‹ Orthopédie [electronic resource]Chapitre 1 sur 25 · DANS L’ESPÈCE HUMAINE · texte numérisé non relu

DANS L’ESPÈCE HUMAINE

Réflexions sur les causes des difformités , cl sur les effets secondaires quelles déterminent dans l'économie animale ;

Par M. le docteur Bellanger.

Les nombreuses difformités dont le corps humain est susceptible reconnaissent presque toujours des causes multiples, dont les unes sont primitives et les autres secondaires. Ces causes sont très variées , difficiles à déterminer, et les médecins qui se sont occupés de la matière ont émis des opinions si diverses, et donné des théories si incomplètes, qu’on peut dire que toutes les questions relatives à l’étiologie des difformités ne sont encore que des problèmes dont on n’a aucune solution satisfaisante. Les difformités elles-mêmes sont rarement simples. Le plus ordinairement , lorsqû’il s’en est établi une, on ne tarde pas à en voir paraître plusieurs autres; mais l’on se tromperait grandement si l’on voulait rattaçher aux mêmes causes toutes celles qu’on rencontre sur

le mêoK. sujet ; celle qui s’établit la première dépend ee emen t de causes spéciales, et relatives, soit à la consion u ma ade, soit aux diverses circonstances de sa vie; mais une 'fois établie, cette première difformité vient Ja cause des autres qui se succèdent suivant ois toutes mécaniques, lesquelles s’exercent nécessairement pour substituer un équilibre nouveau à l’équi libre normal. Si l’on veut faire quelques progrès unies dans la recherche des causes de difformités, il importe de laisser de côté toutes idées préconçues , et de ne point visera une simplicité chimérique, comme ont lait jusqu’à ce jour les partisans exclusifs de l’influence musculaire, des attitudes vicieuses, etc., etc. Il existe ien feu cas °ù les difformités ne soient réellement produites par un ensemble de circonstances, dont les nues n ont agi que comme simples prédispositions , et les autres comme causes déterminantes; de telle sorte que, ans ] appréciation de chaque cas en particulier, la question consiste moins à déterminer une cause principale et unique , qu à découvrir la succession et à apprécier 1 importance relative de plusieurs conditions qui ont inégalement concouru à altérer l’état normal des organes.

Plusieurs observateurs, Shaw et le professeur Delpech entre autres , ont remarqué , sur un grand nombre d individus difformes, qu’il existait entre plusieurs , e,t quelquefois même entre tous les organes similaires des deux moitiés du corps, des différences notables de longueur, de force , de développement. L origine de ces différences ne peut être le résultat de conditions accidentelles et passagères auxquelles ces individus auraient été soumis : elle doit évidemment tenir à 1 inégale distribution des forces qui ont présidé au développement du corps, de telle sorte que la cause réelle et primitive des difformités de cet ordre

doit se trouver, non dans les organes qui en sont affectés, mais plutôt dans les foyers principaux de la vitalité et de l’innervation ; M. le professeur Delpech pense qu’il doit ou qu’il a dû exister, dans les cas de ce genre , quelque affection du cerveau et de la moelle tpiniere. Cette opinion, quoique conjecturale, est tres-plausible , et 1 autopsie cadavérique ne peut tarder à fournir les occasions d’en apprécier la valeur : il existe déjà des observations nombreuses recueillies par Skaw et les autres observateurs, qui tendent singulièrement à en confirmer la justesse. Ces observations, relatives aux maladies du premier âge chez les personnes difformes, prouvent que la plupart de ces dermeres ont éprouvé des accidens nerveux, et notamment des convulsions; d’ailleurs, sans recourir à 1 existence d’un véritable état pathologique du système cérébro-rachidien , ne suffit-il pas qu’il y ait une simple megahté de développement, soit générale, soit partielle, dans les deux moitiés congénères de ce système, pour amener une différence dans la puissance de I innervation , et par suite une inégalité de déveoppement dans les deux moitiés du corps, ou dans quelques organes seulement?Cette inégalitéconstitue elle seule de véritables difformités, dont les effets

suivant les parties qui en sont

les deux’ moitié^ ?’ P"

les deux moitiés du crâne et de la faco Inc m

resteront là ; mais si la diflérenc^^t, e^ ‘res parties du corps et surtout entre les membre

"T"’ ?" ïerra Paraître inévitablement une série de phenomenes secondaires, destinés à rétabli, 7 quihbre nécessaire * la sûreté des mouveuiet lilt

toules les fois qu’un membre inférieur se trouve plus court que l’autre , et quelles que soient les causes qui aient amené cet accident, une courbure s établit d’abord dans la région lombaire ; celle-ci en détermine une autre dans la région dorsale , et ordinairement une troisième ne tarde pas à paraître dans la région cervicale. Ces trois courbures sont évidemment consécutives; on les fera aisément disparaître par un traitement convenable, mais elles reparaîtront promptement, à moins qu’on ne rétablisse, par un artifice quelconque , légalité entre les deux membres inférieurs.

[Obs. ) Nous avons traité dans notre etablissement une jeune demoiselle qui se trouvait précisément dans ce cas; elle avait depuis sa naissance un membre inferieur plus faible et plus court que l’autre. Pendant quelques années elle avait eu une sorte de rigidité , et assez souvent même des contractions convulsives dans les muscles fléchisseurs du membre affecté; les acciclens disparurent, mais le membre resta ce qu’il était originairement, c’est-à-dire, plus court. Vers sa quatorzième année, sa mère s’aperçut que sa taille tournait; elle vint nous consulter, et nous reconnûmes une déviation très-prononcée dans la région lombaire. La jeune malade a été soumise au traitement usité

dans notre établissement. La déviation a disparu complètement; la jeune personne porte habituellement une chaussure dans laquelle un mécanisme particulier rétablit l’égalité de la longueur entre les deux membres. Depuis un an elle est sortie de notre maison ; sa taille se conserve dans une rectitude parfaite , et oubli seul de la précaution simple que nous avons conseillée pourrait amener une déviation nouvelle.

est évident que la cause de tous les accidens éprouvés par cette demoiselle ne se trouvait dans aucun des organes affectés; ils ne tenaient ni au genre de vie , ni aux attitudes vicieuses , ni à l’exercice prédominant de certains muscles ; ils ont tous été le résultat d’une affection spéciale de la partie inférieure du cordon rachidien.

Nous l’avons dit au commencement de cet article , le plus sûr moyen de tomber dans l’erreur, est de vouloir se faire un système exclusif dans l’étiologie d’un genre d’affections qui reconnaissent des causes si diverses et si peu analogues. Nul doute, par exemple, qu’il n’y ait beaucoup de déviations produites par la débilité de certains muscles; mais il n’est pas douteux non plus qu’il n’y en ait d’autres qui tiennent à une cause précisément contraire ; de telle sorte que pour combattre avec avantage les partisans exclusifs de ces deux genres de causes, il suffit de leur opposer réciproquement leurs argumens.

On est d autant moins fondé à considérer la débilité musculaire comme cause générale des difformités , que la plupart de celles qu’elle .détermine n’ont 01 dinairement qu une durée passagère, et se réduisent très-souvent à un changement de situation des organes, sans aucune altération de structure ; des efforts legeis suffisent presque toujours pour les corriger momentanément, et leur disparition définitive est ordinairement le signal du rétablissement des forces ; on voit souvent la succession de ces phénomènes la suite des maladies aiguës, des hémorrhagies, des excès, etc.; les malades conservent pendant toute cm convalescence une cambrure marquée du tronc

en avant, et un état général de flexion des divers membres ; mais tout cela disparaît après la restauration définitive des forces. La paralysie de certains muscles produit aussi souvent des effets analogues : les muscles antagonistes, dont l’action n’est plus contre-balancée , entraînent les parties dans une direction vicieuse, et, suivant le degré auquel elle parvient, il en résulte des difformités plus ou moins saillantes ; mais il est rare que ces difformités puissent acquérir un véritable état de permanence par suite d’une altération de structure dans les organes; on les voit le plus souvent se corriger spontanément et sans le secours des moyens mécaniques, lorsque les muscles paralysés recouvrent leur puissance ; des causes tout-à-fait opposées, les rétractions musculaires produisent des effets complètement identiques; on peut citer comme exemples confirmatifs de ces principes les rotations de la tête et de la région cervicale qui succèdent soit à la paralysie , soit à l’état spasmodique de l’un des muscles sterno-mastoïdiens , et la plupart des autres parties du corps n’offrent que trop souvent le siège de semblables affections.

M. le professeur Delpech rapporte , dans son ouvrage , l’histoire aussi intéressante qu’instructive de deux pieds - bots accidentels, déterminés par l’action musculaire.' Le premier eut lieu chez un militaire qui reçut un coup de biscaien dans la partie charnue de la cuisse droite , d’arrière en avant , en dehors du fémur ; cet homme perdit à l’instant même la faculté de mouvoir la partie interne de la jambe et du pied; ces parties restèrent froides et engourdies pendant longtemps; la plaie toutefois guérit facilement; mais les

muscles péroriers, jambier antérieur, extenseur commun des orteils, extenseur propre du gros orteil, restèrentparalyliques ; depuis ce temps la pointe du pied est devenue basse, le pied entier s est incline en dedans, il s’est enroulé et recourbé sur son bord interne , et a fini par prendre complètement la forme du pied-bot , connu sous le nom de varus.

