L’ESPÈCE HUMAINE EN GÉNÉRAL
Dans le règne animal comme dans le règne végétal , la nature s’écarte fréquemment , à des degrés différents, du type régulier sous le rapport de la forme des individus, soit qu’on les considère dans leur ensemble, soit qu’on ne les considère que dans les parties dont ils se composent. C’est ainsi que dans les animaux, comme dans les végétaux, on voit, sous le rapport du nombre une ou plusieurs de leurs parties , en plus ou en moins , ou manquant absolument; d’autres unies entre elies lorsqu elles doivent etre séparées , ou séparées lorsqu’elles doivent être unies; d’autres, affectant une direction, différente de celle qu’on reconnaît pour régulière ; d autres privées d’ouvertures nécessaires à des fonctions sans lesquelles l’entretient de la vie est impos-, sible, imparfaite ou difficile; d’autres occupant des places qui ne sont, pas les leurs dans l’ordre régulier, etc., etc. ; et toutes ces difformités peuvent exister au moment de la naissance , et plusieurs d’entr’elles selon toutes les apparences depuis plus ou moins de temps à compter du moment de la conception. Toutefois il n’en est qu’un certain nombre d’entr’elles qui puissent survenir accidentellement, plus ou moins de temps après la naissance, larmi celles-ci, ne peuvent se trouver en effet, des parties en nombre supérieur à celui que reconnaît l’état normal; il est rare , d’autre part, de voir s'umii ou se séparer par a seule opération de la nature, des parties aites pour demeurer séparées ou unies. Il est p]|ls frci.
quent de voir des ouvertures faisant parLie de l’arrangement régulier, se rétrécir ou s’effacer, tandis qu’on observe aussi fréquemment encore des ouvertures se former accidentellement et subsister indéfiniment. Ce sont de telles circonstances qui ont donné lieu à diverses classifications des difformités auxquelles nous attachons d’autant moins d’importance, qu’elles n’en facilitent ni l’étude ni l’indication des moyeus de les corriger.
Les aberrations de la natui’e , sous les rapports que nous venons d’énoncer, comme sous divers autres analogues qu’il serait hors de propos d’énumérer ici, ne constituent pas toutes les difformités dont l’homme offre des. exemples. Toute couleur de la peau , des poils , des cheveux ou de tout autre organe extérieur, qui n’est pas celle que la nature imprime dans l’ordre régulier constitue encore des difformités.
Toute difformité est plus ou moins nuisible à quelque fonction, ou affecte désagréablement la vue; il est beaucoup de difformités qui sont causes ou effets de maladies, qui rendent la vie pemble, ou en avancent le terme.
On a sans raison divisé les difformités en celles dites de naissance , et en celles dites acquises ou accidentelles. Celte division a contribué â donner de fausses idées sur la nature, l’origine ou les causes de certaines d’entr’elles. Ou peut lui reprocher en outre d’avoir entretenu 1 erreur funeste dans laquelle le public et beaucoup de médecins sont encore, que toute difformité de naissance est audessus des ressources de l’art. Nous offrons une preuve de cette assertion pour la combatre : le passage suivant qui se trouve dans le Dict. des Sciences Médicales , iom. 29 , p. 357, et suivantes.
« Toutes les parties de notre corps sont sujettes a ces imperfections que l’on nomme vices de conformation , et au’il est essentiel de distinguer : 1° en ceux naturels, «est- a -dire que nous apportons eu naissant ; 20 en ceux
acquis ou qui surviennent dans la suite, et dépendant d’une cause quelconque , soit interne et cachée , soit ex-
terne et apparente. .
Cette distinction est d’autant plus importante, que c est sur elle que doit être basé l’emploi des machines. Nous ne pouvons rien sur les premiers , on sent qu’il y aurait de la folie à vouloir les corriger, ils font partie de notre organisation , et il ne nous a pas été donné de pouvoir la changer. C’est donc essentiellement aux vices de la seconde classe qu’il faut s’attacher , parce qu’ayant une cause plus ou moins bien connue, on peut essayer de la combattre , et de corriger ou de diminuer en la détruisant, la difformité à laquelle elle a donné naissance.
