébrale a été parfait; celte action a été soutenue par les moyens généralement employés dans la maison pour ces s.prtes de traitemens.
Accroissement et redressement de l’épine.
Juin 1837.. • liv. Décembre. . . ï liv.
Juillet . 2 Janvier . o
Août . 6 Février . 2
Septembre. . . 1 Mars. . o
Octobre. . . . o Avril. .... 2
Novembre. . . 3 Mai. ..... 3
2 poucqs-8 lignes^
A 1 'instant du redressement de l’épine, celte demoiselle avait gagné six kilogrammes, car ses forces mesurées étaient alors de vingt-quatre kilogrammes.
Courbures de l’épine dorsale ; redressement de res courbures par l’ extension de la colonne vertébrale.
Mademoiselle Sophie, âgée de quatorze ans et demi, douée d’une faible constitution, ayant la peau fine et blanche , les cheveux blonds, les yeux bleus, le teint fleuri, des palpitations de cœur , eut des glandes engorgées dans son enfance. Née d’un père
el d’une mère bien portons , quoique peu forts, elle a une tanle du côté paternel atteinte d’incurvation spinale. Vaccinée dans son enfance, elle a eu successivement la rougeole el la scarlatine; elle est sujette aux épistaxis , qui reviennent jusqu’à trois ou quatre fois par jour. Ses palpitations sont fréquentes et développées. Depuis trois ans sa santé est languissante , et son tempérament n’est point encore formé; son baleine est désagréable. A douze ans, on s’aperçut que sa taille tournait, et que mademoiselle Sophie devenait contrefaite. Gelte torsion de la colonne vertébrale a fait des progrès rapides ; elle n’a été accompagnée dans son développement et sa marche, que d’une prostration de forces. Entrée le 6 mai 1S27, dans l’Institut orthopédique d’Angers, voici ce qu elle a présenté à l’observation : taille de quatre pieds six pouces et une ligne. La colonne vertébrale présente plusieurs incurvations. La première s’étend de la première cervicale à la dixième dorsale; elle est placée sur le plan antéro-postérieur de la colonne épiniere , de telle sorte qu’elle présente sa concavité en avant. Au-dessous de cette première courbure il en existe une autre qui s’étend à tout le reste de la colonne vertébrale, et dont la convexité est placée en avant. La région lombaire vers son centre présente un enfoncement de deux pouces au moins de profondeur. Indépendamment de ces courbures, l’axe vertébral en présente deux autres sur un plan bilatéral. La première s’étend à toutes les vertèbres dorsales , la dernière exceptée ; sa convexité est à droite , et sa concavité à gauche; elle est mesurée par une rieche de quatre lignes environ ; la seconde , qui comprend tout le reste de la colonne , est disposée
( 5oo )
en sens inverse ; elle est la plus considérable et présente une flèche de six lignes au moins. D’après les dispositions de ces courbes, l'épaule droite est saillante , ainsi que la hanche , ce qui donne à cette jeune personne un aspect désagréable. Traitée de la même manière que celles dont nous venons de rappeler l’histoire, mademoiselle Sophie a vu ses palpitations disparaître complètement. Au bout de six mois la menstruation s’établit , prit un mode régulier , et sa santé se fortifia d’une manière remarquable ; enfin ses courbures disparurent successivement , et son corps reprit la rectitude que l’on peut désirer dans une personne bien faite. Ainsi s’est trouvée complètement guérie , et dans l’espace de onze mois , cette jeune. et intéressante personne si maltraitée par la nature. Les courbures supérieures ont disparu les premières, et c’est ce que nous avons presque toujours remarqué chez les jeunes demoiselles soumises à notre observation.
Yoici l’ordre suivant lequel la taille s’est redressée et l’accroissement opéré.
Mai 1827.. . 12ÜV. Octobre. . . . 2 liv.
Juin . 5 Novembre. . . 3
Juillet. ... 0 Décembre. . . 1
Août . 8 Janvier 1828. . 1
Septembre. . 5 Février . 4
En mars, mademoiselle Sophie était droite et avait quatre pieds neuf pouces.
Sa force, mesurée au dynamomètre, donnait quatre kilogrammes de plus qu’à son entrée dans l’établissement orthopédique.
( La suite au cçhier prochain .)
(Soi )
DE L’ACHYLOPLASTIE.
( Suite et fin. )'
Comme on vient de le voir, nous n’avons pas pris la résolution de ne raconter que des succès : les lecteurs de ces histoires merveilleuses et toujours heureuses ne peuvent être dupes qu’autant qu’ils sont jeunes , sans instruction et sans expérience. Nous n’écrivons pas pour notre considération personnelle; la connaissance de notre caractère suffit à ce besoin. Nous avons en vue le bien de la Science et de l’Art, et nous croyons que l’exposition naïve des faits de toute sorte importe beaucoup à ces deux objets. Les deux observations que nous venons de raconter nous paraissent d’un grand intérêt : leur résultat doit in« Huer sur les progrès d’une partie importante de l’Art ; elles sont instructives et dignes de la plus grande attention.
Dans le premier cas , l’espoir du succès s’est soutenu jusqu au quatrième jour : la circulation s’est donc faite d’abord, et pendant tout cet intervalle , de manière à soutenir la vitalité du lambeau. Il est probable que cette fonction n’a pas eu fieu, au moins d une maniéré utile , sous le rapport de la nutrition , par les bords coaptés du lambeau , bien que leur coaptation ait été fort exacte, et quelle ait même procuré une réunion immédiate qui paraissait devoir être solide. Cette réunion aurait eu, sans doute, de 1828. Difformités. ^
plus heureux résultats, si elle avait pu subsister davantage ; mais, quatre jours n’ont pas suffi pour lui donner l’organisation nécessaire et produire un appareil vasculaire apte aune nouvelle circulation. Cette dernière se taisait encore, uniquement par les vaisseaux artériels sur lesquels nous avions dû compter en concevant le plan de notre opération. Les dispositions anatomiques nous avaient paru analogues, mais non entièrement identiques avec celles de la peau du front employée^ la rhinoplastie. ÎS'ous en avions bien jugé; ces ressources vasculaires ont fait subsister un très-grand lambeau et lui ont suffi pendant quatre jours entiers; mais, la gangrène survenant , elle n’a point envahi d’emblée la totalité du lambeau ; elle s’est bornée à une petite étendue. Elle n’a détruit d’abord que le feuillet profond de la peau; elle a marché ensuite avec une grande lenteur ; elle a enfin épargné une grande partie du feuillet superficiel du lambeau.
Les premières limites de la mortification sont d autant plus remarquables , qu’elle est ensuite restée stationnaire pendant un certain temps : l’angle du pli que la peau formait au point où elle représentait le bord libre de la lèvre inférieure , a été visiblement un obstacle à la circulation. Le second fait prouve que cet obstacle n’a pas été le seul dont 1 action ait été efficace; mais son influence se manifeste si hautement par la délimitation passagère de la gangrène , qu’il est impossible de la méconnaître.
Le renversement et la torsion du pédicule du lambeau ont eu, sans doute , une grande part dans 1 événement; mais la conservation d’une partie du feuillet
extérieur prouve clairement aussi que cette altitude gênante du lambeau a nui moins à sa nutrition que l’inflexion de son tiers inférieur.
L’expression du second fait conduit clairement à reconnaître que c’est surtout la simultanéité de tous ces changemens qu’il faut reconnaître comme la véritable cause de l’insuccès dans le premier. Gomme nous avions cru pouvoir nous le promettre, en nous bornant à l’inflexion seule du tiers inférieur du lambeau , et nous attachant à l’objet unique de la réunion immédiate des deux feuillets de la peau disséquée , nous avons pleinement réussi : on aura même remarqué , sans doute, que nous avons pu , sans nuire à notre intention, et en la favorisant, au contraire, exercer une certaine compression sur ce lambeau doublé sur lui -même. Nous avions l’intention de maintenir ainsi les deux feuillets de la peau dans un contact très-exact par leurs sm’faces celluleuses ; de les maintenir dans un repos parfait ; de prévenir même , jusqu’à un certain point , tout engorgement , comme propre à laisser prendre à l’inflammation un trop grand élan ; et l’on a pu voir que si ce soin n’est pas la véritable cause du succès de la réunion , du moins ne lui a-t-il pas été nuisible. Mais , ce qui est surtout tres-remarquable , ce léger degré de compression n a pas diminue 1 activité de la circulation , puisque rien n a cesse de vivre , même au-delà de l’inflexion du tiers inférieur du lambeau. La circulation artérielle n a donc pas manqué d’énergie; les vaisseaux sur lesquels nous avions dû compter n’avaient donc pas trahi notre espérance.
L accident qui nous a empêché de poursuivre l’exé-
culion de notre plan opératoire est entièrement étranger à l’opération elle-même; et si nous ne pouvons pas compter ce fait comme un exemple de succès complet , nous n’en sommes pas moins autorisé à le regarder comme un grand encouragement : car nous n’hésitons pas à considérer la réunion solide des deux feuillets de la peau doublée sur elle-même , comme le point le plus difficile et le plus douteux de l’opération , et tout-à-la-fois comme le préliminaire le plus important. Assurément, le renversement, la torsion du pédicule du lambeau , sont des conditions défavorables pour la circulation ; mais , cependant , il n’en résulte que quelques changemens de situation poulies vaisseaux, et qui ont lieu même là où ces vaisseaux sont le plus volumineux, et, par conséquent, où ils sont encore doués de quelque énergie. Il en est bien autrement de l’inflexion du tiers inférieur : cette portion des tégumens, pour être mise en contact avec la portion contiguë , doit non seulement former un angle très-aigu , mais encore être rendue absolument parallèle. Les vaisseaux y doivent donc subir un changement total de direction. Ils ne peuvent éviter de former une courbe, qui ne peut être moindre que la valeur de la demi circonférence d’un cercle très-étroit; et cette disposition esL introduite là où les vaisseaux contenus dans le lambeau sont le moins volumineux, là où leurs conditions sont celles de l’appareil capillaire et où ils ont bien moins d’énergie. Une fois la réunion opérée, une fois les productions organiques de l'inflammation accomplies et perfectionnées, il se fait une circulation directe entre le tiers moyen et le tiers inférieur du lambeau réunis et dans le lieu
même de leur réunion ; en sorte que la partie importante, utile, des vaisseaux propres du lambeau, peut exercer une influence directe, efficace, sur la nutrition du tiers inférieur; influence qu’il faut considérer comme ajoutée alors à celle de la continuité des vaisseaux, telle qu’elle avait lieu avant la dissection.
Nous nous croyons donc autorisé à penser que la réunion mutuelle des deux feuillets du lambeau est le point éminemment difficile , et tout à la fois le plus im • portant de l’opération de Yachyloplastique; que ce point une fois accompli et solidement terminé , le reste ne présentera pas d’autres difficultés. Il faut donc assurer, avant tout, le succès de la première partie de l’opération , et n’entreprendre que secondairement la coaptatioa du double lambeau. On ne doit donc retrancher le cancer, ainsi que nous l’avions fait dans le second cas , qu’après avoir mis préliminairement !c lambeau ea état de remplir la brèche. Ce précepte a les inconvéniens, sans doute, d’une opération faite en deux temps, du besoin de rafraîchir de nouveau les bords du double lambeau au momentde le coapter, ce qui multiplie les douleurs; mais, si le succès tient à l’accomplissement de ces précautions, le résultat définitif d’une opération aussi intéressante mérite bien le soin de l’assurer, même au prix de la douleur. Nous ne croyons pas que l’on puisse réussir à greffer la peau du cou dans la région labiale inférieure^, en faisant subir de suite aux parties propres à former le lambeau, tous les changemens nécessaires; au moins s’expose-t-on ainsi à la gangrène du lambeau , tandis que ce danger peut être évité en procédant avec plus de soin. Quant à la formation d’une lèvre inférieure
par un feuillet simple de peau, nous trouvons cette opération tellement vicieuse, que nous ne la croyons nullement indiquée , et que, dans le cas où il ne seiait pas possible de pratiquer autrement Y achyloplastique 3 il serait plus médical d’y renoncer et de pratiquer la resection de 1 os maxillaire , quand bien même il serait sain. Cet os devrait être retranché, alors, au moins dans une étendue suffisante pour donner la liberté de ramener les joues l’une vers l’autre, les unir ensemble par la suture et l’inflammation adhésive , afin de leur faire tenir lieu de la lèvre inférieure. Le consentement que nous donnerions alors à ce sacrifice est propre à donner une idée de la haute importance que nous attachons à la conservation ou à la restauration d’une lèvre inférieure : 1 expérience nous a bien appris à considérer comme absolument impossible le remplacement de cette partie par un instrument propre à remplir ses fonctions. On ne peut réussir qu’à imiter grossièrement les formes; mais, parler, mâcher, retenir la salive, sont des fonctions importantes dont une lèvre artificielle est absolument incapable, et que l’on peut rétablir seulement par la formation d’une lèvre organique, soit par le moyen de Yachyloplastique , telle que nous venons de l’enseigner, soit en unissant les deux joues à la suite de la résection de l’os maxillaire.
Ce que nous venons d’exposer touchant Yachyloplastique est propre à répandre un nouveau jour sur la rhinoplastique par le procédé italien. Un phénomène identique s’est reproduit dans l’une et dans l’autre opération, et il paraît raisonnable d’en chercher une source commune. Lorsque nous avons pns
ia peau du bras pour restaurer un nez, lorsque nous avons emprunté les tégumens du cou pour reparer une lèvre, une partie du lambeau transplante a ete mortifiée ; dans l’un et dans l’autre cas la gangrené a détruit environ la moitié du lambeau. Dans le second cas, la peau déplacée avait subi diverses inflexions qui avaienl dû gêner notablement la circulation dans ses propres vaisseaux et tous les actes de la vie ; 1 influence de ces replis se trouve bien clairement de* montrée dans les résultats de la deuxième opération d ’achyloplastique.
Mais , il y a entre les deux cas de cette derniere opération et celui de la rhinoplastique par la peau du bras, une différence bien notable. Dans ce derniei cas, la mortification n’a eu lieu que dans le pédicule du lambeau , après la section complète. Il y a eu d’abord réunion solide du sommet du lambeau ; celte réunion a suffi pour animer tout ce qui 1 avait subie : la gangrène n’a eu lieu que dans les parties qui se trouvaient isolées par la section du pédicule. Dans le premier des deux autres cas, la réunion du sommet du lambeau s’est faite d’abord; bientôt elle a ete détruite par la mortification de l’un de ses feuillets, celui qui répondait à ce même sommet, tandis que sa base s’est conservée. Il y a donc eu énergie suffisante dans toute l’étendue du lambeau , dans le premier cas; les organisations nouvelles provenant de l’inflammation ont été assez avancées pour se prêter à la nutrition , puisqu’une partie de ce lambeau , le sommet , qui avait subi la réunion , a pu subsister : le temps a manqué pour qüe l’influence vitale de ces communications nouvelles ait pu s’étendre à la base
du lambeau ; mais il est bien notoire que la nature de 1 événement dans les deux cas, donne la preuve positive que I indus vital doit se faire d'abord de la base au sommet du lambeau, et secondairement du sommet vers la base. Tl est donc important que, d’abord , la circulation parles anciennes voies soit entièrement libre. Il est tout aussi important que la réunion du sommet du lambeau soit bien garantie par tous les moyens capables de la favoriser, soit en assurant une coaptation exacte, fixe, invariable, soit en maintenant Je repos le plus parfait entre les parties a rontées. U importe enfin beaucoup de retarder, e plus qu’il se peut, la résection du pédicule du lambeau, afin de laisser toute la latitude possible au perfectionnement des moyens d’union , au développement de la vascularité nouvelle, en sorte que les actes de la vie puissent être bien complets dans le point meme de la réunion.
Oi , pour remplir ces trois conditions fondamentales, décisives, il faut s’aider de tout , et bien apprécier toutes les ressources qui sont à la disposition de l’art.
Il est bien évident d abord, qu’il faut préférer les dispositions anatomiques les plus favorables , lorsque I on est assez heureux pour avoir la liberté du choix : là se trouve l’un des principaux motif# de préférence du procède indien sur le procédé italien. On l’a vu par 1 evenement du cas où nous avons tenté l’application de ce dernier , comme par celui du premier cas d achyloplastiqae que nous venons de raconter : dans 1 un et dans l’autre les dispositions anatomiques étaient moins favorables; il a fallu compter sur l’in-* fluence vitale de vaisseaux capillaires, et la gangrène
( 5og )
est survenue. Il n’est aucune partie du corps disposée commodément pour servir à de pareils emprunts , et dont la structure soit aussi favorable que la région médiane du front : on dirait que la nature s’est complue à la douer tout exprès d’une sorte d’appareil artériel tout-à-fait distinct. Ainsi, comme on vient de le voir, le renversement, la torsion du lambeau, qui ont eu de si funestes conséquences dans d’autres ré- , gions du corps, n’en ont entraîné aucune en opérant avec la peau du front ; jamais le lambeau tiré de cette région n’a péri.
