SUR LES DIFFORMITÉS DE LA COLONNE VERTÉBRALE EN PARTICULIER
Assemblage de vingt-quatre petits os placés les uns audessus des autres , et fortement unis par des substances ligamemeuses interposées entre chacun d’eux ou tenant à leurs éminences, la colonne vertébrale peut être difforme, considérée dans chacun des os dont elle se compose , ou dans son ensemble.
Bien que notre objet principal ne soit ici que de traiter des conformations vicieuses de la colonne vertébrale que constituent les déviations contre nature dont elle est susceptible, nous signalerons, en passant, certains vices de conformation qu’on remarque souvent dans les vertèbres considérées individuellement, attendu que leur connaissance peut prémunir contre la crainte de beaucoup de cas de déviaLions prochaines de la colonne vertébrale. Les vertèbres peuvent être difformes dans leur corps
et dans leurs apophyses. C’est dans «es dernières parl.es
quelles le sont le plus souvent. ,
Les difformités des vertèbres les plus frequentes con «stent dans le développement extraordinaire de leurs apophyses épineuses et leur direction a droite ou a gau che qui les éloigne de la ligne médiane qui sépare les deux moitiés latérales de la face postérieure du corps. Ces anomalies de conformation sont connues des anatomistes; Bichat les rappelle dans son Traité d’ Anatomie descriptive: on paraît toutefois les oublier dans la pratique , et c’est cet oubli qui peut faire prendre pour une maladie grave , une simple conformation vicieuse sans conséquence.
Nous avons recueilli dans notre pratique deux exemples de pareille erreur dans deux cas de la nature de celui dont nous parlons. Nous fumes consulté , il y a cinq ans, pour des douleurs vives qu’éprouvait, au bas de la région cervicale , et vers la première vertébrale dorsale , une jeune personne âgée de i5 ans. Ce point de la colonne vertébrale était douloureux au toucher , les mou* vemens un peu forcés du col , et certaines situations de cette partie du corps la rendaient plus douloureuse encore. Toutefois, après avoir examiné avec beaucoup
de soin le siège de la douleur que n’annonçaient aucun changement de couleur de la peau , aucune tuméfaction des parties molles , nous jugeâmes que cette douleur tenait à toute autre Cause qu’à une lésion actuelle ou imminente des vertèbres siir lesquelles elle se manifestait. Mais les païens de la jeune personne étaient frappés de la saillie assez prononcée que formaient à gauche les apophyses épineuses de la dernière vertèbre cervicale et de la première dorsale ; et ce n’était pas assez pour les rassurer contre les Craintes qu’une simple disposition anatomique anormale de ces parties leur inspirait , que de leur apprendre quelle se montrait
assez souvent sans êfre liée à une maladie , sans en être un effet ni une cause. Nous leur conseillâmes en conséquence , de consulter celui de nos confrères qui leur inspirerait le plus de confiance , et notre conseil ayant été suivi , deux cautères sur les côtés des deux vertèbres , et la position horizontale habituelle du corps furent prescrits.
Nous ne cherchâmes point à détourner de se conformer à cette prescription. Cependant elle fut ajournée en considération de la diminution notable de la douleur qui survint peu de temps après, sans cause connue; mais bientôt cette douleur se reproduisit , elle se fit sentir dans toutes les situations de l’épine ; un second confrère fut encore , d’après notre avis , consulté , et deux cautères furent encore conseillés.
Les douleurs diminuèrent pour la seconde fois ; elles se ravivèrent à plusieurs époques , à divers degrés d’intensité, et nous allions établir les cautères lorsque des douleurs de cause inconnue qui se manifestèrent successivement sur plusieurs articulations nous en détournèrent définitivement. •
A ces douleurs absolument semblables dans plusieurs articulations à celles qui s’étaient d’abord manifestées à l’épine du dos, nous opposâmes un régime et un traitement qui nous parurent indiqués, et il en résulta quelques bons effets.
Nous explorions cependant de temps en temps le point douloureux de l’épine , et n’y reconnaissant aucun changement d’état, nous nous confirmions de plus en plus dans l’opinion que nous avions émise d’abord , qu’il n’y avait là qu’un vice de conformation , consistant dans la direction vicieuse des deux apophyses épineuses de la dernière vertèbre cervicale et de la première dorsale.
Les nouvelles douleurs disparurent et reparurent sous diverses influences atmosphériques pendant deux an-
nées de suite; cependant ni cautères, ni sétons ne furent pratiqués , et la jeune personne ne s’est même jamais assujettie à garder une position horizontale. Quatre années se sont écoulées , sans qu’il se soit opéré le moindre mouvement morbide sur le premier point de l’épine sur lequel s’est fait ressentir la première douleur, et nous nous croyons bien fondé à juger aujourd’hui , que la douleur de l’épine a été de la même nature que celle que MJie *** a éprouvées depuis sur plusieurs autres parties du corps , dans la constitution desquelles entrent, comme dans celle-ci, des substances musculeuses et ligamenteuses.
Un cas à-peu-près semblable à celui que nous venons de rapporter s’est encore présenté dans notre pratique , il y a deux ans. Le siège de la douleur était bien plus propre que celui dont nous venons de parler à faire soupçonner l’altération de la substance des vertèbres sur lesquelles elle se manifestait. C’était aux première et seconde vertèbres lombaires qu’une douleur sourde , quelquefois aiguë, se faisait sentir chez un jeune homme de 20 ans. Cette partie de la colonne vertébrale était rendue extraordinairement proéminente par la saillie contre nature des apophyses épineuses de ces vertèbres , l’apophyse transverse de la seconde du côté gauche était encore hors de ligne.