C’est peut-être faute d’avoir fait de semblables reflexions , qu’on a de tout temps , mais surtout du notre , employé tant de machines différentes là où il aurait été beaucoup plus convenable de s en passer. Les anciens, qui étaient si portés pour elles , ont été à cet égard beaucoup plus sobres que nous , et en cela ils ont agi beaucoup plus judicieusement; ils se sont montrés mieux instruits de la nature de l’influence des propriétés vitales sur les affections de nos organes; ils ont connu qu’il était impossible de remédier par des moyens physiques à des difformités qui avaient leur source daus le travail caché de la nutrition des parties ».
Non, la distinction des vices de conformation, en vices de naissance et en vices acquis n’est pas essentielle d’après les considérations énoncées par l’auteur de cet article, et ce n’est pas sur elle d’ailleurs que doit être basé l’emploi des machines , lorsque ces moyens doivent leur être opposés.
Parmi beaucoup d’exemples que nous pourrions citer en preuve de ce que nous avançons , nous choisirons un des vices de conformation de naissance , qui fait partie d’une classe fort étendue de vices de même nature. C est
a torsion des pieds de naissance , connue sous le nom de pied-bot.
Nous allons comparer cette conformation vicieuse de naissance- à celle qui résulte des paralysies de certains muscles, de blessures, d’ulcères, ou de corps étrangers qui ont pénétré dans 1e pied, à la plante, près de l’un de ses bords. Tous ces accidens sont autant de causes trèsfréquentes de la torsion des pieds en dedans ou en dehors ,
selon que le mal a son siège vers leur bord interne ou externe.
Dans la plupart de ces cas, c’est dans les premiers temps , par la volonté du malade qui se soustrait à la douleur en éloignant du sol la partie blessée du pied, que la partie saine devient le seul point d’appui dans la station comme dans la marche; mais dans la suite, c’est par l’impossibilité de reporter la partie qui a été malade sur le sol, que la direction vicieuse déterminée dès le commencement oe 1 accident par le motif d’éviter la douleur, se maintient contre la volonté du malade , qui s’efforce envain à redonner au pied son attitude régulière. On sait qu’il suffit de marcher pendant un certain temps, un des bords du pied seulement portant sur le sol , pour que son articulation avec la jambe se déforme. Ce fait est connu des hommes de l’ait cimme de ceux qui lui sont étrangers. Cette conformation vicieuse acquise , se montre à l’extérieur sous les mêmes apparences que celle de naissance; (il n’y a qu’i, ne circonstance de plus dans celle-ci, mais qui n’inllûe en rien sur le fait dont il s’agit; c’est que dans le cas de torsion du pied de naissance , il y a presque toujours non seulement torsion de l’astragale et du calcanéum, mais de plus flexion du métatarse vers le tarse, c’est-à-dire cpi’il y a deux vices de conformation au lieu d’un ).
En est-il de même des parties qui sont sous la peau , telles que les tendons , les ligamens , les os?
La dissection de ces organes, fait voir dans la torsion du pied de naissance , comme dans celle qui provient indirectement de plaies, d’ulcères ou de corps étrangers, la même direction vicieuse des tendons, la meme distension des ligamens articulaires, et enfin le meme rapport et la même conformation des os , qui , dans l un j comme dans l’autre cas, n’est que peu ou point éloignée de l’état régulier. Il n’y a de différences que dans les degrés de leur changement d’état, et dans l’espace qui sépare les surfaces articulaires des os; et ces diftérences sont relatives au degré de difformité , lequel est ordinairement plus considérable dans la torsion des pieds de naissance , que dans celle qui provient de causes accidentelles.
Que remarque-t-on pendant la vie , si on veut changer momentanément la direction des pieds tordus de naissance, ou celle des pieds qui ne sont tels, que par des causes accidentelles qui n’existent plus ?