Quel que soit le soin que l’on prendra pour coapter exactement les parties mises en rapport, le repos absolu de ces mêmes parties, condition si importante encore , n’en pourra jamais résulter, à moins qu’il ne soit lui -même une conséquence inévitable de la structure anatomique des parties sur lesquelles on opère. Là se trouve encore un autre motif de préférence du procédé indien sur le procédé italien. En effet , il ne peut jamais y avoir mouvement entre le nez et le front : cette heureuse condition a même pu favoriser des efforts louables, pour tâcher d’obtenir la réunion du lambeau sans suture ; efforts qui, tout estimables qu’ils sont, décèlent l’inexpérience et conduiront à des revers inévitables, mais instructifs. Il est impossible , au contraire , d’assujétir invariablement la tête et le bras : nous y avons pris de grands soins; en outre de celui d’assujétir le poignet sur le sommet de la tête, à un capuchon qui faisait partie d’un gilet fixé lui -même par des sous-cuisses, nous avions arrêté et ramené le coude vers la face , par une fronde qui se bouclait soli-
( 5io }
deuient à la nuque. Il est impossible d'imaginer rien de plus Solide. Néanmoins , il y a eu des mouvemens : ils étaient inévitables, parce que le lieu où la peau était empiuntee et celui qui la recevait ne faisaient pas partie d’un môme tout , comme à la tête. La lassitude survient; la gêne de la situation amène enfin la douleur; les muscles tombent dans un état convulsif, et les mouvemens deviennent indomptables.
Malgré que tant et de si graves inconvéniens puissent être éludés en préférant la peau du front, que 1 on se tienne pour bien averti que ce n’est pas trop de toutes les garanties que l’on peut trouver dans des sutures bien faites , pour assurer une coaptation exacte, suffisante, et même l’immobilité absolue et necessaire entre les parties rapprochées. Cette dernière proposition peut avoir l’air d’un paradoxe; cependant il est aisé de sentir, et quiconque opérera apres nous en aura bientôt la preuve, qu’il ne suffit pas que les parties que l’on a rapprochées proviennent de points du corps immobiles entr’eux; que le mouvement . peut venir d’une autre source. Si l’on pouvait déployer et coapter toute la surface profonde du lambeau sur une autre surface semblable, il pourrait ne se faire que Je travail de l’inflammation adhésive , et tout pourrait s’unir immédiatement sans le moindre déplacement. Mais il n’en est pas ainsi : on ne peut coapter que les bords d’un lambeau plus ou moins large; toute sa surface profonde est nécessairement isolée , surtout dans les cas les plus graves, ceux où la mutilation à réparer est le plus étendue. Or, dans celte surface , la suppuration , le gonflement qui la précède, la réduction d’étendue qui la suit
sont inévitables; on ne peut même s’empêcher de compter. sur ces changemens pour le but qu’on se propose. La forme du nez que l’on prétend restaurer ne peut être décidée que par eux ; mais tous ces changemens sont pleins de mouvemens, ces mouvernens tendent à entraîner les bords du lambeau , et les détourneraient, en effet, de leur coaptation, s’ils n’y étaient pas bien assujétis. Que l’on y regarde .attentivement et de bonne foi : là où les sutures n auront pas été employées pour coapter le lambeau, on pourra bien réussir à greffer à la place du nez une portion de la peau du front , on ne reproduira pas dans la greffe les formes naturelles du nez humain : c’est que ces formes ne peuvent résulter que du contraste entre la tendance au raccourcissement, à la coarctation dans tous les sens de la surface profonde et suppurante du lambeau , et la résistance efficace , invincible , des bords du même lambeau assujétis de manière à ne pouvoir être entraînés. Or , ces bords ne peuvent être assujétis avec cette efficacité, avec la solidité suffisante, dès les premiers jours, par la réunion toute récente qu’ils peuvent avoir contractée. Cependant l’engorgement du lambeau , la suppuration et la crispation de sa face profonde sont des phénomènes qui commencent immédiatement , et qui se succèdent sans interruption : il est évident que la suture peut seule opposer une résistance suffisante dans les premiers momens, lorsqu’elle serait la plus importante et la plus douteuse de la part de la réunion récente, et en attendant que l’organisation nouvelle ait acquis une solidité suffisante pour résister elle-même. Se fier à autre chose, dans un objet qui
réclame autant d’exactitude et de précision # serait une véritable folie ; et nous ne craignons pas de prédire qu en se conduisant autrement, il doit se faire des déchirures intérieures d’une partie de la réunion qu’on aura pu obtenir ; que le lambeau prendra des formes bizarres, hideuses; qu’il se laissera entraîner dans diverses directions, déprimer profondément; qu il se désunira dans quelques points ; qu’il se mortifiera en partie, etc. On peut donc regarder comme une indication médicale démontrée, que la suture est inévitable, dans l’intérêt du repos mutuel des parties que l’on a rapprochées.
Quant à la nécessite de ne séparer entièrement le lambeau greffé qu’après avoir laissé à la naLure le temps de perfectionner l’organisation de la greffe, au point quelle puisse suffire d’abord à la nutrition du lambeau tout entier, il en résulte encore bien évidemment un grand et puissant motif de préférence dans la rhinoplastique , en faveur du procédé indien. | On la vu par l’observation. Dès le huitième jour, à la suite du procédé italien , l’attitude était devenue intolérable, et il a fallu s’exposer à un accident trop vraisemblable et qui n’a pu être évité, la mortification de la portion du lambeau séparée la dernière : l’organisation qui avait réuni le sommet de ce même lambeau n’était pas suffisamment avancée pour suffire à la nutrition du tout. Dans les cas où nous avons opéré suivant le procédé indien , nous avons été libre de retarder la dernière partie de l’opération ; nous avons consulté et le temps et l’aspect des parties, les témoignages appréciables de la vie par ses phénomènes communs et par ses résultats plastiques dans le Ira-
va il de la réunion ; et , lorsque nous avons achevé la séparation , nous n’avons jamais rien perdu.
D’après tout ce que nous avons été à portée d’observer sur ce sujet intéressant, nous demeurons convaincu que pour tirer parti du procédé italien , il faudrait en revenir aux précautions indiquées par Tagliacozi j avec une perfection qui décèle clairement un praticien éclairé, et même un penseur supérieur à son siècle. Mais Tagliacozi n’a point connu le procédé indien : nous doutons que les praticiens et les malades voulussent se soumettre aujourd’hui à des soins si nombreux et si prolongés, et nous nous tenons pour assuré que leur résultat définitif se trouverait aussi défectueux que celui de la rhinoplastique par le procédé indien accompli s-ans le secours des sutures. Une seule réflexion suffira pour le faire sentir. Dans les procédés de Tagliacozi , le lambeau détaché progressivement du bras est livré à la suppuration , tenant encore au membre par une de ses extrémités ; on lui laisse le temps et la liberté de s’enrouler sur sa face profonde , avant de le coapter. La séparation progressive de cette portion de peau , les frictions préparatoires , les topiques stimuluns, etc., sont des soins efficaces pour ne pas l’exposer à la mortification; mais, livré sans opposition à la crispation de sa surface celluleuse, crispation qui n’est jamais égale dans tous les points, ce lambeau éprouve , non pas un enroulement régulier, mais une réduction bizarre; il en résulte, non pas un demi -cylindre, comme on se le promet, mais une masse irrégulièrement convexe dans la surface cutanée , et dont les formes peuvent s’éloigner beaucoup de celles que l’on
prétend imitçr. Les choses se passent de la même manière, et pour les mêmes raisons, dans les cas où des sutures bien faites n’ont pas assujéti suffisamment les lèvres du lambeau coaptées avec le contour de la brèche : dans l’un et dans l’autre cas il y a eu suppuration, crispation de la surface profonde, sans op-i position , du moins suffisante , de la part des bords du lambeau. N oublions pas que c’est de cette opposition que doivent résulter les formes qu’il s’agit de reproduire; c’est cette opposition et l’habileté avec laquelle l’art peut la diriger, qui est la véritable clef du succès, tel qu’on peut le désirer, tel qu’on est tenu aujourd’hui de le rechercher dans cette opération. Cette même opposition ne se trouve, ni dans le procédé de T agliacozi , ni dans la suppression des sutures : donc , l’un et l’autre doivent être rejetés pour les mêmes raisons.
Nous avons lieu d’espérer que les considérations auxquelles nous nous sommes livré dans ce Mémoire, et les conséquences générales qui en ont découlé, feront, dans l’état présent des choses, les principes du sujet intéressant dont il s’agit. Nous croyons quel l’on peut s’en servir pour juger les différentes applications, dont l’occasion pourra se présenter, de l’tfrthomorphie par greffe animale. Ainsi , d’après ces principes, nous ne croyons pas à la possibilité de la restauration de toute une paupière , du pavillon de l’oreille, etc., choses dont on a parlé, écrit, dont on parle et sur lesquelles on écrit encore, avec une légèreté qui ne serait que comique , si elle n’avait le tort' bien grave de fausser les esprits des jeunes médecins. D’après les mêmes principes, nous n’avons
pas cru pouvoir nous prêter au dévouement le plus touchant que puisse inspirer la tendresse conjugale t et dont nous placerons ici l’histoire.
Observ. Une femme jeune fut atteinte d’une tumeur cérébroïde dans le point central de la glande mammaire gauche. La mollesse de cette masse , la rougeur de la peau correspondante , trompèrent, comme il arrive souvent , un homme au moins inexpérimenté : une incision y fut faite, dans l’intention de vider un abcès. Par on ne sait quelle suite d’erreurs bien plus graves, ce misérable divisa profondément toute cett<B masse, par deux incisions qui se coupaient cruciale ment , et qui s’étendaient fort loin dans la peau. Cette enveloppe déjà fatiguée par la distension que la tumeur lui imposait, participa bientôt à la lésion organique. Les accidens les plus graves ne lardèrent pas à. éclater , et la malade fut admise à l’hôpital Saint— Éloi, dans l’état le plus affligeant. Nous gémissions., en entretenant nos disciples de ces déplorables erreurs , de ne pouvoir rien entreprendre pour les réparer: la peau était détruite dans une grande étendue'; néanmoins, et quelle que fût la gravité des symptômes, il eût été possible , sans ce malheur, de réussir à les arrêter, par la suppression soudaine de leur foyer commun. Le mari de cette malheureuse femme était, à notre insu, parmi les auditeurs : il approche , il questionne, il nous propose enfin, sachant que nous avions restauré des nez , de prendre sur son corps la quantité de peau qui manquait à celui de sa femme , et nous supplie de la manière la plus naïve et la plus capable de toucher, de sauver ainsi sa pauvre femme. Nous éprouvâmes un instant d’enthousiasme et d’en-
traînement, tant la vertu simple est puissante! Mais notre erreur ne pouvait être longue : nous aurions eu besoin d’un très-grand lambeau de peau , nous n’aurions pu le prendre sur le corps de ce généreux époux, sans exposer sa vie; nous ne pouvions le choisir dans un lieu dont la structure vasculaire fût suffisamment favorable : bien que nous puissions placer et lier ensemble les deux corps dans le même lit, il était impossible de se promettre entr’eux le repos suffisant pour une pareille entreprise. Le succès ne nous paraissait pas absolument impossible; mais il était assez improbable et attaché à des chances assez périlleuses, pour devoir nous refuser à l’accomplissement d’un acte d’ailleurs si vertueux.
Nous terminerons ici ce travail , que l’on trouvera peut-être long, mais dont le sujet nous a paru digne d’être traité avec quelque étendue.
Les précautions que nous avons indiquées , les modifications que nous avons fait subir aux procédés opératoires et que nous avons présentées, pour ainsi dire, en action , nous paraissent d’une grande importance. Ces nouvelles conditions rendent Iss opérations de la rhinoplastique et de \ achylo plastique plus sûres, plus praticables; et il y a lieu d’espérer que les praticiens en étant moins éloignés , ils en feront un sujet i particulier d’étude, ce qui conduira certainement à des perfectionnemens nouveaux. Notre part nous paraîtra belle , si nous pouvons nous flatter de les avoir provoqués (1).
(j) Clinique de M. le professeur Delpech.
Observations sur les Déviations du Rachis.
(Suite et fin. )
Le redressement de la colonne vertébrale ne peut donc plus être l’objet d’un doute, surtout pour les colonnes légèrement déviées, et déviées depuis peu. Cette considération importante fixera l’attention des mères de famille, et la société peut espérer désormais que ses rangs ne seront plus attristés par la présence de ces êtres malheureux et disgraciés, qui ne fixent l’attention que par la bizarrerie de leurs formes. Mais il reste une question importante , et que le temps n’a pas encore résolue, celle de savoir si les fibro-cartilages , après le redressement de l’épine, prennent assez d’accroissement et de solidité pour que la colonne, débarrassée de tuteur et chez de jeunes épousés, ne se courbe pas de nouveau. Il est raisonnable de se retrancher dans le doute, jusqu a ce qu une expérience éclairée vienne à cet égard former l’opinion et rendre hommage à la vérité. Nous ne hasarderons donc aucune conjecture à cet egard, ne voulant en aucune manière anticiper sur le temps, qui seul peut amener la solution de cette question ; cependant nous dirons que la jeune personne qui fait le sujet de notre seconde observation, et qui depuis un an a quitté le traitement, nous écrit que ses forces augmentent et quelle peut marcher la
plus grande partie du jour, sans se fatiguer ni perdre de sa taille.
1828. Difformités.
( 5iS )
Les anatomistes ont fait de vains efforts à différentes époques de notre art, pour expliquer la courbure latérale droite de l'épine, région dorsale : les uns l’ont attribuée à la pression de la crosse de l’aorte, mais cette raison est tout aussi bonne que si l’on disait que l’aorte est arquée par la pression qu’exerce sur elle la courbure de 1 épine; l’un serait aussi raisonnable et aussi vraisemblable que l’autre. Bichat, et plus tard le professeur Béclard, publièrent, l’un dans son Anatomie descriptive , l’autre dans sa Thèse inaugurale, que la nécessité de rétablir en équilibre le centre de gravité sans cesse entraîné à droite, par l’usage plus fréquent que nous faisons du bras de ce côté , finissait , en courbant l’épine à gauche, par lui faire décrire la courbe aortique que nous lui connaissons: celte manière de voir de la part de deux hommes également instruits en anatomie et physiologie, est plutôt une idée spéculative qu’une déduction de faits bien observés, puisque l’autopsie des cadavres prouve que les gauchers ont la colonne courbée comme ceux qui se servent du bras droit; mais lors môme que les faits ne seraient pas en opposition avec ces idées préconçues, il suffirait d’examiner la manière dont cette courbure est. dessinée , pour voir quelle ne peut être attribuée à une pareille inclinaison du corps. Circonscrite et limitée aux trois premières vertèbres dorsales, celle légère dépression de J’épine sur sa face gauche serait-elle ainsi bornée si elle était due à l’inclinaison totale de Ja colonne vertébrale, et telle que la chose arrive lorsque nous nous penchons à gauche pour ramener le centre de gravité , entraîné adroite dans l’aire de la base de sustentation du corps?
On a supposé, sans plus de fondement, que les personnes difformes naissaient avec une faiblesse originelle de tout le système musculaire d’un des côtés du corps; mais pour que celle débilité pût être une cause suffisante d’incurvation cîe la colonne vertébrale, les courbures devraient être une et toujours placées du même côté : l’observation prouve le contraire , car les arcs de cercle décrits par les courbures de l'épine sont inverses et multiples : cette manière d’envisager les courbures de l’épine nous paraît donc tout-à-fait hypothétique.
Un médecin qui a écrit un traité ex professo sur les courbures de la colonne vertébrale , pense que l’exercice que nous faisons habituellement, et dès 1 enfance, du bras droit, amène dans les muscles de l’épaule de ce côté un surcroît d’énergie qui finit par donner aux muscles de cette région une telle supériorité sur leurs antagonistes, qu’ils entraînent vers eux la colonne vertébrale , et lui impriment une courbure dont le centre est dirigé suivant une ligne qui traverserait le milieu de l’aisselle droite; pour que les choses pussent se passer ainsi , i°. la convexité de la courbure devrait toujours être à droite chez les personnes qui se servent habituellement de la main droite , et vice verscî pour celles qui se servent du bras gauche ; cependant les faits rapportés par nous prouvent le contraire ; 2°. elle devrait s’étendre à tous les points d’attache des muscles trapèze , rhomboïde, petit dentelé et angulaire : cela n’est pas ; 3°. les muscles cités sont tellement disposés, qu’ils doivent, avant de tirer à eux la colonne vertébrale, imprimer aux vertèbres un mouvement de rotation sur leur
axe, puisqu’ils s’attachent, excepté l’angulaire, sur les points les plus reculés des apophyses épineuses; 4°. pour qu’ils pussent agir de manière à entraîner la colonne , leurs points d’insertion devraient être , sinon aux corps mêmes des vertèbres, au moins aux apophyses transverses ; 5°. l’expérience prouve que la déviation des apophyses épineuses n’est que postérieure à la courbure de l’épine , et quelle est disposée de manière que le sommet des apophyses épineuses regarde la concavité de la courbure ; ce fait s’explique naturellement, puisque cette torsion est due à l’affaissement des Gbro cartilages et à leur amincissement; 6®. les fibres musculaires des muscles appelés à la formation de semblables courbures devraient agir avec d’autant plus d’efficacité, qu’elles sont plus énergiques; et cependant le centre de la courbure répond au milieu des muscles trapèze et rhomboïde , point plus faible que les extrémités, puisque la tension Gbrillaire de cette région est à celle des parties supérieures et inférieures des mêmes muscles, comme un est à trois ; y®, l’angulaire de l’omoplate et le petit dentelé sont le plus souvent placés au-dessus de la courbure , et n’ont aucun rapport avec elle. Cette nouvelle théorie des incurvations spinales devrait nous offrir toutes les courbures de l’épine aussi régulièrement placées que les muscles qui les produisent , et pourtant rien n’est moins vrai. Ce qui a porté l’auteur de cette hypothèse à considérer les muscles comme les agens des courbures de la colonne vertébrale, c’est la fréquence de la première courbure dorsale, offrant si convexité à droite; il appuie son opinion sur ce que les jeunes personnes ne devicn-
nent contrefaites qu’à l’instant où elles entrent dans les pensions, prennent des maîtres et se livrent sans réserve à l’étude de l’écriture, du dessin, de la harpe et aux travaux de l’aiguille, etc. Mais si véritablement cette action soutenue du bras rendait bossu, nous verrions atteinte de cette difformité la généralité des ouvriers qui, dès leur plus bas âge, sont livrés à de dures fatigues , dans lesquelles ils exercent infiniment plus le bras droit que le gauche. Et pourtant, où se trouvent les personnes gibbeuses? dans les hauts rangs de la société , dans la classe des personnes aisées et qui ne font rien. Pourquoi, si l’action du bras droit détermine la courbure de l’épine , la convexité de cette courbure est-elle quelquefois tournée à gauche, et chez les gauchers tournée à droite]? Dans cette hypothèse, cela ne devrait jamais avoir lieu.