Le malade ne pouvait fournir aucun renseignement précis sur l’origine de ces conformations vicieuses ; il n’avait jusques-là éprouvé aucune douleur sur cette partie. Jamais il n’avait remarqué ces saillies contre nature dont il jugeait très-bien actuellement, en y portant la main.
C était en apparence avec bien plus de fondement que dans le cas que nous venons de rapporter , qu’on lui avait conseillé 1 application de cautères et de moxas. Il s’était décidé à user de ce dernier moyen qui paraissait indiqué , bien que son état n’olfrît pas la réunion de tous les principaux
signes qui annoncent un mouvement intérieur qui prépare la lésion ulcéreuse de la substance des vertèbres , ou comme nous l’avons reconnusouvent par l’examen des parties apres la mort, l’érosion, ou seulement l’inflammation avec suppuration des ligamens intervertébraux.
Toutefois , n’ayant pu soutenir l’application du premier moxa, le malade renonça à ce moyen thérapeutique; et son état, loin d’empirer, s’améliora au point que depuis plus d’un an il n’éprouve plus de douleur, et qu’il jouit dans la marche de la liberté de tous les mouvemens de la région lombaire , comme dans la station , de toute la solidité de cette situation fixe , que les douleurs troublent ordinairement , lorsqu’elle est souLenue pendant quelque temps , chez les malades dont les vertèbres sont affectées.
Deux conclus” >ns également importantes peuvent être tirées de ces dei x observations.
La première , que les saillies extraordinaires des apophyses des vertèbres ne sont pas toujours des symptômes d’une maladie de la colonne vertébrale, et qu’elles ne sont le plus souvent qu’un vice de conformation.
Le seconde , que la carie de la colonne vertébrale , ou seulement l’imminence de cette grave maladie ne sont pas aussi souvent prévenues qu’on pourrait le penser, d après beaucoup de relations de guérisons opérées dans ces cas parles moxas, les cautères ; puisque dans les deux observations qui précèdent , la cessation des douleurs , symptômes principaux d’après la considération desquels des cautères et des moxas avaient été conseillés poui guéiir ou prévenir des caries soupçonnées, a été le terme de la maladie qui les causait , et que cette maladie s est tei- , minée sans laisser après elle la moindre apparence d al tération dans les tissus où elle avait son siège , altérations qui, si elles avaient consisté en des caries, auraient
g ii une autre tcriTunaison j et , dans tous les cas , n au raient pu être compatibles avec l’état cle parfaite santé dont ont joui les malades qu’on eu croyait atteints , moins encore avec le maintien de la direction et de la fermeté dans leur articulation , des vertèbres dont la lésion était présumée.
L’étude des vices de conformation dont les vertèbres sont susceptibles, considérées en elles-mcmes seulement, doit donc , d’après ce que nous venons de voir, précéder celle de la colonne vertébrale vue dans son ensemble. Nous nous bornons toutefois à le faire remarquer, pour ne nous occuper ici que des déviations de la colonne vertébrale; les parties osseuses dont elle se compose étant présumées régulièrement conformées, ainsi que dans la plupart de ces cas , l’observation montre qu’elles le sont réellement.
On entend par déviation de la colonne vertébrale , sa courbure contre nature , en un sens ou en un autre. La colonne vertébrale est susceptible en effet de se courber de différentes manières , qui , dans certains cas rendent l’épine du dos voûtée en dehors ou en dedans , et dans d’autres, lui font représenter la figure d’une S, d’autres fois, celle d’un zigzag, ou d’une portion de cette figure. Elle peut aussi se contourner sur son axe.
Plusieurs causes très-différentes entre elles, peuvent donner lieu à ces déviations de là colonne vertébrale. Ces causes peuvent agir directement et indirectement sur les os dont elle se compose, ou sur les ïigamens qui les unissent , ou sur les muscles qui s’y attachent.
Les causes directes qui peuvent agir sur ces divers organes , sont toutes celles qui affectent leur sensibilité , altèrent leur consistance et par suite leur forme. Elles sont de deux sortes , internes ou externes.
De nombreuses inflammations , ou autres lésions de cause différente , ayant leur siège sur leur propre sub-
stance, sont les plus ordinaires parmi les premières.
Les contusions , les efforts violens , les positions vicieuses long-temps continuées , l'habitude des mouvemens forcés, les solutions de continuité , constituent le plus grand nombre et les principales parmi les dernières.
Toutefois un certain degré d’intensité de la part des causes internes, est nécessaire pour qu’elles opèrent la déformation de la colonne vertébrale ; il en est de même de l’influence de celles dites externes, sur la production de ce changement apporté à son état normal; mais l’action des causes externes peut le produire d’une manière plus ou moins sensible et prompte , selon qu’elle est favorisée par une cause interne.
On s’est abusé en général lorsqu’on a attribué à des situations ou à des mouvemens vicieux seulement , certaines déviations de l’épine. A moins d’un état permanent de ces situations , long-temps soutenu , et d’une répétition presque continuelle de ces mouvemens vicieux, une constitution exempte de maladie résiste ordinairement a ces causes de déformation plus rares qu’on ne le dit.