Le second fait du même genre , rapporté par M. Delpech , est celui d’une demoiselle de vingt-quatre ans , qui éprouva des abcès considérables et nombreux dans la partie inférieure et interne de la cuisse gauche ; il en résulta plusieurs points de nécrose assez épais de la face interne du fémur. Le travail de l’élimination des séquestres, souvent entravé par des médications vicieuses, fut long et accompagné de beaucoup d’accidens ; la maladie dura trois ans entiers ; les muscles de la face postérieure de la jambe souffrant, soit sympathiquement, soit plutôt par l’effet de la participation du nerf crural aux inflammations de là cuisse, tombèrent dans un état de contracture tel, que le pied en fut entraîné en bas et en dedans, et finit par prendre la forme du pied-bot le plus complet et le plus avancé qu’il soit possible d’imaginer. La malade observait et signalait elle-même les progrès delà difformité, qu’elle sentait augmenter ou diminuer avec les douleurs de la cuisse.

Les attitudes vicieuses, considérées comme causes, productrices des difformités, ont acquis dans l’esprit de beaucoup de médecins une très-grande importance. 11 est bien essentiel d’apprécier cette opinion à sa juste valeur, puisqu’elle influe si souvent sur le choix du traitement que l’on adopte. 11 est bien peu de per-

sonnes deviees qui ne se soient livrées, dans un but d instruction, de plaisir ou de travail, à quelque exer- -cice qui nécessite des situations vicieuses du corps ou de quelqu’une de ses parties; on trouve là la causé de leurs difformités, et on leur interdit leurs occupations habituelles. Ce changement d’habitudes amène souvent une prompte amelioration. Les médecins qui en sont les témoins s’étonnent eux-mêmes de la sûreté de leur diagnostic ; ils attachent à la cause qu’ils ont 'une fois si bien devinée une importance exclusive, et chaque fois qu’ils sont consultés par des personnes déviées, ils ne cherchent plus d’autres causes que celles qu’ils ont en tête , et ne conseillent d’autre traitement que celui qui leur a réussi \ ils imposent aux malades l’obligation d’abandonner leurs occupations ou leurs travaux, et les soumettent à des exercices nouveaux. propres à fortifier les organes, jusque-là inactifs; mais le succès ne répond plus à leur attente ; les difformités diminuent à peine, ou même restent stationnaires. D’où provient cette différence? Elle provient évidemment de ce qu’on s’est complètement mépris sur la cause même de l’affection. Dans le premier cas , les déviations étaient bien réellement le résultat des altitudes vicieuses; mais aussi elles étaient pour ainsi dire temporaires, facilement réductibles, et probablement sans aucune altération de structure ; dans le second, au contraire, elles avaient acquis un degré de ténacité, de permanence, qui annoncent l’action d’une cause plus profonde , laquelle a dû s’exercer sur la nutrition des organes et amener une altération quelconque dans leur texture. Il faut bien que les choses se passent ainsi; car autrement tout

le monde , pour ainsi dire , serait difforme. Il est trèspeu de personnes qui ne se soumettent chaque jour à des attitudes qui changent complètement la recti- .tude du corps; il est des classes entières dont le genre de vie nécessite des attitudes vicieuses, pour ainsi dire permanentes., comme les tailleurs, les cordonniers, vignerons, et cependant toutes ces personnes ne sont pas déviées; il en est plusieurs, à la vérité, qui offrent des déviations, des cambrures; mais elles sont presque toujours réductibles, disparaissent sous des efforts légers, et reviennent avec la même facilité ; ce fait est lui seul une preuve, pour ainsi dire surabondante, qu’il faut quelque chose de plus que des attitudes vicieuses pour produire des déviations prononcées et fixes. On lit dans l’ouvrage de M. le professeur Delpech, et on peut citer à l’appui de cette opinion l’histoire d’un nommé Seurat , connu sous le nom de l’homme anatomique ; ce malheureux , qui fait métier d’intéresser la curiosité publique par son extrême maigreur, et par les formes bizarres de toute sa personne , a eu dans son enfance une trèsgiave maladie de poitrine, qui s’est terminée par 1 atrophie d un poumon et l’oblitération complète de la plevre du même côté ; il en est résulté une courbuie énorme de la portion dorsale de l’épine, et par suite une courbure en sens inverse de la région lombaiie; eh bien, quoique cette première courbure ait, comme la première, une existence de plus de trente ans, elle n a pu devenir permanente; elle s'efface meme complètement lorsque l’individu est couché soit sur le dos , soit sur le ventre. A la suite de cette Disloi i e le même auteur rapporte celle d’une jeune de-

moiselle qui s’est trouvée exactement dans les mêmes circonstances que Seurat, mais avec celte différence capitale, que la courbure lombaire est devenue assez rapidement permanente, circonstance qui annonce visiblement l’influence d’une nouvelle cause.

Toutes les fois qu’on a eu l’occasion d’examiner anatomiquement des colonnes vertébrales depuislongtemps déviées, on a remarqué dans les fibro-cartilages inter-vertébraux, assez souvent dans les vertèbres elles-mêmes, des changemens notables de structure et de forme ; les cartilages, plus épais du côté de la convexité, étaient au contraire fort amincis du côté de la concavité ; le corps des vertèbres offrait une altération analogue : ces phénomènes ont été fort diversement interprétés; là où les uns ont cru voir la cause des déviations , les autres n’y ont vu que les effets; mais l’altération des fibro-cartilages ne se borne pas toujours à un changement de forme; on les trouve quelquefois gonflés , ramollis et comme infiltrés. Ce desordre annonce l’action d’une cause morbide et 1 existence d’une sorte de phlegmasie sourde , analogue , ou peut-être identique à celles qui déterminentle développement des phénomènes scrophuleux. Cette dernière conjecture est d’autant plus vraisemblable, qu’un semblable état ne se rencontre ordinairement que chez les

su jets faibles, disposés aux scrophules ou même présentant déjà des traces de cette affection ; il est extrêmement probable que cet état morbifique a une action très-directe dans la production des difformités les plus communes- et qui semblent déterminées par les causes les plus légères; il est la véritable cause des déviations permanentes qu’on voit succéder à des atti-

tudes vicieuses. Nous l’avons dit plus haut , on voit des déviations de l’épine disparaître par la seule précaution que l’on prend de changer les dispositions physiques habituelles du corps et des membres, le mode de coucher, les exercices et les travaux journaliers; tandis que l’emploi de ces divers moyens reste sans aucune action sur les autres : il existe certainement quelque raison de cette différence, et cette raison doit se trouver dans l’état organique des parties déviées , et plus spécialement dans celui des fibro-cartilages inter-vertébraux; les autres ligamens et les vertèbres elles-mêmes doivent être plus rarement altérés; l’admission d’une altération des fibro-cartilages inter-vertébraux comme cause des déviations de l’épine, élimine une foule de difficultés et d’objections dont se compliquent toutes les discussions relatives à l’étiologie de ces affections; le raisonnement , l’observation, et l’autopsie cadavérique s’accordent pour en démontrer la réalité.

(' Obs .) Nous pouvons citer ici un cas de déviation de l’épine , dont tous les détails indiquent évidemment l’existence d’une affection morbide des fibrocartilages inter- vertébraux , et peut-être de quelques autres des parties constitutives du rachis. Un jeune homme de vingt ans, d’une stature très-élevée, trèsmince et très-faible, entra l’année dernière dans notre établissement, avec une légère déviation à droite de la région dorsale de l'épine ; lorsque nous l’examinâmes pour la première fois, il survint un phénomène, qui nous étonna d’autant plus, que nous ne 1 avions pas encore observé; au moment où nous passions le doigt indicateur de haut en bas sur la

ligne courbe que formait entre les épaules la série des apophyses épineuses des vertèbres , le malade accusa une vive douleur, et tomba immédiatement en syncope. 11 nous parut évident que ce phénomène indiquait 1 existence d’un état morbide des parties déviées, et nous crûmes devoir l’attaquer par de puissans dérivatifs avant de recourir à l’extension de la colonne vertébrale et à l’emploi des exercices gymnastiques; dans ce but, nous appliquâmes quatre énormes cautères sur la région affectée; ces cautères furent pansés régulièrement chaque jour pendant plusieurs mois : leur action fut salutaire ei prompte; après trois semaines la pression des apophyses épineuses ne déterminait plus aucune douleur, et de plus la déviation avait disparu complètement; de sorte que nous ne fûmes nullement obligés de recourir à l’extension de la colonne vertébrale. Ce fait, d’une déviation de la colonne vertébrale corrigée en peu de temps par l’application de cautères, est un des plus curieux et des plus instructifs que nous connaissions ; il confirme, delà manière la plus positive, les principes que nous avons posés dans le cours de cet article sur la diversité des causes productrices des déviations vertébrales, et spécialement l’existence d’un genre de causes exclusivement inhérentes aux parties déviées. La guérison de notre malade nous causa toutefois une satisfaction qui ne fut pas de longue durée ; une nouvelle maladie des plus graves se jeta sur l’un de ses genoux ; d’abord il n’éprouvait qu’une douleur assez vive sur le devant de la rotule, sans gonflement ni rougeur à la peau ; puis l’articulation se gonfla, et on reconnut l’existence d’une hydropisre du genou.

Nous combattîmes celte maladie par tous les moyens usités en pareil cas; rien ne put arrêter ses progrès; le désordre devint énorme, les ligamens et les os s’altérèrent, et le malheureux jeune homme fut conduit à la nécessité de faire le sacrifice le plus douloureux; il fallut en venir à l’amputation de la cuisse.

