PRÉFACE
L'existence d'une église réformée dans la vallée d'Aspe, isolée à plus de soixante kilomètres de tout autre groupe de protestants, excite l'attention et pique la curiosité. D'où viennent ces huguenots? Sont-ils nés sur ce sol et alors pourquoi n'en trouve-t-on que dans un seul village ? Descendent-ils de réfugiés qui seraient venus chercher un abri dans ces quartiers isolés ? Mais comment rien ne les distingue-t-il des autres habitants de la vallée? Cette question que s'est posée l'auteur du présent ouvrage, à mesure qu'il en poursuivait l'étude, a pris des proportions bien plus considérables qu'il ne s'y attendait d'abord.
Pouvait-il parler d'Osse sans faire connaître à ses lecteurs cet intéressant pays d'Aspe, si pittoresque par ses sites et si étrange parles coutumes et l'indépendance de ses habitants. Il aurait voulu parler du passé de ce pays avec plus de compétence, il n'a guère pu que redire ce que d'autres avaient déjà dit, leur laissant d'ailleurs la responsabilité de leurs assertions.
Quant à l'histoire particulière de l'église réformée d'Osse, après avoir enregistré avec soin tout ce qu'il a pu trouver sur ce sujet, l'auteur s'est vu dans la nécessité de relier l'un à l'autre des documents séparés parfois par un long intervalle, en les éclairant par les faits de l'histoire générale du Béarn, et il a été forcé d'interroger les annales si
mal connues du protestantisme béarnais. On doit sur ce sujet n'accepter que sous bénéfice d'inventaire, les affirmations des historiens catholiques, qui ont laissé voir un partipris trop manifeste dans l'appréciation des événements pour qu'on puisse leur accorder une entière confiance.
Au xvie siècle, la question religieuse avait été tranchée en Béarn dans le sens de la démocratie. Alors une grande partie des nations de l'Europe se séparant de la papauté, des églises nationales se constituèrent, différant suivant le génie des peuples. Les pays monarchiques, comme l'Angleterre, l'Allemagne et les Pays Scandinaves conservèrent à leur église la forme épiscopale. Les peuples souverains, comme la Suisse, l'Ecosse, la Hollande et le Béarn 1 organisèrent leurs églises selon leurs mœurs démocratiques. Cette forme a été appelée presbytérienne; des assemblées y remplacent les fonctionnaires, l'église locale est gouvernée par un consistoire. Les consistoires d'un district constituent un colloque. Le pays tout entier est représenté dans la députation de toutes les églises composée d'un aussi grand nombre de laïques que de ministres, formant le Synode national. Mais toutes ces églises de la Réforme, presbytériennes ou épiscopales, avaient pour raison d'être une autorité commune; et à la puissance extérieure de la hiérarchie romaine, elles opposaient la charte fondamentale de la religion chrétienne : Y Écriture Sainte.
Par cette constitution d'églises nationales se résolut pour les nations protestantes le problème si inquiétant de nos jours, de l'alliance de l'église avec la démocratie; nulle part elle ne fut mieux réalisée qu'en Béarn, où l'église fut tout-à-fait laïcisée2. Le peuple tient le premier rôle dans son administration; les pasteurs, qui y furent toujours en