L’action des causes internes prépare en général chez lesenfans, de loin et insensiblement, la déviation de la colonne vertébrale , et les parens n en reconnaissent les effets que lorsqu’ils sont très-sensibles à 1 extérieur. Presque toujours les médecins consultés se bornent, comme nous l’avons fait long temps nous-même , àprononcer que les enfans dont la taille se déforme , sont rachitiques. Tantôt ils conseillent des moyens hygiéniques généraux ou des remèdes pris parmi les toniques et les fortifians externes et internes ; d’autres fois, n’attribuant la déviation de l’épine sous quelle forme gu elle se présente , q*ia un état de faiblesse des muscles situés sur un de ses cotes , c’est le long de ces muscles qu’ils font faire des frictions,
employer des linimens fortifians et brûler des moxas.i ou.
nous sommes assuré parla plupart des jeunes peisonnes
qui réclament nos conseils ou nos soins , que l’emploi de ces divers moyens n’avait eu que peu ou point d’influence salutaire sur leur état. Quelquefois cependant le moxa a arrêté les progrès de la déviation, mais nous n’avons pas un seul exemple qu’une déviation même très-peu sensible , ait été corrigée par ce moyen.
La rareté de succès obtenus de divers traitemens opposés, soit à la déviation manifeste de la colonne vertébrale , soit à l’imminence de ce fâcheux accident , a découragé en général les médecins qui ont eu à s’en occuper. Si les enfans n’étaient pas encore pubères , ils ont annoncé que l’accroissement des forces qui s’opérerait lorsqu’ils le deviendraient, ferait tout rentrer dans l’ordre , et en attendant on n’a suivi que la routine ordinaire pour obtenir ce résultat. Toutefois le mal a presque toujours empiré , et dans certains cas il a fait de très-grands progrès en quelques mois.
La figure i.rc de la i.re planche de ce premier Numéro de notre Journal, représente l’état le plus ordinaire qu’offre à l’extérieur la colonne vertébrale des jeunes personnes pour lesquelles nous sommes ordinairement consulté , et qui sont âgées de 12 à 16 ans.
D’après les renseignemens qui nous sont fournis , nous avons calculé que plus de la moitié des personnes affectées de ces déviations , ont éprouvé dans leurs premières années des mouvemens convulsifs qu’on a ordinairement attribués à des coliques , aux efforts de la dentition , à une excessive susceptibilité nerveuse. Chez un assez grand nombre, on avait vu un pied, une main, un bras, une jambe , des paupières, privés de leur mouvement pendant plus ou moins de tems , après des coliques très-vives survenues subitement , et qui avaient fait pousser des cris si aigus aux enfans jusques là en pleine santé , que les mères accourues avaient accusé leurs gardes de les avoir laissé tomber, et n’avaient pas manqué d'attribuer plus tard à ces
prétendues chutes , la déviation de la colonne vertébrale devenue manifeste.
Parmi les jeunes personnes qui nous ont été présentées longtemps après ces accidens, les deux tiers avaient un œil moindre que l’autre ; il en était de même d’un des côtés de la face , de tout un côté du corps ou de plusieurs parties de sa moitié droite ou gauche. Ces phénomènes semblaientbien propres à conduire les médecins consultés dans les cas de déviation de la colonne vertébrale , avec
laquelle ils coïncidaient, à la recherche d’autres causes que celle qu’on faisait consister en une diathèse scrophuleuse , à laquelle ils l’attribuaient constamment. Cette détermination paraissait d’autant plus naturelle , que la plupart du temps , rien n’était moins démontré que l’existence de cette diathèse ; et cependant tel était , et tel est presque généralement, même aujourd’hui, l’effet de la routine sur ce point de pratique , que l’inefficacité constante des moyens destinés à la combattre , ne les a pas fait encore
abandonner.
Voici ce que nous a appris l’observation , relativement à la proportion dans laquelle agissent les causes internes connues , de déviation de la colonne vertébrale.
Le ramollissement des os, état désigné sous le nom de rachUîs , doit sans doute occuper le premier rang parmi ces causes. Il n’est pas toutefois, aussi frequent qu’on le pense, .à ne le considérer que comme mala die essentielle (i), d’après ce que nous prouvent depuis
(O II faut convenir que nous ne savons absolument rien de la cause du ramollissement des os chez les «fans et lestait es. Ce aveu , ce nous seul, le , conviendrait mieux que tous les cffoi ts qu laits les auteurs qui en ont traité ; efforts dont l'impuissance . toujours été mise en évidence par la nécessitée* ds se sont Umk qu'ils ont voulu s'occuper du traitement , de rapporter cet état des à une maladie quelconque avec laquelle il coïncidait , et nu 1
long-temps l’examen attentif des enfans dont la taille se dévie, et les nombreuses dissections de sujets qui offrent ce genre de difformité : cette cause n’est pas tout-à-fait à l’égard des autres comme un est à trois, et celle consistant en la lésion des ligamens intervertébraux , absolument indépendante de toute altération de la substance des vertèbres, leur est à peu près comme deux est à un.
Quant à celle qui n’a son siège que dans les autres li~ gamens de la colonne vertébrale , nous n’avons pu la reconnaître d’une manière non équivoque , que deux fois sur cent-trente-quatre dissections d’épines déviées ; mais ces deux fois elle était rendue bien évidente par la faiblesse extrême de leur tissu , leur blancheur et la teinte bien pâle des ligamens jaunes.