( La suite au numéro suivant.)

Observation d’une Difformité congèniale de la jambe

droite ,

opérée par le professeur Diipdytrbn.

Un jeune homme, âgé de vingt-un ans, tailleur de profession, d’une bonne constitution, portait à la jambe du côté droit le vice de conformation suivant. A leur extrémité inférieure, les deux o's de ce membre se contournaient en dedans , et le pied était tellement renversé dans ce sens, que la face plantaire se trouvait presque dirigée en haut. Ces parties, la jambe et le pied avaient un volume beaucoup moins considérable que du côté opposé ; elles étaient comme atrophiées , et cela surtout à partir du tiers supérieur de la jambe. Cet individu ne commença à marcher qu’à l’âge de sept ans ; jusqu’à cette époque il n’avait fait que se traîner sur les genoux. Il fit long-temps usage de deux béquilles, mais il finit cependant par ne plus se servir que d’une , qu’il portait du côté gauche.

La longueur du membre diflforme gênait beaucoup ce jeune homme pour marcher, et lors même qu’il aurait eu un membre artificiel , cette longueur lui

aura.t été encore fort incommode; il entra à l'Hôtel-Dieu pour solliciter l'amputation.

Avant de le soumettre à une opération aussi grave tous les Organes furent attentivement explorés. On apprit que deux ans auparavant il avait été atteint d une pneumonie aiguë ; que l’année précédente il avait eu une légère hémoptysie, et que d’ailleurs il était sujet à des rhumes fréquens. Le côté droit de la poitrine avait moins de développement que celui du côté gauche, ce qui pouvait aussi être attribué à l’habitude qu’avait le malade de porter depuis si longtemps une béquille de ce côté. Les organes digestifs parurent dans un bon étal.

Malgré toutes les observations qu’on put faire à cet homme , quels que furent les soins qu’on mit à le détourner de se faire pratiquer l’amputation , en lui présentant toutes les chances défavorables qu’il courîait, rien ne changea sa resolution. Cédant donc à ses sollicitations , M. Dupuytren se résigna à l’opérer. Une saignee generale fut laite quelques jours auparavant , afin de desemplir les vaisseaux sanguins ; un vésicatoire fut appliqué au bras gauche, et un purgatif fut administre pour vider le canal intestinal; enfin, le 17 janvier 1829, l’amputation fut pratiquée au lieu dit d élection. Le malade la supporta avec un grand courage : il ne poussa pas un seul cri. Une ties-petite quantité de sang s écoula; deux artères seulement furent liées , et apres avoir attendu une demi-heuie pour savoir si aucune autre ne fournirait du sang, on procéda au pansement. La plaie fut réutue immédiatement dans le sens de la plus grande largeur du moignon , afin que les angles saillans du

péroné et du tibia n’exerçassent point de compression nuisible sur les parties molles.

Le soir même de l’opération le malade éprouva des 'soubresauts douloureux dans le moignon.

Le 18 , céphalalgie, sueurs, douleurs vives dans le moignon. L’appareil paraissant trop serré, on coupe quelques tours de bande.

Le 19 , calme ; fièvre modérée.

Les 20, 21 , 22, bon état.

Le 2 3, levée du premier appareil. La plaie est presque entièrement réunie; un peu de pus de bonne qualité sort par l’angle interne. Le moignon tout entier et le genou sont un peu gonflés et douloureux. État général satisfaisant.

Le 25 , les parties situées au devant de la rotule sont rouges et gonflées; tressaillemens très-douloureux dans le moignon. Frissons. (Cataplasmes émoiliens sur le genou et autour de /’ articulation , boissons émollientes , diète absolue .)

Le 26 , augmentation de la rougeur au devant de , la rotule. ( Application d'un vésicatoire sur ce point. )

Le 27, même état. [Quinze sangsues autour du. genou , lavement purgatif. ) Le soir, frisson violent, qui dure une demi-heure.

Le 28, continuation des mêmes symptômes locaux, dyspnée. ( Saignée du bras de deux palettes. ) Soulagement marqué.

Le 29 , l’érysipèle du genou diminue. Son mat du côte droit de la poitrine; on entend un peu de râle crépitant ; la plaie fournit un pus grisâtre.

Le 3o, affaissement général, teinte ictérique, trèsmarquée aux yeux.

Lc3i, même état; l’affaiblissementcontinue. ( Large vésicatoire sw' l'Iiypocliondre droit.)

Le icr février, mort à neuf heures.

Autopsie faite le 3 février. Le cadavre offre une teinte ictérique générale; les muscles sont fermes.

Crâne. Le cerveau , le cervelet et ses membranes sont dans un état parfait d’intégrité.

Thorax. Epanchement séro-purulent dans le côté gauche, évalué à six onces ; une fausse membrane très-étendue recouvre la plèvre de ce côté.

A droite, le poumon est réuni à la plèvre costale par de très-anciennes adhérences , son tissu est rouge, induré dans un grand nombre de points ; au sommet des deux poumons se trouvent cinq ou six tubercules ramollis.

Abdomen. Le tube digestif est sain ; seulement on trouve près de la valvule iléo-cœcale quelques plaques foliiculeuses entourées d’une injection sanguine assez prononcée.

Les autres viscères abdominaux sont dans un état parfaitement sain.

L’articulation du genou du membre amputé présente une teinte jaune, mais aucune trace d’inflammation; un caillot consistant occupe l’artère principale du moignon. L’artère crurale et ses branches sont moins volumineuses et moins développées que celles du membre sain , ce qui se rapporte bien avec le peu de développement de la jambe droite.

Réflexions sur les opérations de complaisance.

On remarque généralement quèles opérations gra-

ves pratiquées pour céder aux instances des malades sont rarement heureuses. Quelque précaution que l’on prenne pour en assurer le succès , souvent la mort arrive. Bien que le chirurgien expose à son malade toutes les chances d’une semblable opération , et par conséquent n’ait rien à se reprocher , il n’en est pas moins vrai cependant que l’idée d’avoir provoqué la mort d’un malheureux doit cruellement l’affliger. L’observation que nous venons de rapporter est propre plus que toute autre à rendre les chirurgiens plus circonspects , et à les engager à refuser avec fermeté de pratiquer aux malades des opérations de pure complaisance. Sabatlier fit une fois l’amputation de la jambe pour un cas à-peu-près semblable au précédent , et l’issue en fut également funeste.

M. Dupuytren a vu les plus graves accidens survenir à la suite de l’amputation d’un orteil vicieusement contourné. Dans une autre circonstance , la mort a été la suite de l’extirpation d’un doigt surnuméraire chez un adulte. Nous joindrons à ces circonstances une note qu’un de nos honorables amis , M. le docteur Sterlin , a bien voulu nous communiquer sur ce sujet intéressant.

Un ancien valet-de-chambre était atteint depuis de longues années d’un ulcère à la jambe ; il n’avait jamais pu obtenirla cicatrisation d’une manière durable : fatigué detre constamment occupé à se soigner pour un mal qui revenait sans cesse, il se fit recevoir à l’Hôtel-Dieu , dont M. Pelletan était alors chirurgien en chef, et le sollicita avec instance à lui faire l’amputation. M. Pelletan refusa d’abord; mais cédant enfin à ces importunités, il consentit à l’opérer, 1829. Difformités.

non sans l’avoir prévenu auparavant de toutes les chances qu’il courait ; mais celui-ci fut inflexible. L’amputation fut .faite et supportée avec un grand courage. Les premiers jours , tout sembla présager un heureux succès ; mais bientôt des accidens graves survinrent ; quelques viscères importans devinrent le siège d’une violente inflammation , et le malade fut bientôt aux portes du tombeau. Près d’expirer il rassembla toutes ses forces , et dans un discours énergique et plein d’une éloquence qu’on était loin de soupçonner chez un homme qubjn’avait point reçu d 'éducation , il reprocha de la manière la plus dure à M. Pelletan la faiblesse qu’il avait eue de céder à ses instances. Il mourut quelques instans après avoir ainsi exhalé sa colère. M. Pelletan fut très-profondément affecté de cette scène pénible et en conserva long-temps le souvenir.

CoNsi dérations sur les bains de mer pour prévenir les difformités j ou, pour consolider la guérison obtenue par les moyens mécaniques ;

Par le docteur Moürgüe,

Inspecteur des bains de mer de Dieppe.

Depuis quelques années les médecins ont porté plus particulièrement leur attention sur l’étude des difformités des diverses parties du corps et des moyens d y remédier. La considération des causes et de la nature de ces affections, mieux approfondie, a jeté

une vive lumière sur leur traitement, et des indications précises ont découlé naturellement d’une connaissance plus exacte de la maladie. La thérapeutique s’est enrichie d’une branche nouvelle, et des résultats dont on ne soupçonnait même pas la possibilité, sont devenus, en quelque sorte, vulgaires.

On a reconnu que deux sortes d’élémens concouraient à produire et à entretenir les inflexions vicieuses du tronc et des membres ; que ces états maladifs pouvaient dépendre à-la-fois de cbangemens survenus dans la structure des parties affectées, et d’une altération de la constitution, ayant pour effet immédiat la diminution des forces nutritives. On a donc dû se proposer un double but : d’une part, de rendre aux os et aux ligamens altérés dans leur forme et leur texture la disposition qui leur est propre; de l’autre, de rétablir l’énergie et l’activité nutritives.