Enfin, ce qui ne permet en aucune manière d’accucillir cette explication, c’est que le plus grand nombre des jeunes personnes atteintes de déviations spinales sont nées ou tiennent à des parens eux-mêmes contrefaits, si ce n’est à la première génération , au moins à la seconde. Il n’est pas vrai non plus que les muscles qui correspondent à la convexité de la courbure soient plus forts que les autres; nous pouvons môme assurer, d’après nos recherches, que ce sont les masses musculaires correspondantes à la concavité des courbures, qui sont les plus épaisses. Ce qui peut tromper et faire croire à ce développement , c’est que la colonne vertébrale , en fuyant vers l’omoplate , rapproche les extrémités des muscles trapèze, rhomboïde et petit dentelé ; ce qui, en les raccourcissant ,
les rend plus épais et donne à l’épaule un air plus fourni.
L’auteur d’une nouvelle méthode pour traiter les déviations de la colonne vertébrale a vainement essayé de nous dévoiler la nature et le mécanisme de ces courbures, en faisant a ces déviations une application îigoureuse des principes de mécanique et de statique animale. Cette théorie , telle que la conçoit et l’explique son auteur, réside sur un fait dont l’existence est loin d être prouvée. Ce médecin suppose que les transversaires et transversaires épineux se con- 'tractent instinctivement , dès que les muscles tenseurs de l epine sont fatigues , et qu’alors ils empêchent la chute du corps en avant par le mécanisme suivant, ou du moins soulagent reposent les muscles sacrolombaire et long dorsal. Suivant cet auteur, une courbure se prononce dans la région dorsale, par l’action des transversaires et transversaires épineux. La concavité de cette courbure est à gauche et la convexité à droite; ensuite, et pour le rétablissement nécessaire de l’équilibre, il se forme deux autres courbures en sens inverse : une dans la région cervicale et l’autre dans la région lombaire. En même temps que ces courbures se prononcent , l’épine est redressée , parce que chaque faisceau musculaire des transversaires, en agissant sur les apophyses articulaires et épineuses, produit deux mouvemens , dont l’un agit suivant une ligne tangente aux apophyses articulaires , et l’autre suivant la normale à ces facettes articulaires. Il existe même ici un troisième mouvement qui s’exécuterait, suivant une des génératrices de ces facettes.
et en vertu duquel les vertèbres éprouveraient un léger mouvement de rotation sur leui' axe.
Cette hypothèse est ingénieuse, mais rien ne prouve que les choses se passent comme on vient de 1 indiquer. 11 est même certain que celte hypothèse prêle aux muscles profonds des gouttières vertébrales une action qu’ils n’ont pas et qu’ils ne peuvent avoir ; ils ne courbent pas l’éj^ine. Quand nous sommes fatigués , la seule chose qu’on remarque, et que tout le monde peut remarquer dans ce cas , c est que la courbe est en avant et non pas latéralement. Les vieillards sont dans ce cas. Les personnes long-temps assises sur un tabouret prennent cette attitude ; les hommes qui restent long-temps à cheval la prennent également , etc. Par quel singulier privilège les transversaires du côté gauche , naturellement plus faibles que les muscles du côté droit, seraient-ils les premiers à courber l’épine de leur côté? Le besoin de l’antagonisme est une chimère qu’on invoquerait en vain pour répondre à cette question; car les courbures de l’épine sont tantôt convexes à gauche , tantôt à droite. Si les transversaires et transversaires épineux étaient la cause de semblables courbures , pourquoi la région cervicale serait-elle convexe à gauche, quand la courbure dorsale l’est à droite? Elles devraient être placées du même côté, puisque ces muscles s’étendent depuis la deuxième vertèbre cervicale jusqu’à la sixième dorsale et dernière lombaire. 11 ne devrait jamais y avoir qu’une seule courbure toujours placée du même côté , et dont le centre répondrait à la moitié de la colonne vertébrale , puisque ces muscles
sont infiniment plus forts à leurs extrémités qu’à leur centre.
Cependant les médecins savent que les courbures de 1 epine sont alternes, multiples et souvent placées dans des directions telles, que les muscles qui enviîonnent le tronc n auraient jamais pu les produire. Nous devons rendre hommage aux efforts tentés pour résoudre les questions qui nous*occupent , quelqu’infructueux qu ils soient. Si les travaux des physiologistes n ont encore pu rendre raison des véritables causes des incurvations spinales, ces travaux ne sont pas stériles neanmoins; ils indiquent de nouvelles 1 eûtes et revelent des vérités qu’on n’aurait pas aperçues sans eux. Si l’action musculaire ne peut être considérée comme la cause principale des incurvations spinales, elle augmente évidemment les courbures de 1 epine, lorsque celles-ci sont commencées; et bien que secondaire , cette puissance n’en agit pas moins énergiquement pour favoriser l’action de la pesanteur. Nous doutons que cette nouvelle théorie des incurvations spinales puisse avoir plus de succès que la première.
La colonne vertébrale non seulement présente les incurvations que l’on observe sur son plan antéropostérieur, mais elle en offre encore trois autres sur son plan bi-latéral. Ainsi, au lieu de trois courbures, cet axe flexible et élastique en contient réellement six. Des trois courbures placées sur les parties latérales , la première , située à la région cervicale , est légèrement convexe à gauche; la seconde, qui occupe la partie supérieure de la région dorsale, est
convexe à droite; et la troisième, située sur les vertèbres lombaires, est concave à droite. Ces courbures sont d’autant plus visibles que le sujet est plus avancé en âge ; néanmoins elles existent à toutes les époques de la vie, et chez le fœtus elles sont parfaitement indiquées.
En comparant les déviations de la colonne vertébrale avec ces courbures normales, on trouve qu elles n’en sont, dans le plus grand nombre des cas, qu une exagération plus ou moins étendue. Dès-lors on peut croire que dans le cas de difformité de l’épine , il se passe un travail insolite qui détruit la réaction élastique des fibro-cartilages, et favorise alors l’action de la pesanteur, action qui pressera suivant les lois de l’équilibre , et amènera des courbes de plus en plus grandes du côté où les cartilages auront cédé. Peutêtre quelques positions vicieuses et souvent répétées peuvent-elles amener les mômes résultats ; cependant on a beaucoup exagéré l’importance de ses positions^ il suffit, pour les apprécier à leur juste valeur, d’une simple réflexion. Combien, sur cent demoiselles du même pensionnat et soumises aux mêmes exercices , y en a-t-il de difformes? deux ou trois tout au plus , souvent moins. 11 est donc positif qu’une attitude défavorable ne suffit pas, dans la généralité des cas, pour amener une difformité; elle peut, cette position vicieuse, aider, favoriser, hâter la courbure de l’épine; mais alors une cause plus puissante et qui ne s’apercevait pas, avait disposé les parties et déjà l’incurvation était commencée. Pour reconnaître cette cause il suffit de bien apprécier les circonstances dans lesquelles les courbures de l’épine se développent. Une
vertèbre ou plusieurs se carient; elles s’abordent et la colonne se courbe; c’est un fait bien connu et apprécié de tous les hommes de l’art : pourquoi, dans les autres cas de déviation, n’y aurait-il pas quelque chose d analogue, enfin un travail morbide dans les fibro-cartilages , qui les disposât à céder à la pression, en leur enlevant leur élasticité? Cette supposition est d autant plus vraisemblable, que les déviations de 1 epine sont presque toujours accompagnées de douleurs dans le dos , quelles arrivent dans les premières années de la vie , qu’elles se développent sur des sujets qui appartiennent à des familles plus ou moins entachées des difformités , qu’elles appartiennent généi’alement aux individus frappés du vice scrophuleux, syphilitique, lymphatique ou rachitique, et qu elles surviennent ou s’agrandissent à 1 epoque de la puberté , temps où la colonne vertébrale devient , ainsi que la moelle épinière , un centre d irritation. Si dans nos recherches anatomiques nous avons trouve les fibro-cartilages détruits latéralement et même les vertèbres corrodées, n’avons-nous pas lieu de penser que ce ramollissement est primitif, puisque nous avons vu de jeunes personnes atteintes de courbures récentes et porter au centre de ces courbures deux ou trois vertèbres sensibles au toucher? Sans vouloir affirmer néanmoins que toutes les déviations tiennent à un état maladif quelconque des fibro-cartilages, nous pensons que cet état particulier a lieu dans le plus grand nombre des cas de déviations, et que c’est à cette cause qu’il faut rapporter les courbures de l’épine; car , dès que le fibro-cartilage ne résiste plus dans un de ses points, du moment
que sa réaction élastique est anéantie, alors ce fibrocartilage s’aplatit, le centre de gravité s’incline du côté de l’aplatissement, et dès ce moment l’incurvation est décidée, puisque la pesanteur ne cesse d’agir continuellement et de presser sur la courbure qu elle tend sans cesse à agrandir.
Si cette étiologie des déviations de l’épine est vraie, il importe que cette vérité soit mise en évidence pai de nouvelles observations , parce qu une lois reconnue , elle servira à asseoir sur des bases larges et solides le genre de traitement convenable a ces afiections. S’il règne un aussi grand degré d incertitude dans la connaissance des causes d’incurvations spinales , si chaque médecin envisage ces causes et leurs effets sous un point de vue qui lui est propre, doiton s’étonner qu’il y ait diversité d’opinions dans le choix des moyens curatifs? doit-on être surpris que l’un proscrive impitoyablement ce que l’autre louange à l’excès? La voie de l’observation trompe rarement ; c’est elle qui sanctionne ou rejette les idées spéculatives, suivant qu’elles sont ou non l’interprète fidèle de la nature. Nous nous sommes plu à faire connaître les faits que nous venons de citer , parce qu’il nous semble que cette manière de procéder est plus concluante que tous les raisonnemens possibles. On dit , on imprime dans des ouvrages récens sur l’Orthopédie , qu’il n’existe pas encore une guérison authentique de déviation de l’épine. Cette dénégation est déraisonnable et tout-à-fait fausse; elle n’a pu être faite que pour infirmer l’action mécanique des lits. Cependant c’est particulièrement par l’usage prolongé
de ces lits que les succès relatés par nous ont été obtcnus. Tout en reconnaissant l'utilité mécanique des lits i nous ne voulons pas nier qu’ils n’aient quelques inconvemens , mais que ces désavantages sont peu de chose en raison de leurs bienfaits. Les avantages que présentent les lits à extension consistent particulièrement en ce que la courbure vicieuse de la colonne vertébrale se trouve déchargée et du poids qui pressait sans cesse sur elle et tendait à l’agrandir, et de la réaction élastique des disques inférieurs de la colonne, dont 1 action tendait également à augmenter cet arc de cercle. Ce premier avantage de la position horizontale est si évident, qu’il a suffi à une jeune personne dont la colonne vertébrale était légèrement deviee, pour obtenir une amélioration sensible dans son état et grandir de six lignes en deux mois. N’at-il pas suffi d un repos horizontal pour arrêter dans j leur marche des déviations naissantes, mais qui menaçaient de devenir effrayantes?
Le second avantage des lits consiste dans la possi- i bilite qu’ils présentent de pouvoir allonger doucement les deux extrémités delà courbe vicieuse qu'offre la colonne épinière, et, en les écartant ou en les tirant en sens inverse, de la ramener à une position rectiligne.
Dans ce redressement du rachis, il se présente deux phénomènes inverses : les fibro -cartilages du côté convexe, qui ont pris d’autant plus de développement que ceux du côté concave en ont moins, s’aplatissent parla compression que les vertèbres leur font éprouver en se redressant, tandis que ceux qui
s’étaient amincis , s’allongent , s épanouissent à mesure que les disques vertébraux, en s’élevant, cessent de les comprimer.
Les muscles du côté concave, qui s étaient contractés en revenant sur eux-mêmes , s allongent et cèdent à l’extension qui les ramène à leur longueur habituelle. Ceux qui avaient été entraînés par la pesanteur de la colonne, qui avaient cède à un allongement démesuré , reviennent aussi à leur rhythme ordinaire ; tous , par suite de ce retour à 1 état naturel , redeviennent plus aptes à l’exercice régulier de leurs fonctions.
Placé sur des lits mécaniques et inclinés à l’horizon, soumis à un repos sagement ordonné et entrecoupé d’exercices réguliers, le rachis se redresse. Aidé par l’usage des bains tièdes et d’un régime analeptique , le corps prend de l’embonpoint, les constitutions se fortifient, les lempéramens se règlent, la nature recouvre son empire, et le corps ses formes régulières. Voilà ce que nous avons pu observer à l’Etablissement orthopédique dirigé par madame Yillette , à Angers,
Nous le répétons hardiment , les désavantages qu’offrent les lits mécaniques sont peu de chose en raison des succès qu’ils procurent. Rester dix-huit heures sur vingt-quatre au lit , est sans doute un désavantage réel pour un individu qui se porte bien; mais une jeune personne faible et languissante , qui peut à peine se soutenir, n’est-ce pas un bien positif pour elle1, de pouvoir, en déchargeant les muscles du poids de son corps, respirer à l’aise? Le meilleur moyen de se délasser d’un« longue fatigue n’est-il
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donc pas le repos? L’erreur dans laquelle sont tombés les médecins qui ont reproché aux lits d’affaiblir les systèmes en général , tend à ce qu’ils ont considéré les personnes couchées sur ces lits comme dans une immobilité parfaite et durable; ce qui est une erreur, car les mouvemens des membres demeurent libres, et le repos succède au mouvement , et le mouvement au repos.
Lette sage combinaison de moyens qui paraissent opposés amène, et ce fait est constant, de la force et de l’énergie dans tous les systèmes de 1 économie animale; la tension de l’épine dorsale, loin d’affaiblir les sujets , de les disposer à l’irritation des fibrocarlilages, calme cette irritation et rappelle les forces anéanties ou déprimées ; ce fait ne peut être contesté.
L assurance avec laquelle les personnes qui font le sujet de nos observations marchent et exécutent leurs mouvemens, ne permet pas de douter que le traitement qu elles ont subi ne leur ait été favorable; la persistance de leur hauteur se maintenant après de longues courses, doit faire supposer que les fibrocarlilages, en reprenant leur forme normale, recouvrent aussi leur densité et leur élasticité : sans doute, pour quelques malades dont les déviations sont extraordinaires , il faudra du temps et beaucoup d’expectation, pour que la colonne spinale reprenne sa solidité primitive et que la guérison soit assurée; quelques cas de difformités seront au-dessus d’un rétablissement parfait : il existera à cet égard des modi- 1 fications qui tiendront non seulement au genre de la difformité, mais encore à la manière dont on aura agi sur le rachis. Le redressement des courbures doit
être excessivement lent et gradué; trop précipité, les fibro-cartilages , subitement distendus, n’auraient pas le temps de s’encroûter de gélatine et de reprendre, avec leur forme primitive, les propriétés dont ils sont doués.
En exerçant une traction sur la colonne vertébrale, dont une des extrémités est mobile et l’autre fixée , chaque vertèbre , suivant sa forme et son étendue, supporte une portion de l’effort fait pour distendre la colonne, comme si l’on tirait en sens inverse sur les deux extrémités du rachis. Ici l’effort est également répaili entre chaque fibro-carlilage , qui supporte une quantité donnée de cet effort : fait prouvé par le calcul et l’expérience.
Cette extension de l’épine ne pouvant être abandonnée au caprice ou à la volonté , il est indispensable, pour la sûreté des personnes qui la subissent, que l’on connaisse le plus grand effort que l’épine est susceptible de supporter, tant dans l’état sain que dans son état pathologique, afin non seulement de ne pas dépasser cet ellort , mais même de s’en tenir toujours à une distance fort éloignée. Quelques recherches faites dans cette intention , sur plusieurs cadavres qui nous ont fourni des résultats à-peu-près semblables , nous ont mis à même d’apprécier, concurremment avec l’expérience sur des sujets vivans et en traitement , ce qu’il y a de vrai dans ce qu’on a dit sur les dangers éminens de la traction de l’épine.