On peut donc dire que sur trois cas de déviation de la colonne vertébrale, il yen a deux dans lesquels on ne voit aucune marque de lésion des os.
Nous devons ajouter toutefois au mot lésion, celui de morbide , attendu que nous n’entendons pas dire qu’il n’y ait aucune sorte d’altération dans la substance de ces organes quant à leur configuration et à leur consistance ; leur lésion sous ces deux rapports étant constante dans ces déviations très-prononcées où l’on trouve les corps des vertèbres plus compactes et plus aplatis du côté des concavilés des courbures, que forme la déviation, qu’ils ne le sont dans l’état normal. Mais ces genres de lésion
<] une fois alors même que la coïncidence d'aucune ma/adiene pouvait efre constatée. Aussi quel est le résultat de la pratique sur ce point de pathologie? Nous l’avons déjà dit; l’art intervient envain dans le traitement du rachitis ; nous disons plus , et nous le disons après en avoir fait une trop longue et trop triste expérience, l’usage des mercuriaux tant vantés lait presque toujours beaucoup de mal , et jamais le moindre bien. Que si une vérité si affligeante pouvait pa— !aitie mal londée, que des praticiens plus heureux que nous , nous citent un fait contraire, mais un fait bien constaté.
ne peuvent être considérés que comme des effets et non des causes des déviations dans lesquelles on les remarque, lorsque dans l’ensemble de la constitution actuellement observée , et notamment dans les autres parties du système osseux , on ne trouve aucun symptôme, aucune trace de maladie, et que les informations qu’on prend sur la santé dont jouissait l’individu ne peuvent même en faire
soupçonner aucune.
A l’énoncé de cette distinction nous devons cependant encore ajouter, que même dans toutes les déviations trèsprononcées , car il y en a qui le sont excessivement, la substance des vertèbres n’est pas altérée même à la manière dont nous venons de le dire ; nous avons trouvé en effet très-souvent, que dans la plupart des cas de déviations considérables, les courbures s’étaient faites seulement aux dépens des ligamens intervertébraux , presque détruits du côté des concavités formées par les courbures; mais beaucoup plus développés du côté des convexités, qu’ils ne le sont dans l’état normal.
L’observation de ces faits qui se sont souvent présentés à notre examen dans toute leur simplicité , et de la manière la plus évidente, a changé en preuves convaincantes pour nous, les données sur lesquelles nous nous fondions pour regarder comme très-probable qu il y avait beaucoup de déformations de la taille qui n’étaient dues en dernier résultat qu’à des phénomènes purement me caniques , bien que leur cause première fût d’un autre ordre. Nous attribuions en effet ces deformations, a un défaut d’égalité de puissance qui avait dû exister entre les muscles du dos ayant des attaches sur divers points de la colonne vertébrale ou exerçant une action sur le tronc.
La cause de cette inégalité ne nous apparaissait pas sans doute dans l’examen des organes après la mort,
mais du moins celle des effets n’était P^^^uées et muscles d’un côté étaient alongés , leurs fibres atténue
décolorées, ils tendaient à une dégénérescence purement cellulaire , transformation assez ordinaire des organes mous qui, depuis plus ou moins de temps, ont cessé de remplir leurs fonctions.
Quant aux muscles du côté opposé , accourcis en quelque sorte, leur contractilité d’autant moins exercée que rinclinaison de la colonne vertébrale de leur côté tenait leurs extrémités rapprochées , ils n’offraient aucun signe de maladie ; mais considérablement affaiblis euxmêmes, ils tendaient comme leurs congénères , à une détérioration commune.
A quels signes reconnaître la cause de telles déviations après la mort? C’est certainement chose impossible: et pendant la vie lorsqu’une telle déviation existe avec 1 accomplissement des principales fonctions, avec tous les attributs de la santé; quels moyens de découvrir la cause d un désordre qui ne trouble l’harmonie générale que sous le rapport de la vicieuse direction de l’épine?
Le parti le plus prudent est sans doute de renoncer à combattre une cause qui ne se manifeste plus que par ses effets ; mais les recherches sur sa nature ne doivent pas etie^ interdites, et si elles conduisent à sa reconnaissance, dut-on remonter à des époques qui sont antérieures à la déviation de plusieurs années, et datent du plus bas âge de 1 individu , nul doute qu’elles pourront ne pas être inutiles.
C est dans de tels cas que les signes commémoratifs repan ent quelques lumières sur ces causes premières, qui, pour n avoir pas été aperçues d’abord, n’en ont pas moins produit leur effet, et un effet de conséquence o autant plus grave, que le temps en a facilité le succès autant qu d en a assuré la durée.
Les signes commémoratifs devant rappeler ce qui s’est
LnpL m remar(lua,:)le dans les premiers temps de l’ene* 1 est rare qu on n apprenne point qu’à cette épo-
que les digestions ont été plus ou moins troublées ; qu’il y a eu plusieurs symptômes d’irritation intestinale que les nourrices , les gardes et des personnes plus compétentes pour juger de leur nature ont attribués mal à propos toutefois à de simples coliques venteuses , ou à des attaques devers, alors même qu’elles se sont manifestées avec l’appareil d’un grand trouble dans le système neiveux annoncé par l’altération des traits de la face , l’agitation ou la fixité du globe de l’œil, le grincement des dents, le serrement des mâchoires, l’imminence de la suffocation, la tension , la roideur des membres , etc., etc.