La première condition a été heureusement remplie au moyen d’appareils simples et ingénieux dont l’action, dirigée avec la mesure convenable , imprime au mouvement moléculaire des organes une direction contraire à celle qui a déterminé l’inflexion, et ramène la régularité du développement et des formes. Mais le redressement mécanique ainsi opéré ne peut être durable qu’autant que la nature suit l’impulsion qu’il tend à produire, et la guérison n’est réellement achevée que lorsque l’effort de la nutrition a entièrement détruit les effets de l’aberration qui existait primitivement; sinon , les malades resLent exposés à des récidives plus ou moins promptes, et l’inflexion se reproduit plus ou moins complètement, dès que l’on vient à supprimer les agens locaux de redressement.

Or, dans le plus grand nombre des cas, la nature ne se suffit point à elle-même , surtout chez les enfans et les jeunes personnes du sexe; et l’on a senti la nécessité de la seconder par les moyens propres à redonner de la vigueur à tous les mouvemens vitaux , et à communiquer à toutes les fonctions une énergie nouvelle. Ce second genre de moyens a même suffi quelquefois pour corriger des difformités commençantes , dont le redressement s’est effectué par les seules forces du développement naturel activé par cette médication.

Mais dans quelle classe de toniques puise-t-on des agens assez puissans pour retremper, en quelque sorte, les organes, et corroborer le principe de la vie? Qui ne sait combien sont infidèles , en pareil cas, les ressources tirées de la matière médicale proprement dite , comme le quinquina, les martiaux, les amers de toute espèce? Sans doute, l’emploi bien ordonné des matériaux de l’hygiène peut exercer une influence plus certaine; mais elle est encore trop souvent insuffisante pour imprimer à l’organisation des changemens assez prompts et assez prononcés : parmi tous les moyens qui sont à la disposition du praticien pour remplir cette indication, il n’en est aucun qui nous paraisse offrir autant d’avantages que les Bains de mer à la lame. Ils n’ont pas, comme les ioniques administrés à l’intérieur, l’inconvénient de fatiguer et de stimuler trop vivement les voies digestives , et ils l’emportent de beaucoup sur les bains de rivière, qu’on ne saurait leur comparer. On concevra facilement cette dilïerence entre les propriétés curatives de l’eau douce et celles de la mer, si 1 on a

égard à la composition chimique et au mode d’action de ces deux liquides.

L’eau de rivière ou de source renferme, à la vérité , quelques substances salines, mais elles s’y trouvent en si faible quantité, qu’on ne peut raisonnablement leur attribuer aucune vertu curative.

L’eau de la mer, au contraire, est complètement saturée de sels, et contient en outre une matière animale particulière, et deux principes nouvellement, découverts, l’iode et le brome (1), qui sont doués de propriétés également actives et énergiques. D’ailleurs, les bains de mer n’agissent pas uniquement, comme les bains froids ordinaires, par la température et la densité du liquide où l’on est plongé ; le choc produit par le mouvement dès flots désignés sous le nom de lames , l’atmosphère toute particulière

(1) L’Iode, découvert d’abord dans le plus grand nombre des plantes qui croissent sur le bord de la mer et dans divers mollusques marins, nus ou testacés , a été trouvé depuis dans l’Océan et dans la Méditerranée, où il paraît exister à l’état d’hydriodate de potasse. Ce corps possède des propriétés qui l’ont fait employer avec succès contre les engorgemens glanduleux indolens , et surtout contre les goitres ; c est probablement a ce principe que l’eau de la mer doit l’action trèsparticulière qu on lui a reconnue dans le traitement de ces affections chroniques.

D après les expériences de M. le professeur Orfila, ce corps détermine 1 ulcération de la membrane muqueuse, et la mort, à la dose d’un gros à un gros et demi.

La connaissance du brôine est due à M. Balard de Montpellier, qui, le premier, 1 obtint des eaux de la mer, en 1826. Depuis la découverte de ce corps, sa présence a été démontrée dans les eaux de la mer Morte, dans les eaux de Bourbonne-les-Bains , et dans les eaux mères de la saline de Lons-le-Saulnicr.

qui joint son iniluence à celle du liquide, sont encore autant delemens de leur action, absolument étrangers aux bains de rivière.

G est en produisant des efïets analogues à ceux que nous avons décrits, que les bains de mer et la natation sont d’une haute utilité dans le traitement des déformations du rachis, du thorax et des membres; et l’on n’en sera pas surpris, si l’on jette maintenant un coup-d’œil sur l’étiologie de ces déviations.

Les individus affectés de difformité présentent tous, à un plus ou moins haut degré, les traits d’un tempérament lymphatique et d’une constitution molle et faible. Ainsi, on les remarque particulièrement dans la première ou la seconde enfance , dans le sexe féminin , dans les lieux où régnent des influences générales propres à développer le système lymphatique au détriment du système sanguin , dans ceux où une atmosphère débilitante amollit et énerve les tissus, et imprime à la constitution le cachet du tempérament muqueux. Des chairs molles et bouffies, une peau mince et blafarde , des cheveux blonds , un système musculaire cà peine prononcé, des os grêles , tels sont les principaux caractères que l’on rencontre chez ces malades. Souvent la maigreur et le peu de développement des membres ou le défaut de proportions entre leur volume et leur longueur indiquent clairement un vice de la nutrition et une débilité dans toutes les fonctions qui concourent à cet acte important. Les scrofules, le rachitis, dans lesquels, à des désordres particuliers des organes, sont toujours jointes la prédominance du système lymphatique et la langueur des fonctions nutritives, sont, comme on

le sait, une cause fréquente de difformités. Toutes les causes débilitantes , quelles tirent leur source des parens ou des agens extérieurs qui entourent l’enfant après sa naissance , qu’elles dérivent de la constitution primitive des organes , ou de circonstances purement accidentelles dans le régime , les habitations , le genre de vie , les maladies, etc. , peuvent donner lieu à des déformations des os du tronc et des membres. La charpente du corps, mal solidifiée alors et mal soutenue, cède à l’effort de la pesanteur, et fléchit sur elle-même dans les sens que déterminent les attitudes habituelles du corps et les courbures naturelles des os; l’effort nutritif, incapable de surmonter la force de pression qui s’oppose au développement moléculaire des organes courbés , obéit à cette influence toute mécanique , et l’impulsion vicieuse donnée à ces matériaux perpétue une défectuosité dont les progrès sont en raison directe de la faiblesse des soutiens organiques et du poids qu’ils ont à supporter.

C’est surtout lorsqu’une croissance rapide a lieu chez un sujet dont l’énergie vitale n’est pas en rapport avec ce grand développement en longueur, que le tronc se courbe de diverses manières, parce que, d’une part, les matériaux de la nutrition manquent pour l’accroissement en épaisseur, ce qui diminue d’autant la solidité, et d’une autre part, parce que la superposition des molécules multiplie les forces de la pesanteur, tandis que les muscles allongés et amincis sont moins en état de lui faire équilibre. Les dif— ' formités si communes des vieillards coïncident, comme celles qui se développent dans la jeunesse , avec le^

>eu d’activité du travail nutritif et la faiblesse du système musculaire. A tout âge, une lésion des forces nutritives, qui prive les organes ou les ligamens de leur consistance et de leur solidité naturelles , une altération des forces musculaires qui diminue ou éteint la contractilité volontaire, peuvent être suivies de difformités dans diverses parties du corps , mais surtout dans la colonne vertébrale.

C est ainsi qu’à la suite de la grossesse et des couches, les vertèbres lombaires et leurs ligamens s’infléchissent parfois sous le poids du corps; que la paralysie des muscles de la région postérieure du col, dans 1 âge adulte, détermine la flexion vicieuse de la tete et des vertèbres cervicales, comme on en connaît plusieurs exemples remarquables. C’est encore pai 1 affaiblissement des facultés nutritives quelles déterminent , que les maladies longues sont souvent suivies de difformités, particulièrement chez les jeunes sujets.

Si 1 etude des causes des déformations nous mon- Ite d une manière si évidente la nature asthénique de ces lésions, l’état des organes et des fonctions chez les sujets qui en sont affectés ne la dénote pas moins clairement : les viscères de la digestion sont particulièrement frappés d’atonie ; l’appétit est peu prononcé, les alimens sont ingérés en petite quantité; leur dissolution lente et pénible; le moindre écart de régime est suivi de douleurs d’estomac ou de coliques, et cette inertie des forces d’assimilation rend la répartition imparfaite. Le sang, qui reçoit peu de matériaux , est pauvre et peu abondant ; de là, la pâleur générale , la petitesse du pouls, la débilité du

système musculaire ; la trame des organes eux-mêmes est faible, et manque de la densité et de l'épaisseur qui caractérisent un corps robuste et bien nourri; les fluides abondent dans leur texture; la partie solide est au contraire rare et ténue; les cavités areolaires des tissus, larges et multipliées, sont séparées par des filières et des lames minces et peu consistantes. Ces caractères, sensibles à l’extérieur dans la membrane tégumentaire , se remarquent également dans les organes intérieurs, et jusque dans les os, dont le tissu spongieux, raréfié, gorgé de sang veineux, est composé de lames minces et fragiles , séparées par de grands vides qu’occupent les fluides , tandis que leur substance compacte forme une écorce beaucoup plus mince et moins résistante que dans l’état sain. Cette disposition vicieuse du squelette rend raison de la facilité avec laquelle les os et les ligamens se courbent et plient en prenant des formes qui s’éloignent de la conformation naturelle; désordres qui dérivent uniquement , comme nous l’avons déjà remarqué, de l’atrophie d’une partie du système osseux et ligamenteux , déterminé par la pression du poids du corps et par la langueur générale de la nutrition.