On remarque la même résistance. Dans l’un comme dans l’autre cas , on excite une douleur relative à la force qu’on emploie pour produire l’effet qu’on se propose.
Voilà pour ce qui concerne l’état des parties , leur sensibilité , et leur résistance, que le vice de conformation soit de naissance, ou qu’il soit acquis.
Examinons actuellement de quel intérêt peut être l’appréciation de la différence des causes relativement à l’emploi des machines.
Pour éviter d’encourir le reproche de prendre des conjectures ou des suppositions pour des faits ou des réalités , admettons pour un moment que la cause de la torsion des pieds de l’enfant dans le sein de la mère soit inconnue; mais nous en voyons l’effet, et il ne nous est pas plus utile d en savoir davantage , dans ce cas , qu’il ne peut nous 1 etre dans le cas de difformité de ce genre , acquise par des circonstances qui , dans la station ou la marche , ont
forcé à tenir le pied dans iin état de torsion long-temps continué , et déterminé dans les tendons et dans les ligamens des cliangemens tels, que ces organes ne diffèrent plus actuellement de l’état de ces parties considérées dans la difformité du même genre , observée au moment de la naissance.
Ici encore, ces causes n’exercent plus aucune influence; le vice de conformation qu’elles ont produit leur survit ; elles n’existent plus. Ce n’est que ce vice de conformation qu’il faut combattre ; il a son siège dans les mêmes organes , et le même moyen mécanique qui agit efficacement sur le pied tordu de naissance , agit de même sur le pied tordu par l’une des dernières causes qu’on appelle accidentelles. Dans l’une comme dans l’autre de ces difformités, le même moyen mécanique doit faire alonger des tendons, distendre des ligamens, diriger le pied vers la conformation régulière et l’y maintenir.
La comparaison que nous venons de faire est applicable à toute difformité dont le caractère propre est l’absence des rapports réguliers entre des parties osseuses , tendineuses, ligamenteuses, cartilagineuses, musculaires , etc. ; et cette classe de difformités est la plus étendue.
Il n’est donc pas vrai que i emploi des machines doive cire basé sur la distinction des vices de conformation , en ceux dits de naissance , et en ceux qui sont acquis. Cette distinction , comme nous le ferons voir ailleurs, est d une utilité réelle sous d’autres rapports dans certaines difformités.
Mais nous avons peut-être eu tort même de faire pressentir que le vice de conformation consistant en des pieds tordus de naissance peut être corrigé. Nous lisons en effet dans l’article cité , qu’il y aurait folie à vouloir entreprendre de corriger les vices de conformation de naissance.
Nous avouons que nous sommes surpris de trouver
de pareilles assertions dans le Dictionnaire des sciences médicales, ouvragé dont on a dit, que la destination spéciale est de constater , si Von peut s exprimer ainsi , / étal moyen de la science depuis 1812 (î).
Non certainement, il n’y a pas de la folie a vouloir corriger des vices de conformation de naissance, quoiquils fassent partie de notre organisation. Dire qu’il ne nous a pas été donné de changer cette organisation , n est pas prouver qu’on ne peut pas la changer ; car cen est au une simple assertion au lieu d’une vérité reconnue , et encore une assertion en opposition non seulement arec les in düctions qu’on peut tirer- de la connaissance des propriétés physiques des parties constituantes du corps , mais encore avec les faits les plus nombreux comme les mieux établis.
Cette assertion est sous plusieurs rapports insoutenable, considérée dans la généralité des vices de confoimalion de naissance , quelle embrasse , comme dans ceux qu’il paraît seulement que l’auteur a eu , en vue.
En effet, la solution labiale connue sous le nom impropre de bec-de-lièvre , l’union des doigts entre eux , etc. , ne sont-ils pas des vices de conformation existans au moment de la naissance , qui font partie de notre organisation , et que l’on corrige en changeant ce mode vicieux de développement des parties ?