Que si à de tels renseignemens , s’en joignent de plus importans et de plus significatifs encore , tels que doivent le paraître , les paralysies dont nous avons vu que es en-fans sont 'affectés pendant l’allaitement et plus généralement peut-être à l’époque du sevrage on pourra ne plus se trouver bien éloigné du point de départ de la véritable , de l’unique cause de l’mfirmite dont on
a à s’occuper actuellement.
Qu’y a-t-il de plus probable en effet que cette cause n’est due qu’à une affection paralytique de quelques mus clés du dos, directement ou indirectement déterminée, par le fait propre d’une irritation intestinale ou par ses effets même dont les conséquences sont assez sou\ en a paralysie de muscles d’autres parties du corps.
Ce n’est pas d’ailleurs que la reconnaissance de cette cause importe actuellement pour le choix des a
employer contre la déviation de la colonne ver^ dont il s’agit; elle ne peut servir sans doute qu a e pêcher de l’attribuer à toute autre ; mais sous ce iapi
même , les recherches auxquelles un tel résultat sera du
n’auront £as été stériles ; on ne verra p lus qu une il mité indépendante de toute cause actuellement g et consistant en de simples conditions ana 01 q » caractérisées par l’altération des formes , et les c F P
irréguliers entr’elles , des parties qui en sont le siège.
Ce sera un cas de déviation , qui ne reqtrerra que l’emploi de moyens mécaniques, dont l’action convenablement dirigée pourra seule constituer la première période du traitement , celle dans laquelle on ne doit avoir en vue que le rétablissement des organes en tout ce qui se rapporte à leur configuration et leur situation , qu’il faut ramener à l’état normal.
Que si aucun signe commémoratif, comme cela arrive souvent, ne peut éclairer en aucune manière sur l’origine de la déviation qui se présente, et que cepen* dant , en meme temps l’individu qui en est affecté , offre dans sa constitution générale ou dans l’état ordinaire de sa santé , ou sous le rapport de son sexe , quelques circonstances faites pour appeler l’attention du médecin ; qui ne sentira que même cette première partie du traitement , bien qu’elle ne consiste seulement qu’en l’action d’agens mécaniques, doit être modifiée d’après l’indication que présentent ces circonstances?
Comment justifier, dès-lors , ces pratiques aveugles , adoptées généralement dans l’emploi des lits destinés à opérer 1 extension de la colonne vertébrale , pratiques absurdes dans lesquelles on voit en France, indistinctement toutes les personnes affectées de difformités de la taille, 1 épine exposée chaque jour, pendant un ou ans à un bain de vapeur; ou en Angleterre livrées sans discernement pendant autant de temps à de ces habiles friclionneurs qui prétendent remédier , non pas seulement à toutes sortes de déviations de la taille , mais
encore à toutes les maladies des vertèbres , et jusqu’à leurs luxations !
La reconnaissance des causes premières de toute déformation de la colonne vertébrale , peut donc être d’un grand avantage , et l’influence actuelle de l’état gêné-
ral de l’individu sur cette déformation considérée , sous le rapport du traitement par des moyens mécaniques , ne saurait être envain méprisée.
Cependant, nous avons déjà déclaré que nous ne possédions aucun moyen de détruire celle de ces causes désignée sous le nom de rachitis, et que nous reconnaissons être une des plus fréquentes dans la production de cette difformité; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’il ne faille pas d’abord fixer son opinion sur son existence ; car, si elle existe et qu’elle nous apparaisse dégagée de toute complication qui pourrait nécessiter un traitement spécial, il y a, non pas indication de lui opposer tel ou tel autre moyen curatif, puisque nous n’en connaissons pas, mais bien avertissement , d’observer sa marche , d ap précier ses effets, et de déterminer jusqu’à quel point il pourrait être dangereux d’accroître son intensité par l’emploi de moyens extenseurs , appliqués à la colonne yertébrale qu’elle déforme.
Et si elle n’existe pas , nous devons porter ailleuis nos recherches, dans la vue de découvrir celle des auties causes dont nous avons parlé, à laquelle nous pouvons attribuer la production de la conformation vicieuse qu il y a à corriger.
Or, relativement à ces autres causes, le plus grand nombre se manifeste au médecin d’une manière plus ou moins sensible, et leur nature ne saurait en général, être méconnue. Elles peuvent consister en une diathèse scrophuleuse, scorbutique, herpétique, syphilitique, rhumatique , etc., en des congestions formées sur des organes voisins de l’épine, dans la moelle que son canal renferme, et dont la lésion est la cause d’une si grande variété de phénomènes , et de phénomènes si extraordinaires poiu nous , dans 1 état acLucl même de la science , qu on ne saurait apporter trop d’attention au moindre trouble dans
quelque parlle du système nerveux coïncidant avec la déformation de la colonne vertébrale (i).
Ces causes reconnues , sont ou ne sont pas actuellement agissantes; dans le premier cas , faut-il soumettre la colonne vertébrale à l’action des moyens extenseurs dans le meme tems qu’on leur oppose un traitement in terne ; ou faut-il s’abstenir de l’emploi de tout moyen mécanique, jusqu’à ce qu’on les ait traitées avec succès
(i) Il faut lire à ce sujet le résultat des expériences de M. Magendie , rapporté dans son excellent Journal de Physiologie , où il fait connaître aussi les travaux en ce genre de MM. Flourens , Serres , Ribes , Desmoulins, Breschet, et autres expérimentateurs nationaux eu étrangers ; on trouvera notamment dans le Numéro d a'xril 182a , une observation du plus grand intérêt, de M. Rullier, sur la des-' traction d’une grande partie de la moelle épinière, avec contracture des bras et mobilité parfaite des membres inférieurs. Cette obseiva— tion est suivie de remarques par M. Magendie.