Si l’on compare maintenant les effets des bains de mer, tels que nous les avons décrits plus haut, avec les caractères généraux des difformités que nous venons d’exposer, on sera frappé de l’opposition qui existe entre les influences qui produisent ces dernières, et les résultats de l’emploi des premiers.

En effet, nous savons que les bains de mer facilitent 1 exercice de la digestion et de la respiration ,

impriment à la circulation du sang un mode plus régulier, et qu ils favorisent ainsi l’assimilation et la nutrition dans les organes; nous savons également que 1 usage prolongé de ce moyen tend à exciter dans l’économie une sorte de pléthore générale , à faire prédominer le système artériel aux dépens des systèmes veineux et lymphatique ; en un mot, qu’il communique à toute la constitution un nouveau degré de force et d’énergie, capable de triompher de la plupart des affections chroniques qui ont pour cause un état d asthénie locale ou générale du système.

D’un autre côté, nous avons vu, en étudiant les causes les plus ordinaires des vices de conformation , qu elles agissent au contraire sur les fonctions digestives et assimilatrices, de manière à troubler leur exercice, a diminuer la somme des principes réparateurs, et à atténuer ainsi l’énergie et l’activité nutritives.

Conclusion.

i°. Lorsque la constitution est entachée d’un vice scrophuleux ou rachitique, lorsque la nutrition pèche par défaut d’activité ou que le tempérament lymphatique s’est développé au détriment des systèmes sanguin et musculaire, les bains de mer peuvent atténuer, effacer même complètement ces dispositions pathologiques de l’économie, et prévenir ainsi l’apparition et le développement des difformités auxquelles ces circonstances donnent fréquemment lieu.

2°. Les vices de conformation du tronc et des membres, tels que les inflexions de la colonne vertébrale et des extrémités abdominales, en sens divers, peu-

vent être combattus efficacement par le même moyen, si on l’administre dans une période peu avancée de la maladie.

5°. Lorsque les déviations datent de loin, et que les parties se trouvent déjà avancées dans le rapport vicieux qu elles ont contracte , les bains de mer sont généralement insuffisans, et ne peuvent produire une guérison complète, sans le concours des moyens mécaniques.

4°. Comme moyen prophylactique, les bains de mer doivent toujours être employés à la suite des traitemens orthopédiques, et nul autre agent médicamenteux n’est mieux approprié à prévenir le retour des déviations de la taille et à consolider leur guérison.

Note sur une anomalie de la Vision;

Par M. Limouzin-Lamothe.

Dans le numéro de novembre 1828 , de la Revue Médicale , M. Parfait-Landrau a publié une observa-* tion relative- à des corpuscules voltigeant dans la chambre postérieure de l’œil , et donnant lieu à des images fantastiques; me trouvant dans le même cas , je vais faire connaître mon état, ce qui pourra peutêtre ajouter quelque chose à l’histoire de cette maladie des yeux.

Quoique ma vue soit généralement très-bonne , je-r prouve , à des époques assez éloignées , des vicissitudes qui la rendent parfois un peu confuse , surtout 4e l’œil gauche. Issu d’un père myope au plus haut

degré , ayant moi-même des frères et des sœurs chez lesquels l’organe de la vue s’altère déjà sensiblement, je ne suis pastout-à-fait sans inquiétude pour l’avenir. Cependant, au moment où j 'écris , mes yeux sont pariaitement sains, et ma vue est aussi nette, aussi bonne qu’il est possible.

Il y a bien huit a dix ans que je m’aperçus pour la première fois du phénomène que je décris. Etant à la campagne et regardant en l’air, je croyais voir , à trois mètres de distance environ , une espèce de réseau voltiger dans l’air. Si je faisais mouvoir l’œil , et si je le dirigeais en haut , ce réseau semblait s’élever : bientôt il redescendait , mais avec plus de vitesse que je n abaissais lœil pour regarder en bas. J’ai toujours éprouvé cette particularité dans les mouvemens d’élévation et d’abaissement. Occupé d’autres choses , je ne m’arrêtai pas d’abord à ce que je venais d éprouver ; mais 1 accident continuant à se répéter , je frottais mes yeux, pensant qu’un corps étranger ou quelque liquide produisait cet effet. Cependant cet accident continua; il cessa et revint de temps à autre sans me faire souffrir.

Cette espèce de réseau me paraît ressembler, par sa forme et par sa grosseur , au frai de grenouilles ou à un chapelet en zigzag. L’œil gauche m’en fait apercevoir deux, et 1 œil droit un seul , que je juge de trois pouces environ. Je vois aussi moins souvent le réseau de l’œil droit que de l’œil gauche ; pour ce dernier , les époques me paraissent reculer de jour en jour.

Par intervalles j’ai remarqué une autre particularité , c’est qu’au lieu des réseaux dont je viens de parler, j’aperçois un groupe de points ou corpuscules

très-rapprochés les uns des autres , sur une surface que je dirai être de cinq à six millimètres , et à une distance qui semble être de dix pouces.

Un matin, étant derrière la croisée de ma bibliothèque , je regardais une enseigne placée vis-à-vis , de l’autre côté de la rue ; le cadre me paraissait être courbe , et je voyais les lignes écrites courbes : j’attribuai ce phénomène à une défectuosité du verre de la croisée ; je changeai de position, mais le même phénomène persista. Lorsque je fermais l’œil gauche , la vision s opérait de l’œil droit comme dans l’état normal ; lorsque je fermais, au contraire, ce dernier, je voyais courbe de l’œil gauche; en prenant un livre pour répéter l’expérience , toutes les lignes me parurent encore courbes de l’œil gauche.

Note sur plusieurs espèces de bégaiement , et sur les moyens d'y remédier ;

Par le docteur Deleau.

!*• Le premier est dû à des habitudes contractées dès l’enfance, et on le nomme grasseyement , lambdacisme , sesseyement , kottentotisme , etc.

2\ Le bégaiement produit par une lésion organique , ou bégaiement continu.

5°. Enfin , celui qui reconnaît pour cause prochaine une volonté peu ferme, une action cérébrale incomplète, ou, si Ion veut, un influx nerveux, insuffisant pour diriger d’une manière convenable les organes de la parole. Ce troisième genre peut aussi être ap-

pele bé gaiement intermittent : son premier degré est 1 hésitation j et son deuxième le balbutiement.

Le premier genre est un vice de prononciation qui consiste dans un son mal articule ou substitué à un autre.

Le second genre s’observe chez des apoplectiques , des paralytiques , quelques idiots et chez des personnes qui portent une lésion notable des organes de la parole; d’une portion de la langue , par exemple. Dans ces divers cas , l’affection organique agissant toujours sur les organes vocaux , le vice de prononciation est continu , ce qui suffit pour empêcher de le confondre avec le troisième genre.

Ce troisième genre est subdivisé comme il suit : Les personnes qui ont occasion d’observer les bègues peuvent s’apercevoir que leur infirmité varie dans la manière d’émettre les sons : les uns les répètent plusieurs fois avec une volubilité extrême; ils font entendre des demi-explosions ou des bruits sifflans , interrompus , qu’ils laissent échapper sans efforts et sans fatigue. C’est la langue seule qui par ses mouvemens désordonnés, constitue cette première espèce de bégaiement qu’il nomme lingual ou loc/uax , parce qu’en général les personnes qui en sont atteintes, ne s’apercevant pas de la fatigue quelles font éprouver à celles qui les écoutent, elles parlent beaucoup et sont peu timides.

D’autres bègues semblent ne pouvoir ouvrir la bouche ; ils font entendre une parole étouffée qui ressemble plutôfau mugissement qu’à la voix humaine. Ils contractent les muscles de la face avec violence, relèvent alternativement les commissures des levres ;

ils ouvrent et referment les yeux; ils décomposent tous leurs traits. Tels sont les caractères généraux du bégaiement labial ou difforme.

Enfin, il est des individus qui ne peuvent proférer aucun son malgré les grands efforts qui se passent dans les musclesde la poitrine et dans le diaphragme. L’ouverture de la glotte est tellement resserrée , que la respiration en est momentanément suspendue : la face se couvre de sueur; elle se gonfle au point d’offrir l’image du premier degré de strangulation; la respiration et la circulation se troublent. A toutes ces douleurs succède un accablement qui rend silencieux et qui porte à la solitude les individus qui les éprouvent. C’est le bégaiement douloureux, on peut le nommer muet, parce qu’il arrive souvent que la constriction de l’organe vocal est telle, qu’on n’entend proférer aucun son.'

« Cette division du bégaiement intermittent , fondée sur les organes ou les portions des organes «chargés du mécanisme de la parole, résulte d’observations que j’ai faites pendant deux années.»

Le docteur Deleau passe en revue les divers modes de traitement mis en usage par les médecins qui se sont occupés de ce vice du langage ; il

explique ensuite sa théorie du traitement connue il suit :

«Nous apprenons à parler, sans avoir aucune connaissance de la forme et du mécanisme des organes «qui émettent, modifient, assemblent les sons vocaux. Jamais notre attention n’est dirigée sur ce » merveilleux appareil , que nous abandonnons à ses .* propres forces.