Ces expériences que nous avons entreprises dans le but d’apprécier à leur juste valeur les craintes manifestées de voir la tête se luxer, ou même se décoller par la rupture des ligamens qui unissent la
première vertèbre à la seconde , nous ont conduit à reconnaître que la colonne vertébrale est susceptible de soutenir des pressions différentes, suivant ses diverses régions: en général, la région cervicale supporte un effort équivalent à cent livres , la région dorsale à cent cinquante livres , et la portion lombaiie de deux cent cinquante à deux cent soixante livres; il faut ajouter à ce poids celui du corps. Nous avons recherche egalement la force de résistance des ligamens odontoïdiens , en les isolant complètement; cette force peut etre représentée par cent vingt-cinq livres ou soixante-deux kilogrammes. Nous avons également constate sur plusieurs colonnes déviées, soit latéralement , soit d’avant en arrière , qu’elles pouvaient se redresser sous une pression de vingtcinq kilogrammes, mais que le redressement n’était complet que sous un poids de cinquante kilogrammes. Ces résultats obtenus sur le cadavre suffisent pour nous prémunir contre les dangers de l’extension de la colonne vertébrale , puisque nous connaissons le point précis de pesanteur où s’opère la rupture des fibro-cartilages ; la prudence n’ira pas sans doute jusqu a ce point, elle n’oubliera point la force tensive de la colonne cervicale, et ne dépassera jamais plus de la moitié de ces limites; encore fera-t-elle toutes ces choses avec la réserve que doit inspirer l’état pathologique de la colonne épinière. Souvent il arrive dans les incurvations spinales, que plusieurs fibrocartilages sont enflammés et ramollis , ce qui ne permet de leur appliquer qu’une très-faible tension, autant qu’il en faut seulement pour les décharger du poids de la colonne qui les surmonte. La force d’union
des vertèbres est d’autant plus grande, que l’oii s’éloigne davantage de la partie supérieure de l’épine; cependant la force de résistance des deux premières vertèbres est supérieure à celle des suivantes, car jamais, dans nos expériences , la rupture ne s’est faite sur ce point. Les fibro-cartilages ne se rompent point dans la séparation de la colonne, mais se décollent. Pendant la durée de nos recherches nous avons vu les courbures s’effacer et l’épine se redresser; mais à l’instant où nous cessions la traction, la courbure se reproduisait brusquement , tant est grande l’élasticité de la colonne vertébrale. On peut au reste mesurer la force élastique des fibro-cartilages . cette force est puissante , puisqu’elle peut supporter d’énormes poids, comme nous le voyons journellement chez les forts de la halle, sans se détruire , ni même sans que les fibro-cartilages qui en jouissent s’affaissent d’une manière sensible.
Ne faut-il pas conclure , et de ces recherches et de ce qui se passe chaque jour sous nos yeux, que l’extension de l’épine, faite prudemment, peut être exercée sûrement et avec avantage , lorsque cette épine est déviée de ses formes primordiales?
Les vaisseaux sanguins et les nerfs destinés par la nature à obéir aux différentes flexions du tronc et des membres sont tellement faciles à s’allonger et à se retirer, que leur rupture dans l’extension de la colonne épinière est fort douteuse., je. dirai même impossible, puisque leur tissu est de beaucoup plus
extensible que les tissus fibro-carliiagineux et osseux.
Peut-on redresser l’épine en la traitant avec des 1828. Difformilcs.
J u leurs , ainsi qu’un agriculteur redresse ses jeunes arbustes? Ce fut la première idée qui se présenta aux médecins de l’antiquité ; ce fut celle aussi qui fit inutilement inventer et confectionner tant de corsets divers. JNe suffit-il pas, pour repousser celte idée , de remarquer que les corsets à tuteurs n’agissent qu en elevant les épaulés, et que leur action conséquemment est étrangère à la colonne vertébrale? Les corsets à cries peuvent être employés comme des soutiens, mais jamais comme des agens de redressement; une telle prétention ne peut être que le résultat de l’ignorance.
L’orthopédiste esl-il plus heureux en appliquant des forces perpendiculaires à la colonne vertébrale? Peut- on, par une pression latérale, redresser la colonne épinière dans les sujets vivans?
D’abord il faudrait que cette pression latérale, appliquée à un point A, par exemple , fût normale à la courbe; autrement, si elle était dirigée suivant une autre ligne AG , elle se décomposerait en deux, dont l’une dirigée suivant AB , et l’autre suivant AD , tangente à la courbé, et cette dernière serait une véritable traction longitudinale.
Ensuite, la colonne épinière n’ayant pas dans tous ses points la même force élastique, il peut arriver qu’une pression exercée en un point A produise une inflexion trop forte en un autre point A, par exemple , ou cette inflexion serait nuisible ou au moins inefficace. Trouver le point d’application A tel, que la pression qu’on y pratiquerait conduisît une inflexion connue approximativement et en un point déterminé, serait un problème très-difficile il résoudre
en théorie, à moins d'hypothèses particulières, et dont la solution serait impossible à mettre en pratique ; d’ailleurs , la courbe étant à double courbure , il serait à craindre qu’une pression ou traction latérale ne déterminât aux points d’inflexion un mouvement de rotation des vertèbres les unes sur les autres.
On pourrait peut-être obvier à ces inconvéniens , en enfermant le tronc du sujet dans une boîte cylindrique, et produisant une pression dans tous les points de cet étui; mais cette pression qui n’agirait pas immédiatement sur l’épine dorsale, pourrait-elle être endurée par les parties intermédiaires, qui , pour transmettre un effet, seraient obligées d’en éprouver un beaucoup plus grand?
D’après toutes ces considérations, nous pensons qu’il est difficile, nous dirons plus, impossible d’opérer le redressement de la colonne vertébrale, par le seul moyen des pressions ou tractions latérales.
Enfin pense-t-on sérieusement que les exercices gymnastiques soient suffisans pour redresser les déviations de la colonne vertébrale ? En prouvant le peu de part que les muscles prennent à la formation des courbures, nous avons répondu négativement à cette question. Mais si les contractions musculaires sont insuffisantes pour produire de semblables résultats , elles ont cependant un avantage reel ; elles rappellen t dans les organes du mouvement plus de vie, plus de nutrition , et consequemment une plus grande somme de forées. Les exercices du corps, variés, sont d’autant plus nécessaires, chez les sujets atteints de déviations, que ces personnes sont en général dépourvu^ et de forces et de masse musculaire; mais, je le
répète, sous le rapport du redressement des courbures , ces moyens sont tous insufïïsans , tandis qu’associés à l’extension de la colonne vertébrale, ils deviennent de puissans auxiliaires , en favorisant le retour et le développement des forces.
Le régime , après l’extension de la colonne , est assurément le point le plus important du traitement ; le corps doit être pénétré de calorique, de lumière , d’électricité, et surtout de substances nutritives; il faut , à l’aide de viandes grillées et rôties, de boissons amères , de vin généreux, que les cartilages ramollis se fortifient, se durcissent; car, sans cette dernière condition , il ne peut y avoir de guérison.
Sur les Déviations de la colonne vertébrale , et sur la manière dont elles peuvent se développer.
Par M. J, G. Martin de St. -Ange,
Membre do la Société anatomique de Paris.
Les déviations de la colonne vertébrale ont été connues dès la plus haute antiquité ; elles ont été indiquées par Hippocrate, Celse , Ambroise Paré , Levacher, etc., et par un grand nombre d’auteurs contemporains, parmi lesquels nous citerons MM. Boyer, MarjoMn , Bouvier et M. Serres. Ce professeur en a souvent parlé dans ses savantes leçons cliniques, dans lesquelles j’ai en partie puisé les principes que je vais établir.
1°. Chacun sait que Ja colonne vertébrale de l’homme est formée par vingt -quatre pièces placées [les unes au-dessus des autres, et que l’on nomme vertèbres : ces vertèbres sont distinguées en cervicales , dorsales et lombaires , d’après les régions qu’elles occupent; il y en a douze dorsales, destinées à servir de point d’appui aux côtes ; sept cervicales, qui supportent la tête , et qui sont supportées à leur tour par les premières dorsales ; enfin cinq lombaires , interposées entre le sacrum et les côtes.
2°. Dans le développement normal de la colonne vertébrale , cet axe osseux présente : i°. une convexité à la partie antérieure de la région cervicale; 2°. une concavité à la région dorsale , qui commence vers la troisième vertèbre de cette région, et s’étend jusqu’à la dixième ; 5°. elle offre ensuite une convexité à la région lombaire , qui commence à la dixième dorsale et se termine au sacrum.
3°. Ces courbures sont produites , comme l’ont reconnu tous les anatomistes, par la diversité d’étendue et d’épaisseur de ces vertèbres dans les diverses régions où on les observe ; cette disposition favorise chez l'homme, et chez l’homme seul, la station et la progression sur deux pieds : car chez les quadrupèdes toutes leurs vertèbres , les caudales exceptées, offrent la disposition du corps des vertèbres dorsales de 1 homme; ce qui fait que leur colonne vertébrale présente en avant une longue concavité, accommodée à leur mode de station et de progression.
é|“. Le corps des vertèbres cervicales de l’homme présente, à $a partie supérieure , une éminence qui
reçoit la partie inférieure du corps de la vertèbre qui lui est superposée et borne ses mouvemens latéraux: il résulte de celte disposition que la région cervicale de la colonne vertébrale ne peut se courber ni à droite ni à gauche, cette éminence latérale du corps de la vertebre lui oppose un obstacle insurmontable:, aussi ne voit-on. jamais la région cervicale dévier latéralement
5°. La région dorsale offre latéralement , et du côté gauche ;, une courbure qui correspond à la troisième vertebre de cette région et s’étend jusqu’à la sixième. De la sixième dorsale à la première lombaire , il y a souvent a droite une courbure très-légère, et quelquefois les quatre dernières lombaires présentent, chez les sujets bien conformés, une incurvation peuprononcée qui répète la première courbure gauche de la région dorsale.
6°. Les anatomistes ont assigné à celte dernière courbure une cause qui ne paraît pas exacte : on a dit qu’elle était produite, parce que l’homme se servant plus fréquemment de la main droite pour soulever les fardeaux ou vaincre les résistances qui lui étaient opposées, le corps se jetait à gauche pour maintenir l’équilibre : nous observons d’abord que si telle était la cause de celte incurvation , elle devrait se produire tout le long de la face latérale de la région lombaire de la colonne vertébrale, au lieu d’être bornée à la partie supérieure de cette région.
rj°. Une autre observation vient détruire cette supposition, c’est que celte courbure s’observe' chez le fœtus dès le quatrième et cinquième mois de la conception : or, le fœtus n’a exercé ni la main droite ni
la gauche, et n'a ni soulevé aucun fardeau , ni vaincu aucune résistance.
8°. Quelle peut être la cause de cette incurvation? Elle nous paraît devoir être attribuée à la présence du cœur, à la crosse de 1 aorte , et au commencement de l’aorte pectorale , qui sont logés dans cette excavation ; la courbure cesse en effet au moment ou 1 aorte , faisant un mouvement de gauche à droite, vient se placer sur la partie antérieure de la colonne vertébrale ; plus la courbure est étendue , plus l’aorte reste inclinée à gauche.
9°. Chez les mammifères , chez lesquels le cœur est situé au milieu de la poitrine, et l’aorte devant la polonne vertébrale, il n'y a point de courbure latérale ; tous les oiseaux sont évidemment dans le même cas. J’ai aussi observé le même fait chez un jeune enfant que j’ai déposé dans le cabinet anatomique de M. Serres. On y voit l’aorte située entièrement sur le corps et le centre de toutes les vertèbres dorsales. Cet enfant ne présente aucune courbure latérale, et, dans ce cas, ne devrait- on pas s’attendre à retrouver cette même courbure partout où l’artère aorte se montre ? il nous semble que l’on doit répondre pour 1’affirmalive toutes les fois cependant que les parties à déplacer sont peu résistantes. Ainsi, les courbures pourront avoir lieu à droite ou à gauche seulement, à cause de la présence de l’artère, mais non autrement, parce que la résistance à vaincre serait, dans ce sens, trop considérable.
i o°. Chez les individus dont le cœur et l’aorte sont à droite, la concavité est aussi à droite au lieu d’être à gauche. Nous devons toutefois faire remarquer que
les courbures latérales de la colonne vertébrale sont produites par la station de l’homme sur deux pieds ; car, i°. le fœtus ne présente jamais des incurvations latérales de la colonne vertébrale, ni même l’enfant jusqu’à l’âge où il commence à marcher, Ce qui le prouve encore, c’est que les quadrupèdes nont jama.s de courbure latérale par la raison que le centre
de gravite ne coïncide pas avec l’axe de la colonne épinière (i). N
il0. La seule incurvation que présente la colonne vertébrale du fœtus est celle de la partie antérieure de la région cervicale que nous offrent si fréquemment les anencéphales, et de plus la courbure latérale gauche de la colonne vertébrale , qui se remarque naturellement chez tous les sujets.
i 2 . La courbure , ou mieux encore Ja dépression latérale que l'on remarque à gauche du rachis , est loin d etre une cause prédisposante aux déviations de la colonne vertébrale. Si cela était, on verrait plus de bossus piesentant la convexité à droite qu’à gauche; mars justement 1 inverse se trouve avoir lieu , et l’on a toujours remarqué que les déviations du rachis offrant une convexité à gauche, étaient bien plus communes.
(x) Chez les singes , le cœur .et la crosse de l’aorle sont , d’après des observations faites par M. Isidore Gcoffroy-Saint-IIilaire et moi , placés absolument comme chez 1 homme; et cependant leur colonne vertébrale, bien loin de présenter une courbure à gauche, comme celle de 1 homme, est parfaitement droite. Cette différence tient-elle à la marche ordinairement quadrupède des singes? Peut-être tend-elle à infirmer à quelques égards l’explication que l’on donne généralement de la courbure gnüclie du r; cliis.
i3#. Les gauchers seraient plus sujets aux déviations de la colonne vertébrale , puisqu’il y a déjà de ce côté une très-légère courbure ; mais non seulement on n’a point observé cela sur les gauchers , qui , a la vérité , sont en bien petit nombre , eu égard aux droitiers ; on a, au contraire, établi que le plus grand nombre de bossus étaient droitiers, et cependant la convexité de la bosse a ordinairement lieu a gauche ; donc, la courbure aortique à gauche üe prédispose point aux déviations.
r/j°. Sans aucun doute, tes déviations de la colonne vertébrale sont le résultat ou d’un vice acquis et que l’on apporte en naissant , ou de la station que 1 on laisse prendre aux enfans trop prématurément, ainsi que toutes les positions vicieuses qu’on leur donne.
i5°. Il est aussi des maladies du système osseux qui peuvent déterminer ces déviations , et il est de la plus grande utilité, de la plus haute importance, de bien distinguer les cas.
169. Le mode de traitement doit être subordonné aux causes qui ont agi toutes les fois qu’une déviation sera acquise ou de naissance , il y aura tout espoir de réussir par un traitement bien dirigé. Il y aura aussi la même chance de succès pour les individus affectés de déviations résultant d’un défaut d’éducation, c’est-à-dire produites par la station trop tôt permise , par des positions vicieuses que les nourrices donnent aux enfans, soit en les portant et surtout en les conduisant par la main.
1 7°. Ce dernier cas est, selon moi, le plus apte à déterminer la déviation vertébrale à convexité à gauche ; c’est là le cas que l’on observe le plus fré-
qucmment, et c’est là aussi ce qui doit avoir lieu lS°. En effet, presque toutes les nourrices se serl vent de la main droite, et c’est elle qu’elles offrent constamment aux enfans ; et comme ceux-ci sont dans une grande disproportion avec les personnes qui les conduisent, il doit en résulter et il en résulte réellement que leur bras gauche se trouve fortement soulevé et tiraillé, et que tout leur corps tend nécessairement à se porter à droite ; et si cette manœuvre est trop souvent répétée , on ne doit pas être Surpris de voir une bosse se manifester à gauche, comme on ne doit pas non plus s’étonner de voir les enfans se servir plutôt du bras droit que du bras gauche.
f ’Q0' » *a mêrne raison explique ce phénomène.
L'enfant donne sa main gauche à la nourrice; ce bras n est que tiraillé, mais reste dans l’inaction ; le bras droit, au contraire, agit et se meut librement. D’où le plus de force qu’il acquiert , et de là la nécessité de s’en servir à ses besoins.
20 . M. Comte, dans un Mémoire qu’il a lu à l’Institut sur la prépondérance du bras droit , a établi comme cause occasionelle la position qu’affecte le bras gauche dans Je sein de la mère ; il prétend que le plus souvent le bras gauche appuie sur la colonne vei te orale, et de là inaction pour celui-ci, tandis que le di oit se meut ; mais il a sans doute remarqué, comme moi, à 1 hospice des Enfans-Trouvés , que toutes les nourrices portent les enfans sur le bras droit, et dans ce cas le bras gauche se trouve appliqué sur le sein de la femme , et 1 enfant n’a de libre que le bras droit qu il remue et qu il fortifie ainsi. Cela me paraît agir
( 5ip- )
moins sur la prédominance du bras droit que les causes que j’ai indiquées , et bien moins encore sur lés déviations de la colonne vertébrale. Cependant je n’en exclus pas tous les cas ; et en effet , il est cci laines nourrices très-faibles qui ne peuvent bien soutenir leur enfant de manière à le maintenir rappiocne de leur poitrine; et dans ce cas, l’enfant est souv.n dans la nécessité de pencher du côté droit et comme pour se renverser, ce qui ne contribue pas peu à f r0 duire une déviation de la colonne vertébrale ; déviation qui présente toujours, dans ce cas, la convexité a gauche, comme aussi dans ces circonstances la courbure du rachis affecte toujours la région dorsale.
21*. 11 est peu de cas de déviations de la colonne vertébrale , qui affectent la région lombaire , presque toujours alors il existe une autre déviation très- prononcée à la région dorsale.