On trouvera encore dans les Numéros des années 1822 et suivantes , d’utiles recherches sur les mouvemens et les attitudes de l’homme , par M. Roulin, et sur le système nerveux , par MM. Ch. Bell et Shaw , savans médecins anglais.
L’orthopédie est redevable à ce dernier d’un Traité sur les déviations de la colonne vertébrale , dont nous nous proposons de publier des fragmens avec nos remarques. Nous pouvons dire , en attendant , que l’ouvrage de M. Shaw renferme des faits bons à connaître et des plus propres à avancer cette partie de la science.
Parmi plusieurs travaux dont les résultats sont utiles , considérés sous le rapport de leur influence dans le traitement des déviations de la colonne vertébrale , on distingue ceux de MM. Ollivier d’Angers , et Velpeau , relatifs aux maladies de la moelle épinière , dans les premiers Numéros de 1825 des Archives générales de Médecine. Le Journal complémentaire des Sciences médicales , le Journal-général de Médecine , et la Bibliothèque médicale , offrent beaucoup d’observations analogues desquelles on peut tirer les inductions les mieux motivées sur les nombreux effets des lésions du système nerveux , qui portant leur impression sur les muscles dans les diverses régions du corps, déforment les parties au mouvement desquelles ils servent.
Cette question est la plus difficile à résoudre, parmi celles qui se présentent lorsqu’il s’agit de se déterminer sur le choix des divers moyens à opposer soit à une déviation déjà sensible , soit aux mouvemens de la nature cpii tendent à la produire; car, si d’une part, on sait que la moindre violence exercée sur des organes malades est propre à accroître l’intensité du mal , de l’autre, on ne peut se dissimuler qu’il est toujours bien plus facile de prévenir que de corriger une difformité.
Le parti à prendre dans cette circonstance , qui toutefois n’est pas la plus fâcheuse, puisqu’encore la déformation de la colonne vertébrale n’est pas avancée , nous paraît devoir être indiqué par le degré d’activité de la cause qui la prépare, et dépendre de la juste appréciation des symptômes qui l’annoncent.
Toutefois nous devons reconnaître que parmi les causes que nous venons de désigner il en est dont les effets sont plus lents ou d’une conséquence moins funeste que d’autres. Celles par exemple qui consistent en des maladies de la peau, négligées ou mal traitées , bien que leur influence sur la déviation de l’épine ne puisse être niée , ne parviennent qu’après un certain temps à altérer les liga— mens qui unissent les os dont elle se compose. Elles agissent en général d’une manière peu énergique , leur principal siège étant toujours à la peau où elles exercent le plus de ravage. Nul doute qu’il ne faille dans ces cas faire concourir en même temps le traitement interne destiné à les combattre avec celui qui consiste dans 1 emploi de puissances appliquées à l’extérieur ; ces derniers moyens devant être mis en action dès le moment qu on s apeiçoit que la taille se déforme.
Mais il n’en peut être ainsi lorsqu’on a à combattre les scrophules, le scorbut au plus haut degré, la syphilis, clc. Ces maladies affectent les os même dans leur substance la plus compacte ; elles les amollissent de telle soi le
que cet état a été désigné sous le nom de rachitis scrophuleux, scorbutique, syphilitique, comme s. le mot rachitis était synonyme de ramollissement des os ; et avant de les amollir , elles ont altéré leurs ligamens leurs fibro -cartilages, au point qu’une extension meme à un très-faible degré ne manquerait pas d accroître 1 in
tensité de ces états pathologiques.
Au moment où nous écrivons ceci , nous donnons des soins à deux jeunes personnes qu’on a imprudemment soumises à l’action d’une extension sans mesure de la colonne vertébrale , dont on regardait la déviation comme un cas simple , bien qu’il y eût les symptômes les pins évidens de la période d’irritation de tout le système lymphatique qui précède ordinairement la manifestation de la diathèse scrophuleuse. Les premiers effets de cette extension ont été de produire chez l’une d’elles la suppression (i) du flux menstruel; d’engorger les glandes sus-maxillaires,, sous-axillaires et inguinales , au point que
(i) Il nous a été rapporté un de ces jours par un pharmacien de Paris, qui suit , dans un autre établissement que le nôtre , la marche du traitement auquel est soumise une jeune personne , pour le redressement de la colonne vertébrale excessivement déviée , que pendant les cinq premiers mois elle avait cessé d’être réglée , et qu elle avait eu cela de commun avec d’autres jeunes.personnes sur lesquelles on exerçait comme sur elle l’extension de la colonne vertébrale par le
moyen de mécaniques à ressorts, mais qu’après ce temps le flux périodique s’était rétabli chez elle comme chez les autres ; et, chose fort remarquable, mais jusqu’ici non expliquée , relativement à 1 effet de l’extension de la colonne vertébrale , ce même pharmacien nous a assuré que non-seulement la santé de cette jeune personne , non plus que celle des autres, n’en avait éprouvé aucune atteinte , qu’au contraire il y avait eu prompt rétablissement des fonctions de la digestion auparavant' ruinée chez elle au point qu’elle ne pouvait digérer que des fécules. Nous dirons bientôt ce qu’il faut penser do ces effets encore exagérés , attribués à l’extension de la colonne vertébrale.
nous craignons des dépôts dans la plupart de ces organes; l’engorgement croissant de jour en jour, même depuis la cessation de toute extension; la douleur et le mouvement fluxionnaire n’éprouvant aucun amendement, bien que rien ne soit négligé pour en obtenir un.