» Nous nous fions tellement à l’habitude qu’il a »con!ractee dès l’enfance (sans môme que nous le

• percevions), de prendre successivement des posi- » lions convenables pour rendre des sons analogues » a ceux que nous entendons, que la parole qui en

• résulte semble entrer dans l’ordre des fonctions in- » térieures ; nous ne nous apercevons pas plus des » mouvemens de la langue et des lèvres , que de ceux

• qui se passent dans les parois de l’estomac pendant

• le travail de la digestion. Cependant cet art in- » venté par l’homme , entièrement du domaine de son

• intelligence, dont tous les organes peuvent être » vus, palpés , dans leur état de repos et pendant leurs » actions, ne devrait pas, comme les fonctions de nu-

• trition, être soustrait à nos perceptions.

» lâchons donc de changer celte éducation routinière, qui dirige entièrement l’attention sur l’organe » de l’ouïe et qui fait perdre en partie au cerveau le

• pouvoir de faire varier à volonté nos moyens d’ex- » pression; rappelons cette faculté sur les actes des » organes producteurs du langage , et bientôt nous verrons qu’il nous sera possible, même dans un âge

• avancé, d’émettre d’autres sons que ceux que nous » avons appris dès l’enfance , de modifier ceux que nous

• connaissons, et de corriger les vices de prononciation qui rendent souvent inintelligible la plus su-

• blime des inventions de l’espèce humaine.»

Voici comme le docteur Deleau fait usage de sa méthode, et les modifications qu’il lui a fait subir.

Il fit d’abord connaître à son premier bègue les positions que les organes de la parole prennent successivement pour émettre et lier tous les sons entr’eux.

«Je l’engageai ensuite à porter exclusivement son «attention, soit en lisant, soit dans la conversation ,

• sur ce mécanisme, et d’oublier, autant qu’il serait

• en son pouvoir, que l’ouïe avait toujours été son » seul guide. Dès-lors les signes alphabétiques ne re- » présentaient plus des sons, ils devaient être rap- » portés à des positions d’organes. Cette modification B d’idées , cette nouvelle direction de la pensée, pro- » duisit en peu de temps un changement total dans la

• manière de lire de mon jeune bègue. Trois leçons «suffirent pour lui enlever toute hésitation. Il n’en

• fut pas de même pour la conversation. Sa pronon- » dation ne put s’améliorer. Forcé de s’occuper » des pensées , l’esprit cessait son action sur les organes »du langage; la faculté de l’attention, par la force

• de l’habitude, reprenait son ancienne direction et

• oubliait totalement celle que ma théorie devait lui » donner. C’est alors que je m’aperçus qu’en représentantes positions d’organes par des signes connus

• pour peindre des sons, les bègues seraient toujours

• portés à oublier les premiers : pour obvier à ce grand » inconvénient , je résolus d’isoler totalement l’esprit » de 1 idee des, sons et des signes alphabétiques ; je le

• conduisis à la connaissance du langage sans qu’il s’en

• doutât. Voici comment je m’y suis pris. On représente les sons élémentaires de la parole par des

• lettres; ces signes nous sont devenus si familiers , » qu’aussitôt que nous les apercevons notre attention » se dirige sur 1 ouïe ; ne pouvons-nous pas représenter

• de même des positions d’organes et des mouvemens •par d’autres signes arbitraires? rien de plus facile » sans doute ; en les étudiant, nous les rapporterons

1829. Difformités. 3

» toujours aux organes vocaux ; de la sorte ils allire- » ront l’attention sur ce système , comme les signes » de l’alphabet fixent celte faculté sur l’organe auditif.»

Réflexions sur une fille à deux têtes , et sur la théorie des monstruosités ;

Par 1V1. Geoffroy Saint-Hilaire, membre de l’Institut.

M. Geoffroy Saint- Hilaire a donné connaissance à l'Académie d’une monstruosité qui lui a été communiquée par MM. Jules Artaud , médecin français, et le professeur Pvolando (de Turin) ; c’est celle d’une fille à deux têtes et deux corps réunis à la région épigastrique en un seul tronc; elle a quatre bras et est née à Sassavie, en Sardaigne, dans le commencement du mois de mars 1829 : elle est maintenant vivante à Turin. Chacune des deux têtes a été baptisée séparément : on a donné à l’une le nom de Rita , et celui de Chris tina à l’autre. Rita paraît souffrante. Le père la ou les va porter à Milan , d’où il doit se rendre à Genève , et probablement ensuite en France.

Cet honorable académicien lit ensuite un mémoire très-curieux sur un nouveau produit de l’espèce humaine , frappé de monstruosité à quatre mois de vie intra-utérine, et sur le concours des circonstances qui l’ont causé j en entravant et troublant une formation jusqu alors régulière.

Le 26 avril dernier est né à Paris , rue du faubourg Saint-Martin, d’une femme primipare, âgée de vingtquatre ans, un enfant à terme et de grande taille.

t y o tenta / r/c -j a/norttuày. ( Pl.vj i ri *2 )

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BICEPHALE

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On le mesura : en s’arrêtant à la saillie des yeux, sa longueur, sans y comprendre la région supérieure du crâne, qui manquait, fut trouvée de vingt pouces. Madame Frémeaux , sage- femme, et le docteur Bréon, lui rendirent des soins durant le travail de l’enfantement. Le monstre nouveau-né est principalement caractérisé par des déviations qui affectent, seulement la partie supérieure de la tête : il n’y a ni boîte crânienne, ni cerveau. Toutefois les os , crâniens ne manquent pas entièrement : ils ne sont que plus petits et distribués circulairement. Or, ces os plus petits et rejetés sur le flanc, fournissent, dans l’état actuel de la science, les conditions et les nouveaux arrangemens des cinq genres de monstruosités que nous allons rappeler.

i°. Les Anencéphales , que M. Chaussier avait le premier déterminés et ainsi nommés , chez lesquels Je cerveau n’est jamais réellement produit et demeure dans un état de préformation. Toute la colonne épinière est ouverte, comme le crâne : tout le canal ci anio-vertébral est dans le même état pathologique.

a0. Les dérencépkalesj qui ont le crâne et tou le la région cervicale seulement soumis aux mêmes ouvertures, mais chez lesquels existe un petit cerveau reçu par les occipitaux et les vertèbres du cou , composant une espèce de demi-boîte cérébrale.

3°. Les notencêphales. Ces monstres possèdent un cerveau complet, mais déplacé et lout-à-fait sorti de sa boîte. Une ouverture est ménagée au confluent central des pariétaux et des occipitaux supérieurs.

M. Geoffroy Saint-Hilaire cite l’exemple d’un Russe, d’une famille distinguée, qui, tout récemment,

Vécu not encéphale jusqu’au-delà de vingt-six ans. Né dans la religion catholique, on refusa de lui conférer la prêtrise. Son cerveau pendait sur le dos, un peu plus à droite qu’à gauche; un de ses yeux était tiraillé dans son orbite , et son visage était tellement enlaidi par d’autres irrégularités, qu’il se vit obligé de s’interdire l’usage des lieux publics, parce qu’il était devenu un objet d’horreur pour les femmes enceintes. Malgré cela, il conservait toutes ses facultés intellectuelles. Des témoins oculaires , qui sont en ce moment à Paris., ont communiqué ce fait au docteur Edwards, qui s’est empressé d’en faire part à notre honorable zoologiste.

4°. Les p o cl encéphales. Le cerveau de ces monstres est très -petit, atrophié, et forme également une hernie hors du crâne.

5e. Les thlipsencéphales. Cet habile académicien^ donné ce nom à d’autres monstres qui sont accidentellement frappés de monstruosités, seulement vers le tiers de leur vie intra-utérine, et dont l’organisation, jusqu’à cette époque, se développait avec régularité. Un choc imprimé du dehors sur le sein maternel peut être la cause de ce bouleversement. Alors une influence morbide lance le cerveau et ses enveloppes dans des voies rétrogrades : la boîte cérébrale, coiffant déjà d’une calotte solide un encéphale tout formé , se fend au vertex sur la ligne médiane , jusques et y compris l’arc supérieur du trou occipital. Quand cette impulsion vicieuse cesse, l’organisation ne se réajuste qu’en restant soumise à un développement ultérieur, relatif aux proportions réciproques de volume et de capacité que présentent alors les or-

ganes conlenans et couleous. D’ailleurs, toutes les irradiations vasculaires retombent les unes sur les autres , se greffent par une production de tissu cellulaire, et sont bientôt transformées en un tissu de lilets entrelacés, homogènes, mollasses, d’un rouge de sang et d’une matière fibreuse particulière.

La monstruosité qui a été remise à M. Geoffroy Saint-Hilaire par le docteur Bréon paraissait rentrer dans l’une de ces conditions organiques : il n’y avait de lésion qu’à l’arrière-crâne. L’encéphale n’existait point, mais se trouvait remplacé par une masse fi’ breuse , rouge , posée sur la lame interne de la base crânienne , et entourée des os du vertex ; de plus , on n’apercevait aucune trace de déformation sur tout le reste du corps. Ce n’était pas seulement, ailleurs, un sujet conformé selon la règle : il y avait mieux, c’était un garçon d’une parfaite beauté. Or, par toutes ces particularités, principalement par cette dernière, le monstre nouveau-né se trouvait ramené dans la cinquième et dernière forme , que ce zoologiste a nommée l/ilipsencéphale ; il était, cependant plus développé, beaucoup plus fort, et d’un cinquième plus grand.