Les pieds bots de naissance, dont nous venons de parler, ne sont-ils pas aussi des vices de conformation qui font partie de notre organisation , et n’y a-t-il pas deux mille ans qu’Hippocrate a enseigné une manière de les corriger? Scarpa , après tant d’antres depuis Hippocrate , n’a-t-il pas démontré par des faits nombreux la possibilité
(1) Vn yrz premier cahier du Journal complementaire du Dicl. des Sciences mcd. , page 1.
de corriger ces vices de conformation ? N’a-t-il pas indiqué (i) , apres en avoir fait l’expérience, des moyens qui ont eu des succès dans toute l’Italie , en Allemagne, en Angleterre, en France ? Nous employons, dans certains cas nous-mêmes, sa machine fabriquée sous ses yeux; et peut-être trouvera-t-on , après avoir lu ce que nous dirons ailleurs de ces effets, que nous aurons contribué à en assurer le succès autant qu’à en étendre l’application avec les modifications que nous lui avons fait subir.
Il est donc démontré,
i.° Que les vices de conformation , dits de naissance, sont susceptibles d’être corrigés;
2.0 Que l’emploi des machines ne peut être déterminé , d’après la distinction des vices de conformation , en ceux de naissance et en ceux qui sont acquis ;
3.° Que la connaissance de causes qui n’existent plus , et ne sont pas susceptibles de se reproduire , ne peut être d’aucune utilité dans le choix des moyens qu’on peut opposer à ces vices provenant de causes différentes.
Nous ne combattrons point dans le même détail tout ce que présentent d’inexact ou d’entièrement faux les propositions qui font la matière du dernier alinéa du passage que nous venons de citer. Nous dirons seulement que le reproche qu’on y trouve, adressé à nos contemporains, d’employer plus que les anciens tant de machines différentes , là où il serait beaucoup plus convenable de s en passer , n’est aucunement fondé. Nous en appelons à 1 auteur de l’article lui-même : qu’on lise ce qu il dit de Petit
(t) Voyez sou Mémoire sur la torsion congénitale des pieds , traduit par M. Léveillé en i8i/t. On doit être étonné de voir qu’il n’est pas seulement fait mention dans l’article précité , de l’ingénieuse niachine inventée par ce chirurgien célèbre , tandis que cet article o i l’explication de tant de machines qu’il ne peut, être d aucun in* u 1 tic connaître.
et de Desault (i) , au sujet des machines employées avant eux dans le traitement des fractures et des luxations. On verra qu’il reconnaît que le premier ci rendu à l art le service de faire rejeter les machines qui torturaient les malades depuis tant de siècles; et que le dernier , pénétré de la véritable indication à remplir dans le traitement de ces maladies , proscrivit toutes les machines sans exception.
Comment des hommes de ce mérite , et leurs élèves , nos contemporains , qui sont devenus de si grands maîtres , se seraient-ils montrés après avoir fait preuve d’une manière de voir aussi profonde que juste dans le traitement des fractures et des luxations au sujet des machines , comment, disons-nous, se seraient-ils montres relativement aux vices de conformation , moins judicieux que les anciens , moins instruits qu eux de la nature de l' influence des propriétés vitales sur les affections de nùs organes ? Les faits attestent le contraire; et si enfin les anciens avaient cru, comme il est prétendu dans cet article, qu’il était impossible de remédier par des moyens physiques à des difformités qui , dit-on, avaient leur source dans le travail caché de la nutrition des parties , tandis que de nos jours on semblerait penser le contraire ; l’erreur ne serait pas chez nos contemporains. Ceux-ci ne peuvent que reconnaître , ainsique l’a professé Scarpa , ainsi que nous ne craignons pas de le soutenir , que des moyens mécaniques sont les seuls qu’on puisse principalement employer avec espoir de succès pour corriger les difformités dont il entend parler.
La critique de ces opinions évidemment erronées n’a été déterminée comme le seront encore celles que nous pourrons faire d’autres opinions relatives à notre objet, que par l’intérêt de la vérité, que dans la vue de prévenir leurs funestes conséquences.
(i) Pages 335 et 336, ouvrage cité.