22°. Si les déviations du rachis ne peuvent avou lieu, comme nous croyons l’avoir établi, que de droite à gauche et de gauche h droite , et non d avant en arrière et d’arrière en avant, excepté celles qui existent déjà naturellement pour la solidité du corps , il en résulte que les déviations de l’axe spinal ne pourront porter atteinte aux parties contenues dans le bassin ni aux diamètres du bassin. Cela est, je crois, très-important à considérer, puisque souvent l’on prive du bonheur du mariage des filles qui pourraient devenir mères tout aussi bien qu une femme bien conformée. Jé dis que lorsque les dimensions du bassin sont ce quelles doivent être, rien ne fera - la déviation du racliis pour s’opposer au passage oc l’enfant à travers les détroits supérieur et inférieur du
ass.n : tout au plus, il pourra survenir Quelques ac cdens pendant la grossesse, tels que rétention d'unue constipât, ons plus fréquentes qu'i l'ordinaire digestions encore plus laborieuses à cause du remuement plus grand de l'estomac vers le diaphragme Enfin ,e ne vota dan» le cas de déviation lombaire qu un inconvénient , c'est que le ventre soit bombé dun cote, ou, comme on le dit, que la femme porte un cote : en effet, les parois abdominales gagnent dun coté ce qu elles perdent de l'autre, sans que pour cela la femme en souffre davantage, et sans que J accouchement soit plus laborieux.
a3«. On se servira du pelvimètre pour s'assurer des dimensions du bassin. Souvent le doigt seul introduitjavec ménagement dans les orifices vaginal et rectal peut faire connaître quelques vices de con-' ■ormation, de manière que par ce moyen et celui du compas, indiqué plus haut, l’on peut déterminer tres-approximativement l'étendue des divers diamètres du bassin.
24°. Enfin, si une déviation vertébrale paraissait devoir porter atteinte à l’individu, et si celle déviation n’était point le résultat d’une altération patholo-* gique , mais bien un vice de conformation congénial ou acquis, il faudrait se hâter d’avoir recours aux moyens curatifs employés au redressement de la colonne vertébrale : car, plus l’individu sera jeune, plus il j aura de chances de succès et de guérison , et moins il y aura à craindre pour sa santé.
Explication de la Planche XI.
La Ire. figure est un exemple des plus remarquables de courbure vertébrale; l’angle en Y est en effet trèsaigu, et l’on conçoit combien la tête du sujet qui a fourni cette pièce devait être inclinée vers le sol ; c’est M. Fischer, anatomiste anglais, qui a disséqué cette colonne vertébrale. Elle est dessinée dans l’ouvrage de M. Cruveilhier , dans lequel j’en ai pris copie. Ce cas me paraît très-curieux, i°. à cause de la grande courbure; a0, à cause de l’absence de plusieurs corps de vertèbres; 3°. et surtout à cause de la non oblitération du canal rachidien.
Ici c’est évidemment une maladie du système osseux, et probablement une carie du corps des vertèbres, qui a déterminé la courbure. Il est à remarquer que , depuis la sixième vertèbre dorsale YD, jusqu’à la onzième YD, les quatre intermédiaires ne formaient plus qu’une seule pièce, et que, malgré cette confusion , le canal rachidien n’avait presque pas changé de forme et n’avait rien perdu de ses dimensions. Cette observation nous montre combien il faut être circonspect sur le diagnostic des maladies affectant les formes; et ici il eût été non seulement inutile de chercher à redresser, mais encore de la plus grande imprudence de faire la moindre tentative. J’ai remarqué souvent que la moindre traction faite sur des colonnes vertébrales présentant des altérations analogues suffisait pour déterminer la rupture de
celle espèce de calus que l’on volt aux endroits qu( l’on dirait les plus solides. Je sais bien que M. Bou vier a trouvé plus de résistance que je dis en avoii observé; Indifférence n’est ici que sur les sujets sou mis à l’observation. Les expériences faites par ce pro fesseur tendent à prouver combien est grande la résistance que présentent les ligamens inter-épineux sur-épineux, etc. Ces expériences ne paraissent avoh été faites que sur des sujets sans difformité du rachis, M. Bouvier ayant suspendu un cadavre par la tête, après avoir préalablement enlevé tous les muscles qu
recouvrent le corps des vertèbres, a pu attacher ams hanches du cadavre un poids de trois cents livres, sans qu’il en résultât aucune rupture dans les ligamens de la colonne. Ce fait peut être noté comme très-important pour le traitement des déviations vertébrales; mais il faudra aussi se rappeler que s’il y a maladie des os, il y aura presque toujours altération des ligamens qui réunissent les vertèbres, et que, dans ce cas , il ne faudra plus compter sur une résistance comme trois cents, mais bien quelquefois sur une! résistance qui ne passerait pas trente livres. C’est aux praticiens qui s’occupent du redressement de la colonne vertébrale à bien distinguer les cas , et ce n’est qu’avec une pratique plus ou moins longue qu’on parviendra à Lien saisir, toutes les nuances et à bien ■di riger un traitement.
La figure IIe. représente une déviation de la colonne vertébrale affectant la région lombaire ; la partie dorsale de cet axe était aussi fortement courbée et offrait une convexité très-prononcée à gauche. J’ai aussi indiqué le bassin pour montrer que ses diiuen- 1
(Ht)
sîons o 'avaient en rien changé , maigre la déviation des vertèbres lombaires. Ce bassin appartenait à une femme qui sans doute , à cause de sa difformité trèsgrande, ne paraissait pas pouvoir devenir mère ; cependant elle le pouvait très-bien , puisque les dimensions du bassin étaient ce qu’elles doivent être. La pièce représentée en petit, figure II0, se trouve dans le cabinet de M. Serres. On doit remarquer que les trous sacrés étaient déformés , et le sacrum ramassé sur lui-même.
La figure 1". nous montre aussi ces trous de conjugaison ABC déformés; mais ici, comme dans la figure II0., les trous ont perdu dans un sens ce qu’ilâ ont gagné dans un autre, et les nerfs qui les traversaient ont dû aussi s’accommoder à ces formes, sans cependant en souffrir.
Mémoire sur tes vices de conformation du rein , et sur les variétés c/u’il présente dans s al structure chez les mammifères , et dans tes formes chez les oiseaux ;
Par M. J. G. Martin de St. -Ange, «
Membre de la Société anatomique de Paris.
Tous les organes sont susceptibles d’être modifiés dans leur forme et de présenter des conditions plus ou moins différentes de celles qu’ils offrent dans leur état normal ; mais le nombre des anomalies auxquelles ils sont sujets est loin d’être le même pour tous. Le rein est sans contredit l’un de ceux qui of~
frent le plus fréquemment des variétés. Ces variétés dépendent le plus souvent de la compression que 1 oigane a éprouvée par suite d’un déplacement qui l’a mis en rapport avec des organes pins denses que lui.
Une au lie cause peut faire changer la forme d’un organe j c est celle qu on désigné sous le nom d’arrêt de développement ; mais celle-ci n’agit que plus rarement, et dans ce cas l’organe n’est véritablement point difforme. La seule anomalie est la persistance d’une forme qui n’aurait dû être que transitoire. Or, de ce qu un organe est resté ce qu’il était dans son principe, on ne doit pas Conclure qu’il est difforme , pas même dans les cas ou son arrangement et sa forme se seraient arrêtés au même point où ils restent constamment chez un être très-inférieur. En effet, beaucoup de faits prouvent que ce vice de conformation est le véritable point de départ de l’organe que 1 on examine : c’est ainsi , par exemple , qu’on voit le rein du chat ou du lapin ressembler parfaitement avec celui de l’homme, non adulte, mais à 1 état d’embryon. Cela prouve, je crois, qu’un organe est toujours parfait à l’époque à laquelle on l’examine, abstraction faite de lage du sujet qui le produit. De plus , cela prouve aussi que souvent un organe reste chez l’homme ce qu’il est chez les animaux. Ces variétés se rapportent à des vices de conformation qui ne le sont véritablement que par rapport à l’individu que l’on examine ; et en effet , ce qui est l’état complet de développement d’une partie pour tel être, ne l’est plus pour tel autre plus
élevé dans l’échelle animale, c’e^t-à-dirc, dont l’or-
gnnisation offre quelques degrés de plus de complication : ce qui permet d’établir une succession non interrompue de manières detre d’un organe, et de monter à l’unité de composition organique , en établissant qu’un organe se montre sous la plus grande simplicité chez un être très-inférieur, pour devenir de plus en plus compliqué et se modifier ainsi à l’infini, en passant par un grand nombre d’intermédiaires qui le conduisent au maximum de composition.
En envisageant ainsi la chose , nous nous voyons portés à examiner les variétés de formes, ou la difformité , sous le rapport du mode de développement ; ce qui nous conduit à examiner la structure de 1 organe que nous étudions , chez l’homme et chez les animaux comparativement.
Avant, cependant, de considérer les anomalies du rein comme étant souvent le résultat d’un arrêt de développement dans la forme , il est convenable de rechercher tous les vices de conformation de cet organe , soit qu’ils aient été produits par une action mécanique, soit qu’ils aient eu pour point de départ un vice quelconque dans le mode de développement. Il sera facile de distinguer ces deux cas au moyen de l’anatomie comparée. Un rein sera difforme pour avoir seulement changé de figure, sa structure étant ce qu’elle doit être. Mais il ne sera pas difforme pour avoir changé en même temps et de forme et de structure , et avoir persisté , par un arrêt de développement, dans un état qui n’aurait dû être que transitoire, et que d’ailleurs nous retrouvons d’une manière permanente chez des êtres inférieurs. Enfin, 1828. Difformités . ✓ 38
après avoir établi qu’un rein n’est jamais difforme par défaut de développement, nous comparerons les variétés produites par anomalie chez l’homme aux modifications qui forment l’état normal chez les animaux , et nous ferons voir que chez les mammifères la forme est toujours la même, tandis que la structme varie, et que 1 inverse a lieu chez les oiseaux. Cette différence nous fera connaître qu’il y a de nombreuses divisions à établir chez les premiers , quant a leurs structures, et chez les seconds, quant à leur forme.
Fices de conformation.
hes vices de conformation des reins sont trèsnombreux et en même temps très-variés : les auteurs rapportent un très-grand nombre de cas de reins manquant complètement, très peu développés, inégaux en volume, ou bien ayant subi un déplacement plus ou moins grand : tous ces cas sont considérés par eux comme des cas de difformité.
On cite des exemples de reins uniques. Chabrol a vu un cas de cette nature ; le rein avait un volume énorme , et était placé sur les dernières vertèbres lombaires. Eustachi a cité l’exemple d’un seul rein. Gavard dit avoir trouvé un rein sur la colonne vertébrale, se confondant un peu avec lesdeux autres. Ce rein avait un uretère particulier qui allait s’ouvrir vers le tiers inférieur de l’uretère droit (1).
( 0 M. Marjolin dit que le plus souvent, lorsqu'il y a trois uretères, deux se réunissent ensemble avant de traverser les parois de la vessie.
M. Portai a mis sous les yeux de FÀcâdémie des Sciences, année 1767, un rein volumineux et unique. M. Roux a rencontré sur un cadavre un fait singulier : les deux reins réunis en haut formaient sur la colonne vertébrale un croissant à concavité inférieure. M. Monod a vu un rein très-volumineux placé sur le corps des vertèbres lombaires. J’ai moi-même observé un cas analogue sur un sujet que je disséquai à la Pitié en 1822. La réunion des deux reins ensemble a lieu de telle sorte qu’on ne peut distinguer quelquefois le point où les deux organes se sont réuuis. Souvent un rétrécissement plus ou moins marqué indique l’endroit de leur jonction, quia lieu le plus souvent par une de leurs extrémités. Il est assez rare que la réunion des deux reins ait lieu dans toute leur hauteur, comme Haller paraît l’avoir observé.
Il est aussi d’autres vices de conformation qui ont rapport au nombre. Blasius parle d’un sujet qui avait trois reins , un d’un côté et deux de l’autre. Rhodius dit en avoir vu trois. Fallope l’a observé de même. Gavard en a vu aussi trois sur le même individu : deux étaient latéraux et occupaient leur place
Cependant il n’est pas rare de voir les uretères perforer la vessie isolément et à quelque distance l’un de l’autre. M. Bérard a montré à la Société anatomique, en février ou mars 1828 , une vessie avec quatre uretères , allant à deux reins seulement ; il n’y avait point de double bassinet, mais il y avait une bifurcation de chaque basssiuet , bifur-, cation résultant de l'adossement de deux calices. M . Monod a aussi montré à la môme Société un cas 5-peu-prcs analogue: enfin, j’ai moimême fait voir un très-petit rein offrant deux uretères qui perforaient la vessie séparément.
ordinaire, tandis que le troisième était couché transversalement au devant du rachis; les trois reins avaient leurs bassinets et leurs uretères , dont deux s’unissaient avant de perforer la paroi de la vessie. Dulaurent dit avoir vu quatre reins ; Molinetti cinq. Enfin, on a aussi observé d’autres variétés de forme , dépendant de la position contre nature qu’occupent les organes , et que l’on a rangées parmi les vices de conformation ; ce sont en effet les seules peut-être qui méritent le nom de difformité (1). L’un des exemples les plus remarquables de déplacement du rein est celui qui a été vu et décrit par M. Pacoud , sur le cadavre d’un homme âgé de cinquante ans. Le rein gauche était placé dans l’excavation du petit bassin derrière la vessie, à côté de l’intestin, rectum qui s était porté un peu à droite et devant la partie an- / lérieure ou concave du sacrum, recouvert par le péritoine ; ce rein était plongé dans une masse de tissu cellulaire dont les lames assez compactes formaient là comme deux brides ligamenteuses qui s’attachaient au sacrum. Cette position avait, sans aucun doute, singulièrement Influé sur la forme de l’organe. Ce rein était triangulaire pour s’être accommodé à la forme des parties dures sur lesquelles il était appuyé. Il recevait trois artères , dont l’une venait de l’angle que forme l’aorte abdominale en se divisant , etcha-
(1) Je pense que lorsque la difformité affecte la forme sans la structure, elle est toujours due à une action mécanique qui n’a point empêché la structure d’être la même, mais seulement la forme; et dans ce cas, le vice de conformation est réel , puisque le développement de l'organe n’est arrêté que dans sa forme , cl non dans sa structure.
eu ne des deux autres de l'artère hypogasli i^ue , il a y
avait qu’une veine renale (1).
J’ai observé et publié (*) un fait analogue qui a fourni à M. Geoffroy-Saint-Hilaire l’occasion de présenter quelques vues théoriques, et de mettre sous nouveau jour la loi organique qu’il appelle prm-
un
cipe des connexions. Ce fait est peut-être moins cm îeux à cause de l'âge de l’individu, qui ne change cependant rien au fait observé. C’était un enfant ne avant terme , qui avait succombé à une pneumonie , je crois, et au troisième jour de sa naissance. Le rein gauche se trouvait placé en partie dans l’excavation du petit bassin ; il était en rapport par sa face postérieure avec la dernière vertèbre lombaire et la face antérieure et supérieure du sacrum; sa face externe était cachée par le péritoine, qui la recouvrait immédiatement et dans toute son étendue , et par le rectum qui croisait sa partie supérieure. Le bord interne était très-concave; à sa partie moyenne on voyait l’origine de l’uretère ; à son côté externe se trouvait le rectum , qui appuyait sur le bord du rein. Le, bord externe était convexe et décrivait une courbe presque cii-
culaire , il était cotoyé par l’artère iliaque primitive. Ce rein, plus petit que celui du côté droit, était comme ramassé sur lui-même , bossele et comme airêté dans son développement (5). Il recevait deux
(1) Il est utile de remarquer que les autres viscères de ce même sujet présentaient différentes anomalies. J!ai déjà observé plusieurs fois qu’un organe est rarement seul difforme , et qu une seule cause d’anomalie peut amener le trouble dans plusieurs organes à-la-lois.
(2) Voyc 1 Annales des Sciences naturelles , janvier 1826.
(3) Ici on ne pouvait point dire que le vice de conformation tenait
arleios : l'une venait de iu partie supérieure anté neuve et tnterne de l’iliaque primitive gauche tool p.'es de «..'origine ; son calibre ne le cédait en rie,
. coin, de la renale droite; elle ne donnait aucune
1ère oui™"1 diStribuCr à l'orne. L’autre ar- . . ’ qu, se porta, t auss, sur le même rein naissait
l’diauue?6 £**'"7 ’ SUP“eUre * -*er-nTde
rein ’ v 7 ^ ‘e’ 8a«nait le bord interne du
r-utre h h d.a"S °et °rga“e St s’ana'tomosait avec l aulre branche déjà décrite (i).
deü0“ a.Ulre CaS bien curieM <** celui d’un enfant de quatre a cinq jours qui a été disséqué à la Pitié , et se trouve dans le cabinet anatomique de M. Ser- , On voit chez cet individu les deux reins descendus dans le bassin, ajant une forme toute particulière;
, “nt arrondis • bosselés et comme rapprochés par les deux extrémités. Les artères de ces reins paraissaient venir des iliaques primitives; les veines avaient , e eû evees , j* ignore si les deux uretères allaient s ouvrir dans la vessie et au lieu accoutumé. La vessie f ait tres-petite, et l’insertion des conduits rénaux pa-
à un arrêt de développement. ,4 cet âge , les lobes qui forment le rein
a U rail ““ dlStmCtS’ et Ce n’esl T16 plu» tard que la difformité
a ui ait eu heu.