D après la théorie de M. Geoffroy, la mère devait avoir été frappée d’un coup violent : aussi n’hésita-, t-il point à avancer et à soutenir quelle devait avoir l’eçq probablement un violent coup de pied vers le troisième ou quatrième mois de sa grossesse , et que 1 enfant avait été ainsi atteint d’une lésion organique, qui avait produit celle monstruosité, en donnant lieu aux phénomènes que nous avons exposés. Le docteur Bieon voulant vérifier cette opinion, se rendit au-

près (le l’accouchée, et, par sa déclaration, demeura convaincu qu’ainsi que l’avait prédit M. Geoffroy Saint-Hilaire, cette femme avait été brutalement frappée , et décidément blessée par un fort coup de pied qui l’atteignit au côté droit de la région utérine. Cette désignation de lieu est importante : un coup frappé de face , et qui porte aplomb sur le milieu de la région sexuelle , écrase et fait périr le fœtus : mais donné de côté , il l’effleure et l’endommage cependant assez pour que ses développemens organiques en soient troublés et viciés. L’auteur de ce délit était un ancien ami que le mariage de cette femme avait vivement contrarié. La plainte en fut portée devant l’autorité , mais l’affaire s’arrangea. D’après le relevé de la plainte, pris par le docteur Bréon , et. d’autres corn m unications ,

La conception aurait eu lieu le. . . 19 juin 1820, La lésion serait survenue le. ... 17 novembre,

L’accouchement le . 26 avril ,

Durée totale de la grossesse. . . . 282 jours.

Jusqu’au douloureux événement du 17 novembre, c’est-à-dire , pendant les premiers quatre mois de grossesse, cette femme fut bien portante; mais depuis cette époque jusqu’à celle de l’accouchement , elle ne cessa d’éprouver dans le bas-ventre et dans toute la région du bassin des douleurs plus ou moins vives, qu’elle disait provenir de la brutalité dont elle avait été victime.

M. Geoffroy Saint-Hilaire passe ensuite à des considérations du plus haut intérêt sur les monstruosités, qui mettent, pour ainsi dire, 1 observateur dans la confidence de leurs phénomènes et des causes mor-

bides qui y donnent lieu, et qui démontrent pour quelques-unes, particulièrement pour celles qui sont comprises dans sa dernière classe , la certitude qu’une cause au moins de provocation à la monstruosité , quant à l’espèce humaine, est nettement aperçue , et que, dans des cas précisés, nous possédons des faits que l’on doit considérer comme généralisés, comme parvenus au rang de propositions demontrees, et comme pouvant enfin devenir au besoin, pour la medecine pratique, une vérité d’une application usuelle.

Observations sur trois espèces de Pieds-bots , guéris à l’aide de diffêrens appareils, dans l’établissement orthopédique et gymnastique du Mont-Parnasse ;

Parle docteur Anédée Dcpaü , profes; ur agrégé.

Il est une vérité sur laquelle j’ai plusieurs fois insisté, et qui me paraît un des plus importans principes de la pratique médicale et chirurgicale : c’est que chaque malade présente, pour ainsi dire, une maladie différente qui exige des moyens particuliers de traitement. Le caractère général de l’alfection est quelquefois le môme , mais les circonstances individuelles qui viennent la modifier, apportent de trèsgrands changemens dans les applications thérapeutiques quelle exige pour la guérison. C’est ce point de vue pratique qui a été si bien saisi par l’illustre Barthez, lorsqu’il a établi la doctrine analytique, et qu’il a voulu décomposer les maladies dans les divers élémens qui les composent ou les compliquent. Ces distinctions, souvent très-difficiles en physiologie pathologique , deviennent matériellement évidentes dans l’étude des lésions ou altérations physiques des parties extérieures de notre machine. Nous nous occuperons d’abord des pieds-bols considérés sous ce

point de vue , et nous analyserons de môme les diverses déviations de la colonne vertébrale.

La division adoptée par les anciens ( pedes vari vagi, j equini ) indique la distorsion du pied en de*dans, en dehors et en bas. C’est aussi celle que lés ni ode i ne son t conservée dans leurs déterminations, et qui donne l’idée de la forme extérieure de la diffor-? mité. Mais que de variétés dans chacune de ces espèces ! que de différences importantes dans la direction du pied , dans les rapports des os du tarse et du métatarse ! Cette diversité est poussée à un tel point qu il n y a point deux pieds-bots qui se ressemblent exactement. Et qu’on ne pense pas que ces distinctions soient purement anatomiques, et qu ’il soit inutile de les saisir pour établir le traitement. Non, certainement: c’est sur elles que repose toute la thérapeutique à employer, surtout pour la confection rationnelle des machines qui peuvent ramener le pied à sa position normale. Que penser alors de ces empiriques qui ont une bottine à présenter dans tous les cas de pieds-bots, et qui, la décorant du nom d’os-? cil ! atoîre , de renixi-grade , etc. , l’appliquent aveuglément à tous les malades ? Que ces médecins ne connaissent pas les affections dont ils parlent, et sur¬

tout qu’ils ignorent complètement les moyens qu’il faut employer pour ramener le pied sans tirailler à contre-sens les ligamens et sans causer des douleurs inutiles. Nous avons vu souvent des malades qui se présentaient à notre établissement avec des machines directement opposées au retour du pied dans sa position naturelle.

Les médecins peu expérimentés croient aussi employer les meilleurs moyens en adoptant ceux qui ont été imaginés par des praticiens célèbres. Ainsi , la machine de Scarpa , par exemple, jouit d’une grande célébrité, et cependant'elle ne convient qu’à très-peu de pieds-bots, et seulement à une variété

du pied-bot en dedans. Il en est de même de toutes les autres machines; il faut toujours que le chirureien imagine de nouveaux moyens pour les applique0;' à chaque pied-bot. L’histoire des trois especes que nous avons observées prouvera cette vente, que tous les praticiens ont certainement reconnue d a-

vance.

lre Observation. Pied - bot conseilla l interne -

É. Y***, jeune espagnol de l’âge de douze ans, entra dans V 'établissement du Mont - Parnasse , portant deux pieds-bots en dedans. Celte infirmité était congéniale et presque de famille, car un de ses frères en était également aflecté. Les jambes n oflraient que des muscles amaigris, et sans aucun vestige de mollet. Le tendon d’Achille n était pas tiraillé., et les muscles, loin d’être ^Contractés dans la partie interne , paraissaient avoir stibi un changement forcé par la position anormale des Os ( 1 ) . C est bien a tort que plusieuis chirurgiens célèbres admettent , dans tous les cas , l’action des muscles comme déterminant la formation du pied-bot. Levolution et le développement des parties, si bien démontré par M. Geoffroy, prouvent que les os peuvent rester stationnaires pendant quelque temps, d’autres acquérir plus de volume, d’autres prendre de fausses positions dans leur assemblage, et on peut juger combien les muscles doivent alors être modifiés dans leur direction et dans leurs attaches. Ceci s’applique uniquement aux pieds-bots natifs, dans lesquels toutes les parties qui les composent ont souffert simultanément. Il en est bien autrement des pieds-bots accidentels qui surviennent par suite de la paralysie des muscles de la jambe et du pied.

La déviation des pieds chez cet enfant était poussée

(?) Voyez la figure 2 de la planche 1.

aussi loin que possible. Tout le tarse et le métatarse était tourne en dedans, et les orteils relevés, de ma

aueL|,qUe. 'eiî t mai’chait avec ,e coude-pied, et que la malléole externe touchait presque le soi Le

talon était relevé en dedans, et il s’était formé un noueaucalus au coude-pied et à la partie externe du pied sur equd la marche s effectuait très-péniblement Tel 11 1 aspect general que présentait ce jeune et intéessant malade dans les deux pieds , qui ne différaient que par le degre de déviation.

Lexamen des deux pieds nous démontra que les os n étaient nullement ankylosés et présentaient une certaine facilite à reprendre leur véritable position: aussi nous punies assurer qu'avec du temps nous parviendrions a guérir cette difformité. Nous comme», çames par exercer sur les deux pieds de légères tractions ai aide d un bandage de laine, que nous roulions et déroulions tous les jours, et avec lequel nous cherchions à faire jouer les divers os qui composent e tarse , en dirigeant le pied un peu en dehors. Ces mampulati°ns journalières nous donnèrent beaucoup de facilité, et retournèrent déjà le pied, de manière a ce que le malade n’appuyait plus sur son talon artificiel. 11 s’était formé dans cette partie un amas de tissu cellulaire graisseux qui était doué d’une trèsgiande sensibilité, au point que le jeune malade criait lorsqu on voulait toucher ou remuer cette partie, C était comme la plante du pied, dont elle possedait toutes les propriétés pour la dureté et la suscep- I ibilité à percevoir le moindre chatouillement. L’obstacle le plus grand que nous eûmes à surmonter fut I aponévrose plantaire qui, n’étant pas extensible au même degre, faisait éprouver au malade d’assez vives douleurs lorsqu’on voulait forcer la traction.