Plus le Dictionnaire des Sciences medicales renferme de vérités utiles , plus on peut y puiser d’instruction , plus on doit combattre les erreurs qui s’y sont glissées , quoiqu’assez rarement pour un ouvrage de cette étendue. Il s’agit ici d’un sujet trop important pour qu’aucune considération puisse détourner de ce devoir.
Quoi qu’il en soit des classifications qu’on a établies relativement à l’étude des difformités , des opinions qu’on a émises sur leurs causes , sur les moyens de les prévenir ou de les corriger , on ne peut se dissimuler que presque tout est a faire ou à revoir sur cette matière.
L’anatomie des parties trouvées difformes à l’époque de la naissance , ou devenues telles plus ou moins de temps après, et par des causes diverses, n’a pas encore été étudiée avant nous , dans le principal but, de rechercher par quels moyens on peut prévenir leur déformamation ou la corriger.
Un de nos plus judicieux confrères , M. le professeur Roux, frappé de ce que des descriptions de fœtus difformes et ses propres observations en ce genre lui avaient appris, avait formé le projet, qu’il a définitivement abandonné ensuite , de faire le sujet d’un grand travail de l’étude de ces écarts de . la nature. Les grands succès qu’il a obtenus dans la pratique de la chirurgie doivent faire regretter qu’un projet si utile n ait pas été îéalisé par un homme si capable de le rendre des plus profitables à la science, alors même que, comme il semblait se le proposer , il ne se serait occupé de ce travail qu’en l’envisageant dans ses rapports avec l’anatomie ou la physio logie, ainsi quo l’ont fait Buffon , Charles Bonet; MM Chaussier, Geoffroi-Saint-Hilaire , Serres et Bresrw en France ; Sandifort et Malacarne en Angleterre ; Tiedman, Blumenbach, Huber , Voigtel , Tréviranus, Burdach , en Allemagne.
Jamais toutefois les circonstances ne rendirent un tra-
vall de ce genre si urgent ni si utile , puisque les causes de difformité ne furent jamais si multipliées, et que eurs effets ne furent jamais si sensibles. La plus belle pa de la génération actuelle n’offre que trop de preuves de cette affligeante vérité ; et si on n y porte remede , le même sort est réservé aux générations futures, parce que les vices de conformation , quelle qu en soit origine , se transmettent (i).
C’est sur les considérations suivantes que nous nous fondons lorsque nous disons que les causes des difformités ne furent jamais si multipliées , ni leurs effets si sensibles. Tant de jeunes gens, encore dans l’adolescence, n’ont pu se transporter subitement du climat heureux de la France, dans ces contrées lointaines où la température est marquée parles degrés les plus opposés, sans que leur constitution en ait reçu de profondes atteintes; surtout à cette époque de la vie^ où le développement de toutes les parties du corps s opère avec le plus
d’activité.
A l’effet éminemment débilitant de ces impressions qui disposent les organes à être altérés dans leurs propriétés physiques, par les causes les moins énergiques, il faut ajouter ceux qu’ont dû produire les fatigues excessives de la guerre , les privations qui en sont inséparables, et les nombreux accidens auxquels on y est exposé , tels que les efforts, les chutes, les blessures , etc. On se rend ainsi facilement raison de ces fréquens exemples qu’offre la génération actuelle , de déviations , deroideurs , d’extensions, ou de flexions bornées de la colonne vertébrale ou des
(i) Nous avons recueilli plusieurs exemples de difformités accidentelles transmises à la deuxième génération dans l’homme ; et un de MM. les inspecteurs-généraux des haras nous a assuré qu’il n’est pas rare de voir des produits d’étalons qui ont eu le feu aux jambes , ou qui ont été marqués au 1er rouge pour être réformés , offrir des traces de ces marques sur les mêmes parties.
membres, états divers qui constituent en peu d’années, par la gêne ou 1 impossibilité du mouvement des parties , des difformités aussi apparentes que difficiles à corriger.