(0 D après les idées de M. le professeur Serres , plus un organe ! " dG Pins il doit avoir de volume; cependant le cou-
trane parait ici avoir lieu ; deux artères se distribuent à un organe qurse trouve elre plus petit que son semblable; l’une d'elles est ce- ! 1 aussi giosse que celle du rein et plu» volumineuse. Celte
j." 011 n°us paiaîl tenir à la compression qu’a subie, le rein descendu
^ aSsin’ cIans cc cas , la présence d’uue artère de plus ne pourra non laire, si l’organe ne peut se développer par défaut d’espace.
raissail sc faire presque au sommet <le cet Lorga™ ■ ; sans doute celte apparence était le résultat de la dess lccation de la vessie. Au reste, des cas semblables et bien authentiques ont déjà été observés ; l’on a vu quelquefois les uretères traverser les parois de la vessie dans un tout autre point que celui où se trouvent
ordinairement leurs orifices.
Les auteurs rapportent encore un assez grand nombre de cas de transposition des reins , mais sans remarque aucune sur leur forme ; il est cependant utile d’indiquer tout ce que les auteurs ont dit sur leur déplacement. Il nous sera facile de conclure que d’après telle ou telle disposition, le rein devait avoir une forme plus ou moins variée ; car toujours un organe s’accommode avec son voisin , et le moins résistant, dans ce cas, prend la forme que lui donne celui qui est le plus dense; c’est du moins ce que l’on rencontre le plus ordinairement. Ruysch a vu un rein descendu fort au-dessous de sa place , dans la région hypogastrique, ‘Riolan a parle d un rein trouvé dans la région ombilicale. Eustachi et Bauhin ont rapporté chacun une observation cl un îein placé antérieurement dans la cavité du bassin. Les Mémoires de la Société royale de Médecine ( tome X , page 66 ) contiennent un fait analogue ; 1 organe déplacé était dans l’intervalle de la bifurcation de l’aorte ; le sujet de cette observation était un homme de cinquante ans. Drouin a vü le rein droit placé dans le bassin sur l’os sacrum chez une fille qui mourut à l’âge de dix-sept ans. Ce rein contenait huit pierres, pesait une livre et demie, et ne présentait aucune
trace de vaisseaux rénaux ni d'uretères (i). Thourct a vu l’un des reins descendre dans le bassin ; la meme chose a été observée par Chopart : le rein droit occupait sa place naturelle au-dessous du foie • le gauche était en partie derrière la fin du colon, devant les muscles iliaque et psoas, et s’étendait dans le peut bassin : il n’avait pas la forme ordinaire des reins; il était très-large, inégal et d’un grand vo-
U Me’^COnîenait treiZG P'erres volumineuses.
M. (.haussier a trouvé un rein droit dans le bassin. On voit, au cabinet de la Faculté de médecine de Paris, une pièce anatomique qui présente un rein droit dans la cavité pelvienne. C’est à-peu-
pres tout ce que les auteurs ont dit sur les vices de conformation du rein.
Meckel distingue les vices de conformation primitifs des reins, qui dépendent plus ou moins évidemment d’une suspension de développement ; tels sont : ï°. L’absence d’un des organes ou de tous les deux. 2°. La petitesse. Dans ce cas il arrive souvent, mais non toujours, lorsque cette anomalie existe d’un seul
(1) Ce fait nous paraît bien singuüer. Drouin ne dit pas s’il existe une su stance corticale et une substance mamelonnée, et ne nous apprend pas comment il a reconnu cet organe. Le prétendu rein était au.si épourvu de bassinet, ce qui nous ferait croire que ce n’était T une tumeur accidentelle. Cependant les calculs et l’absence' d’un rein pouvaient éclairer jusqu’à un certain point sur la nature de la meiu. Il est seulement h regretter que Drouin n'ait point recherché ce qu étaient devenues les artères rénales, chose qu’il pouvait faire en examinant leui point d origine, et aussi ce que pouvait être devenu 1 uretère du coté de la vessie*
côté, quelle se trouve compensée par le volume plus considérable du rein de 1 autre côte.
3\ La différence plus ou moins considérable de volume entre les deux reins.
4°. Le volume excessif de ces deux organes.
5°. Leur réunion en un seul. Cette anomalie offre plusieurs différences sous le rapport de la position des parties, et de l’étendue de la jonction, comme nous l’avons déjà vu.
6°. La forme plus oblongue qu’à l’ordinaire.
7°. La situation du bassinet sur la face antérieure ( î ) .
Ces deux dernières anomalies, dit Meckel , coïncident ordinairement avec l’excès du volume, mais on les rencontre aussi quelquefois sans qu’il y ait aucune trace d’hypertrophie.
8°. La structure lobuleuse, qui est portée quelquefois jusqu’au point de donner, naissance à plusieurs reins séparés.
9°. La situation plus déclive qu’à l’ordinaire est telle même, quelquefois, qu’on trouve les deux reins dans le bassin.
Enfin , Meckel admet que plusieurs de ces anomalies se développent aussi dans le cours de la vie seulement : c’est ce qui a iieu en particulier pour l’hypertrophie et l’atrophie. Il n’est pas rare, en effet , que les reins augmentent de volume , quelquefois même à un point énorme, quoiqu’à la vérité en
(i) Chez les oiseaux cette disposition existe constamment; le bassinet se trouve placé en avant , surtout pour les lobes inférieurs des reins chez les oiseaux qui en présentent quatre, tels que les aigles et les canards.
changeant de tellure, ou qu’au contraire ils disparaissent et s’effacent presque, entièrement. Dans ce dernier cas, tantôt ils diminuent beaucoup de volume, mais leur masse demeure solide ; tantôt ils conservent leur volume ou même en acquièrent un plus considérable, mais leur substance se détruit presque en totalité , et ils se trouvent convertis en un sac à parois minces. L’atrophie de la première espèce survient à la suite d’une maladie de l’organe; la seconde ne reconnaît pas toujours pour cause une maladie antécédente, et dépend souvent d’un obstacle à l’écoulement de l’urine, qui existe au-dessous de la glande.
D après ce qui précédé, on voit que les vices de conformation du rein sont très - nombreux ; qu’ils dépendent en grande partie de la position insolite qu ont occupée les organes; que les vices de conformation , résultat d un défaut de développement , sont très - rares , et qu’ainsi tous les cas cités comme étant des difformités ne le sont pas en réalité , si nous exceptonsles variétés que les reins nousont présentées,
1 organe étant dans son lieu accoutumé ; et à cet égard, nous voyons bien peu de cas de vices de conformation, qui encore ne dépendent le plus souvent que d’un volume plus ou moins considérable ; résultat pathologique que nous ne regarderons pas comme difformité. Tous les cas de difformités du rein que les auteurs nous ont laissés, peuvent être rangés en deux classes : celles produites par un arrêt de développement mécanique , et celles qui dépendent d’un arrêt de développement spontané. Les premières sont le résultat d une compression que le rein a subie; nous en avons cité plusieurs exemples. Toutes les fois qu’un rein se
trouve en contact avec des parties solides, cc qui arrive ordinairement lorsqu’il a changé de place, il continue à se développer du côté où il ne rencontre pas d obstacle ; de là un défaut dans la forme. Mais si l’on examine attentivement cet organe„ ainsi changé dans sa configuration ordinaire , on le trouvera atrophié dans un point, plus développé dans un autre , et partout formé des mêmes principes : une substance corticale, des tubes, etc. C’est, selon nous, les seuls cas réels de difformité, car ceux qui sont produits par un arrêt spontané de développement peuvent se ramener, quant à leur forme, à un état primitif qui ne devait exister que dans l’une des périodes précédentes de développement. Il est donc évident que le mot difformité ne leur convient plus, à moins qu’on n’ajoute produite par un arrêt de développement. Quant aux vices de conformation par arrêt de développement spontané (1) , nous dirons qu’il en existe fort peu, et, dans ce cas, l’on voit la nature s’arrêter véritablement dans sa marche : ainsi un rein qui n’aura subi aucune compression , qui aura été exempt de toute adhérence insolite, offrira une infinité de lobules bien distincts et quelquefois toul-à-fait isolés. Certes, dans ce cas, l’on doit admettre un arrêt de développement; et en effet, Ion connaît la composition de l’organe urinaire chez 1 embryon , le fœtus et même chez l’enfant. Pourquoi ces lobules se réunissent-ils ordinairement chez 1 adulte? Pourquoi restent-ils séparés dans d’autres
(i) Nous employons ce mot spontané pour indiquer les vices de
conformation qui ne sont pas le résultat évident d’une action mécanique.
circonstances? Ces questions ne peuvent être résolues, et ne pourront l’être, que quand on aura saisi tous les changemens qu’un organe est susceptible d’éprouver et doit éprouver pendant son accroissement. Déjà l’absence de plusieurs parties qui entrent dans la composition d’un organe a fait que, chez l’homme, par exemple , un rein qui manque de substance mamelonnée, se rapproche de celui du chat , par cela même que chez cet animal et chez beaucoup d’autres il n’y a point de mamelons. De même, encore, qu’un rein chez 1 homme présente plusieurs calices séparés , il sera comparé à celui des oiseaux qui a cette structure. Ainsi je ne vois aucun fait de diflormité de ce genre qui ne puisse se rapporter à un état premier en organisation, lorsque Ion compare le rein de l’homme aux reins des animaux.
Le cas le plus remarquable que je connaisse, et celui qui, en apparence, était le plus exceptionnel, est celui que j ai trouvé chez une femme âgée de vingtcinq ans; j ai présenté la pièce à la Société anatomique. Les deux reins existaient et ne présentaient rien d’insolite dans leur forme ; le rein droit était cependant bossele et un peu plus petit que le gauche; en outre il présentait un bassinet bien plus petit en apparence que celui du rein opposé; autour de lui se voyaient quatre conduits en tout semblables aux uretères : il y en avait de plus petits, de plus gros. Tous ces conduits se réunissaient en un seul avanL d’arriver à la vessie ; ils provenaient des calices, qui, au lieu de s’aboucher immédiatement dans un bassinet, avaient franchi de beaucoup la scissure du rein , et s’étaient allé réunir assez loin pour ne former qu’un uretère; le
bassinet n’existait véritablement pas , et ce n était qu’un des calices qui présentait une dilatation plus grande à la sortie du rein. ( Voyez la pl. X", fig. 2.) Une chose bien remarquable, c’est que le rein était bosselé; plusieurs lobes le formaient, et ces lobes pouvaient très-facilement se séparer, et se séparer bien distinctement jusqu’auprès des conduits divers qui partaient de la scissure de ce rein. Ainsi chaque lobule était un rein à part , qui offrait un uretère aussi distinct. Ce rein , que je présentai à la Société Anatomique, ne fut pas vu avec beaucoup d’intérêt, çe qui me le fit abandonner; j’avais cependant fait un dessin, croyant la chose curieuse, et c’est ce dessin que je reproduis aujourd’hui. Ce fait m’a semblé, depuis mes recherches sur les reins des animaux, un des cas les plus curieux ; il montre en effet jusqu’à quel point l’organisation de l’homme peut, dans ses anomalies, se rapprocher des êtres inférieurs dans leur état normal; et mieux encore , nous montre qu’un organe tel que le rein , est , chez les cétacés et les ours, à cela près d’un degré de développement, ce que ce même organe est chez l’homme. Chez les premiers il y a multiplicité de lobes qui persistent jusqu’à l’âge adulte; chez l’homme le même fait peut se reproduire, bien que ce ne soit pas là ce qui arrive le plus souvent. D’où l’on peut conclure que le premier mode de formation est le même pour tous les êtres, et que pour chaque espèce il doit subvenir une modification ; cette modification est réelle , et on va voir qu’elle est de deux manières.
Variétés de structure du rein chez les mammifères.
Chez l'homme et les mammifères, ce qu’il y a de variable, c’est la structure; chez les poissons, les oiseaux et les reptiles , c’est la forme.
Voici, à cet égard, ce que j’ai observé chez l’homme et les mammifères : la forme extérieure des reins est presque toujours la même, et l’on pourrait même dire constamment la même; car si elle change, ce n est, comme nous l’avons déjà dit, que par une cause mécanique ou par un arrêt de développement, qui peut-être aussi est une cause déterminée par quelques vices peu appréciables dans l’organisation.
Cette forme toujours constante des reins, chez 1 homme et les mammifères, est due à une cause toutà-fait materielle, et dépend, je crois, de la forme du bassin , ou plutôt de la position que les organes affectent chez les individus pourvus de gros muscles tapissant la colonne vertébrale et le bassin. En outre, cet organe est toujours, chez les mammifères , entoure dune quantité plus ou moins considérable de graisse, et ce sont autant de conditions qni concourent à rendre leur forme constamment lisse et polie. Mais s il en est ainsi de leur forme, il n’en est pas de même de leur structure, et, si la première est une chose constante pour tous lès mammifères, la seconde ne 1 est pas : et d’après ces variétés, l’on pourrait , jusqu à un certain point, classer les espèces.
Les variétés de structure du rein sont nombreuses ; cependant elles n’empêchent pas que cet organe ne
présente chez tous les mammifères la même composition, et ne renferme des élémens semblables, quoique disposés quelquefois d’une manière diverse. En effet, au fond et en bien considérant la chose , le rein est toujours parfaitement identique en ce qui concerne sa structure essentielle et ses fonctions; nous le verrons toujours formé des mêmes parties, et se présentant cependant sous des formes bien différentes , et paraissant plus ou moins compliqué. Ainsi, par exemple, chez l’homme le rein nous présente une substance corticale, c’est la plus extérieure; une dite tubuleuse, et l’autre mamelonnée; en outre, on y distingue des calices enveloppant les saillies que forment les tubes réunis en cônes, et constituant ce que l’on a nommé substance mamelonnée; enfin, un bassinet se trouve être chez l’homme le réceptacle commun, de tous les calices qui vont y aboutir. Ainsi, chez l’homme, qui selon moi présente le rein le plus compliqué, on voit une substance corticale, une tubuleuse^ une autre mamelonnée, des calices et un bassinet. Certes, ce sont là bien des choses qu’il serait impossible dé trouver dans un rein de chat ou de chien , par exemple ; le rein des singes seul offre une ressemblance presque complète avec celui de l’homme. Celui du bœuf, quoique en apparence très-ressemblant aussi , à ses dimensions près, commence déjà à s’écarter un peu de celui de l’homme; on y voit à la vérité une substance corticale, une mamelonnée et une tubuleuse, mais souvent sur ces reins des communications ont: lieu d’un calice à l’autre, et toujours déjà l’on peut isoler, quoique un peu difficilement, les lobes qui le composent; on peut en quelque sorte former autant
de reins qu’il y a de mamelons, chose que l’on ne peut déjà plus faire sur le rein d’un homme adulte ; l’on voit aussi chez le bœuf tous les calices ne se réunir souvent qu'après être sortis un peu de la scissure du rein , et d’autres fois le bassinet netre constitue que par la reunion de tous les calices affluant vers le môme point. Ces variétés ne se remarquent pas chez l’homme, bien entendu que nous considérons la structure de son rein dans ce qu’elle doit être, et dans son état normal.
Si du rein du bœuf nous passons à l’examen de celui du chat, par exemple, nous le voyons ainsi formé.
Une substance corticale plus ou moins bosselée , point de mamelons, point de calices; un bassinet assez vaste, de forme circulaire, envoyant des prolongement qui forment comme des languettes au nombre de six à huit, qui s’introduisent , en accompagnant les vaisseaux, jusque dans la substance corticale; ces languettes membraneuses entourent et séparent les conduits urinifères de distance en distance ; cet arrangement peut seul faire distinguer des faisseaux ou cônes formant ce que l’on nomme substance ' tubuleuse; mais ces faisceaux ne se trouvent pas embrassés par les calices, ce qui fait que la substance mamelonnée manque entièrement chez beaucoup de mammifères, et d’ailleurs elle existerait si la membrane du bassinet embrassait tous les sommets des cônes formés par les tubes urinifères. Ce manque de développement de la membrane du bassinet fait que tout ce qui devait être substance mamelonnée ne se trouve pas séparé par autant de brides, qui constitueraient les calices, et que le sommet de tous
ies cônes où les mamelons se réunissent , ne forme plus qu’une voûte, pour ainsi dire à l’intérieur de la substance corticale, voûte qui correspond par sa face libre dans l’intérieur du bassinet; cette lace interne n’étant donc formée que par le rapprochement de petits tubes urinifères, il en résulte que l’urine suinte à la face interne, dans ce que nous nommons voûte, pour tomber et s’accumuler dans le bassinet, sans être obligée de passer préalablement par d’autres voies , les calices.