Après plusieurs mois de ce traitement préparatoire nous commençâmes à lui appliquer une première machine qui avait pour but de clésenrouler le pied ;

quelques mois après , une seconde , pour maintenir la Libe et porter le pied en dehors; enfin une Iroi sièine, pour maintenir le pied, la jambe, et taire ex<cUter des mouvemens de flexion du pied sur la jambe. Cette dernière machine, qui réunit tous les moyens nécessaires à la réduction des pieds-bots internes, ne saurait convenir dans le commencement du traitement; car i! est impossible alors de pouvoir établir un pied difforme dans un appareil , et il faut I y prepaiti progressivement. Nous pûmes donc appliquer une machine qui , fortement fixée à ta jambe , avait pour but de porter le pied en dehors en maintenant le talon comme un pivot, et de faire fléchir le pied sur la jambe. On n’arrive à une guérison prompte et sure qu’en suivant, pour le redressement, la même marche que la nature a suivie dans le développement de la difformité. Sans cette précaution on s’expose a tirailler inutilement les ligamens et à causer de vives douleurs qui rendent les appareils insupportables. L’aponévrose plantaire ne pouvant céder par 1 élasticité du tissu, a dû prêter dans ses points d’attache, ou plutôt a changé de position à mesure que le pied se désenroulait. Maintenant l’enfant est presque entièrement guéri ; il marche très-bien sur la plante des pieds, qui sont encore un peu diriges en avant, et ne se tournent pas bien en dehors. Les jambes sont toujours amaigries, mais l’exercice donnera bientôt de la force aux muscles.

11° Observation. Pied-bot interne avec paralysie et contracture des extrémités supérieure et inférieure du coté droit , déterminée par une affection cérébrale.

A. S. , jeune colon , âgé de quinze ans, est entre depuis peu de temps dans notre établissement. Son état est fort grave, et nous allons en donner une idée.

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g uer,r- li y a environ six ans qu’il fut atteint d une aflection cérébrale qui , trailée par des moyens peu énergiques, lui a laissé les I races les plus fumestes

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elle-même. 11 serait même survenu une difformité aux parties supérieures, si elles n étaient continuellement maintenues, et si l’autre main ne venait à son secoui s lorsque la contraction est poussée trop loin. La sensibilité est conservée dans toute son intégrité mais a volonté n’a aucun empire sur les mouvemens.’ Letat des parties inférieures droites ofTre la mêm« paralysie et les mêmes contractures avec de nouveaux accidens. forces d’agir et de soutenir le poids du corps, la jambe et le pied droit ont pris de fausses directions, et le pied a même tourné, de manière à présenter un pied-bot en dedans qui dépend de la contracture des muscles internes. Cette difformité est facile a réduire, et il suffit de quelques efforts pour ramener le pied et la jambe ; mais la même cause existant, ces parties reviennent aussitôt dans leur premier état. Négligée dans une maison de Chaillot, la déviation du pied a fait de très-grands progrès, et l’astragale faisait fortement saillie sous la peau, où il s’était déjà forme des excoriations. La première indication a îemplii est donc de maintenir Je pied et la jambe dans un état convenable , afin de les ramener jieu à peu dans la position naturelle : c’est cet effet que nous avons voulu produire par l’application d’une machine à extension. Mais quoique ces parties soient facilement réduites, nous savons bien que la maladie principale n est pas guérie, et que l’affection nerveuse ramènera

toujours les mêmes accidens. Nous tâchons donc de rappeler l’action nerveuse à son type normal , d’abord par des ventouses appliquées sur les côtés des vertèbres cervicales. Nous avons pratiqué plusieurs fois des scarifications sur la partie dorsale. L’emploi des rubéfians, des révulsifs caustiques, des purgatifs, suivront, et nous ferons succéder tous les moyens que l’électricité unie à des frictions pourra nous fournir. Nous indiquerons les résultats que ce traitement aura déterminés.

IIP Observation. Pied-bot équin avec paralysie , et contracture des deux extrémités inférieures.

C. L*** , jeune fille de neuf ans, est entrée dans l’établissement, affectée d’une difformité aux deux pieds et de difficulté de marcher. Elle ne pouvait appuyer quel’extrémité des orteils: le tendon d’Achille était fortement tiraillé, et ne se prêtait point à la flexion du pied sur la jambe. Les muscles étaient contractés, et maintenaient les extrémités dans un état de rigidité extrême. La ûexion de la jambe sur la cuisse était presque impossible à cause de la flexion du pied , qui ne pouvait avoir lieu. Les muscles de la cuisse n’avaient aucune force , et suffisaient à peine à la marche, qui n’avait lieu qu’à l’aide d’une béquille ou d’un soutien (i). L’application d’une machine qui. avait pour but de fléchir progressivement le pied sur la jambe a peu-à-peu ramené le talon à toucher le sol; le tendon d’Achille a éprouvé un tiraillement qui, fait lentement, n’a occasioné que peu de douleur, et la malade a pu marcher en mettant son pied à plat. Depuis la correction de la difformité, la jambe a pris plus de force par l’emploi des frictions et des bains cxcitans. Soumise maintenant à l’action éleclri-

(0 Voyez la figure 3 de la planche I.

que, elle peut marcher, courir sans effort, e-t n’éprouve plus qu’un reste de faiblesse dans les membres inférieurs, que le progrès de l’âge, l’exercice et des soins convenables ne tarderont pas à dissiper.

IVe Observation. Piecl-bot externe survenu accidentellement.

^ A , jeune homme de dix-sept ans, est entré dans 1 etablissement, affecte d une difformité au pied droit, qui ne lui était survenue que depuis deux ans. Le pied était déjeté en dehors, au point que la malléole interne touchait le sol , et l’externe était relevée en haut, et renfoncée dans l’angle que formait lepied avec la jambe ; le malade marchait sur le côté interne et sur le pouce; la marche était pénible, et le poids du corps tendait toujours à augmenter cette difformité (1). La cause de cette déviation nous paraissait résider dans une grande laxité des ligamens qui n’avait pu maintenir le pied dans sa rectitude , et qui avait permis à l’articulation astragalo-tarsienne de céder en dedans. Nous appliquâmes un appareil qui consiste dans une semelle à plan incliné, tenue par deux monlans mobiles qui , se baissant ou se haussant à volonté, permettent de déjeter le pied dans la direction du plan incliné. Le pied est ainsi maintenu en dedans, et la marche ne fait qu’augmenter cette direction ; car il est un point important à saisir dans les machines à extension du pied, il faut toujours quela marche favorise leur action : par ce moyen, on met à profit tous les mouvemens du malade, et on n’estpas obligé de le condamner à une inaction désespérante. C’est ce but que nous nous sommes toujours proposé, et que nous avons atteint dans les diverses machines employées dans notre éta-

(i) Voyct la figure i de la planche I.

blissemcnt. Le malade a été guéri au bout de six mois, c’est-à-dire, que son pied était revenu à l’état normal. Mais il fallait que la consolidation eût lieu , et que les ligamens pussent avoir acquis assez de force pour maintenir le pied. Le second temps du traitement est toujours le plus long et le moins sûr. Cependant , après avoir porté cette machine pendant encore huit mois, le pied est resté ferme , et présente plutôt une direction contraire en dedans, à laquelle la machine l’a conduit; car on est souvent obligé de forcer le résultat pour en obtenir un plus certain.

Ve Observation. Pied-bot externe survenu accidentellement.

M. D***, âgé de vingt ans, est entré depuis peu dans notre établissement , affecté d’une difformité au pied droit qui se déjetait en dehors, de manière à ce que la malléole interne touchant presque le sol , et que l’externe se trouvait élevée et renfoncée. Le pied était étalé et la jambe portée en dedans. Les muscles paraissaient eu Idoo état, et ne présentaient aucune diminution de force ni de volume. Nous pûmes rapporter ce pied-bot, comme le précédent, à une grande laxité des ligamens de l’articulation astragalo - tarsienne, qui n’avait pas maintenu le pied. Cette difformité était survenue accidentellement depuis peu d’années, et pour avoir porté long -temps, d’une manière continue, des fardeaux trop pesans sur la tète. Nous avons applique un appareil à-peu-près semblable à celui de l’observation IV% et déjà le pied a lepris sa position naturelle; la voûte plantaire se forme, et tout fait espérer qu’au bout de quelques mois cette difformité n’existera plus. Nous ferons porter encore long-temps notre appareil pour consoi ei a guérison, et même, apres, le malade devra encore garder un brodequin. Nous emploierons aussi

les bains froids, les douches sur la partie , et des frictions toniques qui favorisent beaucoup les effets du bandage serré sur le pied et la jambe.

Les observations qui viennent de passer sous nos yeux dans 1 Etablissement nous ontsuggéré un grand nombre de réflexions que nous réservons pour un autre article : i°. les causes des pieds-bots sont trèsvariables, et les rapporter seulement à l’action musculaire , c’est adopter une idée exclusive que dément un grand nombre de faits.

2°. Tous les pieds-bots varient de manière à présenter des différences notables, soit dans la position et l’action des muscles, soit dans le rapport des os, soit dans l’état des ligamens.

3 . De celte variété des pieds-bots dans chaque malade, resuite la nécessité de changer, de modifier les appaieils, et d en inventer même de nouveaux pour remplir les diverses indications.

Ces considérations pratiques peuvent s’appliquer à toutes les difformités, et surtout à celles de la taille. On croit generalement qu il suffit dans ces derniers cas d’ordonner un lit mécanique, des béquilles , etc. ; et cependant il est des personnes chez lesquelles ces moyens produisent de mauvais effets; souvent il faut que les moyens d’extension soient appliqués d’une maniéré plus rapprochée de la difformité, et en quelque sorte localement; les béquilles nuisent aussi à certains malades ; elles tiraillent les muscles et élèvent les épaules en arrondissant le dos. Je ne veux point pour cela proscrire l’usage des béquilles, comme 1 a fait le professeur Delpech dans son établissement; mais il faut savoir les employer à propos , et les défendre ou les ordonner suivant les cas.

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