Chez 1 autre, qui est une personne âgée de 17 ans, dont la taille a commencé à se dévier d’une manière lente et peu sensible vers l’âge de 11 ans, époque à laquelle elle fut traitée méthodiquement toutefois d’une éruption dartreuse dont tout son corps s’était couvert, des corsets avaient paru s’opposer jusqu’à l’âge de 16 ans à une déviation bien prononcée de la taille; mais à cet âge, la réapparition de l’éruption dartreuse à un degré d’intensité beaucoup plus considérable que la première fois , 1 ayant obligée de suspendre l’usage de ces corséts pendant plusieurs mois, et sa santé s’étant d’ailleurs fort altérée pendant ce temps, où elle a éprouvé successivement du trouble dans l’exercice de presque toutes les fonctions , la déformation de l’épine a fait en deux mois des progrès considérables , et tels qu’ils ne s’opèrent pas ordinairement dans trois , quatre , cinq ou six ans. Ces progrès effrayans ont concommité avec une fièvre continue, des douleurs dans tous les os et au côté gauche où elles ont été obscures et obtuses tant que la jeune personne gardait la position horizontale, mais où elles se sont fait sentir bien plus prononcées et plus vives dès qu’elle se levait, se tenait de bout ou marchait.
A la faveur cl’un traitement propre à combattre cette nouvelle éruption dartreuse , le rétablissement de la jeune malade s’est encore opéré , mais la déviation est demeurée au point où elle était parvenue, et à ce degré elle a été telle qu’aucun corset n’a pu être employé.
C’est à cette époque que l’extension de la colonne vertébrale, au moyen d’un lit à ressort, a été mise en usage, On a d’abord été émerveillé de l’alongemcnt qu’on oh-
tenait à vue d’œil ; un redressement relatif accompagnait cet alongement; la jeune personne se plaignait cependant d’une douleur au côté enfoncé , que 1 extension avivait en raison du degré jusqu’auquel on la poussait : mais elle se croyait en voie d’une guérison quelle jugeait ainsi que ses parens , d’autant plus prompte et plus assurée que l'on obtenait des alongemens plus considéiables. Toutefois une résistance insurmontable est venue tout-à-coup s’opposer à tout alongement ultérieur, malgré la continuation de ces extensions sans mesures. Bientôt les douleurs sont devenues insoutenables ; il a fallu suspendre toute extension. La jeune personne n a pu soulager la douleur du côté qu’étendue sur un lit plus mou que celui sur lequel on l’avait placée , pour opérer le redressement; elle n’a même pu y demeurer que fléchie sur le côté où elle sentait Ja douleur. La fièvre à laquelle on n’avait eu aucun égard d’abord, s’est manifestée à un plus haut degré ; la respiration est devenue gênée et entrecoupée; la soif continuelle et très-pressante; une chaleur vive s’est fait ressentir sur tout ce côté ; en un. mot tous les symptômes d’un mouvement fluxionnaire rapide, annoncent suivant nous dans ce moment la formation d’un abcès ; c’est pour la seconde fois depuis le traitement, qui, nous a-t-on dit, date de six semaines, que les règles ont manqué.
Deux saignées, l’application de soixante sangsues, des boissons tempérantes et émollientes, des bains , des lavemens ayant les mêmes vertus , tous moyens mis en usage d’après notre conseil, ont bien ralenti la marche de ce mouvement fluxionnaire, mais nous n’osons nous flatter qu’un dépôt ne sera pas la suite d’une inflammation déterminée par les tensions immodérées de la colonne vertébrale.
La connaissance que nous avions de tels événement nous avait fait déclarer formellement quelques mois au-
paravant que nous ne nous chargerions pas d’une jeune personne qui était venue nous consulter, accompagnée de son médecin et du pharmacien dont nous avons parlé dans la note précédente, d’abord parce que cette jeune personne, âgée de vingt- cinq ans, était affectée d’une déformation de l’épine qui réunissait plusieurs complications qui la rendaient incurable , et d’ailleurs parce que sous le rapport de 1 état général de la santé , la prudence nous commandait de nous abstenir de toute tentative de redressement. Cette personne en effet était d’une maigreur extrême ; elle ne vivait que de fécules, et douée dune vive sensibilité, elle éprouvait de temps en -temps des évanouissemens, provoqués par les causes les moins énergiques. Comment aurions-nous pu nous déterminer avec de telles données à étendre cette malade sur un lit ferme dans une position horizontale , l’abdomen et par suite la poitrine resserrés par une large ceinture au point ou il le faut pour qu’elle ne dépasse pas la crête des os des îles, et qu’elle puisse être attirée assez fortement en bas pour que l’extension de la colonne vertébrale s opère ; nous dûmes donc, comme nous le fîmes, conseiller de s’abstenir de l’emploi de tout moyen mécanique.
Mais il n’était bruit à Paris que de cures de telles difformités obtenues par ces moyens ; et notre consultante , contre notre avis écrit, motivé, se décida à se faire traiter ailleurs.
