Voici les ternies de cette déclaration
« Voulons et nous plait que si aucun de nos sujets de l'un et » l'autre sexe qui auront fait abjuration de la R. P. R. venant à tomber » malades refusent aux curés, vicaires et autres prêtres de recevoir les » sacrements de L'Église et déclarent qu'ils veuillent persister et mourir » dans la R. P. R. au cas que les dits malades viennent à recouvrir la » santé, leur procès leur soit fait et parfait par nos juges et qu'ils les » condamnent à l'égard des hommes à faire amende honorable et aux »" galères perpétuelles avec confiscation de biens: et à l'égard des » femmes et filles à faire amende honorable et être enfermées avec )) confiscation de leurs biens : et quant aux malades qui auront fait » abjuration et qui auront refusé les sacrements de l'Église et déclaré » aus dits curés, vicaires ou prêtres qu'ils veulent persister et mourir a dans la R. P. R. et seront morts dans cette malheureuse disposition, » nous ordonnons que le procès sera fait aux cadavres ou à leur mé- » moire en la manière qu'il est portée par les articles du titre 22 de » notre ordonnance du mois d'août 1670, sur les matières criminelles » et qu'ils seront traînez sur la claie, jettez à la voirie et leurs biens » confisqués. »
Qu'on ne croie pas qu'il s'agisse ici d'une mesure comminatoire, qui n'ait été appliquée que par exception, car elle fut renouvelée d'une manière plus générale dans la déclaration du 8 mars 1715, où l'on dit que les julvs ne doivent pas invoquer le manque de preuves de l'abjuration du mourant « d'autant que le séjour de ceux qui ont été de la » R. P. R. ou qui sont nez de parents religionnaires ont fait dans notre » royaume depuis que nous avons aboli tout exercice de la dite religion, » est une preuve plus que suffisante qu'ils ont embrassé la religion )) catholique, apostolique et romaine, sans quoi ils n'y auraient pas )> été soufferts et tolérés ».
Voir pour les applications de cette loi. Bulletin Prot. Franc., t. VI, P- 384 et suivantes.
pouvaient-ils en conserver une qui ne leur était plus enseignée dans des exercices publics? Nous avons vu précédemment quelle importance le consistoire du lieu attachait aux exercices de piété domestique. Il avait même, le 16 novembre 1678, chargé le ministre Médalon et les anciens d'Escameig et Mirassor de faire une enquête dans chaque famille et d'en faire un rapport spécial. Cette décision donne le secret de la conservation du protestantisme à Osse, où Ton pratiquait universellement la coutume excellente de ne jamais commencer ni finir la journée sans que tous les habitants de la maison se fussent rassemblés auprès du foyer pour entendre la lecture de la Parole de Dieu et offrir une prière au Dispensateur de la vie et de tous les biens. La nuit, alors que tous les membres de la famille étaient rentrés du travail, le père allait chercher dans sa cachette la vieille Bible qui avait été tenue dans les mains de plusieurs générations, et le psautier vénérable ; il lisait quelques chapitres de la Parole de Dieu et récitait ensuite les versets des psaumes que Ton n'osait chanter et Ton faisait redire aux enfants, les uns après les autres, le symbole des apôtres et les prières. À côté de ce culte privé, les mères de famille et des femmes âgées faisaient apprendre par cœur aux enfants le catéchisme, des psaumes et des pages de la Bible. Mais cela se faisait fort secrètement et à Tinsu du curé. Parfois celui-ci soupçonnait l'existence de quelques livres hérétiques et les suspects recevaient la visite de la maréchaussée, qui trop souvent les découvrait et faisait brûler sans pitié. C'est ainsi qu'il n'est guère resté de ces vieilles Bibles de famille.
Cette piété domestique, que nous révèle l'acte du consistoire d'Osse. de 1676, nous permet de rectifier une opinion de M. Ch. Coquerel qui, dans son Histoire des Églises du Désert, prétend que la discipline des églises réformées était contraire à un culte privé. De ce que la discipline n'en dit rien, il ne résulte pas que cette coutume, une des plus belles de la Réforme, fut une nouveauté, mais l'on peut dire que par suite de la prohibition du culte public, elle prit une importance toute nouvelle !.
Parmi les livres de piété qui remontent à cette époque, ceux