Une autre circonstance propre au temps présent, concourt encore à multiplier les causes qui disposent aux difformités les parties que nous venons de nommer. L’empirisme a envahi presque exclusivement le traitement des maladies siphylitiques. Il les confond avec des affections d’une toute autre nature ; tantôt il les voit là où elles ne sont pas , tantôt il ne sait les reconnaître là où elles sont : d’autres fois il prend pour la siphylis simple, cette maladie gravement compliquée, etc. De là résultent tant de lésions qui préparent de loin les déformations des parties sur lesquelles ces maladies mal jugées et conséquemment mal traitées , ont produit des changemens d’état , ou des altérations plus ou moins profondes. C’est sur les articulations surtout, que ces résultats s’observent.
On ne pourrait nier de bonne foi que l’influence funeste de ces causes extraordinairement multipliées de nos jours, ne contribue puissamment à la détérioration et à la dégénération de l’espèce.
Cependant le rhumatisme , le rachitis et les sçrophules, causes ordinaires de déformation de diverses parties du corps , n’ont de leur côté rien perdu de leur influence ; et d’après l’état actuel de nos connaissances, nous sommes forcés d’avouer que les traitemens de ces affections sont rarement efficaces.
Le rhumatisme chronique résiste le plus souvent au traitement le mieux indiqué.
Le rachitis elles scrophules (i) se sont montrés jusqu ici au-dessus des ressources de l’art ; et les médecins les plus
(i) Nous espérons faire faire quelques pas à la science , par les travaux que nous publierons sur ces maladies.
énidits et les plus expérimentés , c’est dire les plus liabiles praticiens , bornent encore leurs conseils à ce q.u ressort de l’hygiène, lorsqu’il s’agit de ces graves maladies
Toutefois , le rhumatisme , le rachitis et les scrophules que n’ont pu guérir les remèdes , guérissent souvent avec le temps. Mais ces maladies laissent après elles des déviations de la colonne vertébrale, des gibbosités de la poitrine; des inclinaisons forcées du tronc; des flexions et des torsions des os des membres ; des relâchemcns de leurs liens articulaires , desquels résultent des flexions des genoux en dedans ou en dehors; des directions des pieds , telles qu’ils ne portent sur le sol que par l’un de leurs bords, etc. Ces configurations vicieuses subsistent après les causes qui les ont produites, et bien quelles ne soient plus entretenues par ces causes , puisqu’elles n’existent plus , il n en est pas moins reconnu qu’en général , au beu de devenir moins sensibles, elles se maintiennent dans le même état, ou s’aggravent. Or , cet état finit par devenir inhérent à la constitution, et les difformités qui en résultent différant ainsi de moins en moins de celles dites de naissance , peuvent se reproduire comme ces dernières par voie de génération.
C’est à tort qu’on a prétendu que la nature tend toujours à une conformation régulière , et qu’elle y parvient avec le temps. Les nombreux exemples d’individus contrefaits de toutes les manières, et parvenus à l’âge où la nature n’organisant plus, se borne à entretenir, prouvent, mieux que tous les raisonnemens , le danger de s’en rapporter à sa prétendue prévoyance.
L’art doit donc intervenir , soit dans la vue de prévenir, soit dans celle de corriger les difformités. Mais en quoi consistent ses moyens, quelles connaissances requiert-ii de la part de celui qui est appelé à l’exercer ? C’est ce que fera voir l’examen des divers genres de difformités, dont nous nous occuperons dans ce Journal. En attendant,
nous ne craignons pas (l’avancer qu’il n’en est aucune qui n’exige la réunion de lotîtes les connaissances dont la possession constitue le médecin et le chirurgien, et nous comprenons parmi ces connaissances, de toute nécessité dans le traitement de la plupart des difformités , celles que nous fournit l’étude spéciale de la mécanique, cette partie des mathématiques applicable aux forces vivantes du corps de l’homme , de laquelle toutefois on ne peut tirer aucun parti, ou avec laquelle on peut faire au contraire beaucoup de mal , si l’application qu’on en fait n’est éclairée par des connaissances exactes en anatomie t en physiologie et en pathologie, et conduite par une main prudente et exercée.