Il nous a bien été assuré depuis, que si on n’obtient pas de redressement ( ce que nous déclarons toujours impossible, et ne pouvant être réellement tenté qu’avec le plus grand danger), du moins la santé s’est en général notablement améliorée. Nous souhaitons que cette amélioration, inexplicable par la manière d’agir de l’extension , se soutienne ; mais nous ne pensons pas qu’elle le fasse. Dans tous les cas, si nous étions encore consulté pour une personne qui offrirait comme celle-ci , autant de
contre-indications de l’extension de l’épine , nous donnerions le même conseil, que le raisonnement plus encore que l’expérience nous avaient suggéré ^ alors mem que nous n’avions pas comme aujourdhui la ternb preuve du danger qu’il y a à mépriser de telles contreindications , puisqu’une jeune personne soumise a 1 extension , dans une maison qui ne s’occupe, dit-on, qu a cessoirement du traitement des difformités de la taille , a été obligée d’en sortir, et est allée mourir chez ses perens , il y a environ un mois. Puisse celle leçon n e re pas perdue pour quiconque , au sujet de l’extension de la colonne vertébrale , ne sentirait pas qu’il s’agit bien moins de frapper fort que de frapper juste , et pour parler sans métaphore, de tendre beaucoup que de tendre comme il le faut, et seulement quand on le peut sans dangei . .
Les faits que nous venons de rapporter sont certainement bien suffisant , pour rendre plus circonspect qu on ne l’est en général dans la manière d’appliquer l’exten sion horizontale de la colonne vertébrale pour opérer son redressement. Nous pourrions toutefois en citei beaucoup d’autres qui ont offert la diminution ou l abo Mon des facultés intellectuelles , de la vue, de l’ouïe , de V odorat, des mouvemens de latete, du tronc, des mem bres , etc. Mais ce n’est pas ici le lieu, et nous allons reprendre notre sujet au point où nous 1 avons Lusse , c’est-à-dire continuer l’examen des causes de la dévia tion de la colonne vertébrale.
ÎJous avons dit plus haut, qu’une question des plus difficiles à résoudre était de déterminer , quand il fallait recourir sur-le-champ à l’emploi des moyens extenseurs de la colonne vertébrale, dont la déviation avait été déterminée par une cause interne , directe , ou était préparée actuellement par une cause de ce genre.
Nous avons fait sentir combien il importait d user de circonspection , soit pour le choix du temps où ce moyen
tloit être employé , soit pour la somme de forces qu’on doit y mettre en action; certaines de ces causes telles que le rachitis, les scrophules, le scorbut à un très haut degre altérant de telle sorte la substance des vertèbres et de leurs ligamens, qu’on avait à craindre dans la période d’irritation de ces maladies , ou dans leurs terminaisons qui sont des suppurations ou des caries , de les- exaspérer, ou de causer des ravages intérieurs dont, les suites pourraient être funestes.
Il nous reste à parler des causes indirectes qui déterminent aussi la déviation de la colonne vertébrale.
Ces causes sont :
1. ° La perte absolue ou relative de l’équilibre, que dans une bonne constitution la nature a établi entre les divers muscles dont la contraction ou le relâchement concourent médiatement ou immédiatement aux divers mouvemens , aux diverses attitudes dont la colonne vertébrale est susceptible ;
2. Toute affection chronique invétérée d’organes situés plus ou moins près de la face antérieure de la colonne vertébrale , parmi lesquelles celles des poumons , de 1 artère aorte , du diaphragme , des reins , exercent le plus d’influence ;
o.° Les cicatrices à la peau avec perte de substance ou adhérence avec les parties sous-jacentes , s’opposant à la rectitude du tronc ;
4-°La déviation de l’axe vertical du bassin, qui fait incliner dans un sens anormal la face vertébrale du sacrum.
Ces causes indirectes de déviation de la colonne vertébrale , ont été plusieurs fois par nous observées , soit pendant la vie , soit après la mort. Il suffit de les avoir indiquées , pour faire sentir que , comme parmi les causes directes , plusieurs d’entre celles-ci requièrent relativement au traitement des difformités de l’épine qu’elles ont pro-
duit , l’emploi de divers moyens du ressort de la médecine interne ou de la chirurgie spéciale.
Actuellement que nous avons dit ce que nous nous proposions de dire sur les causes internes ou externes , directes ou indirectes, auxquelles on doit attribuer la déviation ou la déformation de la colonne vertébrale , nous allons parler des causes mécaniques qui peuvent s’opposer d’une manière absolue ou relative à son redressement, d’où que provienne sa déviation, pourvu que la difformité qu’elle constitue soit hors de l’influence de toute cause interne qui l’aurait produite.
Ces causes mécaniques sont :
1. ° La déformation d’une ou de plusieurs vertèbres , à un âge où l’ossification est complète ;
2. ° L’ankylose de l’articulation de plusieurs vertèbres entr’ elles , ou avec l’os sacrum., dans des rapports anormaux ;
3. ° Des exostoses unissant plusieurs vertèbres entr’ elles ou avec l’os sacrum ;
4-° La déformation d’un ou de plusieurs ligamens in-i tervertébraux ;
5. ° L’accourcissement et la rigidité de certains des autres ligamens qui unissent les vertèbres entr’elles , l’extrémité supérieure de la colonne vertébrale à la tête , et son extrémité inférieure à l’os sacrum ;