L’arrangement des parties constituant le rein que nous venons d’examiner est certainement digne de remarque; plusieurs mammifères ont aussi cette même disposition, mais tous peut-être avec de petites modifications : toujours est-il que dans ce cas le rein de l’homme se présente comme le plus compliqué en organisation, et cependant il est formé des mêmes élémens. L’arrangement des parties constitutives d’un organe peut donc le faire changer de forme , au point de le rendre méconnaissable. Il est en effet certain que rien en apparence ne peut faire comparer le rein d’un oiseau à celui de l’homme, et cependant rien de plus semblable , quant aux élémens qui le constituent et à l’arrangement qu’ils présentent. Que faut-il à l’organe que nous examinons pour qu’il puisse exécuter ses fonctions? toujours les mêmes principes, une substance qui sécrète, et que l’on pense être la corticale ( i ),
(x) D’aprês quelques recherches que j’ai entreprises sur la structure du rein des oiseaux, j’ai cru remarquer que des tubes urinil'ères allaient sous la membrane propre du rein , et que cette membrane pouvait peut-être sécréter. Voici ce que j’ai dit à ce sujet {Annal, des
1828. Difformités . 5q
( büb )
des tubes , voies de communication pour transmettre le liquide sécrété : rien de plus; et cependant sous combien de formes diverses se montrent ses parties ? c est là une différence à saisir dans la composition des
,W. nalar . tom. XI!) < t origine des tubes uriniféres varie selon q« on examine le rem d'un mammifère ou le rein d’un oiseau ; dans le premier cas, les petits tubes paraissent venir de l'intérieur de la snbstance corticale ; dans lé second, il y a une disposition que voici. Si on fait une injection au mercure dans l’intérieur de l’uretère, on voit ia surface corticale s’injecter, et cela d’une manière bien singuicre et qui ne ressemble en aucune façon aux autres injections. Ce sont de petits filets excessivement ténus , qui s’embranchent de chaque rote d un gros tronc, comme le font les filets ou barbes d'une plume sur leur lige commune. Les filets ne paraissent pas se toucher par leurs extre qui es , bien que cependant très-rnpprochés l’un de l’autre par le moyende nombreuses liges , toutes disposées comme il vient d’être dit. Si injection est poussée avec plus de force dans l’uretère, on voit 'icnto t sortir de petites gouttelettes par l'extrémité libre de chaque met terminal provenant d'une tige commune.
Le fait prouve , ce me semble , qu’il y a une infinité de conduits extrêmement déliés qui pourraient être regardés comme des vaisseaux absorbansqui vont à la surface libre de la substance corticale sous la membrane propre; il reste à savoir ce qu'est cette membrane, et si e, e ne peut sécréter comme les séreuses. Dans ce cas , les vaisseaux dont j’ai parlé, qui ne sont autre chose que les tubes qui s’abouchent dans le bassinet, seraient les seuls peut être qui pomperaient le liquide sécrété , l’urine.
Des injections très-fines , faites dans les artères , ne m’ont jamais donné ces belles tiges dont j’ai parlé, et qui se remarquent seulement a la surface libre du rein. Ainsi il n’y aurait point, comme on l’a dit , communication des tubes uriniféres avec les ramifications artérielles. Cependant, si l’on injecte de l’air dans l’artère aorte, préalablement liée au-dessôus de la naissance de la rénale, on fait arriver de l’air il. ms lis lubes, et chez les oiseaux le cloaque peut ainsi être dilaté. Ce but tendrait à prouver qu’il y a une communication entre les aitiics et les tubes, ce qui . a été déjà dit par plusieurs anatomistes, et ce qui peut être réellement; mais je crois m’êlre aperçu que l’air
reins chez les mammifères, qui présentent toujours la même forme extérieure. Quant à leur structure , on parviendrait , je crois , a reconnaître le rein de tel ou tel mammifère, en examinant attentivement sa stiuc— turc. Mais un arrêt dans le développement du rein peut faire que ce même organe se trouve en tout ressembler à celui d’un être plus ou moins élevé en organisation: c’est ainsi , par exemple , que chez l’homme on peut trouver un rein semblable à celui du chat, je suppose, et sans qu’il ait la moindre différence. Sans doute un tel changement doit déranger une classification que je supposais pouvoir s’établir ; mais cela nous montre aussi que le premier degré de formation peut se rencontrer chez l’homme, et qu’on peut trouver dans l’état adulte des conditions organiques qui ne devaient appartenir qu’à une époque peu avancée de développement. Et, en effet, que l’on examine un lobe séparé du rein d’un fœtus humain , il aura une substance corticale et quelques tubes embrassés par un calice qui , s’il était seul et isolé des lobes circonvoisins , serait exactement ce qu’est le bassinet chez le chat. Que l’on suppose donc chez l’homme un arrêt dans le développement de la membrane du bassinet, et l’on verra tous les faisceaux des tubes se réunir pour former ce que nous avons appelé voûte
injecté lentement ne pénètre point dans l’uretère; mais qu'au contraire , lorsqu'il est poussé avec force , il y pénètre et dilate le cloaque; ce qui lient , selon moi, à la rupture d’un ou de plusieurs. filets artériels qui vont se perdre dans l’épaisseur des parois de l’uretère. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que jamais l'air ne paraît Tenir des tubes vers le bassinet.
des tubes urinifères. Ainsi le rein que nous avons trouvé chez l’homme, manquant de substance mamelonnée, et qui manquait par cela même de calices, ne peut s'expliquer qu’en rappelant ce qui arrive chez tous les mammifères dépourvus de substance mamelonnée et de calices; et si chez ceux-ci le défaut de complication dans la structure dépend d’un défaut de développement de la membrane du bassinet, on pourra conclure que la même chose a eu lieu pour le rein humain dont j’ai parlé. D’où il résulte véritablement que rien n’est changé dans la structure du lein , que tout dépend d’un arrangement différent des parties qui le constituent, et que tout se ramène à l’unité de composition , au mode de formation primitif.
Variétés de forme du rein chez les oiseaux.
Si de la structure du rein chez les mammifères nous passons à celle des oiseaux , nous trouverons encore les mêmes principes constituans , mais différemment ranges, et, chose bien remarquable, disposes de la meme manière dans toute la classe , de sorte que le rein offre une forme qui varie à l’infini, et une structure d arrangement toujours la même. Cette structure peut être comparée à celle du rein chez 1 homme (1); mais, en négligeant cette ressem-
(1) En effet , tout rein d’oiseau est composé :
1 . D une substance corticale très-molle , de l’épaisseur d’une ligue
icnviron. *
2 . De faisceaux composés de lubcs Irès-dislincls, au nombre de
blance, nous pouvons, chez les oiseaux, classer aussi les espèces en examinant leurs reins. Chez les mammifères, nous avons pu distinguer jusqu’à un certain point les espèces d’animaux d’après la structure de leurs reins; chez les oiseaux , nous pouvons aussi et même mieux distinguer les espèces ; mais pour ceux-
quinzc à trente ou quarante , contenus dans une enveloppe trèsmince. ,
o°. D’un canal évasé en plusieurs endroits, rétréci en d’autres, dans lequel s’abouchent , au moyen des calice» , les conduits unmfères.
Si l’on compare actuellemene la structure de ces reins & celle du rein de l’homme, on a i°. la substance corticale dans les deux cas; 2°. la tubuleuse, plus marquée chez' les oiseaux : car les faisceaux de tubes sont plus évidemment entourés d’une membrane et écartés les uns des autres, chez les oiseaux, par une plus grande quantité de substance corticale. De plus , les tubes u ri ni le res eux-mêmes sont trèsgros, et l’on peut facilement les injecter et les compter, ce qui rend cette substance tubuleuse ou ne peut plus marquée , chez les oiseaux , tandis que les conduits urinïfères , chez l'homme, sont d’une ténuité extrême, et qu’il est impossible de les isoler. D’oùil résulte que la substance tubuleuse est plus développée chez les oiseaux que chez l’homme, avec celle différence, toutefois, que dans les premiers il y a, toutes choses égales d’ailleurs , un bien moins grand nombre de tubes que dans les reins des mammifères.
Les calices ne paraissent point exister chez les oiseaux : cependant il y a , comme je l’ai dit plus haut, une membrane -qui entoure les tubes uriuifères; celte membrane se continue avec le canal, plus ou moins évasé, qui conduit au bassinet : de manière qu’il y a évidemment, comme chez 1 homme, une enveloppe des tubes destinés conduire l'uriue plus loin dans le bassinet. G’csL à celte enveloppe qu’on a donné le nom de calice.
Enfin, le bassinet, qui n’est qu’un réservoir commun à tous les calices , s'observe chez les oiseaux. 11 y a en effet chez ceux-ci, outre le canal plus oo moins évasé qui longe le rein , un bassinet ou évasement plus considérable du canal , vers la partie inférieure des reins;
ci , la forme seule pourra nous guider , tandis que pour les mammifères la structure sert de guide.
Nous avons dit que la constance de la forme des Teins des mammifères tient à la disposition du bassin et des muscles qui le tapissetb Chez les oiseaux le bassin offre des variétés de formes infiniment nombieuses; donc chaque bassin doit imprimer une forme différente aux reins qu’il devra contenir, et cela, parce que ces organes sont immédiatement appliqués sur des parties dures, non garnies de muscles ou de graisse. En partant de ce principe nous verrons que quant a la forme des reins chez les oiseaux, elle varie pour chaque famille , en sorte que chaque groupe a pour ainsi dire sa forme propre té rein. L’on peut, en effet , par la forme qui se rapporte au développement plus ou moins complet de l’organe, dire que 1 oiseau a qui tel rein appartient, se trouve placé plus ou moins bas dans l’échelle animale. Voici à cet égard ce que j’ai observé.
En prenant pour point de départ le rein du poisson , on le voit unique et d’une forme plus ou moins triangulaire. Si de ce rein unique nous cherchons un oiseau qui présente aussi cette disposilion , on verra celui-ci être le plus rapproché des poissons, soit par ses habitudes, soit par son organisation. Les grèbes (i) , par exemple, qui vivent sur les eaux,
il y a même deux et quelquefois trois petits réservoirs. Ainsi, d’après ce qu’il vient d’être dit, les reins des oiseaux ont non seulement deux substances , une corticale cl l'autre tubuleuse , mais en outre des calices et un ou plusieurs bassinets.
(1) L’espèce que fai disséquée est le grèbe cornu.
n'ont qu’un rein. Ce rein offre , il est vrai , deux lobes ou têtes séparées et bien distinctes ; en outre, il présente des saillies et des sillons qui semblent les partager, mais qui sont superficiels et ne l’empêchent pas d’être unique , comme l’on peut s’en assurer en suivant les faisceaux des tubes urinifères. Iis naissent de toutes parts, et vont tous vers le même canal qui conduit au bassinet. Si du rein de celle famille on passe à celui d'une autre , et que l’on observe, par exemple , celui de la foulque, on le verra divisé en deux lobes placés chacun sur les côtés de la ligne médiane. Cette division, très-manifeste supérieurement , ne l’est plus vers la terminaison du rein à l’extrémité caudale ; il est facile de voir que là les deux lobes sont confondus : il est vrai que ie point de contact est très-faible, mais du moins il existe , et forme , selon moi , un passage assez tranché pour qu’à ce seul caractère l’on puisse dire que ce rein appartient à un oiseàu aquatique, assez voisin du grèbe, et un peu plus éloigné des poissons que ne l’est le grèbe lui-même.
L’hirondelle de mer vient ensuite se placer entre la foulque et les oiseaux terrestres. Ce rein olfre deux lobes bien distincts , divisés sur la ligne médiaiie ; chaque moitié latérale présente plusieurs sillons profonds, disposés de manière à circonscrire de petits espaces carrés. Ces sillons font qu’au premier abord on croirait le rein de l’hirondelle de mer composé de sept à huit lobes bien séparés. Ici l’on voit évidemment deux lobes séparés et bien distincts l’un de l’autre ; nul doute que ce rein doive suivre le précédent. Enfin ie rein des oiseaux terrestres peut être
placé après le rein de l’hirondelle de mer par son développement plus grand , sa forme , ses limites Parmi les reins de cette division, ceux des aigles, par exemple, ont quatre lobes bien distincts et sé- < ParC'S ; 11 n> a cependant pas quatre uretères, mais
1 y l (ïualre bassinets et «« conduit intermédiaire de chaque côté , de manière que l’uretère de droite, par exemple , arrive au premier lobe , se dilate un peu et constitue ainsi un bassinet ; ensuite il se continue en se rétrécissant pour gagner la plus grosse glande rénale ; une fois qu’il y est parvenu, il se dilate de nouveau et constitue le second bassinet. L’on voit déjà plus de complication dans la structure de ces reins; aussi les oiseaux qui présentent cette organisation sont -ils plus éloignés des poissons et par cela même plus élevés dans l’échelle animale (i).
(i) Je dis a dessein que tous tes reins des aigles et tous ceux qui présentent quatre lobes sont plus compliqués et d’une formation plus élevée que ceux des oiseaux aquatiques , au lieu de les considérer comme étant 1 efiet d’un arrêt de développement , comme je l’ai établi à l’égard des mammifères; mais ici les choses sont bien différentes. Un rein qui a plusieurs lobes dans le commencement de sa formation, chez l’homme, et qui persiste dans cet état à l’âge adulte, piéstnte îéelleinent uu arrêt de développement; mais comme le rein d un oiseau commence par autant de lobes quil en doit conserver pendant toute la vie , on ne devra pas regarder les quatre lobes sépaiés comme un arrêt de développement, mais plutôt comme une formation parfaite.
Si, au contraire, on considérait les reins des oiseaux, soit aquatiques , soit terrestre» , par rapport à ceux de l’homme et de la plupart des mammifères , ou pourrait les regarder comme des organes arrêtés dans leur développement. Ainsi , les reins des oiseaux terrestres sont supétieurs, par leur degré de complication, à ceux des oiseaux aquatiques, puisquils ont un plus grand nombre de lobes; mais les uns
Presque tous les oiseaux oat quatre lobes pour les reins ; mais il ne s’ensuit pas qu’ils appartiennent tous à la môme famille. Il y a aussi des variétés dans la forme qu’affectent les lobes rénaux : on voit , par exemple, chez l’aigle, les deux lobes supérieurs bien plus volumineux que les deux lobes inférieurs , et dans les faisans, par exemple, le contraire avoir lieu ; ce sont là des différences moins importantes , il est vrai, mais qui cependant suffisent pour distinguer les familles (1).
L’on voit d’après cela que la forme des reins chez les oiseaux varie d’un genre à un autre, qu’elle varie en se rapprochant d’une formation moins complète à une plus élevée , et que des lignes de démarcation bien établies font reconnaître le développement successif de l’organe, lorsqu’il est- envisagé dans la série des êtres, et que l’on voit sa composition devenir de plus en plus complexe , et par cela môme tendre à arriver au maximum de développement.
Conclusion.
i°. Un rein est difforme , quand son changement
et les autres sont inférieurs à ceux des mammifères, puisque ces lobes ne sont pas réunis. Il est même à remarquer que les reins des célacées et des ours se trouvent intermédiaires entre ceux des oiseaux, tels que les aigles et ceux de la plupart des mammifères , puisqu’ils ressemblent aux premiers par l’existence de lobes non réunis, et aux seconds par leur forme générale.
(1) Parmi les oiseaux de familles différentes dont j’ai disséqué les reins, je citerai seulement le casoar de la Nouvelle-Hollande. Son rein est composé de deux lobes dont l’inférieur est extrêmement allonge, elle supérieur assez petit.
est le résultat d'une action mécanique , qui le plus
souvent dépend d’un changement de position de l’organe.
2#. Tout changement dans la forme du rein qui reconnad pour cause une modification dans sa structure , n est pas une difformité , mais bien un arrêt de développement qui fait que l’organe que l’on examine est resté parfait, eu égard à ce qu’il était à un 6ge moins avancé.
5 . Un rein n est véritablement difforme que lorsque le développement de l’organe a été arrêté dans sa forme seulement, et non dans sa structure.
4°- On peut ranger en deux classes les vices de conformation du rein, i6. ceux produits par une action mécanique ; 20. ceux produits par un arrêt de développement spontané.
5°. ^ n }' a véritablement pas de vices de conformation dépendant d’un arrêt de développement, la diflormité pouvant toujours dans ce cas se rattacher à une figure que i’orgaue avait déjà présentée.
6 . Tout rein est formé d’une substance au moins et de deux au plus , si l’on regarde comme telle celle composée par les tubes urinifères.
7°. La forme des reins est la même pour tous les mammifères , leur structure varie pour chaque famille.
8°. Chez les oiseaux la forme varie d’une famille à 1 autre ; la structure est constamment la même chez tous.
9". De ce que la forme est toujours constante chez les mammifères et la structure variée, on peut, d’après celle-ci, établir des divisions pour chaque famille,
,0°. De même chez les oiseaux la structure est toujours la même, et l’on peut par la variété de leur forme établir des divisions pour chaque famille..
il0. Le rein de l’homme et les reins des singes sont, de tous, ceux qui présentent le plus de complication dans l’arrangement de leurs parties constitutives.
ia°. Ceux qui en offrent le moins sont ceux du
chat , du chien , du lapin , etc.
i3°. Ce qui fait que l’organe urinaire du chat est le plus simple, c’est le manque de calices ou le defaut de développement de la membrane du bassinet.
i4°. Le rein des oiseaux est formé des mêmes parties qui composent celui des mammifères, c est-a-diie qu’il y a substance corticale , tubes uriniferes constituant la substance mamelonnée et la tubuleuse, des calices et des bassinets.
i5°. Le rein de l’homme subit des modifications dans sa forme et dans sa structure aux diverses périodes de développement. Ces changemens , dans la structure surtout, font que souvent le premier degré de formation subsiste, l’individu continuant àcroîtie; de là un arrêt de développement.
i6°. En étudiant le rein chez les animaux , on voit souvent que ce qui était arrêt de développement pour l’homme, constitue l’état normal d’un autre être.
17°- Que le rein , malgré les nombreuses modifications qui affectent soit sa forme, soit sa structure, peut être comparé à un organe identique , mais présentant des degrés divers de développement.
18°. Enfin, il y a une succession bien remarquable
dans les indique
variations de forme et de structure du rein, qui très-bien le degré d’organisation Hpc: ’
Explication de la planche X.
Figure Première.
Le rein d’un homme âgé de trente-huit ans dont nous avons parle. Cette ligure représente par une coupe la moitié du rein , présentant la substance corticale CC et les. tubes urinifères TU TU; point de substance mamelonnée , point de calices. Un bassinet B très-vaste , se continuant avec l’uretère U. Ce rein, par sa structure, ressemble parfaitement à celui u chat , du lapin, etc. , comme nous l’avons dit.
Figure Deuxième.
Le rein droit de la femme âgée de vingt-cinq ans dont il a été question. Ce rein avait plusieurs conduits CCCC qui n’étaient autre chose que les calices se piolongeant jusqu’au-delà de la scissure du rein, pour se reunir en un seul canal U, l’uretère. Ce même rem présentait plusieurs lobes bien distincts LLLL, lobes qui correspondaient au nombre des conduits divers ou calices qui existaient.
Figure Troisième.
La ligure IIIe. représente un autre rein très-pelit
luth . cü- La/
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Pl.X.
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et dont l’artère était aussi remarquable par sa petitesse ; ce rein n’était pas bosselé ; le bassinet existait B, et cependant un autre conduit, communiquant dans celui-ci, se voyait au sommet de ce rein O. Je ne sais si le petit conduit allait se joindre à l’uretère , ou s’il se portait ailleurs ; la capsule sur-rénale CS était très-grosse de ce côté , et l’on voyait près de son artère AS et en A un petit débris de conduit; je n’ose dire que ce canal se continuait avec le conduit O seulement. Je ferai remarquer la disproportion qui existait entre la capsule et le rein. Du môme côté, AR est l’artère rénale , YR la veine, U l’uretère.
Ce qui est marqué au point indique le volume du rein gauche ; RGRG est ce rein ; RD est le droit. La capsule du rein gauche était très-petite.
Suite de la Note sur les Difformités du Rachis et sur le Pied-bot. (Sixième numéro, page 433).
Après avoir discouru à sa manière sur les causes du pied-bot et les diverses opinions émises à ce sujet, M. Delpech conclut comme il suit, page 199 de son ouvrage :
« L’opinion qui nous paraît la plus probable et à » laquelle les résultats de l’observation semblent le » mieux se prêter, est la suivante : qu’une affection «quelconque, peut-être un vice de conformation primi- * tive, altère la direction d’une seule facette articulaire 1 «le l’un des os du tarse , et il résulte tout aussitôt l'in- » clinaison d’une partie du pied en dedans ou en dehors.
» scion 1 espèce de l’ altération première. Cet effet une lois produit, il s ensuit l’allongement de certains » muscles et le relâchement de quelques autres : les » uns et les autres se seront bientôt accommodés au » changement que leur état habituel vient d’éprou- » ver; et l’accroissement du membre continuant à se » faire en cet état, il s’ensuit que les muscles, dont » 1 équilibre est rompu, opposent une résistance inégale * » et qui doit augmenter l’inclinaison déjà commencée.
» Dans ses progrès ultérieurs, la difformité ne peut
* Vlus être bornée à un seul os : il est inévitable quelle
* s etende à la totalité du pied, parce que le cbange- » nient primitif opéré dans une seule facette articu - » faire entraîne la déviation du pied tout entier. Le pied » s’inclinant dans son ensemble vers l’un ou l’autre » côté , la totalité des muscles propres à produire » lune ou 1 autre inclinaison sont intéressés, les uns
* parle relâchement, les autres par la distension; et » ces organes se fixant rapidement en l’état où la » difformité les a misj ils deviennent propres à porter
* plus loin le mouvement qui la constitue ; plus le vice
* est étendu j plus la marche est défectueuse : Si le
* point du pied qui doit porter sur le sol a fait partie » précédemment de l’un des bords ou de la face dorsale ,
» le poids du corps doit encore augmenter la difl’or- » mité, et ces deux causes, la résistance des muscles » et la pression dont la marche ou la station sont le 7> principe , donnent lieu à une compression constante » sur certains points des os du tarse , qui gêne leur j> développement. On conçoit j d’après cette opinion ,
» pourquoi cette défectuosité presque systématique » de toutes les facettes articulaires des os d’un môme
» pied qui concourent pour produire une seule et » même difformité.
» On ne peut même concevoir que de la sorte la forme » singulière d’un pied où la maladie est fort avancée.
, Comme nous l’avons fait remarquer, et comme on » peut le vérifier encore sur les planches , on observe
* d’abord une rotation du pied en dedans , qui a » transporté . successivement la poulie articulaire de » l’astragale sous la malléole externe. On voit ensuite t> que le calcanéum et le cuboïde se sont laissé en- » traîner beaucoup plus loin en dedans, en décri- « vant une portion de cercle dont le rayon répon- » drait vers le centre de l’articulation libio-tarsienne.
* Le scaphoïde et les trois cunéiformes ont subi » la même loi , soit par rapport à l’astragale , soit dans » leurs rapports mutuels; en sorte qu’ils décrivent » dans leur rotation et leur inclinaison successives une » courbe prolongée, dont le sinus est dirigé en dedans » et en haut. Ces os paraissent avoir été entraînés dans » ce mouvement par celui que le cuboïde aurait exé- » cuté déjà. De même les os du métatarse s’inclinent » de plus en plus en dedans et sont même tout-à-fait » transposés , dans le cas où la difformité est assez i avancée pour que le malade marché sur le dos du » pied. On observe encore que la totalité du pied est » cambrée sur son bord interne , cc qui paraîtrait ré- » sultcr d’une inclinaison des facettes articulaires; » mais ce qui dépend bien plus évidemment de la rès sistance des muscles qui n'ont pas dû être allongés : y» et en effet, ce dernier trait de la difformité n’est » bien marqué qn’autant que celle-ci est ancienne et » extrême ; par conséquent il est secondaire. Ce n’est
( 5So j
‘ donc pas, du moins le plus souvent, dans celle cam- » linire du pied en dedans qu’il faut chercher la raison
• primitive de la difformité : il semblerait plus na ’• l“re' de ia suPPoser on dans la poulie de l'astragale . -ou dans les facettes articulaires du cuboïde ou du . calcanéum; car il paraît que dans tout le reste les
• parties se sont laissé entraîner. Cependant on ne ■ peut pas dire qu’une difformité propre à quelqu’un > des autres os n’entraînerait pas les mêmes consé-
. quences; mais voilà ce qui parait Le plus vraisem- » b labié.
» Nous ne voudrions pas assurer que dans quelques » cas une affection convulsive des muscles de tout un » côté de la jambe, ou quelque vice dans la nulri- » tion d’un seul, d’où serait résulté son défaut d’al- » longe ment suffisant, ne puissent entraîner une dé- » viationque le temps confirme et accroît; mais cette p explication ne saurait convenir à un grand nombre » de faits ou / on voit clairement que la part que les » muscles ont prise à la difformité est secondaire et » fort indirecte. »
"Voilà comment M. Delpech s’exprime, comment il discute , raisonne , conjecture , explique et conclut. Comme nous ne l’avons pas toujours compris, nous nous bornerons a opposer à celles de ces assertions qui nous ont paru le plus clairement émises, les questions et les raisonnemens suivans , appelant toutefois 1 attention de no cteurs sur celles que nous n avons pas entendues et dont nous avons indique 1 expression par des lettres italiques. Nous demanderons en conséquence:
i°. Comment l’inclinaison d’une partie du pied,
doit nécessairement résulter de l’altération dune seule des très-nombreuses facettes articulaires de 1 un des os du tarse , tandis qu’il y a des milliers de preuves du contraire dans les suites des maladies des os du pied, dans leurs articulations même, après la guérison desquelles plusieurs facettes articulaires se trouvent très-altérées et souvent détruites , sans qu’il survienne dans la direction du pied une inclinaison quelconque qui donne lieü au pied-bot ?
2°. Supposé même qu’une inclinaison de ce genre eût lieu, de quelle influence pourraient donc être , sur son accroissement et sa consolidation, les muscles qui seraient allongés d’une part et ceux qui seraient relâchés de l’autre? où serait l’inégalité de résistance entr’eux, puisque les uns et les autres, dans leur état d’allongement, comme dans celui de relâchement, seraient dans l’impuissance d’exercer une action quelconque?
3*. Gomment , n’est-ce que d’après cette assertion de M. Delpech, qu’on ne peut concevoir que de la sorte la forme singulière d’un pied-bot , ou ce qu’il appelle la maladie fort avancée; et enfin de quelle utilité , de quel intérêt peut-il donc être de savoir comment s’est formé un pied-bot de naissance?
Passant actuellement à la preuve, que dans le sixième numéro de ce journal nous avons annoncé devoir donner de cette assertion de notre part, que souvent au grand détriment de la vérité, on se contente de simples assertions où l’imagination d’un auteur lui fait voir à lui seul ce que la réalité ne fait voir à aucun autre, nous corrigerons d’abord cette annonce par laquelle nous avons mal rendu notre 1828. Difformités. 4°
pensee, en disant aujourd’hui que nous avons voulu annoncer que nous prouverions par un exemple pris dans I ouvrage de M. Delpech, que souvent un auteur donne dans ses observations comme positif ce qu’il croit avoir vu et fait voir à d’autres, tandis que cependant il n a vu ni fait voir ce dont il s’agit, et qu’il a seulement cru le voir et le faire voir (i).
C'est de cette observation bien plus évidente, comme !e dit M. Delpech , qui concerne le sort ultérieur des umscles distendus ou relâchés par l'effet de la diffbrnute, et qui tombent les uns et les autres dans une débilite profonde et successivement dans l’atrophie (2) cjue nous voulons parler.
M. Delpech , après avoir affirmé très-positivement, page 102, que non seulement la restitution de l’attitude naturelle dans les parties où elle avait été altérée, suffit constamment pour rendre aux muscles leur volume naturel et leu/ énergie primitive ; mais qu’ encore ce moyen tout mécanique a suffi quelquefois pour faire disparaître un véritable état de paralysie , s’exprime ainsi : il fau-
(1) Toutefois nous déclarons, s’il peut en être besoin, qu’il n'est nullement dans notre iutention d’accuser la véracité de l’auteur que nous critiquons et dont la bonne réputation nous est connue; ce nest que ses erreurs ou ce que nous considérons en lui comme des eneurs, que nous voulons combattre dans son ouvrage , à l'avantpropos duquel il est convenu qu’il a dû lui en échapper beaucoup.
(2) On voit clairement ici que M. Delpech, en opposition avec luimême, par ce qu il a dit à la page 199 des muscles allongés et des muscles iclàchés, qui opposent une résistance inégale, est presque d accord avec nous, puisque nous prétendons qu’il n’y a point de résistance, et qu’il reconnaît qu’ils tombent les uns et les autres dans une débilité profonde et successivement dans l’atrophie, d’où résulte certainement absence de toute résistance de chaque côté.
dndt donc admettre comme une loi physiologique,, que la conservation de la masse et de l’énergie des muscles dépend en partie du juste degré de tension que la nature a voulu leur donner; et à la page 200 , il dit encore : la remarque de la restauration des muscles apres le redressement du pied , ou même peu de temps apres avoir commencé l’emploi d’un appareil propre à cet effet, a été une des plus générales pendant le traitement des malades qui ont été confiés à nos soins. C’est même une des premières que nous ayons faites, elle nous a causé de 1‘ étonnement et n’a fixé notre attention que parce quelle a été une des plus frappantes dans les premiers malades que nous avons dirigés ; et plus loin : Rien n’égalait l’étonnement de quelques médecins étrangers en présence desquels nous commençâmes le traitement de mademoiselle H amande z ; ils ne pouvaient concevoir quel espoir nous pouvions fonder sut des appareils mécaniques enveloppant des membres paralytiques ; mais la surprise fut bien plus grande lors qu’ils virent les mouvemens reparaître et l’enfant se tenir debout , ce quelle n’avait jamais fait encore. Notre espérance reposait sur la conviction que l impuissance des muscles provenait de l altération delew tension naturelle; quen corrigeant une partie de ce vice, on devait avoir bientôt pour résultat une nutrition plus parfaite dans ces organes , et le rétablissement des propriétés naturelles. Le succès éclatant et rapide (1) quil a obtenu, lui paraît très-propre à
(1) Si aujourd’hui dans un cas do difformité semblable cjue nous aurions traité , nous voyions un enfant de l’âge de mademoiselle 11 a r mandez , marcher comme M. Delpech dit que marchait cette jeune
jusnüer le principe don. il es. parti, et à démontrer f plus en pins |a solidité de la loi physiologique qu'il
qUi eSl’/,C”'S lerc!Pétons> 1»*‘‘ con.
en d “SSe e‘ »“«'« dépend
vol il donner ‘ ^ ^ "atUre a
Jllr™ "e "°US abusons’ l’exempte bien frappant que nous pouvons donner, comme nous l'avons
annonce, de ce que peut la préoccupation d’un auteur
dans le jugement qu'il porte sur des faits qu'il croit voir bien vus et les conséquences qu’il en tire.
Dech\ CV T'' ?Ue,<lues cas dans lesquels M. Delpech aurart vu le phénomène des plus extraordinaires
"on, comme il le dit, d'une restauration de muscS
par srnte A un traitement , mais bien comme il faut
en en ie , dune création de forces musculaires
meme , pendant un traitement tout mécanique qui
aura, tendu, d'après lui, à placer des muscies, ,'L
jues-là incapables d’agir, dans une position qui le
eur permit a l’avenir, pour quelques cas de ce genre,
disons-nous , dans lesquels M. Delpech aurait observé
fine «près un an de traitement, la pointe de s pieds en dedans, et en fauchant loin de regarder le résultat de notre traitement comme un
Z"]' Ta rapidC' DOUS Cr0iri0nS’ aU contr^. «voir échoué • * tmP “i des moyens que nous aurions mis en œuvre pour corriger une difformité de la nature de celle dont il s’agit, et que nous ecarons , ainsi que M. Delpech peut s’en convaincre, n'avoir dû aire aucun progrès depuis qu’il a cessé de lui donner scs soins. Nous ceclarons en même temps, toutefois, n’avoir aucun renseignement sut ce es , et u émettre ainsi notre opinion sur ce qui en est , qu’en raisonnant d’après la connaissance que nous en donne M. Delpech ui-même après avoir dit quels moyens il avait employés , et en conjecturant d après ce que nous a appris notre pratique.
un tel phénomène, il se hâte, et sans nulle hésitation , de proposer de reconnaître comme une loi physiologique , • >'
Quoi ?
Un phénomène évidemment en opposition avec tout ce qu’on sait de plus positif en physiologie; savoir : qu’une nécessité première pour la nutrition et l’entretien des propriétés physiques d’un muscle quelconque, est que ce muscle puisse exercer la contractilité dont il est doué. Or , faut-il pour exercer sa contractilité qu’il soit plus ou moins tendu , comme le dit M. Delpech? non, très-certainement: et pas un physiologiste ne soutiendrait comme lui le contraire , du moins avec succès ; car on sait trèspositivement que pour être apte à se contracter eomme il le faut pour exécuter le moindre mouvement, il doit être dans un état éloigné de toute tension. Nous ne pouvons croire qu’avec un peu d attention M. Delpech ne reconnaisse son erreur sur ce point.
Quant à ce qu’il rapporte avoir vu constamment de relatif à la restauration des muscles pendant et aprèsle traitement des pieds-bots, nous lui opposerons que jamais nous n’avons vu que le contraire de ce qu’il aurait vu lui-même, c’est-à-dire l'exiguïté et la faiblesse des muscles de la jambe et du pied persister pendant et après le traitement. C’est ce dont chacun peut voir des preuves irréfragables dans les figures en plâtre de pieds-bols modelées avant et après le traitement, et déposées aux cabinets de la Faculté de Médecine de Paris ; c’est ce qu’attesteront d’ailleurs , nous en sommes assuré , tous les médecins et chirurgiens
r “urontv" des pieds-bots avant et après les soin, qn, leur auront été donnés par eux ou leurs confrères ; car voilà ce qui en est , ce qui peut et ce qui dott seulement eu être, une loi physiologique
len connue et bien autrement solide , pour nous servir de I expression de M. Delpech, étant que pour qu un muscle soit ce qu’il doit être sous les rapports de son volume et de sa force, il doit pou voir remplir la fonction à laquelle il est destiné et que pour la remplir, ce qui lui est nécessaire pour une bonne nutrition , il faut, q„e dans son état de repos il soit non pas tendu, parce qu'alors il serait en action , mais bien dans un état de mollesse qui est celui de repos ou d’inaction ;
2°. qu’il soit (ce qui n’est jamais dans un piedbot a quel degré que soit cette difformité) dans des rapports réguliers avec les os sur lesquels il a-it.
Nous aurions beaucoup d’autres observations à taire sur ce qu’a écrit, au sujet du pied-bot, M. Delpech, duquel nous attendions mieux; mais comme nous tenons de lui-même qu’il a mieux fait depuis a publication de l’ouvrage où se trouve consigné ce que nous venons de critiquer, nous nous bornons à exprimer le souhait, qu’il ne qualifie pas à l’avemrde maladie et même de maladie chronique- , une diliormité aussi étrangère à toute maladie que l’est le pied-bot de naissance.
Nous terminons cet article en annonçant que nous attendons de M. le président de l’Académie des ociences l’indication que nous lui avons officiellement demandée du jour où nous pourrons représenter à l’Institut le jeune espagnol , âgé de qua-
A* flmize comme nous l’avions dit ,one ans " , ) ’nous avons corrigé deux
par erreur , ^ .. ’ Nous avons rendu
pieds-bots avec lesquels rl est ne. Non de
compte dans la s®an^6 ^ j celui très - satisfaisant
Ïu ntltueltnrl ce ieune botnnae .
r: la’af ffolité des deux pieds et de 1’un deux
sur-tout , était portée au plus haut degre.
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